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Fiction » Horror » Danse Macabre font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Lenamei Aoi
Fiction Rated: M - French - Horror/Romance - Reviews: 41 - Published: 05-15-03 - Updated: 01-11-04 - id:1303492

Bonjour tout le monde ! Non, vous ne rêvez pas ! C'est bien une update ! lol Ah oui, là vous avez le droit de m'en vouloir... à moitié ! Mon nouveau site () me prend beaucoup de temps mais je pense que c'est pour la bonne cause... Si seulement je pouvais vivre de ce que je fais, entre écrire et traduire, ça serait un rêve, vraiment...

Voilà, bonne lecture à vous tous !

IX - Essence

— Où les as-tu menés ?

— Chez Lucius.

— Lucius ?! s'étonna Constantin.

— Tu ne voulais tout de même pas les garder ici, n'est-ce pas ? lui dit Pascal.

— Hm... Kanaan m'intéresse beaucoup, il a quelque chose de spécial. Mais je ne voudrais pour rien risquer la vie d'Ambroise pour un fou.

— Et Jifroë ? Qu'en penses-tu ?

— Beaucoup de bien... Mais il cache quelque chose, son double jeu ne le mènera pas loin à Paris. Il croit pouvoir duper son monde mais il ne connaît pas encore les vampires.

— Il est pourtant agile et sûr de lui.

— Il a l'âme d'un dirigeant mais est bien trop aveuglé par son frère pour voir le monde qui l'entoure. Et ce nouveau monde dont il fait partie maintenant ne lui laissera pas sa chance. Il va y laisser beaucoup de lui-même... C'est sûrement bien que tu les aies amenés chez Lucius... ce bon vieux Lucius...

***

Jifroë attendait, assis près de son frère encore sans connaissance. Il lui caressait distraitement les cheveux, passait ses doigts dans son cou. Il aimait ce contact avec lui, il l'avait toujours aimé, même de leur vivant. Jifroë écoutait les bruits de la demeure, les voix qu'il entendait dans sa tête et les murmures qu'on lui envoyait pour lui souhaiter la bienvenue. Il ne comprenait pas grand-chose à ce qu'il se passait ici. Et pour lui, Pascal les avait trahi.

— Au diable ce traître. Il me le paiera cher.

Kanaan bougea un peu puis s'éveilla en sursaut.

— Jifroë ! hurla-t-il en se redressant d'un coup.

— Je suis là, le rassura son frère en le prenant contre lui.

— Tu l'as embrassé...

Le ton accusateur de Kanaan laissa Jifroë perplexe.

— Ne sais-tu donc jamais passer inaperçu pour en tirer le meilleur profit ? dit l'aîné.

— Je ne sais pas ramper devant les exigences des autres, voilà tout.

— Tu nous attireras les foudres de tous les dieux si tu continues ainsi.

— Mais au moins je suis honnête !

— Aurais-tu donc des principes, mon cher frère ?

— J'en ai, oui, certainement, même. Pour qui me prends-tu ?

— Pour un petit effronté qui ne me fera pas croire que l'honnêteté lui tient à coeur.

Kanaan lui sourit.

— Je ne te tromperai jamais, n'est-ce pas...

— Jamais...

Kanaan embrassa son frère et s'assit sur lui, son visage près de celui de Jifroë.

— Qu'allons-nous faire maintenant ?

— Je suppose que nous excuser devant Lucius serait une bonne stratégie.

— Je ne l'aime pas. Il est prétentieux et arrogant. Il ne t'embrassera plus jamais.

— Il le fera s'il le faut, Kanaan. Et à toi aussi. Ne te crois pas invincible, je t'en prie, tu n'es rien de plus qu'un vampire et nous sommes mortels sous le feu et le soleil. Avec la force dont il nous a fait preuve, je suis certain qu’il pourrait nous faire plus de mal que nous ne pourrions le supporter. Il aurait pu nous le faire aussi…

— Arrête avec ces mots, on dirait Constantin... Kanaan quitta les genoux de son frère et fit quelques pas dans la pièce. Et Pascal ?

— Pascal a tout d'un traître. Il paiera ce qu'il nous a fait.

Le plus jeune s'approcha de la porte de la chambre et tenta d'ouvrir.

— Je ne sais pas en quoi sont faites ces poignées, ni quelle magie tient cette porte fermée mais je n'arrive à rien.

— J'ai moi aussi essayé. Il y autre chose que notre manque de capacités.

— De la magie ? Vraiment ?

— Pourquoi pas... Nous sommes bien des vampires alors de la magie, cela ne m'étonnerait pas...

Tournant sans cesse en rond dans la chambre, Kanaan perdit vite patience. Il s'assit sur le lit et fit basculer son frère en arrière qui se retrouva allongé sur le dos. Quelques mèches d’ébènes effleurèrent le visage blanc sous le sien, il aimait éveiller en son frère les pensées qu’il avait alors que leurs corps se mélangeaient presque.

— Je t'aurais moi-même fait l'amour si j'en avais eu les capacités, lui dit Kanaan.

— Me faire l'amour à moi ? Jamais !

— Pourquoi ?

— Parce que je n'aime pas les hommes, aurais-tu oublié ce détail ?

— Même pas moi ?

— Pas comme ça.

— Hm... Tu deviens arrogant comme Lucius.

— Et toi je trouve que tu prends un peu trop le dessus... Jifroë se redressa vivement et plaqua son frère sur le lit. C'est comme ça, et les choses ne changeront pas.

— Tu t'emportes, mon frère... Je ne peux de toute façon rien te faire alors pourquoi prendre cela au mot ?

— Question de principes...

— Ah parce que tu as des principes...

Jifroë sourit et embrassa son frère en lui mordant doucement les lèvres afin d'en tirer leur nectar. Puis il se mordit sa propre langue et laissa un mince filet de sang glisser sur les lèvres de Kanaan, qui lapa le liquide carmin avec délectation. Et soudain la porte s'ouvrit en grand.

— Mes petites brebis égarées ! lança Lucius. Je suis heureux de vous voir en pleine forme ! Mais je vous en prie, ne vous arrêtez pas ! Je suis spectateur de tout ce que vous pourrez me montrer, mes chéris.

— Nous ne sommes pas tes chéris, dit Kanaan d'un ton incisif.

— Oh, j'oubliais, le jeune Kanaan et sa rage. Et toi Jifroë ? Qu'as-tu à me montrer ?

— Mes crocs si tu ne cesses pas ton petit jeu. Où est Pascal ?

— Ailleurs, je suppose, puisqu'il n'est pas là...

— Je n'aime pas ta façon de plaisanter, Lucius.

— Que mon nom sonne bien dans ta bouche... Jifroë... Lucius fit quelques pas vers les deux frères amants et leur tendit une main. Un baiser, pour te faire pardonner...

Toute la colère de Kanaan remonta en lui et éclata. Il se jeta sur Lucius en lui mordant le cou, l'agrippant de ses mains devenues presque des serres. Lucius fit deux pas en arrière sous le choc du saut de Kanaan sur lui mais garda le sourire et se mit même à rire. Jifroë comprit. Lucius était bien trop fort pour eux deux, même leur force assemblée ne devait pas l'atteindre.

Il se leva du lit et passa une main sous le menton de Kanaan, presque sur son cou, tout en le tirant vers lui.

— Je vois que ton frère possède une sagesse que tu n'as pas, Kanaan, dit Lucius en se débarrassant négligemment de son suceur de sang.

— Je ne suis pas un chien ! lança Kanaan. Tu paieras ce que tu nous fais !

— Et toi tu paieras ton insolence ! Il asséna une gifle à Kanaan qui tomba sur le sol, sonné. Ne vous croyez pas plus fort que vous ne l'êtes, vermines ! J'ai horreur des vampires comme vous, à peine nés qu’ils se croient déjà maîtres du monde, tout cela parce qu'ils ont la capacité de revivre de leurs blessures. Vous n'êtes rien ! Même pas bons pour les chiens !

Jifroë serra les poings. Il ne savait pas d'où lui venait le sang-froid qui le maintenait aussi calme mais il savait qu'attaquer n'aurait de toute façon mené à rien.

— Alors ? Tu ne dis rien, Kanaan ? ajouta Lucius. Mon coup aurait-il fini par te calmer ?

Lucius parla trop vite et Kanaan était à nouveau pendu à son cou, tirant sur son artère comme sur une outre bien remplie. Et cette fois-ci, Jifroë ne fit rien, bien trop curieux de voir ce que Lucius allait faire. Il ne s'inquiétait pas pour son frère, ce dernier avait des ressources, quoi qu'il prenne comme coup, il s'en sortirait.

Lucius sembla perdre patience et mordit Kanaan à son tour, là où il put. Jifroë recula de quelques pas, Lucius changeait, il devenait sauvage et lui semblait imprévisible. Soudain, Kanaan lâcha prise en gémissant et fut la proie de la morsure de Lucius qui ne cessait de boire. Jifroë ne savait plus quoi faire, il hésitait entre tirer son frère de cette morsure ou attendre au risque de trouver Kanaan complètement vidé de son sang. Il attendit et Lucius finit par lâcher. Kanaan tomba sans vie sur le sol, les yeux ouverts et le corps tremblant.

— Chercherais-tu à goûter une seconde fois à la mort ? gronda Lucius à qui le sang montait aux yeux. Chercherais-tu à me faire te montrer ce dont je suis capable sur un moins que rien comme toi ? Tu n'es rien, Kanaan, tout comme ton frère. Vous me faîtes sourire avec cette assurance mal placée et cette arrogance des plus dégoûtantes. Aucune prestance... Lucius se mit à rire tout bas. Et toi Jifroë ? Regarde-toi, le mortel que tu as été était aveuglé par la beauté et la douceur de son frère… mais il a changé, n'est-ce pas ? Il est devenu ce petit être sanguinaire et lubrique, tu le détestes autant que tu le désires, tu pourrais le tuer mais tu te tuerais pour lui... Pathétique... Je vais vous apprendre, moi, ce qu'est d'être un vampire, un véritable vampire !

Lucius se jeta sur Kanaan, l'enveloppa dans sa grande veste aux pans immenses et disparut sous les yeux de Jifroë. L'aîné des deux frères resta interdit un instant puis se mit à chercher son frère dans la maison, dans toute la maison. Les autres occupants le suivaient en silence, chuchotant parfois entre eux, murmurant des phrases que Jifroë ne tentait pas même de comprendre.

Puis la patience le quitta et il s'en prit à eux.

— Où est-il ? cria-t-il. Où l'a-t-il emmené ? OU ?

Les femmes se mirent à rire alors que les enfants commencèrent à sautiller partout. Jifroë s'en prit à l'une d'entre elle et la secoua violemment par les épaules.

— Ma patience a ses limites ! gronda-t-il. Dis-moi où est Lucius !

La femme vampire le regarda un long moment d'un air ahuri et lui fit un grand sourire. Jifroë vit rouge et la mordit violemment. Mais c'était sans compter que son geste allait éveiller l'agressivité des autres vampires présents, et alors qu'il prenait le sang de sa victime, les autres lui fondirent dessus en une masse presque uniforme, le mordant de toutes parts. Jifroë lâcha prise et se débattit, il devait retrouver son frère et se venger de Lucius.

Peinant à écarter les buveurs de sang, il dut faire un bond considérable sur le côté pour leur échapper. Il se repéra rapidement et trouva la sortie. Les rues de Paris. Où aller pour trouver son frère ? Où Lucius avait-il pu aller ? Il n'avait aucune piste, aucun indice, rien sauf... Pascal. Il se rua chez Constantin. Le petit théâtre abandonné se vidait doucement de ses occupants lorsqu'il arriva. Il attendit quelques instants puis s'approcha de la porte. Marie était là, on aurait même pu dire qu'elle l'attendait. Et c'était le cas.

— Constantin t'attend, lui souffla-t-elle.

Jifroë ne s'étonna qu'à moitié. Il entra et se dirigea de lui-même. Il ne mit pas longtemps pour le trouver, guidé par les rires mélodieux d'Ambroise. En arrivant dans la salle où le vampire et son amant humain se trouvaient, il ne frappa pas et entra.

— Où est Pascal ? lança-t-il.

— Que tant de politesse, mon cher..., lui dit Constantin en sortant son visage du cou d'Ambroise et sa main de son pantalon.

Tous les deux étaient allongés sur une méridienne recouverte de tissus rouges, bleus et ocre, ils semblaient s'adonner à des jeux dont seul Ambroise pouvait tirer du plaisir purement physique.

— Où est ce traître ?

— Traître ? Parce qu'il t'a emmené chez Lucius ? Je ne vois là qu'un acte de charité alors que toi et ton frère cherchiez endroit où loger. Les vampires du Nouveau Monde ont un sens de l'hospitalité bien étrange...

— Je n'appelle pas ça de l'hospitalité. Lucius a enlevé Kanaan. Pascal doit savoir où je peux les trouver.

— Lucius ne fait que donner une leçon à ton... rejeton.

— Et de quel droit ?

— Vous n'avez pas respecté les règles qu'il impose chez lui. Laisserais-tu quelqu'un venir chez toi et transgresser tout ce que tu as instauré autour de toi ? Je ne le crois pas. Constantin prit un raisin dans la grande coupelle posée sur la table devant lui et caressa les lèvres d'Ambroise avec. Par exemple, tu ne m'empêcheras pas d'aimer Ambroise sous mon toit. Tu me diras bonjour lorsque tu me verras. Ou bien encore, tu frapperas à la porte avant d'entrer...

— Je n'ai pas de compte à te rendre mais Pascal en a envers moi. Dis-moi où je puis le trouver et je m'en irai.

— Tu n'as qu'à chercher en ville aux alentours des jardins. Pascal a toujours eu un faible pour les jardins..., finit le vampire blond sur un air désintéressé.

Il prit le raisin entre ses dents et le plongea lui-même entre les lèvres de son amant mortel. Jifroë sortit sans dire mot et se replongea vite dans les rues noires de Paris. Il savait où chercher maintenant, Pascal se trouvait sans doute près des jardins de la ville. Mais il ne connaissait pas Paris et savait encore moins où se trouvaient les jardins, aussi suivit-il son instinct. Le premier jardin qu'il trouva était rempli de vampires, Paris en comptait bien plus qu'il ne l'avait pensé. Il y avait des vampires mais Pascal n'était pas parmi eux.

Il fit deux autres jardins, sans succès. Au quatrième, il décida de s'y arrêter et d'attendre. Pascal passera peut-être par là. Il s'assit sur un banc et croisa les bras. Des gens allaient et venaient, des mortels pour la plupart, les quelques vampires présents étant cachés dans les recoins du parc. Jifroë s'impatienta vite, être séparé de son frère sans savoir où le trouver le privait de tout calme. Il se leva du banc et tourna dans le parc, incapable de rester en place. Un kiosque trônait au milieu du parc, pas aussi grand que celui où lui et Kanaan allaient manger du temps de leur vie mortelle mais le décor était un peu le même, lui rappelant de beaux souvenirs.

Soudain, il sentit la présence d'un vampire, une présence qu'il reconnut comme étant celle de Pascal.

— Pascal, je sais que tu es là, dit-il dans la nuit.

— Tu me cherches, paraît-il.

— Dis-moi où se trouve Lucius et je te laisserai tranquille. Cache-le moi et je te tourmenterai jusqu'à ce que tu me le dises.

— Je n'ai pas de compte à te rendre et encore moins une chose pareille à te dire.

— Je le crois, si, au contraire. Tu nous as emmené chez Lucius, tu savais qu'il était fou. A toi de me dire où ils sont maintenant.

— Si Lucius est fou alors nous sommes tous probablement illuminés. Lucius sait très bien ce qu'il fait et je ne sais pas où ils sont.

— Pourquoi me le cacher ? Une fois que tu m'auras dit où je peux les trouver, je te laisserai tranquille. Tu n'as rien à perdre.

— Lucius me fait confiance depuis toujours, je ne trahi pas quelqu'un qui a confiance en moi.

— Moi j'avais confiance en toi.

— Tu mens, jeune vampire...

— Je t'ai fait confiance lorsque tu nous a mené à travers le pays, je t'ai fais confiance lorsque tu nous a emmené chez Constantin, et je t'ai encore fait confiance lorsque tu nous a présenté à Lucius. Que te faut-il de plus ?

— Que tu laisses Lucius faire ce qu'il a à faire avec ton frère. Si tu t'ennuies, nous trouverons aisément quelque chose à faire tous les deux...

Pascal sortit de la nuit. Il s'avança vers Jifroë et lui sourit avec charme.

— Tu es splendide dans la détresse, mon vampire...

— Je ne suis pas ton vampire.

— Tu pourrais l'être, au moins le temps d'une nuit...

— Dis-moi où se trouvent Kanaan et Lucius.

— Et comment me remercierais-tu ?

— Je n'ai pas à te remercier.

— Je le crois, au contraire. Je vous ai rendu service, à toi comme à Kanaan, en vous menant chez lui. Je vous ai d'abord donné la possibilité d'apprendre de Constantin mais ton frère est un révolté, il lui faut une main de fer pour lui apprendre les choses.

— Nous n'avons rien à apprendre.

— J'ai une sainte horreur des gens négatifs. Ne voies-tu donc jamais les choses avec gaîté et entrain ?

Jifroë perdit patience et saisit Pascal par le col.

— Je te préviens, Pascal, si tu ne me dis pas où ils sont...

— Oserais-tu me menacer ? dit Pascal en prenant un air grave.

Le jeune vampire le lâcha presque immédiatement, à la fois impressionné et hypnotisé par le regard de Pascal. Il fit un pas en arrière.

— Je ne cherchais pas à te menacer.

— Mais tu l'as fait.

— Je veux juste trouver mon frère.

— Je te sens beaucoup plus docile tout d'un coup, dit Pascal, un sourire amusé sur les lèvres.

Il fit un pas en avant et se colla doucement à Jifroë.

— Embrasse-moi, mon vampire... C'est toi que je veux depuis le début...

***

Lucius posa Kanaan sur l'autel en pierre. L'air de l'endroit était humide, les murs étincelaient comme piqués de milliers d'étoiles. Il s'écarta un peu du jeune vampire sans vie et enleva sa veste pour la poser sur le corps étendu. Il lui caressa le visage, passa ses doigts sur ses lèvres et les baisa délicatement.

— Tu es magnifique, jeune vampire, mais tu manques encore de consistance...

Il le laissa et quitta l'endroit. Poussant une lourde pierre plate, il ferma l'entrée d'une grotte.

— Alors ? Tu as finalement choisi de l'emmener ici ? l'interpella une voix féminine.

— Je n'ai pas eu le choix, il est trop tenace et plein de vie, il est dur à manier.

— Manier ? Tu parles de lui comme d'un attelage que tu mènerais où bon te semblerais.

— C'est là même mon but, le mener où bon me semble. Il apprendra avec moi...

Lucius se retourna et fit alors face à l'autre vampire. Les cheveux d'ébène bouclés lui encerclant le visage, un regard profond, une peau mate, parfaite, une silhouette élancée. Rae venait aux nouvelles.

— Je compte sur toi pour t'occuper de lui alors, lui dit-elle.

— Tu le peux, je te rassure.

— Je viens de m'entretenir avec Pascal. Jifroë est tout à fait à son goût, je suis contente de lui avoir trouvé un tel professeur, il apprendra vite avec lui. Et bien aussi.

— Il faudra que je rende le mien à Constantin.

— Il faut d'abord que tu le façonnes un peu, Constantin est bien trop sensible pour le prendre en charge maintenant.

— Je le prends en charge avec grand plaisir.

— Ne le traumatise pas, il risquerait de devenir ce que nous tentons de faire plier.

— Ne t'en fais pas, j'ai mes techniques.

— Alors je te laisse. Fais appel à moi si tu ne t'en sors pas, il est bien plus rusé qu'il ne le laisse voir.

— Je veillerai à ne pas me laisser charmer alors... Je risque de ne pas vouloir m'en séparer...

— A bientôt, Lucius.

Et Rae disparut. Lucius se retourna vers la pierre qu'il venait de bouger et passa la main dessus. Par ce procédé il vérifierait la force de Kanaan, testerait ses aptitudes physiques. S’il réussissait à bouger cette pierre, Lucius allait sans nul doute devoir se méfier de lui même dans son sommeil. Prenant ensuite un chemin de pierre, il se retrouva vite au bord d'une falaise. La vue qu'il avait alors sur l'océan le fit sourire.

— Si tu parviens à sortir, tu ne sauras même pas où tu es, petit démon.

Il continua sur le chemin et s'enfonça dans une forêt dense. Le chemin qu'il avait à faire n'aurait pris que quelques secondes s'il avait utilisé ses pouvoirs vampiriques mais il voulait profiter de ce moment de calme sous les arbres. Il en profita pour penser. Le travail que lui avait confié Rae lui donnait déjà beaucoup de plaisir mais il allait falloir qu'il trouve les bons moyens afin de faire plier Kanaan. Car ce dernier ne portait pas le sang de n'importe quel vampire, le sang de Rae était plus précieux que n'importe lequel, excepté sept autres vampires dans le monde, dont Constantin, Pascal et lui-même faisaient partie.

Une grande entrée se présenta bientôt à lui. Les portes semblaient impossibles à bouger, épaisses de plus de cinquante centimètres, seul une force incroyable était capable de les faire changer de place. La force de Lucius le pouvait. Il posa sa main sur le fer et poussa doucement. Un long grincement résonna dans la nuit et il entra avant de refermer de la même manière.

Entrant ensuite dans une immense demeure, il s'arrêta dans l'entrée, un sourire naissant sur ses lèvres.

« Constantin, mon ami, je ne pensais pas avoir ta visite ce soir ! Si j'avais su, j'aurais porté mon plus beau costume... »

Lucius traversa le hall, poussa une porte et entra dans un salon. Constantin était assis dans un fauteuil de velours, un verre de sang à la main.

— Mon cher Lucius, tu arrives à temps, le sang est encore chaud...

— Tu me gâtes, mon ami, tu me gâtes !

— Rae est passée me voir. Tu as la lourde tâche de casser le caractère de ce vampire.

— Si tu es venu pour me demander de lui laisser un peu de cette verve, ne t'en fais pas, je ne compte pas le rendre agneau.

— Je ne suis pas venu pour ça. Enfin, pas vraiment. Je suis venu te prévenir. Kanaan est très fort, il ne sait pas encore se servir de cette force mais s'il vient à être poussé à bout, nul doute qu'il fera de gros dégâts.

— J'ai senti la force qu'il avait en lui. J'ai bu de son sang.

— Alors tu as dû voir ce qui lui est arrivé. Pauvre enfant...

— Ton goût pour les jeunes personnes te mènera un jour à ta perte, mon bon Constantin.

— Je n'aime qu'Ambroise, je trouve Kanaan intéressant, ce n'est pas la même chose.

— Tu m'épateras toujours avec tes sentiments. Tu devais être un bon amant de ton vivant...

Lucius passa derrière le fauteuil de Constantin et pencha son visage sur l'épaule du blond.

— Tu as choisi un parfum d'une senteur devant laquelle tu me sais faible... Je vois que tes goûts peuvent changer...

— Je t'ai toujours apprécié, Lucius, tu le sais. Mais je ne suis pas venu pour te charmer, juste te prévenir et voir un ami par la même occasion.

Lucius caressa la joue gauche de Constantin et passa sa main sous son menton avant de lui relever le visage.

— Juste un baiser, mon ami, tu sais que j'en suis friand...

Constantin posa ses lèvres sur celles de Lucius mais le brun demanda plus au blond et l'embrassa avec gourmandise, goûtant au sang qu'ils avaient en commun. Constantin fronça les sourcils et le repoussa un peu alors que Lucius en demandait trop à son goût.

— Mon bon Lucius, dit-il, il est grand temps que tu te trouves une personne pour épancher ta soif.

— Je n'ai pas besoin de sang.

— Je ne te parle pas de sang... Constantin finit son verre et se leva. Ah, et ne passe pas tes frustrations sur Kanaan, il serait capable de te faire du mal pour ça.

— Je doute fort que cela arrive, et même s'il me prenait l'envie de le prendre pour poupée de luxure, je crois que je m'amuserais beaucoup moins qu'avec un humain fraîchement sorti de l'adolescence.

— Je vois que tu ne rejettes pas non plus les jeunes personnes.

— Je n'ai jamais prétendu le contraire. Lucius s'écarta du fauteuil et s'approcha d'une fenêtre. Le temps d'avant me manque, Constantin.

— Les temps changent, il va falloir que tu t'y fasses. Et ça ne s'arrangera pas, tu le sais. Nous allons vieillir avec le temps, et l'histoire sera le seul témoin de ce que nous sommes. A moins que ce ne soit le contraire...

— Constantin, reviens me voir quand tu le souhaites, ta venue me fait toujours du bien.

— Je passerai sûrement lorsque tu auras réussi à amadouer un peu notre bête sauvage. Et je compte sur toi pour ne pas me l'achever, j'ai des choses à lui apprendre et je ne veux pas avoir à faire à une carpette.

— Tu l'auras en parfait état.

— Alors à bientôt, Lucius.

Constantin sortit de la grande demeure et disparut au coin d'un mur.

***

Pascal posa les vêtements de Jifroë sur un valet et enleva les siens. Pieds nus sur le sol humide et chaud, il plongea un pied dans l'eau du petit bassin d'eau chaude que Constantin avait fait emménagé dans sa salle de bain. Jifroë profitait déjà de la chaleur du bain, les yeux fermés et les membres détendus. Il semblait avoir oublié Kanaan et ne plus penser à rien sauf à se détendre.

Pascal avança doucement dans l'eau et s'immergea complètement. Ressortant la tête de l'eau, il s'approcha doucement de Jifroë.

— Mon beau vampire... Cette nuit je t'ai pour moi seul...

Il se pencha sur lui et posa ses lèvres sur les siennes. Jifroë ne dit rien et ouvrit les yeux. Son regard semblait changé, il n'était plus celui qui se serait battu contre le monde pour sauver son frère.

— Jifroë, regarde-moi... Tu es vraiment magnifique...

Il se colla à lui dans l'eau et se glissa entre ses jambes, leurs corps nus se frottant doucement. Aucun des deux n'en retirait de plaisir purement physique mais Pascal soupira pourtant alors que son corps tentait presque de ne faire plus qu'un avec celui de Jifroë. Il l'embrassa à nouveau, et cette fois-ci, Jifroë enroula un bras autour de son cou, laissant l'autre reposer près de lui.

Les pouvoirs hypnotiques de Pascal fonctionnaient à merveille, Jifroë était une véritable poupée se laissant diriger, toucher, caresser. Il glissa ses doigts dans les cheveux mouillés de Pascal alors que ce dernier lui murmurait des mots doux à l'oreille, mordillant son lobe en y goûtant goutte par goutte son sang chaud.

— Il va falloir que tu changes, Jifroë, il va falloir que cette haine que tu as en toi soit changée et serve utilement. Te battre pour ton frère est une chose mais il faut préserver le sang et toi et ton frère êtes pour le moment les seuls à en bénéficier.

— N'as-tu donc pas d'enfants ?

— J'ai engendré une fois, une beau jeune homme, un magnifique russe aux grands yeux bleus. Mais ce fou a jugé bon de se croire invincible et s'est exposé au grand jour pour montrer sa force. Je ne veux pas que cela se reproduise. Rae t'a confié à moi, je me chargerai de ton enseignement. Mais pour le moment, détendons-nous, nous ne sommes pas si pressés que cela...

— Où est Constantin ? Je ne le sens pas ici...

— Pourquoi te soucies-tu de savoir où se trouve Constantin ?

— Je ne sais pas, peut-être parce que nous sommes chez lui.

— Il nous offre un toit, nous avons beaucoup de chance. Mais je t'interdis de le blesser ou de lui désobéir.

— Pourquoi le ferais-je, murmura Jifroë avant de poser ses lèvres sur celles de Pascal.

— Parce que tu es un vilain garçon et qu'il va falloir que je t'apprenne les bonnes manières...

Pascal plongea son visage dans le cou de Jifroë et le mordit doucement tout en exerçant une pression entre leur deux corps.

Constantin arriva chez lui aux environs de quatre heures du matin. Ambroise l'accueillit comme il se doit et resta près de lui même lorsque son amant immortel but à la gorge d'une jeune femme amenée par un des vampires habitant chez lui. Constantin posa le regard sur lui et l'embrassa tendrement.

— Je suis certain que je te dégoûte lorsque je fais cela.

— Tu te nourris tout comme moi, je ne vois pas en quoi cela me dégoûterait.

— Je me nourris tout de même de sang. Tu ne manges pas de vampire...

— Mais je ne t'aimerais pas si cela me dégoûtait.

— Je suis content de te l'entendre dire, Ambroise.

Constantin se pencha sur le jeune homme et l'embrassa amoureusement en lui donnant quelques gouttes de son propre sang. Il se laissa tomber sur le dossier du petit canapé et soupira longuement.

— Quelque chose ne va pas ? demanda Ambroise.

— Ces deux vampires… Je ne sais pas si Rae a fait le bon choix…

— Elle n’a sûrement pas eu le choix.

— Elle l’avait, je le sais.

— Alors peut-être devais-tu lui faire confiance. Je ne connais pas bien Rae mais si tu l’estimes tant, je suppose qu’elle ne ferait pas n’importe quoi.

— C’est ce que j’aime me dire, oui. Rae est une des deux seules femmes au sein de l’Alliance, alors je suppose que son jugement doit être juste.

— Constantin… parle-moi un peu plus de ça, de cette… Alliance…

— Je ne crois pas que tu devrais être au courant de cela. C’est quelque chose d’ancien qui se perpétue dans mon sang et dans celui de sept autres vampires. Nous avons des choses à faire passer, nous le faisons. Contente-toi de savoir cela, mon doux.

Constantin déposa un baiser dans le cou de son amant et se laissa aller contre lui.

Dans une autre pièce de l’immense abri, Pascal prenait soin de son protégé, son élève. Passant ses mains à même sa peau, recouvertes d’huile, il prenait grand plaisir à masser Jifroë à qui des soupirs langoureux échappaient régulièrement. Le souffle de Pascal glissait sur ses omoplates jusque dans son cou. Jifroë frissonna. Ses mains sur lui lui rappelaient son frère, des mains qu’il avait aimées avoir sur lui dans la plus grande intimité.

Pascal s’arrêta soudainement. Il se redressa complètement, soupira nerveusement puis s’éloigna de Jifroë.

— Je me demande ce que tu deviendrais si ton frère venait à disparaître.

— Je ne serais plus rien. Ne me donne pas de telles pensées, Pascal. Je ne sais par quel enchantement tu réussis à me garder ici, mais sache que si je suis encore là, c’est uniquement parce que je n’ai pas le choix.

— Pas le choix ? Nous partageons le même cercueil, Jifroë. Si l’envie de me tuer te prenait soudainement, tu n’aurais qu’à me surprendre dans mon sommeil.

— Je ne crois pas que ce soit si facile de venir à bout d’un vampire tel que toi.

— J’aime entendre ces phrases dans ta bouche, mon cher, mais elles me répugnent tout autant… Tu brodes, mon ami, tu brodes… Tu me détestes, je le sens en toi à chaque baiser, chaque caresse, tu n’es que mépris pour moi.

Pascal posa une longue veste de lin fin sur ses épaules nues et regarda Jifroë qui était encore étendu dans le bain.

— Tu te joues de moi parce que tu me sais friand de ce regard que tu poses sur moi, de tes gestes calculés, voire même calculateurs, oui… tu aimes me rendre fou, Jifroë. Vois-tu, tu avais raison, je sais où est ton frère. Je sais où il se trouve en ce moment même.

— Tu es un chien, Pascal…

— Un chien ? Moi ? Que les Dieux me pardonnent donc de n’être qu’une créature si insignifiante. Pascal fronça soudainement les sourcils. Ne t’amuse pas avec moi, Jifroë. Mon sang froid pourrait bouillonner si tes paroles continuent à suivre tes pensées.

— Tu as toujours su où étais Kanaan et tu as pourtant soutenu le contraire. Je voulais te faire confiance, lorsque tu nous as fait traverser la France, lorsque tu nous as emmené chez Lucius, je voulais te voir comme un certain appui. Les vampires sont corrompus, encore plus dégoûtants que les humains. Vous vous faites forts de votre puissance, de ce ‘don’ qui vous a été donné, de force ou de gré, de cette immortalité pourtant si fragile.

— ‘Vous’ ? Ne te considères-tu donc point comme l’un des nôtres ?

— Si être un vampire est être tel que toi ou ce Lucius, alors non, je ne suis pas un vampire.

— Jifroë, Jifroë… mon jeune rebelle… nous craignions ton frère mais je crois que tu as plus de venin en toi que nous ne le pensions… Sais-tu ce qu’il se passe en ce moment ? Sais-tu pourquoi toi et ton frère avez été séparés ? Sais-tu seulement qui je suis… ?

Pascal s’approcha du bain, tendit une main vers le visage pâle de Jifroë et lui caressa doucement la joue.

— Suis-moi.

Jifroë de leva, l’eau ruisselant sur son corps parfait, et Pascal le contempla à nouveau. Ses longs muscles, son torse large et offert, ses hanches plutôt étroites. Il ne s’attarda pas sur son entrejambe, membre plus qu’inutile. Ses cuisses fermes lui plaisaient, lorsqu’elles se glissaient contre ses jambes, lorsque lui-même glissait une jambe entre elles, remontant doucement comme pour rejouer une scène figée dans son passé mortel, inventant des sensations électrisant son esprit.

Jifroë resta un moment debout devant lui, se jouant de cette vision. Il s’approcha un peu plus de Pascal, son visage à quelques centimètres du sien, et murmura contre ses lèvres.

— J’avoue… ton regard me fascine, Pascal… mais personne ne vaut mon frère. Tu auras beau me charmer, tu ne lui arriveras jamais à la cheville. Jamais.

— Pour le moment, il me semble que c’est toi qui es à mes pieds… Jifroë…

Les lèvres de Pascal capturèrent doucement celles de Jifroë qui se laisse prendre au baiser carmin. Pascal se décolla doucement de lui et le prit par la main. Sortant de la pièce d’eau, ils passèrent couloirs et pièces décorées, antichambres et mezzanines, la ‘maison’ de Constantin ne semblant prendre fin que lorsque les pieds étaient fatigués. Ils s’arrêtèrent finalement dans une pièce à la configuration étrange, cinq murs au lieu des quatre habituels.

— Voici notre salle de travail, mon beau vampire, souffla Pascal en se tournant vers son compagnon.

— ‘Salle de travail’ ?

— Nous allons commencer une longue initiation ici, un genre d’apprentissage. Ton frère devrait suivre le même, à quelques détails près.

— Je ne comprends pas. Qu’est-ce que c’est que cette histoire d’apprentissage ?

— Vois-tu, Jifroë, je ne suis pas un vampire comme les autres, mon sang est amélioré, quelque chose d’exceptionnel le compose. Je suis quasiment invincible, même le soleil et le feu n’ont que peu de conséquences sur mon être.

— Mensonges.

— Vérité. Constantin l’est aussi. Rae tout autant et Lucius…

— Lui aussi, je suppose. Bien, croyez-vous invincibles mais laissez mon frère et moi hors de tout ça.

— Impossible. Vous portez tous deux ce sang exceptionnel, on ne peut plus faire marche arrière. Nous cherchions deux âmes pouvant s’accorder, deux corps pouvant communier et deux sangs pouvant se mêler. Toi et ton frère.

— Kanaan ne porte pas le sang de Rae mais le mien.

— C’est là tout le problème. Nous devons nous assurer d’une chose avant tout.

— Que complotez-vous encore…

Jifroë soupira. Une multitude de questions et de réponses possibles fourmillaient dans son esprit, faisant sourire Pascal qui avait libre accès à ses réflexions. Jifroë soupira longuement.

— Alors ? Où est-il ?

— Avec Lucius.

— Certes, mais où ?

— Quelque part, je suppose, oui… Pascal fit quelques pas dans la pièce, se jouant de Jifroë.

Il fut surpris en constatant que le jeune vampire ne répliqua pas, aucune remarque cinglante, aucune insulte ou remontrance. Rien. Jifroë était d’un calme étrange.

— Il est dans un endroit à l’abri. Même moi je ne sais pas où exactement.

— Bien. Jifroë sembla se contenter de cette réponse et explora la pièce. Alors ? Que suis-je censé apprendre ici ?

— Lorsque Rae t’a créé, nous étions pessimistes quant à ce que nous cherchions, deux sangs capables de s’accorder. Elle vous avait repérés, toi et ton frère, bien avant cette fameuse nuit. Vous vous promeniez souvent ensemble en ville, comme deux amants... et je dois avouer que lorsqu’elle m’a raconté tout cela, vous m’avez tous deux très vite intéressé. Mais je ne pensais pas que votre relation était aussi forte.

— J’aime mon frère.

— Je sais. J’avais un frère moi aussi, autrefois. Nous n’entretenions pas la même relation mais je l’aimais aussi, c’était mon grand frère, mon ami.

Jifroë regarda Pascal.

— Se pourrait-il que toi, Pascal, soit nostalgique ? Se pourrait-il que tu aies des sentiments ?

— Je ne suis pas un monstre, Jifroë, toi seul sembles le croire et te complaire à le penser. Constantin non plus n’est pas un monstre. Et Lucius… Hm, il est sûrement le plus sensible de nous tous.

— Pardonne-moi de douter pour Lucius. Il a pris mon frère comme s’il lui appartenait, cet être n’a rien de sensible.

— Il a souffert, et il souffre encore. Ne te méprends pas, Jifroë, un vampire aussi ancien que lui a bien plus de sagesse que tu ne peux le croire, il a traversé tant de choses que tu ne peux pas même imaginer. Voir les personnes que tu aimes mourir à petit feu, sous tes yeux, ne rien pouvoir faire pour elles, ne pas pouvoir les approcher, les aimer de loin… Un vampire a la mort pour compagne et le désarroi pour amant.

— J’ai mon frère. Et toi… on pourrait croire que tu racontes ta propre histoire…

— Elle est la même, à quelques détails près. Nous sommes très vieux, Jifroë, nous avons vu l’histoire se construire, les gens et les époques changer, nous avons vu l’homme évoluer.

— Mais vous n’êtes pas les premiers, n’est-ce pas ?

— Oh non, nous ne sommes pas les premiers.

Pascal tendit une main vers Jifroë qui s’approcha de lui.

— Approche, mon bel amour, viens au centre de ce qui va devenir l’essence même de ta vie…

***

Sous les arbres la nuit, au cœur de la forêt, arpentant les sentiers interdits aux abords inconnus, Lucius cherchait la douceur de la brise, écoutant avec délectation les cris de Kanaan enfermé dans la grotte à plusieurs centaines de mètres. Son sourire vague et son expression rêveuse laissait sur son visage une impression presque angélique, son visage dur aux traits creusés par sa vie mortelle le rendait pourtant encore plus séduisant.

Sa longue chevelure brune, laissée détachée pour profiter de la nuit, flottait sur ses épaules larges, rendant le contour de son visage incertain. Lucius aimait se promener sur ses terres, errer au milieu de arbres et des animaux de la nuit. Les souvenirs lointains de sa vie passée lui revenaient alors, apportant avec eux nostalgie et regrets. S’arrêtant près d’un arbre au tronc énorme, il posa la main dessus comme pour communiquer avec lui par ce simple contact. Fermant les yeux, il soupira longuement et laissa son sourire s’agrandir. Kanaan venait d’ouvrir.


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