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Fiction » Mythology » Et tu causeras ma perte font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Leippya le Papillon
Fiction Rated: K+ - French - Romance/Drama - Reviews: 17 - Published: 03-15-03 - Updated: 03-15-03 - id:1257379

- Et tu causeras ma perte... -

// Jusqu'où iriez-vous, par amour ? //

Par LLP

(Quelque part, dans les Enfers)

_ Hors de question.

_ ...Je t'aime...

Le démon – un nom bien dur pour un ange aux ailes noircies - vacilla en entendant ces mots. Il s'appuya contre le mur, se répétant qu'il devait être fort, qu'il ne devait pas flancher... Pour lui, son aimé, son amour, pour qu'il survive.

_ Et tu sais bien que je t'aime tout autant, si ce n'est plus. Je t'en prie...

L'ange ne répondit pas, il s'approcha juste et s'appuya contre le torse de l'autre, l'entourant de ses bras et de ses ailes aux plumes si blanches, et si douces... Le démon ne résista pas au désir de les caresser, doucement, avant de serrer son compagnon dans ses bras.

_ Je t'aime, et je voudrais... Je voudrais que notre amour soit complet, entier... Je voudrais que tu me montres combien tu m'aimes, comment tu m'aimes... et je voudrais faire de même. Apprends-moi, montre-moi. Aime-moi...

A écouter ces mots si tendres, si doux, le démon ne put retenir ses larmes. Il se laissa glisser contre le mur, entraînant l'ange avec lui. Celui-ci embrassa les petites perles salées.

_ Tu es un être trop pur... Je ne peux pas, cela te détruirait... Je ne peux pas...!

_ Je te dis que je t'aime, et tu sais que je suis sincère. Tu dis que je suis pur. Mon amour est pur. Croie en lui, croie en moi...

_ Je ne veux pas être responsable de ta destruction !

_ Je me moque de mourir, si c'est dans tes bras, après que nous ayons fait l'amour. Pour moi, c'est la plus belle des morts. C'est celle que je désire. C'est celle que j'ai choisie...

Le démon secoua la tête comme un fou. Lui-même étant né dans la souillure des Enfers, il n'avait pas connu la souffrance de la Chute. Mais il en avait vu choir. Il avait vu la douleur, on la lui avait racontée, on la lui avait montrée. Il en avait vu d'autres mourir, de cette douleur imprécise et pourtant si totale, et ça n'avait pas été une belle mort, loin de là. Une mort dans des spasmes de souffrance ne peut pas être une belle mort.

_ Tu ne peux pas me demander ça.

Il fit l'erreur de plonger à nouveau ses yeux dans le regard envoûtant de l'autre. Il y avait tellement d'amour, dans ces yeux irrésistibles...

Il l'embrassa, passionnément, désespérément, comme si c'était la dernière fois. C'était presque le cas, après tout...

Avec douceur et tendresse, avec passion et dévotion, ils firent l'amour, durant un fragment d'éternité, si long, si agréable, mais en même temps si court, si fulgurant. Ils se découvrirent, se rencontrèrent à nouveau, comme si c'était la première fois ; mais par-dessus tout, ils s'aimèrent, d'une façon pure, ingénue, totale.

Un peu plus tard, alors qu'ils reposaient paisiblement dans les bras l'un de l'autre, dans le calme du cocon d'amour qu'ils s'étaient tissé, le démon vit les belles ailes ivoirines de son ange commencer à foncer. Cela commença à leur base dans son dos, une vague grise qui s'échouait lentement sur chaque plume, se délectant de façon malsaine de la souillure qu'elle amenait. La respiration de l'ange commença à s'accélérer, à devenir saccadée. Il ne voulait pas montrer qu'il souffrait, alors il ne dit rien.

Deux bras affectueux passés autour de sa taille le réconfortèrent un instant, mais bien vite la brûlure envahit à nouveau tout son corps. Des convulsions commencèrent à l'animer de façon horrifique, comme s'il allait se disloquer d'un moment à l'autre. Il repoussa son amant qui retomba durement un peu plus loin, blessé dans son cœur plus profondément que jamais cela ne lui était arrivé.

Au travers de ses sanglots et de ses soubresauts, l'ange articula :

_ Je ne veux pas te blesser... Je t'aim...

Il interrompit sa phrase pour pousser un hurlement déchirant. Le gris avait entièrement recouvert chacune de ses plumes, et elles commençaient désormais à s'assombrir encore plus, on aurait cru qu'elles saignaient un fluide noir, impur, corrompu.

A genoux entre les coussins, poings serrés sur le sol, il essayait de retenir ses cris mais la douleur avait prit possession de lui, de son esprit, entièrement. Il hurla un dernier "JE T'AIME" avant de s'abandonner à la souffrance trop intense pour pouvoir être vaincue.

Le démon était affolé, les yeux écarquillés il parcourait la pièce en tout sens, furieux contre son impuissance, furieux contre son ange, furieux contre lui-même. Et en même temps il avait mal, mal de voir son aimé qui souffrait si épouvantablement, mal de se savoir responsable, mal de ne rien pouvoir faire. Il ne pouvait rien faire !

Enfin, après un moment interminable, l'ange s'immobilisa enfin. Ses ailes étaient complètement noires, noires comme la nuit, noires comme le désespoir. Elles auraient été magnifiques si elles n'avaient pas été teintées de sang et de mort.

Avec hésitation, le démon s'approcha, n'arrivant pas à éteindre la dernière étincelle d'espoir qui éclairait faiblement son cœur meurtri... "Peut-être que...?"

Il posa une main sur l'épaule de son amour, de celui sans lequel il ne pouvait vivre. Sans lequel il ne pourrait vivre.

Quand il retourna le corps inerte, ce fut pour rencontrer deux yeux vides et ternes. Les yeux d'un mort. Les yeux d'un cadavre.

Lentement, sans toutefois accorder aux larmes qui l'aveuglaient le droit de couler, il serra son ange contre lui. Il lui embrassa le front, lui parla avec amour, lui ordonna de le regarder.

Mais le sang ne coulait déjà plus dans les veines.

La vie l'avait quitté, détruisant insensiblement son âme au passage.

Il referma en tremblant les paupières de l'autres, et s'autorisa enfin à pleurer. Il hurla sa souffrance, sa détresse, son désespoir. Tout était fini. Son cœur était mort en même temps que celui à qui il l'avait offert en entier, de son plein gré. Devait-il regretter ?

Il reposa le corps avec délicatesse et s'éloigna. Dans un couloir un peu éloigné, il poussa un cri puissant, un cri qui était une véritable déclaration de guerre, violente, abjecte, douloureuse ; puis il prit son envol avec férocité, aveuglé par la rage et par les larmes. Tous, il allaient payer. Il fallait que quelqu'un paie, ils devaient payer ! Il leur ferait souffrir mille morts, à chacun. Il les détruirait tous. Malheur à qui croiserait son chemin. Il ne connaissait plus la pitié, la compassion ; il ne connaissait plus que la lame déchirante du chagrin qui lui déchiquetait les entrailles.

~*~

Dans la solitude sombre et rassurante de la salle du Trône, les genoux remontés contre lui, le Diable avait ressenti toute la scène, comme il ressentait tout ce qui se passait dans son Royaume. Il ferma les yeux, accablé de tristesse.

Encore un démon qui, condamné à la souffrance, préférait abandonner tout sentiment pour aller passer sa douleur sur les autres, en espérant vainement échapper à la sienne. Encore un bonheur fragile et doux détruit. Encore la Malédiction du Malheur qui s'abattait cruellement sur les Enfers, son lieu de prédilection, ne laissant derrière elle qu'une froide et odieuse destruction.

Il referma ses ailes sur lui-même, tentant de protéger son cœur derrière un rempart de plumes noires. Une larme unique coula sur sa joue. Il refusait d'en verser plus, car il devait prendre soin de ses sujets, et les pleurs ne résoudraient rien. Il devait être fort, pour eux, pour leur éviter de devoir souffrir encore plus. Lui, le premier Déchu.

La goutte dorée finit sa course sur son menton avant de tomber sur le sol, qui d'un noir d'ébène devint encore plus sombre, la couleur du néant s'il en avait eu une.

Peut-on imaginer arme plus destructrice, plus désespérément triste qu'une larme du Diable ?

~ Fin ~



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