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Un soir, il faisait gris et moche, j’étais en mal d’inspiration.
J’ai regardé par la fenêtre et j’ai écris ce qui me passait par la tête…
Il pleut ce soir. Un temps grisâtre, un ciel grisâtre. Un ciel à se jeter par les fenêtres. Je préfère les soirs d’orage, les soirs de fin du monde. Quand tout le monde se réfugie chez soi et attend… Attend que les murs cessent de trembler et les enfants de gémir. Bah… Tant pis. J’aime mieux la colère que l’ennui, mais puisqu’il faut s’ennuyer, ennuyons-nous.
C’est un soir à jouer au scrabble et à regarder Derrick d’un œil vitreux et absent. Malheureusement, je n’ai pas la télévision, ni le scrabble d’ailleurs. Je vais sortir. Il pleut, mais tant pis. Au fond j’aime bien la pluie. Elle vide les rues et chasse les importuns, fait râler les râleurs et bouder les boudeurs. C’est un temps à rien et à n’importe quoi.. Un temps à rester chez soi. Alors je vais sortir. Par pur esprit de contradiction.
La pluie glisse doucement dans mes vêtements et me gèle les os. Je frissonne. Sans me presser, je traîne mon errance dans les rues désertées. Un petit vent me caresse la nuque. Mes pas me mènent vers des lieux inconnus. Finalement, c’est un temps à poème. Mais mon esprit paresseux contemple vaguement les gouttes de pluie fine, le long de ma promenade solitaire, et se tait.
Au détour d’un chemin, je croise deux amants, et m’arrête. Par ce temps grisâtre il n’y a pas de fête. Je crois bien que leurs larmes se mêlent à la pluie. Qui sait. Ils s’embrassent et murmurent, ils ont l’air de s’aimer. Leurs regards brillent par cette sombre soirée. Mais cet amour n’est pas heureux, c’est écrit dans leurs yeux. Sur leurs beaux visages tremble le désespoir, il vacille, et s’accroche, et leurs cœurs s’y déchirent.
Une voix appelle d’un balcon. La jeune fille embrasse son compagnon. Elle s’écarte avec la conviction d’un papillon fuyant la lumière. Leurs regards se cherchent s’attardent, et se séparent. Lentement une porte se referme sur elle, et sur son désespoir. Mais on devine, quelque part, un rideau vite écarté. Dernier regard. Dernier adieu murmuré. Oui, on croirait bien qu’ils se quittent à jamais.
Je retourne pensive à ma marche bohême. Peut-être que j’écrirais un poème.