LOTUS 03
Messieurs, il va falloir mettre les bouchées doubles si nous voulons trouver les vases manquants. Jenkins se leva de son fauteuil de cuir et marcha lentement jusqu'à la grande fenêtre de son bureau. Il croisa les mains dans son dos et leva son visage vers le ciel, appréciant la douce chaleur du soleil. Il y a maintenant deux mois que l'Ours aux Fleurs de Glaces m'a été pris par le fils Takayama. Et aujourd'hui, c'est au tour de la Lionne aux Fleurs d'Acacia Jaunes d'être sur le marché. Et nous sommes quatre à pouvoir nous l'offrir. Tristan Montoroy, bien que malade, ne laissera pas une telle occasion lui passer entre les mains, Keiichi Takayama, évidemment, qui lui non plus n'est pas du style à laisser tomber et moi. Comme je vous l'ai dit, nous sommes quatre sur la Lionne. Mais l'identité de ce quatrième «coureur» reste encore totalement inconnue. Il semblerait que ce soit une de ces fortunes cachées de l'Asie centrale mais les informations qui m'ont été données ne peuvent s'avérer exactes. En tout cas, il a déjà engagé de l'argent dans la course, ce qui est plutôt une mauvaise chose pour nous, car s'il peut se permettre de faire une avance de plusieurs millions de dollars, qui sait ce qu'il est prêt à payer cash pour avoir ce vase
Un des auditeurs de Jenkins se leva de son fauteuil et distribua un dossier à chacune des personnes présentes.
Mon assistant vous distribue les fichiers de chacun des participants. Vous êtes trois, ils sont trois. A vous de déceler leurs points faibles et ce le plus tôt possible.
Et les deux autres vases, ceux que Takayama possèdent déjà ?
Je m'occupe de cela. Mais ce n'est pas ma priorité. Je veux tout d'abord déstabiliser mes adversaires et frapper là où ça fait mal.
Et jusqu'où devons-nous aller, monsieur Jenkins ? demanda une des trois personnes assises à la table.
Jusqu'au bout. Tout les moyens sont bons pour moi, alors n'hésitez pas à faire usage de votre force
Kei dévala les marches de son bâtiment et sauta dans sa limousine dont la porte était tenue ouverte par le chauffeur.
Merci Ueki !
Le chauffeur referma la porte et courut en faisant le tour de la voiture pour rejoindre sa place au volant. Il enclencha la vitesse et partit à vive allure dans les larges rues de Tôkyô.
Takeshi ? C'est moi. Tu en es où avec notre affaire ?
La voix dans le téléphone grésilla.
Tout ce que je peux te dire, c'est qu'il fait vachement froid ici ! Je ne plaisante pas ! Dis-moi où ça en est !
Jenkins et Montoroy ne lâchent pas prise. Je crois qu'ils sont vraiment déterminés. Ils vont vite démordre, c'est moi qui te le dis !
Kei raccrocha son téléphone portable. Il avait envoyé Takeshi en Russie quelques jours auparavant, lui demandant de donner une fausse piste aux autres acheteurs de la Lionne. Il avait dû pour cela faire croire qu'un milliardaire russe voulait acheter la Lionne alors qu'il s'agissait d'une stratégie pour troubler ses adversaires. Il se rendait maintenant à l'aéroport de Narita en vue de prendre un de ses jets privés en direction de Moscou. La voiture entra par un portail gardé par deux hommes armés, le chauffeur déclina son identité et dû montrer une carte lui permettant d'accéder à la piste numéro trois. La limousine roula pendant deux bonnes minutes avant de s'arrêter à une vingtaine de mètres du jet. Ueki descendit ouvrir la porte de la voiture et Kei sauta à l'extérieur.
Bon voyage, monsieur.
Merci Ueki. Profites-en pour rester avec ta famille !
Merci, monsieur !
Kei s'approcha de l'avion et s'apprêtait à monter lorsquil fut interpellé par la présence d'une limousine noire devant le hangar voisin.
C'est
elle
La portière de l'autre limousine s'ouvrit et Karma descendit avec grâce et légèreté. Kei fit quelques pas dans sa direction mais s'arrêta lorsque Karma tourna la tête vers lui. Il entendit alors sa clochette tinter et il s'approcha de lui. Quelques pas les séparaient alors que le chanteur s'arrêta. Il leva sa main droite et l'approcha de la joue de Kei qui se laissa faire.
Vous partiez ? demanda Karma d'une voix plus douce que jamais.
Je
Je vais à Moscou.
Moscou ? Comme c'est étrange
.
Karma effleura la joue de Kei et repartit en direction de sa voiture. Un autre jet attendait trois hangars plus loin.
Karma
Monsieur Takayama ? Le pilote sortit de l'avion. Nous sommes prêts à décoller.
Kei ne répondit pas et attendit quelques secondes avant de retourner vers l'avion. Une fois à l'intérieur, il s'assit nerveusement dans un siège et scruta l'extérieur depuis un des hublots. Il pouvait apercevoir le jet à des dizaines de mètres mais il put aussi voir la limousine de Karma garée aux pieds de l'appareil.
Elle est sûrement à l'intérieur
, dit-il, pensant à haute voix. Où peut-elle bien aller
Le vol jusque Moscou sembla durer des heures interminables pour Kei qui n'aimait pas rester enfermé trop longtemps. Il se penchait de temps en temps sur le hublot pour contempler le paysage mais la nuit arriva plus tôt qu'il ne l'avait pensé et les nuages masquèrent vite la vue qu'il commençait à peine à apprécier. Lorsqu'il atterrit à l'aéroport de Moscou, il se leva d'un bond et marcha avec hâte jusqu'à la porte. Il tourna la poignée, bien trop impatient qu'on le fasse pour lui et sauta sur le sol sans même attendre les escaliers. Une BMW vert anglais l'attendait à quelques mètres du jet et un chauffeur lui ouvrit la porte.
Bonsoir monsieur Takayama. Il avait les mots d'un japonais mais l'accent d'un russe. Je suis Vladimir Pietrowski. Monsieur Nakajima m'a envoyé vous chercher. Je vous conduis tout de suite à lui.
Quelle gentille attention de sa part !
Le trajet jusqu'à l'hôtel dans lequel se trouvait Takeshi fut plus court que Kei ne l'avait pensé. Il contemplait les rues dévastées dans lesquelles ils roulaient et se réjouit bien malgré lui de ne pas habiter dans un tel endroit. Les agents de police veillaient à chaque coin de rue mais semblaient plus attirés par les prostituées que par les voyous.
Nous sommes arrivés, monsieur. La voiture se gara sur le côté de la route. Monsieur Nakajima m'a dit qu'il vous attendait au bar de l'hôtel.
Eh bien, ça ne m'étonne pas de lui !
Kei descendit après que Vladimir lui ait ouvert la porte et entra dans l'immense hôtel. Des hôtesses lui souhaitèrent la bienvenue et, lui faisant de grands sourires, lui dirent qu'elles seraient là s'il venait à avoir besoin de quoi que ce soit. Quelque chose
ou quelqu'un, pensa Kei. Il se dirigea vers l'accueil et demanda la direction du bar. Un jeune homme lui répondit dans un anglais presque parfait malgré un léger accent trahissant ses origines slaves. Kei marcha alors le long d'un couloir aux tapisseries rouge vif et poussa la porte du bar. Il balaya la salle des yeux avant de les arrêter sur un homme qui se tenait assis au comptoir entouré de deux belles jeunes femmes.
Alors l'ami, lança Kei. Je vois qu'on se paie du bon temps aux frais de la société ?!
Kei ! On attendait plus que toi ! Assieds-toi ! Et dis bonjour à nos compagnes de cette soirée. J'ai complètement oublié leur nom et elles ne parlent pas un seul mot de japonais !
Et tes cours d'anglais de la fac ?
Tu sais très bien que je n'ai jamais été très doué dans cette matière ! Allez, assieds-toi et prends un verre, fais comme nous !
Kei s'assit lui aussi au comptoir et un verre de vodka lui fut immédiatement servie.
Alors, Moscou ? demanda Takeshi.
Je viens à peine d'arriver ! Et toi ? Tu te plais ici ?
Tu plaisantes ! C'est un vrai petit paradis ! Et tu sais combien j'aime les blondes
Je ne le sais que trop bien ! Et la Lionne ?
Je suis toujours sur le coup. Takeshi se leva et s'assit de l'autre côté de Kei comme pour lui parler sans ses compagnes. Je crois qu'il y a un problème.
De quel genre ?
Du genre collant. J'ai l'impression que quelqu'un me suit de près depuis quelques jours.
Ce doit sûrement être une de ces femmes que tu as charmée !
Je ne plaisante pas, l'ami. Quelqu'un doit être au courant pour notre petite combine.
Mmm... Je vois.
Takeshi se leva et entraîna Kei par le bras hors du bar.
Et les deux
Laisse. Elles trouveront un autre pigeon.
Ils montèrent à la suite dans laquelle Takeshi séjournait et s'assirent dans le salon.
Comme je te disais, j'ai l'impression d'être suivi.
Mais qu'est-ce qui te permet de dire ça ?
Il y trois jours, un homme s'est soit disant trompé d'étage et aurait frappé à ma porte en cherchant un soit disant Kowalsick. Tu sais que c'est mon nom de couverture. Seulement, je ne me suis pas enregistré ici sous ce nom. Et ça ne peut être le hasard. Hier, une jeune femme m'a accosté au bar et on s'est mise à discuter. Au début, elle me posait des questions sur le Japon, puis des questions un peu plus personnelles. Mais ce qui m'a mis sur le qui-vive c'est le fait qu'elle parlait très bien anglais et sans accent russe.
Mmm
Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Je sais pas trop. Pour le moment rien. Tu n'as aucune preuve de ce que tu crois alors ne tentons rien.
Takeshi soupira profondément pour montrer son mécontentement mais Kei n'en tint nullement compte. Il se leva et s'approcha de la grande fenêtre.
Les nuits sont encore fraîches dehors. Je plains tous ces sans-abri. Quel pays !
Kei. Je suis sérieux. Je suis persuadé que
Je sais. Je te crois. Mais nous ne devons montrer aucun signe de soupçon. Laissons-les venir à nous. Ils verront que nous ne sommes pas des rigolos.
Un large sourire de satisfaction trancha le visage de Takeshi. Kei avait toujours eut confiance en lui. Ils se connaissaient depuis toujours et leur amitié avait tissé des liens très forts entre eux. Kei considérait Takeshi comme son frère et savait qu'il pouvait compter sur lui. Et ce quoi qu'il arrive. Takeshi s'approcha lui aussi de la fenêtre et regarda Kei perdu dans ses pensées.
A quoi tu penses ?
J'ai vu Karma à l'aéroport, juste avant de partir.
Cette femme t'obsède vraiment, on dirait. Ça c'est parce que t'es en manque, mon ami !
Ne dis pas de bêtises ! Elle a quelque chose de tellement
profond
Fais gaffe à ce que tu dis quand même !
Takeshi ! Ne crois pas que nous ayons tous de sales pensées comme les tiennes dès que nous parlons d'une femme !
Ne joue pas à ça avec moi, Kei. Je te connais comme personne et je suis sûr que tu aimerais bien la mettre dans ton lit !
Elle est vraiment différente de toutes les femmes que j'ai rencontrées dans ma vie. Ah si seulement je pouvais lui parler encore une fois. Depuis ce concert il y a deux mois, je n'ai pas pu l'approcher.
Tu m'avais pourtant dit que vous aviez été très proche tout les deux.
Il y eu comme
je ne sais pas. C'était vraiment étrange.
Tu m'as bien dit que tu l'avais
Chut ! Ne dis plus rien, murmura Kei. J'ai entendu des bruits dans la pièce d'à côté. Qu'est-ce que c'est ?
Comment veux-tu que je le sache ?
Je te parle de la pièce !
C'est le bureau.
Et c'est là que tu travailles ?
Non. Tout est dans la chambre dans un coffre.
Kei marcha sans faire de bruit jusqu'à la porte du bureau. Il colla son oreille contre le bois vernis et cessa de respirer quelques secondes pour écouter ce qu'il y avait à l'intérieur.
Tu attendais de la visite ?
Pas spécialement, non.
Takeshi courut de l'autre côté de la porte sur la pointe des pieds et attendit le signal de Kei pour ouvrir la porte. Kei inspira profondément, leva la main et la baissa vivement, signe qu'ils devaient donner l'assaut. Ils ouvrirent la porte en grand et toisèrent la pièce afin d'y trouver l'intrus. Une silhouette jeta quelque chose dans leur direction et sauta par la fenêtre ouverte.
Il s'enfuit ! cria Takeshi qui se lança vers la fenêtre.
Il se pencha dehors, au risque que l'intrus soit encore là, perché sur la corniche. Il souffla lorsqu'il constata qu'il n'y avait plus personne, comme si l'homme s'était volatilisé.
Il est parti.
Regarde
Kei se pencha sur le sol et ramassa un objet cylindrique.
Mais
! T'es malade ou quoi ?! C'est une grenade !
Arrête de paniquer, il y a encore la sécurité. Il observa l'objet de plus près. On dirait qu'il n'a pas voulu la faire exploser
Ouais, c'est ça. Il nous balance une grenade comme un gentil petit cadeau !
C'est peut-être un avertissement. Kei regarda le bureau sur lequel une multitude de papiers avaient été éparpillée. Regarde s'il ne te manque rien.
En tout cas, s'il cherchait quelque chose à propos du vase, il s'est bien trompé !
Kei s'approcha de la fenêtre. Comment un simple homme pouvait-il se volatiliser du vingt cinquième étage sans qu'on le voie ? Il regarda le toit de l'hôtel et regarda le sol.
Montre-moi ce que tu as sur la Lionne.
Takeshi conduisit son ami jusqu'à la chambre et ouvrit le petit coffre fort qui se trouvait près du lit.
Tiens. Takeshi lui tendit son ordinateur portable. J'ai tout rentré là-dedans. J'ai eu quelques contacts avec des acheteurs européens et arabes mais rien de bien menaçants. Tout ce qu'ils veulent c'est me mettre la pression pour que je laisse tomber la partie.
Et Jenkins ?
Il m'a gentiment salué en me souhaitant la bienvenue dans la fosse aux lions.
Mmm
Beau jeu de mot quand on sait qu'on se bat pour une lionne
Rien d'autre ?
Non.
Kei alluma l'ordinateur. Les données défilaient au fur et à mesure qu'il pianotait sur le clavier. Il s'assit sur le lit et Takeshi se planta devant lui.
Et Karma ?
Quoi Karma ?
Tu ne m'en parles pas ?
Je t'ai déjà dit que je l'ai vue à l'aéroport.
Et où elle allait ?
Je n'en sais rien.
Je suis sûr que tu lui plais. Invite-la !
Ici ? T'es fou ! On manque de nous faire exploser et tu voudrais que je la fasse venir ici ?! pesta Kei.
Non, pas ici à Moscou, invite-la une fois que tu seras rentré à Tôkyô. Tu n'es pas n'importe qui, elle acceptera. Envoie-lui des roses, elles aiment toutes ça.
Et tu parles en expert, c'est ça ? Je ne sais pas.
Deviendrais-tu timide ? Ça ne te ressemble pas.
Ce n'est pas que je sois timide, c'est juste que
je n'arrive pas à savoir ce qu'elle est exactement, il me semble qu'elle cache bien plus qu'un visage. Je n'arrive pas à la sonder.
Attends de la connaître un peu mieux pour faire ce genre de chose
!
Kei leva les yeux de l'ordinateur et lança un regard noir à Takeshi qui sourit bêtement pour se faire pardonner de sa remarque déplacée. Il savait que Kei n'aimait pas qu'il fasse ce genre de plaisanterie quand il s'agissait de Karma. Se replongeant sur son écran, Kei soupira.
Nous sommes trois sur la Lionne et rien n'avance. Cette situation m'exaspère.
Allez, viens, dit Takeshi en tendant la main vers Kei. Je vais te faire faire un petit tour de la ville histoire que tu connaisses un peu Moscou by night. Il y un club select au centre ville et je connais quelqu'un qui y va souvent.
Encore une de ces blondes ?
Mmm
Tu risques d'être surpris.
La limousine démarra alors qu'ils venaient de grimper à l'intérieur. Les lumières de la ville défilaient sur la carrosserie noire et de la buée commençait à se former sur les vitres. Le chauffeur s'arrêta devant une grande bâtisse de luxe et ouvrit la porte à ses passagers.
Nous y voici, messieurs.
Merci Vladimir, dit Takeshi en lui tendant quelques billets, des dollars évidemment.
Takeshi passa devant et s'arrêta devant l'entrée. Il s'approcha d'un des vigiles et tout deux s'échangèrent quelques mots en russe. Puis il revint vers Kei qui le regardait comme s'il s'agissait d'un extraterrestre.
Tu parles le russe maintenant ?!
C'est fou ce qu'on peut apprendre sur l'oreiller ! Viens, suis-moi, on va entrer.
Ils passèrent entre les vigiles qui gardaient l'entrée et passèrent dans un couloir étroit qui donnait sur une grande salle finement décorée. Plusieurs tables y étaient disposées et des serveuses au charme slave allaient et venaient à travers la pièce.
C'est un restaurant ?
En partie, oui. Mais pas seulement. Il y a une autre salle. Tu verras, elle est plus à notre goût.
Avec toi, je crains le pire
Ils passèrent un rideau, puis un couloir et enfin un autre rideau pour enfin arriver dans une autre salle bien différente de la première. A l'entrée se tenaient deux femmes en tailleur noir et l'ambiance était plus feutrée. Une scène vide au fond de la pièce laissait penser qu'il y avait des spectacles, et Kei se demanda de quel genre de représentation il pouvait bien s'agir. Takeshi lui fit signe de le suivre et ils s'assirent sur une banquette non loin de la scène. Sur la table, une bouteille de whisky et deux verres avaient été posés probablement avant leur arrivée car ils n'avaient passé commande auprès de personne. Kei se tourna vers son ami et le regarda d'un air perplexe.
Tu m'expliques ?
Le patron est devenu un ami. Je venais souvent ici et j'ai sympathisé avec lui sans savoir de qui il s'agissait. Il était assis au bar du restaurant et on a discuté pendant toute une soirée sans se connaître. C'est comme ça que tout a commencé.
Et la bouteille ? Je suppose que c'est lui.
Perspicace, l'ami ! Dis-moi, ça ne te tenterait pas un peu de compagnie ?
Tu ne peux vraiment pas t'en empêcher
J'avoue que
non. C'est vraiment plus fort que moi !
Il sourit à Kei et se leva subitement. Un homme d'une soixantaine d'années venait à sa rencontre, deux femmes à ses bras.
Takeshi ! Quel plaisir de vous avoir parmi nous ce soir !
Dimitri !
Les deux hommes se serrèrent vivement la main et le russe se tourna alors vers Kei.
Je vois que vous avez invité un ami.
Oui. Je vous présente
.
Kei regarda Takeshi avec insistance. Il ne voulait pas que sa présence soit connue et Takeshi le comprit tout de suite.
Je vous présente Kei. Nous étions ensemble à l'université et nous nous sommes retrouvés il y a peu de temps. Et comme je venais en Russie pour passer quelques vacances, je l'ai emmené avec moi !
Ah
L'amitié. C'est quelque chose que j'apprécie beaucoup.
Kei se leva et tendit la main au vieil homme. Il fut surpris de voir à quel point sa poigne était encore forte malgré son âge. Dimitri s'assit à côté de lui et les deux femmes l'accompagnant se placèrent près de lui.
Vous êtes seul, messieurs ?
Pour le moment, oui, répondit Takeshi avec un grand sourire. Kei vient juste d'arriver en ville alors il n'a pas encore eu le temps de se détendre !
Qu'à cela ne tienne ! lança le vieil homme, je vais vous donner de quoi vous occuper !
Et les deux femmes se levèrent allant chacune vers les deux jeunes hommes surpris.
Profitez-en, elles sont à vous pour toute une nuit ! Il regarda sa montre. Oh ! Je dois vous laisser. Une petite réunion m'attend ! Il fit un clin d'il à Takeshi et se leva. J'espère vous revoir bientôt mes amis ! Ah ! Et profitez bien du spectacle. Une divinité est parmi nous ce soir
Ils se saluèrent et Dimitri partit. Les deux jeunes femmes étaient quant à elles restées auprès d'eux, collant leur corps contre leur veste espérant peut-être sentir l'épaisseur de leur portefeuille.
Tu vois, je t'avais bien dit qu'il était sympa !
Et maintenant ?
Quoi ?! Ne me dis pas que tu t'ennuies ! Dimitri nous a dit qu'il y aurait un spectacle, ne te plains pas !
Je trouve juste que c'est trop calme. Il balaya lentement la salle du regard. Il n'y a que des étrangers ici !
Oui, il faut avoir beaucoup d'argent pour pouvoir rentrer ici. Kowalsick en a lui. Il se plairait ici !
Kei haussa les épaules. Il continuait à regarder les gens présents dans la salle et soupira. Puis tout le monde sembla regarder vers la scène. Kei se tourna lui aussi et vit alors quelques danseuses orientales assises en tailleur sur le sol de la scène. La lumière baissa peu à peu et
Ce parfum !
Son cur accéléra et la chaleur gagna son visage. Se peut-il qu'elle soit ici ? se demanda-t-il alors que les murmures commençaient à monter. Il regarda nerveusement autour de lui et crut sentir son cur s'arrêter lorsque Karma entra en scène.
Un divinité
Les mots de Dimitri lui revinrent subitement à l'esprit. C'est bien elle, la divinité
Eh bien, on peut dire que c'est une belle coïncidence ! Takeshi tapa sur l'épaule de son ami. Alors, content d'être venu ?!
Kei ne répondit pas. Plus rien n'existait autour de lui. Juste cette vision qui le transportait loin de tout. La musique parvint difficilement à ses oreilles tant il ne faisait attention à rien d'autre que le chanteur. Et sa voix
Le visage de porcelaine se tourna vers lui et il lui sembla alors le voir sourire.
Impossible
, murmura-t-il sans s'en rendre compte.
Karma ne chanta que deux chansons, les plus connues. Il sortit de la scène sous une pluie d'applaudissements qui firent redescendre Kei sur terre. Karma se dirigea directement vers la petite loge prévue pour les stars de passage au club et s'assit face au miroir de la coiffeuse, donnant l'impression qu'il se regardait.
Tu veux rentrer maintenant ? demanda Satoshi qui lui posait une veste sur les épaules pour le préserver du froid qui régnait dans la loge. Karma secoua légèrement la tête et ses yeux clos fixèrent son assistant.
Tu veux que je te laisse ?! Pourq
il s'arrêta. Ah. Alors je m'en vais. N'hésite pas à m'appeler si tu as besoin de moi surtout.
Kobayashi ouvrit la porte et sentit alors la main de Karma se glisser dans la sienne. Karma caressa la joue de son assistant et suivit la courbe de son nez avant de caresser ses lèvres du bout de ses doigts.
Ne t'inquiète pas, je serai dans les parages.
Il sortit et referma la porte derrière lui. Karma retourna s'asseoir à la coiffeuse et se balança légèrement d'avant en arrière en chantonnant. Il posa un vieux livre devant lui et l'ouvrit sur une page à moitié écrite. Il prit une plume et un encrier qui étaient posés sur le coin du meuble, trempa la plume dans l'encre et la fit glisser sur la page, écrivant des signes inconnus. Après avoir écrit quelques lignes, il posa la plume, ferma le livre et attendit. Quelqu'un frappa alors à la porte. Karma leva la main droite et fit tinter sa clochette. Kei, qui se trouvait alors derrière la porte, entendit ce son et l'interpréta comme une invitation à entrer. Il appuya sur la poignée, poussa la porte et pénétra dans la pièce sombre. Il n'y avait que quelques bougies pour l'éclairer et malgré le modernisme du mobilier, il trouva cette ambiance de circonstance.
C'est alors qu'il vit le visage de Karma dans le miroir. Il ne lisait aucune expression mais pouvait sentir comme une attraction venant de lui. Karma se leva et s'approcha de lui, faisant tinter sa clochette à chacun de ses pas. Pas un bruit ne venait troubler le silence qui suivit ces tintements alors qu'ils n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre. Kei ne parvenait pas à savoir ce que voulait Karma. Il lui avait pourtant semblé l'avoir entendu l'appeler alors qu'il avait fini de chanter. Se serait-il trompé ? Ou poussé par une envie rongeante de le revoir aurait-il inventé cette voix lui disant de le rejoindre dans la loge ? Karma leva la main et caressa la joue de Kei. Puis son nez, et ses lèvres sur lesquelles il s'attardait un peu plus. Puis il posa ses doigts sur ses propres lèvres comme pour goûter au goût de celles de Kei. La porcelaine du visage étincelait à la lueur des bougies dont les flammes dansaient langoureusement, faisant valser leur ombre contre les murs, les mêlant parfois dans l'imaginaire.
Vous approchez du but, murmura Karma. Vous êtes un chasseur redoutable
Je n'ai fait que suivre la piste
La piste
Karma émit un petit rire. Je ne parle pas de moi, mais des vases.
Kei rougit instantanément. Comment avait-il pu croire que Karma pouvait se comparer à du gibier ?
La Lionne vous sourit, elle vous appelle. Je l'entends
Vraiment ?
Comme je vous entends vous lorsque vous pensez à moi
si souvent, n'est-ce pas ?
Kei sourit.
Ne soyez pas gêné, c'est tout à fait normal
Normal ? Pourquoi ?
Fermez les yeux, Kei
Que
?
Karma passa sa main sur les yeux de son visiteur et les ferma du bout de ses doigts.
Quoi qu'il arrive, gardez-les fermés
Co
Comment savez-vous que je pense à vous
souvent ?
Parce que c'est normal
Pourquoi ?
Parce que
La Vierge vous veut
A ces mots, le masque de Karma sembla changer de texture, prendre de plus en plus celle d'une peau humaine, ses lèvres se muant en peau rosée, le reste du visage restant pétrifié dans la porcelaine.
La Vierge
, murmura Kei avant que ses lèvres ne rencontrent celles de Karma.
Il fut surpris d'un tel contact inattendu et faillit ouvrir les yeux si une voix intérieure ne lui avait pas rappelé de les garder fermer. Les mains de Karma se glissèrent sous la veste de Kei qui saisit délicatement la star par la taille. Et leurs lèvres ne se décollaient pas, chacun goûtant à la douceur de l'autre dans un instant presque magique. Karma fut le premier à décoller son visage de celui de Kei qui garda les yeux fermés encore quelques secondes, passant sa langue sur ses lèvres en souriant.
Puis-je ouvrir les yeux ? demanda-t-il, persuadé de voir enfin le vrai visage de Karma.
Patience
Les lèvres rosées de Karma se recouvrirent alors de porcelaine comme d'une carapace pour se protéger du monde extérieur.
Maintenant vous pouvez
Kei ouvrit doucement les yeux, croyant découvrir un visage de chair et de sang mais fut surpris de voir que le masque était toujours là.
Vous semblez surpris
Je
je ne suis pas sûr de ce que je viens de ressentir.
C'est peut-être mieux ainsi
Je dois partir maintenant, mon assistant Satoshi m'attend depuis longtemps.
Vous semblez très proches tous les deux.
Seriez-vous jaloux ? Karma fit glisser ses mains sur le torse de Kei avant de se diriger vers la porte.
Peut-être un peu, oui.
Vous avez pourtant eu quelque chose qu'il n'aura jamais
Vraiment ?
Karma ne répondit pas. Il passa sa main gauche dans sa manche droite et en sortit une petite clochette bleue.
Tenez, c'est pour vous. Il lui tendit la clochette. Faites-la tinter quand vous pensez à moi. Peut-être que cela nous rapprocha. Heureux de vous avoir revu, monsieur Takayama.
Il ouvrit la porte et s'apprêtait à sortir lorsque Kei le retint par le bras, l'agrippa à la taille et l'embrassa. Mais sa surprise ne fut pas totale lorsqu'il rencontra la porcelaine sous ses lèvres.
N'aurais-je donc plus le droit à un baiser ?
En son temps, monsieur Takayama, en son temps.
Quand nous reverrons-nous ?
Bien assez tôt, croyez-moi.
Où ?
Ne soyez pas pressé ! Chaque chose arrive lorsqu'elle doit arriver. Prenez votre mal en patience... Karma caressa la joue de Kei et passa le bout de ses doigts sur ses lèvres. Et merci pour le baiser
Il partit dans le couloir et rejoignit Satoshi qui l'attendait de l'autre côté. Karma se blottit dans les bras de son assistant comme s'ils ne s'étaient pas vus depuis longtemps. Kei les regarda partir et rejoignit Takeshi une fois Karma perdu de vue.
T'en as mis du temps ! Elle t'avait enfermé ? Eh bien, tu n'as pas l'air dans ton assiette. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Kei ne répondit pas. Il venait de réaliser que Karma avait parlé de lui au masculin. «Heureux de vous avoir revu»... Ces mots résonnaient dans sa tête
Karma serait
C'est un homme
Kei porta la main à sa bouche, passant ses doigts sur ses lèvres.
Qu'est-ce que tu dis ?
Je
Il se tourna vers Takeshi. Non, rien. Rien du tout.
Kei partit en premier et sortit de la salle sans même faire attention à la femme qui le suivait, laissant à son ami une deuxième compagne. Il passa devant les vigiles toujours devant l'entrée et regarda de tous les côtés, cherchant en vain la silhouette de Karma. Takeshi appela la limousine et tous les quatre, hommes et femmes, montèrent à l'intérieur. Kei passa machinalement un bras autour des épaules de la femme qui venait de s'asseoir contre lui et regarda par la fenêtre sans faire réellement attention à elle. Karma
Cette voix
Cette main sur sa joue, mais surtout
Ce baiser
Un homme
, murmura-t-il.
Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Takeshi en décollant son visage de celui de la blonde qui l'entourait de ses bras et de ses jambes , à moitié allongé sur la banquette en face de Kei.
Rien. Je pense à voix haute.
Tu ne profites pas du petit cadeau de notre ami ?
Kei se tourna vers la femme contre lui et regarda sa main qui glissait sur son ventre sous sa chemise. Il ne s'était même pas rendu compte qu'elle lui avait déboutonné la chemise et ouvert les deux premiers boutons de son pantalon. Il eut un mouvement de recul et reboutonna son pantalon. Takeshi quitta quelques secondes l'emprise de la jeune femme et s'approcha de son ami.
Je te connais bien, l'ami, et je sais que quelque chose ne va pas.
Kei regarda Takeshi, les femmes puis revint sur Takeshi. Ce dernier comprit alors que la soirée coquine s'arrêtait là et demanda aux deux femmes où elles préféraient être déposées. Après avoir tenté de les convaincre de les garder, elles finirent par lui donner l'adresse d'un hôtel où il pourrait les laisser. Après les avoir raccompagnées jusqu'à leur chambre et passé un petit moment avec elles, Takeshi retourna à la voiture dans laquelle Kei l'avait attendu.
Waw ! Tu aurais dû monter avec moi ! Ces filles sont explosives !
Kei jeta un rapide regard sur le coureur de jupons.
Ta braguette est mal fermée, dit-il sur un ton morne.
Ma
? Ah ! Même pas le temps de souffler ! Takeshi remonta la fermeture éclair et s'assit lourdement en face de son ami. Maintenant dis-moi ce qui ne va pas.
Kei hésita. Il fixa Takeshi et secoua légèrement la tête de gauche à droite.
Soit je deviens fou, dit-il, soit
Kei s'arrêta.
Soit quoi ? Continue !
Soit
Soit Karma est un homme, dit-il en regardant par la fenêtre.
C'est bien possible ! Tu sais très bien que personne ne sait ce qu'il est réellement ! Mais
C'est pour ça que tu as interrompu une si belle soirée ?! Tu sais que c'est la deuxième fois qu
Elle m'a embrassé.
Et alors, ça ne serait pas la première fois !
Oui, mais là c'était totalement différent.
Pourquoi dis tu ça ?
Je
J'en sais rien, c'est trop confus dans ma tête.
Explique-moi ça en détails parce que tu vas me faire gâter avant l'âge à me dire des trucs pareil !
Quand je suis allé dans sa loge, après sa représentation
Ce
ce n'était pas un baiser comme la première fois, ce n'est pas la porcelaine que mes lèvres ont sentie
C'était de vraies lèvres, une peau si douce et
Tu es en train de me dire que tu as vu son visage ?
Non, non. Elle
ou il a insisté pour que je ferme les yeux.
Et qu'est-ce qui te fait dire que c'est un homme ?
Quand nous nous sommes quittés, elle m'a dit «heureux de vous avoir revu».
Mmm
Ça devient embêtant si c'est un homme. Surtout pour un homme qui aime les femmes. Mais tu es sûr de ce que tu as entendu ?
Absolument. Je ne sais pas ce que je dois en penser.
Attends de la revoir et demande lui la vérité.
Ce n'est pas aussi simple que ça. Parfois il me semble qu'elle
qu'elle est totalement inaccessible, et pourtant je suis le seul à l'entendre parler, le seul à l'embrasser.
Ça tu n'en sais rien !
C'est elle-même qui me l'a dit.
Et Satoshi, son assistant ? Ils ont l'air proches tous les deux.
Elle dit m'avoir donné une chose qu'il n'aura jamais.
Mmm
J'ai beau connaître beaucoup de femmes, celle ci reste un total mystère !
Parce que ce n'est pas une femme, Takeshi. J'en suis maintenant persuadé.
Kei regarda son reflet dans la vitre et repensait encore à ce baiser. Il s'en voulait de ne pas avoir ouvert les yeux alors qu'il le pouvait sans que Karma ne s'en rende compte. Ils arrivèrent bientôt au pied de leur hôtel et descendirent sur le trottoir. Mais au moment de refermer la porte de la limousine, une explosion les fit se jeter sur le sol, se couvrant la tête de leurs bras. Les flammes embrasèrent le ciel et des débris parfois gros comme des voitures tombaient autour d'eux.
Takeshi ! hurla Kei en se relevant doucement. Il faut se mettre à l'abri et vite !
Ils coururent de l'autre côté de la rue, évitant parfois de justesse les morceaux de fer s'écrasant sur le sol. Ils longèrent la rue et s'arrêtèrent suffisamment loin pour pouvoir observer la scène en toute sécurité.
Bon sang, l'ami ! s'exclama Takeshi. On dirait bien que c'est notre étage qui vient d'exploser !
Les vases !
T'inquiète pas, j'emmène toujours avec moi mon petit ordinateur préféré. Il est dans la voiture, dans une trappe secrète.
Il vaudrait mieux le récupérer avant qu'un morceau ne
Kei fut coupé par l'explosion de la voiture. Une énorme poutre de fer embrasée venait de tomber dessus faisant exploser le réservoir. Environ cinq minutes plus tard, les pompiers arrivèrent sur les lieux suivis de près par la police qui étendait un cordon de sécurité autour de l'hôtel.
Les vases
La Lionne
Tout est perdu
Kei était déconcerté. Tout ce qu'ils avaient réussi à rassembler sur la Lionne se trouvait dans la voiture qui flambait tel une torche de fer. Une limousine blanche s'était arrêtée à une vingtaine de mètres des lieux et semblait attendre. Kei plongea ses mains dans ses poches et sentit alors un petit objet rond. Il le sortit de la poche et le mit dans le creux de sa main.
Karma
Il contempla la clochette bleue et la fit tinter une fois, deux fois. Puis un troisième tintement se fit entendre mais il ne venait pas de la clochette bleue. Kei se retourna vivement et vit Satoshi qui l'attendait adossé à la voiture.
Takeshi. Suis-moi.
Il tapa sur l'épaule de son ami et marcha jusqu'à la voiture.
Qu'est-ce qu'elle fait là ? demanda Takeshi en regardant la clochette dans la main de Kei. Et ça qu'est-ce que c'est ?
Kei ne répondit pas. Il glissa l'objet dans sa poche et inspira profondément avant de s'arrêter devant Kobayashi.
Messieurs, dit Satoshi qui s'écarta de la portière ouverte, il me semble que vous n'avez plus de toit pour dormir. Vous avez de la chance que Karma ait décidé de passer par ici pour rentrer à son hôtel. L'hébergement vous est proposé. A vous d'accepter. Ou non.
Kei se pencha pour voir Karma à l'intérieur de la voiture mais ce dernier ne semblait pas intéressé par la conversation. Il avait la tête tournée vers l'autre côté de la rue comme si l'hôtel en feu n'existait pas.
Nous louons l'étage d'un hôtel. Il y a donc quelques chambres libres.
Vous passiez ici par hasard ? dit Kei en se redressant.
On peut dire ça. Alors ? Satoshi montra l'intérieur de la voiture de la main.
Kei hésita. Il mourait d'envie de se retrouver près de Karma mais se posait des questions. Pourquoi sont-ils passés par ici à ce moment-là ? Il regarda Takeshi qui ne comprenait pas grand chose à la situation et regarda l'intérieur de la voiture.
C'est d'accord.
Vous m'en voyez ravi ! Eh bien montez, Karma vous attend à l'intérieur.
Kei monta le premier et s'assit en face du chanteur qui ne tourna même pas sa tête lorsqu'il s'assit. Kobayashi s'assit en face de Takeshi qui venait de s'asseoir à côté de Kei.
Karma est fatigué aussi vous nous excuserez si nous roulons un peu vite, il lui faut beaucoup de repos.
Kei ne quittait pas Karma des yeux. Il voulait absolument voir le moindre indice qui l'aurait aidé à en savoir plus quant à ce qu'il était vraiment.
J'ose espérer que vous n'aviez rien d'important dans votre chambre.
Comment savez-vous qu'il s'agissait de notre chambre ?
Eh bien
Satoshi bafouilla. Eh bien, je
Je sais qu'il s'agit de l'étage réservé aux suites donc je me suis dit
Kei regarda le masque de porcelaine avec attention.
Nous avions quelque chose de très important en rapport avec les vases mais nous l'avons perdu.
Karma se retourna vivement vers Kei qui attendait une réaction de sa part.
Quel genre de chose importante ? demanda Satoshi.
Le genre personnel, répondit sèchement Takeshi.
Nous avons fait des recherches sur le Web et nous étions tombés sur un bon filon. Nous n'étions pas les seuls mais nous étions bien placés. Maintenant que nous avons perdu nos données, il faut tout recommencer à zéro et j'ai bien peur que la Lionne ne nous file entre les doigts.
Kei regardait Karma qui le fixait de ses yeux clos. La voiture s'arrêta alors au pied d'un hôtel et un portier ouvrit la portière de la limousine. Takeshi et Satoshi sortirent les premiers et Kei allait les suivre lorsque Karma le retint par la main.
Il faut que vous la trouviez.
Que
?
Kei lut de la peur dans la voix de Karma. Il serra délicatement sa main et caressa sa joue de porcelaine. Satoshi se pencha à l'intérieur de la voiture et jeta un regard froid sur Kei qui lâcha aussitôt la main de Karma.
Une fois montés à la suite qu'ils louaient pour la star, Satoshi montra les chambres que Kei et Takeshi pouvaient occuper. Elles se trouvaient dans la suite elle-même, Satoshi expliquant à contre cur que Karma les voulait ici. Kei prit une douche le dernier et retrouva Satoshi dans le salon.
Comment Karma a su ?
Je ne sais pas. C'est comme ça.
Pourquoi me suivez-vous depuis quelques temps ?
Satoshi regarda Kei d'un air surpris.
Eh bien
Karma dit que vous pouvez l'aider en ce qui concerne les vases.
Qu'a-t-elle à voir avec eux ?
Elle ? Il me semble qu'il vous a bien mis sur la voie concernant son identité sexuelle. Pour ça, il faudrait que vous lui demandiez vous-même lorsqu'il se sera reposé.
Une clochette tinta dans la pièce. Karma apparut dans un kimono bleu foncé. Ses cheveux étaient attachés de façon à ce qu'ils soient assez libres pour lui couvrir les épaules et il portait toujours ce même parfum.
Il
Il veut que vous le suiviez, dit Satoshi d'un ton énervé.
Comment savez-vous tout ça sans qu'il ne prononce un seul mot ?
Demandez-lui.
Kei s'approcha de Karma qui recula et lui fit signe de le suivre dans sa chambre. Kei ferma la porte derrière lui et attendit.
Vous vous posez beaucoup de questions et vous croyez que j'en ai les réponses, n'est-ce pas ? demanda Karma, la tête tournée vers la baie vitrée.
Je m'en pose, oui. Mais je ne sais pas si vous pouvez y apporter une quelconque réponse. Sauf pour une. Kei s'approcha de lui. Pourquoi ne pas m'avoir dit que vous étiez un homme ?
Quelle différence cela fait ?
Une énorme différence !
Pourquoi ? Parce que vous ne pouvez pas vous sentir attiré par un homme ? Parce que vous avez peur de ce que vous ressentez ? Parce que vous avez peur de moi maintenant que vous savez que je ne suis pas une femme ? Evidemment, les rapports vont être plus durs maintenant que vous savez qu'il faut traiter avec un homme.
Ce n'est pas ça. C'est juste que
Juste que vous ne savez pas écouter ce que votre cur vous dit
Karma passa sa main dans les cheveux de Kei qui recula d'un pas. Vous n'aviez pas cette réaction lorsque vous me croyiez femme.
Ça n'a aucun rapport.
Alors fermez les yeux
Kei hésita mais se souvint alors de ce baiser et ferma doucement les yeux. Il sentit les mains de Karma se glisser dans son cou et des lèvres effleurèrent les siennes avant de s'y coller. Kei ne put s'empêcher de répondre à ce baiser et glissa sa langue dans la bouche de Karma, savourant ce goût exquis subtilement sucré. Il aurait voulut ouvrir les yeux mais en fut une seconde fois incapable, comme si quelque chose gardait ses paupières fermées. Il sentit les mains de Karma agripper sa chemise et il brisa le baiser. Kei sentit alors son souffle sur ses lèvres humides et avança la tête à la rencontre de celles de Karma mais il sentit des doigts se poser sur sa bouche.
Je savais que vous changeriez d'avis à mon sujet
, murmura Karma près des lèvres de Kei.
Alors pourquoi me refuser un autre baiser ?
Il est encore trop tôt. Et je vous ai donné bien plus qu'il ne faudrait.
Pour un baiser ?!
Que comptez-vous faire pour la Lionne ?
Kei ouvrit les yeux. Karma était retourné près de la baie vitrée et reliait les étoiles d'un trait dans l'air.
Vous pouvez les voir ? demanda Kei, étonné. A moins que votre cécité ne soit une comédie.
Non. Elle est bien réelle. J'essaie juste de les imaginer. Dîtes-moi, elles brillent beaucoup ?
Kei s'approcha alors de la vitre et leva les yeux au ciel.
Il doit y en avoir des milliers. Et elles brillent comme des diamants au soleil.
Ce doit être beau
Karma baissa la tête.
Kei le regarda et sentit alors la peine grandissante de Karma.
Vous avez toujours été aveugle ?
Toujours, oui.
Et c'est pour ça que vous
Non. Le masque n'a aucun rapport avec ça. Enfin, au départ.
Vous aimez cultiver un certain mystère autour de vous.
Et vous ? Pourquoi courez-vous après ces vases ? Pourquoi vous donner tant de mal pour les avoir tous ?
Parce que j'aime l'art.
Au point d'inventer un faux acheteur pour leurrer les autres acheteurs ?
Comment ?
Je suis fatigué, Kei. Je vais dormir maintenant.
Karma s'éloigna de la vitre et avança près de son lit. Mais Kei était décidé à en savoir plus aussi le retint-il par le bras.
Pas encore ! Dîtes-moi comment savez vous tout ça ?
Kei, je
Karma paniqua.
Il tenta de retirer son bras de l'emprise de Kei mais bascula en arrière sur le lit et entraîna Kei dans sa chute. Ce dernier se retrouva au dessus de Karma, lui bloquant les bras de ses mains. Aucun d'eux ne dit un seul mot. Le masque de Karma sembla changer soudainement de couleur et il libéra une de ses mains pour la passer sur les yeux de Kei qui les ferma sans qu'un seul doigt ne les ait encore touchés. Il approcha son visage de celui de Karma et fut agréablement surpris de rencontrer la chaleur de ses lèvres. Il l'embrassa timidement, se demandant comment ils s'étaient retrouvés dans cette position qui en fait ne lui déplaisait pas. Puis il caressa les lèvres de Karma du bout de sa langue, la fit lentement glisser d'une commissure à l'autre avant de la faire entrer dans sa bouche. Karma ne disait rien et semblait même accepter la situation. Kei ne put empêcher ses mains de défaire la ceinture du kimono et de les glisser sous le vêtement, rencontrant une peau lisse et chaude.
Kei
Je ne
peux
pas
Pourquoi
Je
n'ai pas encore
le droit
Comment ça le droit
? dit-il en plongeant sa tête dans le cou de Karma, inondant son esprit de ce parfum.
Il fit glisser ses lèvres dans son cou puis sur les épaules qu'il venait de dénuder et glissa ses mains entre le kimono et le dos de Karma.
Kei
Non
Je sais que tu en as envie
C'est toi qui me l'as demandé
.
Mais
Je me suis trompé
Je ne peux pas
Karma tenta de se dégager mais Kei le saisit par la taille et l'embrassa avec ardeur. Karma le repoussa alors plus violemment, le faisant presque tomber du lit.
Son masque reprit alors sa texture originale et il recula jusqu'à la tête du lit. Kei ouvrit les yeux et se redressa. Il regarda Karma à l'autre bout du lit qui se rhabillait. Ses cheveux défaits lui recouvraient ses épaules nues et une partie de son visage, laissant croire qu'on avait tenté de le violer.
Karma, je
Ce n'est rien. Ce n'est pas de votre faute. Je n'avais pas à vous faire venir dans ma chambre.
C'est moi qui aurais dû me contenir.
Ce n'est pas grave.
Kei alla à la porte et se retourna une dernière fois.
Bonne nuit.
Karma ne répondit pas. Il noua la ceinture de son kimono et attendit quelques instant. Il entendit le bruit de la porte de la chambre de Kei et se précipita à sa porte. Il se glissa jusqu'à la chambre de Satoshi et frappa doucement à la porte.
Oui ?
Karma entra presque sans attendre la réponse de son assistant et se jeta dans ses bras alors qu'il était allongé sur son lit.
Karma ! Je savais bien que quelque chose n'allait pas ! Il prit le visage le porcelaine entre ses mains et releva les mèches de cheveux qui le cachait partiellement. Tu dis que c'est trop dur
Je sais que ça fait longtemps que tu attends mais il faut encore être patient et tu le sais. Les vases ne vont pas se réunir tous seuls et maintenant qu'ils ont perdu les données sur la Lionne, ça va prendre encore plus de temps. Mais je suis là et quoi qu'il arrive, je resterai toujours près de toi, tu ne seras jamais seul. Il remonta le drap sur les épaules de Karma qui restait blotti contre lui et passa une main dans ses cheveux. Dors tranquillement. Nous verrons ça demain matin.
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