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Septième Jour
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Où Adso et Guillaume font le tour des bibliothèques de Paris, même dans les endroits les plus innatendus, et où Adso se découvre une âme d’écrivain.C’était une belle après-midi d’hiver. Nous venions de prendre congé de frère Emmanuel de Ladurie (qui s’était distingué jadis par sa magistrale étude sur les campagnes françaises), grand ami de mon maître Guillaume, qui avait eu la générosité de nous montrer quelques-uns des très rares manuscrits dont il était le fidèle gardien en temps que directeur de la Bibliothèque Nationale. Nous marchâmes environ trois lieues puis nous fîmes halte. Nous nous étions arrêtés devant un curieux édifice : il était semblable aux tombeaux des légendaires rois de l’Iliade qui tel Agamemnon à Mycènes veillent désormais silencieusement sur les ocres et montagneuses plaines couvertes d’oliviers. Du haut bâtiment de pierre se détachaient deux colonnes de couleur pourpre encadrant l’entrée, abyme béante et rougeoyante d’où me provenaient moult odeurs et bruits mystérieux. Mon œil ravi s’attarda alors sur des figures féminines (sans doute le fruit du travail d’un quelconque disciple du peintre, que l’on dit être renommé dans ces contrées, Modigliani) aux membres noués et aux gestes lascifs et invitants qui, de leur vigie redoutable, comme les Cariatides surveillaient la porte. Ce fut alors que la voix de Guillaume dont je n’avais pas senti la présence brisa mes rêveries solitaires…
- Suis-moi mon bon Adso !
Nous franchîmes le seuil et là je ne pus retenir ma surprise à la vue de cette vaste pièce circulaire illuminée par une verrière. La coupole de verre très simple baignait le centre de la pièce d’une lumière très pure presque éthérée qui cependant effleurait à peine les bords de la pièce où semblait être regroupés de nombreux lecteurs tant leurs regards ardents étaient perdus dans le texte qui gisaient devant eux tandis que quelques copistes à en juger par leurs mains habiles et affairées qui couraient sur des pages invisibles.
Mon maître se dirigea vers une des tables encore libres et m’invita à l’imiter. Chaque table était occupée par des instruments inconnus et manquait de tous les outils des bons copistes. Au lieu et sus des encres multicolores et des fines plumes se trouvaient une large planche grise sur laquelle étaient gravés des signes que je ne tardais pas à identifier comme étant ceux de notre alphabet romain. A coté de celle ci dont Guillaume dans sa magnae sapiens et scientia ne tarda pas à m’apprendre le nom – clavier – était posé un objet lisse dont les formes épousaient celles de ma main et qui était reliée au clavier par un fin filament. Enfin en face de nous se détachait un vaste cadre brillant et clair sur lequel – à ma grande surprise - apparurent des mots.
- Vois-tu Adso, je ne pouvais quitter cette ville capitale dîtes des Lumières, qui vit passer les illustres ombres de Voltaire, Rousseau, Montesquieu…, sans te montrer ses plus belles bibliothèques et c’est ici que s’achèvera notre périple…
Je jetais un regard étonné à frère Guillaume qui sortit de sa poche un morceau de parchemin où avait été jetées à la hâte quelques obscures références que dans mon ignorance je ne reconnus point.
-La quête du savoir et de la création de l’homme ne connaît pas de limites et désormais il bâtit également de nouvelles bibliothèques virtuelles, véritables tours d’ivoire impalpables immatérielles qui s’offrent à tous les yeux avides de connaissances à qui sait chercher quia est hominis legere et rationem sequi nam homo cupidus legendi est…
Sous mes yeux ébahis s’affichèrent alors une liste d’auteurs aux noms obscurs tels Spica d’Achernar, Albireo sans nul doute un contemporain du grand astronome arabe Al Minliar al Dajajah et auxquels les délicates étoiles constellation du cygne devaient leurs noms ; je crus également reconnaître Kouroichi probablement le grand poète japonais auteur des Ogura hyakunin isshu. C’est ensuite que mes yeux accoutumés à ce spectacle inhabituel aperçurent des noms étrangement familiers comme la légère et sylvestre dryade des temps mythologiques Eurydice ou le valeureux fils de Pelée et Thétis, Akhilleus, mais je ne m’attardais point dessus lorsque mon regard croisa le patronyme de l’illustre Luther qui avait si justement dit Jeder Garten ist ein Buch Gottes, aus dem das Wunder ersehen werden kann, das Gott täglich tut… (l’homme de la Réforme qui secoua si durement notre Eglise en martelant que la justification se faisait par la foi et non par les œuvres, que la souveraineté absolue était dans la parole de Dieu et que le sacerdoce des croyants était universel). J’étais rassuré de voir que ces lieux, contrairement à la société séculaire où nous évoluions, n’étaient point encore vide de Dieu. La curiosité me saisissait d’autant plus que le sévère penseur était crédité d’une œuvre dont je n’avais jamais eu ouie dire, Au nom du père. Cependant je fus rapidement déçu. En effet à l’évidence ce texte n’avait rien de divin ni de théologique à en juger par les étranges noms et symboles cabalistiques et nécromanciens qui en émaillaient le corpus. Guillaume devina ma stupéfaction et me répondis en souriant :
-Mon cher Adso ce que tu lis ici ne sont point des œuvres originales mais des fanfics.
-Qu’est ce que cela ?
- Le terme fanfiction qui vient du mot latin fanum ,i, neutre signifiant lieu sacré, temple et , par extension, enthousiasme et du mot fiction qui tire son origine du verbe fingo, is, ere, finxi, fictum qui veut dire modeler, créer désigne des œuvres littéraires fictionnelles ou s’inspirant d’ouvrages, de films déjà existants. Depuis peu de temps les bibliothèques virtuelles se sont multipliées et enrichies. Maintenant le livre n’est plus uniquement un support écrit…
Devant ma difficulté à saisir ce concept nouveau, Guillaume inscrivit sur l’écran froid et lumineux une autre de ses références secrètes. Je me retrouvais devant une page décorée d’une manière assez sommaire mais qui, je dois l’admettre, affichait de très nombreux textes où je distinguais de nombreux émules, que j’aurais cru disparus, d’Alexandre Dumas, Victor Hugo, Jane Austen, Dickens et tant d’autres… Bien que cela m’enchantât, je ne pouvais que constater avec amertume le manque de soins apportés à ces œuvres à qui ils manquaient la douceur et la chaude fragrance du cuir, la richesse et le chatoiement des tranches finement dorées. Mais plus encore, c’était l’absence ou la pauvreté des enluminures qui m’affligeait. En effet les rares décorations, si on pouvait les qualifier comme telles, qui ornaient ces pages restaient bien abstraites et vides de sens à mon goût, moi qui avais pu admirer les chefs d’œuvre de certains moines dont l’imagination et les couleurs vives et moirées avaient marquées mon esprit. Une fois de plus Guillaume vint à mon secours. Il m’expliqua que de véritables enluminures ou même la plus simple esquisse étaient très difficilement réalisables sur Internet puisqu’on devait scanner les images en question ou les dessiner directement à l’ordinateur (ce qui dans les deux cas aboutissait à une image lourde et longue à charger et de longues minutes d’attente et de frustrations pour le pauvre lecteur impatient). De même, il me révéla que les mystérieuses marginalia qui bordaient ses pages étaient ce que la langue du vulgaire appellent « smileys ». Ces symboles qui empruntent aux signes de ponctuation permettent à l’écrivain d’indiquer à son lecteur son humeur. Est il joyeux et plaisantin ( : - ), ^__^ ), sournois ( ___) ou au contraire triste (ç__ç) ? Mes dernières réticences tombant alors, je me noyais dans une charmante nouvelle rédigée par un admirateur de Jane Austen narrant les aventures d’une Elizabeth Bennett visitant le Derbyshire et Pemberley et rencontrant pour la première fois Mr Darcy, un an avant le bal de Netherfield. Ce fut alors que je me sentis moi-même inspiré…et je pris mon courage à deux mains et décida de rédiger un petit texte sur mon roman favori Le Nom de la Rose.
Tandis que j’avais à peine commencé, Guillaume me fit signe qu’il était temps de partir. Devant mon enthousiasme débordant, Guillaume sourit et prit la parole :
- Je suis heureux de voir que tu apprécies presque autant ces œuvres personnelles que les œuvres publiées auxquelles ce seul fait donne ses lettres de noblesse. Je ne peux m’empêcher de penser que de telles bibliothèques, même si elles en sont à leurs balbutiements, sont l’incarnation même des principes d’une telle institution : ouverte, accessible, vaste… Bien qu’elles ne peuvent prétendre à l’immortalité et demeurée (tant les périls qui les menacent sont grands, qu’une vile personne en vienne au piratage, que l’écrivain improvisé se lasse face aux vicissitudes de la vie), ces bibliothèques soupirent et chuchotent au cœur et aux oreilles de la muse qui sommeille en chacun de nous or comme disait mon compatriote the best way to get rid of a temptation is to yield to it, poussant certains à prendre leur plume.
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Cet écrit maladroit est dédié à tous ceux qui m’ont inspirée et que j’adore…
Thanks you to my father, my mother, le courageux Z’Hubert, the fading Saxo…
Very special thanks you to les posteurs du forum Saint Seiya, le Dieu Vivant Luther, le specialiste du mont de Vénus Akhilleus, à la magnifique Eurydice à qui je souhaite tout le bonheur du monde avec l’essentiel Kouro, enfin pour Spica, Same et Albi (through the clouds but when…) qui m’ont encouragée à écrire (m’enfin vous z’avez pas vu le résultat hein !!!!^^)
Pour Virginie aussi…