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Author: Dancelune
Fiction Rated: K - French - Drama - Reviews: 14 - Published: 12-28-02 - Updated: 12-28-02 - id:1147819

Repose en paix

C’est malheureusement une histoire vraie que je vais vous raconter là. Pardonnez-moi de vous la conter, mais le fardeau est trop lourd à porter. Il me faut le partager. Je sais, c’est une période de fêtes, je ne devrais pas… Mais c’est bizarrement lors de tels événements que tous les souvenirs de ma vie les plus tristes me reviennent en mémoire…

Cela s’est passé à Madagascar, pendant une mission étudiante, il y a quatre ans maintenant. Nous logions dans un hôtel qui n’en portait que le nom, dans un petit village très pauvre. Nous y étudions la récolte du pois du cap, afin d’aider les agriculteurs à mieux gérer leurs cultures.

Ce soir là nous dînions comme tous les soirs de viande de zébus et de riz à l’hôtel. Nous y étions depuis 17h : après cette heure il devenait dangereux pour nous, « vazas », de se promener dans les rues. On risquait la mort, d’après les malgaches qui nous accompagnaient et nous servaient de traducteur.

Ce soir là donc, nous étions assis à la table de la cour principale, les gérants de l’hôtel mangeant sur une table à côté. Les trois chiens étaient là, faméliques et terrifiés par les hommes. Aucun éclat de joie ne brillait dans leurs yeux. Ils n’avaient connus et ne connaîtraient jamais la joie d’être aimé ni d’avoir un ventre plein… Ni la joie d’être libre… Les chats étaient encore plus mal logés : les habitants leur crevaient systématiquement un œil à la naissance. Je n’ai pas cherché à savoir pourquoi. Toute cette misère animale m’affectait au plus haut point.

Ce soir là, les deux petits chats de l’hôtel dormaient près de la cabane en bois qui servait de cuisine. Depuis quinze jours que nous étions ici, je n’avais pas réussi à les approcher. Ils fuyaient les humains comme la peste, mais ils restaient ici car leur seule source de nourriture étaient les restes, pourtant peu nombreux, qu’ils devaient se partager avec les chiens.

Il était rare que les gérants de l’hôtel, la mamie, l’homme et la femme, mangent en même temps que nous. Et ce soir là, j’aurais préféré qu’ils ne soient pas là.

En plein milieu du repas, l’homme se leva lentement de la table et attrapa son balais, sans faire le moindre bruit. Il le prit au niveau de l’attache entre le manche et les morceaux de bois qui servaient à balayer (je ne sais pas le nom que cela porte). Il brandissait le manche du balais, en s’approchant des deux petits chats couchés en boule le long du mur de la cabane. Soudain, il abattit violemment le manche du balais sur le crâne du petit chat blanc. Le bruit fut effroyable. Je sursautais et regardais de plus près ce qu’il se passait. Le petit chat tigré déguerpi à toute vitesse. Le petit chat blanc, lui, essaya de se lever par réflexe mais sa tête refusait de suivre le mouvement, si bien qu’il avançait en tournant vers le centre, près de nos tables. L’homme donna encore cinq gros coups de balais, et il ne réussit toujours pas à tuer le chat, dont la tête frottait à terre, et dont du sang commençait à sortir par la gueule. Il nous regarda, souriant à moitié, et continua à donner nonchalamment des coups de bâton sur la tête de la pauvre créature. Celle-ci survécu encore une bonne minute avant de rendre son dernier souffle. Du sang s’écoulant de sa gueule et se répandant sur le ciment.

Cela n’y paraît peut-être pas comme ça, mais c’est dur, tellement dur, de ce remémorer cet événement, qui m’a fait avoir honte d’appartenir à l’espèce humaine. Quand notre traductrice a demandé pourquoi ils avaient tué ce chat, ils répondirent que c’est parce qu’il avait volé un bout de poisson dans la cuisine. Argument recevable ? Quand on sait que tous les animaux là-bas on la peau sur les os, et que les humains, contrairement à ce que l’on pourrait penser, sont même plutôt gros… Non, l’argument n’était pas recevable, loin de là. Il n’y avait absolument aucune excuse pour ce geste de cruauté gratuit. Ils avancèrent ensuite l’argument que les chats n’étaient pas à eux. Les chiens oui, mais pas les chats…

Je… Ce souvenir me hante régulièrement. Et à chaque fois que je revois ce petit chat, cette âme en peine, qui n’avait connu que la torture et la famine depuis sa naissance, souffrir brutalement en se demandant ce qu’il lui arrivait et pourquoi on lui faisait subir ça… Il l’a battu à mort pendant deux minutes… Un pauvre petit chat, qui n’avait fait que suivre ses instincts qui lui criaient que son ventre avait besoin d’être rempli… Comment voulez-vous que l’on arrive à trouver une quelconque excuse aux hommes après cela…

Je crois que je n’arrive pas à mettre en mots toute la douleur, la tristesse et la honte que j’éprouve à avoir été témoin de ce meurtre… J’étais tellement choqué que je n’ai rien dit sur le coup, j’ai juste terminé mon assiette et je suis parti me coucher. Le cadavre du petit chat blanc était toujours étendu sur le ciment quand je suis partie.

C’était tellement horrible. De voir cette vie innocente être maltraitée de la sorte. Je m’en veux tellement de n’avoir rien fait. De ne pas avoir pu montrer à ce petit chat que oui, les hommes sont aussi capables d’aimer les animaux… Quelques uns du moins… Je m’en veux tellement d’être si impuissante.

C’était la première fois que je voyais quelqu’un prendre une vie comme ça, par simple désir. Dieu merci cela ne s’est jamais reproduit, je n’ai jamais eu à être de nouveau la spectatrice d’un si triste spectacle. Mais de ne pas le voir ne veut pas dire que cela ne se produit pas. Tous ces chiens et chats… Leur avenir est-il meilleur ? Et tout ces animaux que l’on torture pour la science, pour le maquillage, pour les fourrures, pour les potions soit disant aphrodisiaques… Et tous ceux qui sont simplement victimes de la cruauté des hommes. Et les plantes… Toutes ces vies qui ne demandaient qu’à s’épanouir et à agrémenter notre chère vieille Terre de leur beauté et de leur bonheur…

J’ai eu l’idée d’un vœux ce soir là… Vous allez me prendre pour une tarée, mais si les vœux pouvaient se réaliser... J’aurais demander à ce qu’un ange, s’ils existent, ou tout autre entité de cette sorte, puisse se matérialiser devant chaque animal, quelques instants avant sa mort. Et alors, juste en posant sa main sur leur front, qu’elle leur donne l’illusion d’avoir vécu une vie heureuse. Juste ça. Pour que lorsqu’ils rendent leur dernier souffle, ces animaux blessés, torturés et littéralement assassinés par les hommes, puis connaître ne serait-ce qu’un instant, le plaisir de se souvenir d’une vie faite seulement de bonheur et de joie, d’amour et de tendresse. Pour que leur pauvre âme meurtrie puisse partir en paix…

C’est débile n’est-ce pas ? Je vous avez prévenu…

Mais en fait, si j’ai ressenti le besoin d’écrire ce texte ce soir, c’est parce que ce petit chat blanc à l’unique œil bleu est revenu me hanter. Et j’avais si honte, je ne savais pas quoi faire à part pleurer. Puis je me suis dis, enfin, que je pourrais peut-être écrire sa triste fin. Ainsi ce témoignage sera lu par d’autres personnes, et peut-être que cela les touchera, qu’ils seront émus, voir juste un tout petit peu ébranlés…

Ca y est je n’arrive plus à arrêter mes larmes de couler. C’était couru d’avance. J’aimais déjà les animaux et la nature, avant d’être victime de cette terrible aventure. Maintenant, je commence à en vouloir aux hommes, qui sur ce coup là n’étaient absolument pas défendables. On me prend souvent pour une débile, quand je dis que pour moi la vie animale a autant de valeur que la vie humaine, si ce n’est plus. Mais les hommes s’occupent déjà bien assez d’eux-même comme ça, que ce soit pour s’entretuer ou se soigner. Les animaux par contre… Les plantes… La Terre elle-même… Ce qu’on leur fait subir m’est de plus en plus insupportable.

Mais je sors du sujet là…

Donc voilà. J’ai juste eu besoin d’écrire ce texte en mémoire d’un petit chat qui ne demandait qu’à vivre et que l’on a décidé d’enlever à la vie. C’est ridicule, mais j’ai comme cela l’impression d’honorer un tout petit peu sa mémoire.

On dit que les êtres ne sont pas vraiment morts tant que l’on garde leur souvenir dans son cœur. Si tel est le cas, alors ce petit chat à encore de belles années devant lui…

Gwen

          



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