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Fiction » Romance » Le Chant de la Pluie font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Lenamei Aoi
Fiction Rated: T - French - Romance/General - Reviews: 26 - Published: 11-06-03 - Updated: 11-20-03 - id:1440035

Salut tous ! Oui, oui, je sais, je suis une bien vilaine fille... Je fais une nouvelle fic alors que j'en ai d'autres en cours... Mais celle ci est très différente et pour bien des raisons. Tout d'abord, je vais la présenter à un concours alors je voulais avoir un maximum d'avis. Ensuite, cette fic est une fic shônen ai et ceux qui me connaissent savent que je ne fais dans un style aussi innocent d'habitude ! Mais je voulais essayer alors voilà ce que j'ai pondu ! mode poule

Je vous avoue franchement qu'au départ, je ne savais pas du tout où j'allais en commençant mais maintenant, tout est tellement clair qu'il me faudrait pouvoir écrire avec l'esprit pour ne pas que je perde ce que j'ai en tête... ma fic étant pratiquement finie dans mes idées bouillonnantes...

Bien, j'espère que ce petit bout de tendresse et d'innocence vous plaira !

Bonne lecture.

à Mickaël

Le Chant de la Pluie

- 01 -

Ah. Il pleut encore. Ce n’est pas que j’aime pas la pluie mais… rester enfermer chez moi, tout seul… Sans compter que je n’ai personne à appeler… La poisse…

Armand posa son front sur le verre de la fenêtre. La pluie glissait sur la vitre, déformant le paysage extérieur et ternissant les couleurs. Et en plus, il fait pas chaud… Soupirant nerveusement, il se retourna d’un coup pour faire face à sa chambre. Son lit était bien fait, ses livres rangés, son bureau mis en ordre, ses vêtements dans le placard. Il s’ennuyait, à n’en pas douter.

Faisant quelques pas sans but, il s’arrêta au milieu de la pièce, les bras croisés sur le torse.

— Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter une journée pareille, mais le sort semble vouloir s’acharner sur moi…

Il se laissa tomber sur son lit, croisa les jambes et attendit. Le silence pesait dans la pièce, seul le bruit de la pluie sur le toit servait de musique de fond à cette journée grise. Soudain, il décida de sortir, il fallait qu’il voie du monde, qu’il sorte de cet endroit qui allait le rendre fou s’il ne changeait pas de décor. Il descendit au rez de chaussée, enfila ses chaussures et une veste et ferma la porte derrière lui, sans oublier de prendre un parapluie.

Une fois dans la rue, il réfléchit à l’endroit où il allait se rendre pour pallier à son ennui.

— La salle de jeu, c’est le seul endroit où je pourrais trouver les autres.

Il releva le col de sa veste, ouvrit son parapluie et marcha dans les rues au sol liquide. Les voitures manquaient de l’éclabousser à chaque fois que l’une d’entre elles passait près de lui, les trottoirs n’étant pas très larges, aussi rasait-il les murs.

Le centre ville n’était qu’à dix minutes à pieds de chez lui aussi y arriva t-il assez vite. Il se faufilaient parmi les gens sur les trottoirs qui restaient quand même nombreux même par un temps pareil, puis il arriva en vue de la salle de jeu. Mais alors qu’il allait s’en approcher, il vit une personne qu’il ne voulait pour le moins du monde croiser dans ce genre d’endroit : Nicolas.

— Non, non et non ! Pourquoi ?

Il piétina un instant sur place, hésitant à aller jusqu’à la salle mais on le trahit.

— Eh ! Armand ! Qu’est ce que tu fais là ?

Yann, le meilleur ami d’Armand, pesait de tout son poids sur son dos.

— Yann, pousse toi, t’es lourd !

— Alors, je croyais que tu sortais pas aujourd’hui ?

— Ben j’ai changé d’avis.

— Tu allais à la salle ?

— Ouais, mais… je suis plus très sûr de vouloir.

— Pourquoi ? A cause de… Nicolas… ? finit Yann en murmurant presque.

— Tu l’as vu ?

— Et comment que je l’ai vu ! Il vient d’entrer, profites en !

— Non, je ne vois pas pourquoi je ferais ça.

— Parce que tu es raide.dingue.de.lui… voilà pourquoi…

— Yann, arrête avec ça, tu veux.

Yann passa un bras autour des épaules de son ami et l’entraîna presque de force vers la salle de jeu. Une fois à l’intérieur, la chaleur arriva à eux par bouffées et tous deux défirent leur veste. Armand plia son parapluie et le mit dans sa poche, l’avantage d’un petit parapluie télescopique. Puis il balaya la salle du regard. Pas de Nicolas en vue. Yann s’appuya sur son épaule avec son bras et se pencha sur lui.

— Alors, on commence par quoi ? Moto ou voiture ?

— Moto.

— Ok !

Il entraîna Armand dans la pièce aux éclats de lumière et de son et s’arrêta devant la machine.

— Rouge ou bleue ?

— Bleue, tu sais très bien que je prends toujours la bleue… pour te mettre la pâtée !

Armand plaisantait mais gardait un œil autour de lui. Croiser Nicolas et c’était la catastrophe. Il n’arrivait jamais à se contrôler en sa présence, aucun mot ne semblait français, aucune phrase n’était digne de ce nom et pour couronner le tout, il devenait rouge pivoine avant même que Nicolas ouvrait la bouche.

Il s’installa sur la machine et s’appuya sur le guidon. Jetant un regard à Yann, il lui fit un clin d’œil et le jeu démarra. S’en suivirent éclats de voix et disputes amicales, la course attirant quelques jeunes qui passaient derrière eux. Après dix minutes de jeu, Armand se redressa sur la selle de la moto et s’étira.

— On fait quoi maintenant ? J’ai gagné une fois de plus alors c’est à moi de choisir !

— Eh ! J’ai même pas droit à une revanche ?!

— Non, un nul reste un nul.

— Et moi ? Je peux la prendre sa revanche ?

Armand se retourna vivement vers la voix plus que connue. Nicolas…

— Euh…

— Aller, moi je te laisse ma place, Nicolas, à toi de jouer ! Méfies toi, il est plus fort qu’il en a l’air, le gringalet !

— Je ne suis pas un gringalet, Yann, merci…

Nicolas lui adressa un sourire amusé et s’assit sur la moto rouge. S’installant confortablement sur la selle, il fit glisser une pièce dans la fente prévue à cet effet et le jeu démarra. Yann s’approcha d’Armand avant le départ et se pencha sur lui.

— Bonne chance, joli cœur…

Armand écarquilla les yeux, persuadé que Nicolas avait entendu, mais ce n’était pas le cas. Il tourna un peu la tête vers lui et accrocha son regard sans vraiment le vouloir.

— Bonne chance, lui fit Nicolas avec le sourire, le tout agrémenté d’un clin d’œil qui fit surchauffer Armand.

La course fut bien plus courte qu’avec Yann et un échec cuisant lui valut les remarques amusantes de son meilleur ami. Nicolas descendit de la moto factice et s’approcha des deux jeunes hommes.

— Pas de chance, c’est dommage…

— Eh, Nicolas, merci, t’as sauvé mon honneur ! dit Yann en joignant ses mains devant lui tel un fidèle devant son Dieu.

— Ca vous dirait de boire quelque chose à l’étage ?

Armand vira au rouge carmin. Pour une fois, Nicolas avait prononcé quelques mots avant qu’il ne change de couleur. Yann accepta immédiatement et tous trois montèrent à la petite cafétéria qu’il y avait au dessus de la salle de jeu. Armand ne savait pas ce qu’il faisait, son ami lui agrippait le bras pour ne pas qu’il se défile et pourtant, il voyait Nicolas juste devant lui, montant les marches. Pourvu qu’il ne se retourne p… Troptard, Nicolas venait de leur adresser un sourire.

— Là bas, il y a une table, dit il en montrant un coin de la pièce.

Ils s’assirent à la table et Yann se proposa tout de suite pour aller chercher les boissons.

— Moi je prends un coca. Armand ?

— Euh… je ne sais pas…

— Bon… Nicolas ?

— Une limonade, je sais pas ce qu’ils ont ici.

— Je… je vais prendre un Sprite, dit Armand.

— Oui, un Sprite pour moi aussi, tiens, finit par choisir Nicolas.

— C’est parti je reviens avec tout ça ! Discutez en attendant !

Il partit en faisant un vague geste de la main. Armand posa immédiatement le regard ailleurs et joua avec un bout de sa chemise.

— Alors, tu viens souvent ici ? lui demanda Nicolas.

— Euh… non… enfin, si, un peu…

— Moi je ne viens pas si souvent que ça, en fait, c’est même plutôt rare. C’est amusant qu’on se soit croisés aujourd’hui ! Surtout avec cette pluie, c’est un temps à rester chez soi !

— Moi… je n’arrive pas à rester chez moi.

— Tu n’aimes pas rester tout seul ?

— Non… je m’ennuie vite tout seul.

— Moi j’ai l’habitude, j’aime bien avoir ma tranquillité. Avec mes deux petits frères tout le temps dans mes pattes, je dois dire que j’apprécie énormément mes moments de solitude !

— Je ne savais pas que tu avais des petits frères ! dit Armand en relevant le visage sur son voisin de table.

— Des jumeaux, si. De vraies petites pestes ! Et toi ?

— Quoi ?

— Tu as un frère ou une sœur ?

— Euh… non, je suis fils unique.

— C’est pour ça que tu ne supportes pas d’être tout seul !

— Peut être oui…

Nicolas lui sourit et tendit une main vers le visage d’Armand. Il lui releva une mèche de cheveux qui tombait devant ses yeux et lui sourit.

— C’est rare de voir des yeux aussi clairs que les tiens.

— Hein ?

— Tu as les yeux très clairs, on dirait de l’ambre… ils sont très beaux…

— Ah… euh… merci…

Nicolas lâcha la mèche qui retomba immédiatement à sa place et lui sourit de plus belle. Yann arriva alors, les boissons dans les mains.

— Voilà pour les hommes !

— Merci !

Armand prit sa canette et plongea son nez dedans avant de se murer dans le mutisme le plus complet.

— Merci, Yann, dit Nicolas.

— Alors, de quoi vous avez parlé pendant mon absence ?

— On parlait de mes frères et je viens d’apprendre qu’Armand est fils unique.

— Ah bon ? Intéressant, dites moi…, ajouta Yann sur un ton ironique.

— Alors, la seconde, ça se passe comment ? demanda Nicolas en regardant Armand qui n’avait pas levé le regard de sa boisson.

— Bien, répondit il d’un ton monocorde sans lever le visage.

— Oh…

Yann se mit à rire et donna une tape dans le dos de son ami.

— Lui en veux pas, il est timide !

— Je ne suis pas timide ! Arrête avec ça ! pesta Armand.

— Eh bien voilà ! J’ai au moins réussi à te faire lever la tête ! Nous on a le bac cette année… Pff… rien que d’y penser, ça me dégoûte… profite bien de ton année de seconde, Armand, c’est moi qui te le dis…

— Tu comptes toujours aller à la fac l’année prochaine ? lui demanda son ami.

— Ouais. Enfin, je dis ça, mais si ça se trouve, j’aurais encore changé d’avis dans un mois ! Et toi Nicolas ?

— Normalement, je fais un BTS mais je ne suis pas encore sûr.

— Ah ?

— Mes parents voudraient que je fasse un BTS mais moi, c’est la photo que j’adore.

— Tu aimerais être photographe ?

— C’est ma passion, oui.

— Je savais pas ! C’est sympa ! Tu nous prendras en photo ?

— La lumière n’est pas super ici mais on peut oui. J’ai toujours un appareil avec moi, on pourra en prendre une avant de partir.

— On pourra y être tous les trois ?

— Non, moi je n’y serai pas, dit Nicolas en mimant un appareil photo dans ses mains.

— Mais c’est moins amusant !

— Le photographe est toujours derrière l’objectif, pas devant…

— Armand ne sera pas content de ne pas t’avoir sur la photo.

Le plus jeune écarquilla les yeux en regardant son aîné et lui donna un coup de pied sous la table.

— On verra alors, finit Yann.

Armand replongea son nez dans sa canette et la finit doucement.

— Et toi ? T’as une passion ?

Nicolas le regardait, l’air enjoué.

— Euh…, répondit vaguement Armand.

— Il te le dira pas mais il adore la peinture, le trahit Yann.

— La peinture ? Je ne vois pas ce que ça a d’embarrassant !

— Il n’aime pas qu’on le sache parce qu’il ne veut pas montrer ce qu’il fait !

— Yann !

— Aller, cool, Armand, entre artiste vous devriez vous entendre !

— Tu ne voudras sûrement pas mais j’aimerais bien voir ce que tu fais, j’aime beaucoup la peinture, dit Nicolas en souriant à Armand.

— Ce n’est pas bon, je n’ai pas encore un assez bon niveau, c’est pour ça que je ne les montre pas.

— Pourtant, tu devrais voir sa dernière toile, renchérit Yann, il a peint la ville en l’imaginant dans mille ans ! C’est très réaliste, je t’assure, moi j’adore !

— Dis pas ça, y’a vraiment pas de quoi, Yann.

Nicolas de mit à rire devant l’attitude timide d’Armand.

— Bon, moi je vais y aller, j’ai des devoirs pour demain, je veux pas prendre de retard, annonça le plus jeune des trois jeune hommes.

— Déjà ? demanda Yann.

— Oui, on se voit demain ?

— Tu veux que je te raccompagne ?

— Non, ça va, merci. Aller, salut vous deux. Ah, avant que j’oublie. Armand tira son porte-monnaie de la poche de sa veste. Combien la canette ?

— Laisse je te l’offre.

— Non, je veux pas te devoir d’argent.

— Armand, c’est un cadeau !

— Pff… ok, merci alors ! A demain !

Armand fit un geste de la main aux deux autres jeunes et partit dans la pièce, disparaissant bientôt dans l’escalier.

— Et la photo ? demanda Nicolas.

— Ben… tant pis ! On trouvera bien une autre occasion d’en faire. Et puis il fait pas très beau aujourd’hui, c’est pas grave.

— Oui.

— Bon, je vais y aller moi aussi, on se voit au bahut demain ?

— On s’y voit oui. Et…

— Oui ?

— Non, rien. Combien la canette ?

— Toi je te fais pas de cadeau !

Quelques minutes plus tard, Yann saluait Nicolas et trotta sous la pluie. Il prit le chemin qu’Armand prenait pour rentrer chez lui et l’aperçut bientôt à quelques mètres devant lui.

— Armand ! Attends moi !

Le jeune homme se retourna en s’arrêtant.

— Yann ?

— Ah, enfin sous un parapluie ! dit il en se collant à Armand.

— Qu’est ce que tu fais là ?

— Je te raccompagne. Eh, bravo pour la belle fuite, Nicolas voulait prendre la photo.

— Ah, c’est vrai, j’ai oublié.

— A d’autres, Armand, à d’autres… Yann lui passa le bras autour des épaules. Alors, de quoi vous parliez quand j’étais parti chercher de quoi boire ?

— Il te l’a dit, de ses frères.

— Et le coup de la mèche de cheveux ?

Armand rougit.

— Aller, avoue Armand, il t’a dragué !

— Il… a juste dit que c’était rare de voir des yeux aussi clairs que les miens, c'est tout.

— C’est tout ? Vraiment ?

— Il a aussi dit… qu’ils étaient beaux…

Yann resserra son étreinte et sourit.

— Je vois que ma technique a servi !

— Ta quoi ?

— Je vous laisserai plus souvent seuls tous les deux maintenant. Je savais que tu faisais craquer Nicolas, il n’arrête pas de te regarder. Y’a que toi pour dire que tu ne l’intéresses pas, je t’assure !

— Il a juste été gentil, c’est tout.

— En te disant que tu as de beaux yeux… Moi je le dis jamais, même si c’est vrai. Ca veut dire que je ne suis pas gentil ?

— Ne dis pas n’importe quoi, Yann.

— Alors, accepte les choses comme elles sont. Tu as un ticket, point. J’en ai marre de te voir tout seul, cette fois ci, je laisse pas passer l’occasion de te caser. Et puis je connais bien Nicolas, on se suit depuis la sixième alors…

Armand n’ajouta rien. Arrivés devant chez lui, il s’arrêta un instant pour faire face à son ami.

— Et toi ? Tu es bien tout seul, non ?

— Mais je ne cherche personne, tu le sais.

— Bon, ben je rentre moi. Merci de m’avoir raccompagné.

— Armand, attends. Je suis sérieux sur ce coup là. Tu plais vraiment à Nicolas.

— On verra ça une autre fois, tu veux ?

Armand se laissa tomber sur son lit. La pluie tombait toujours depuis le matin. Il repensa aussi à cette rencontre des plus inattendues avec Nicolas, deux jours auparavant. Il ne l’avait pas vu ce jour là au lycée, même pendant la pause. Un livre de français ouvert devant lui, quelques feuilles de classeur éparpillées sur le lit, il jouait avec son stylo, le faisant danser entre ses doigts. Il posa le regard sur son téléphone portable et regardait le petit logo.

— Pff… il a même pas mon numéro, qu’est ce que je crois, moi…

Il posa son stylo et s’allongea sur son livre et ses feuilles en battant doucement l’air avec ses pieds relevés. La musique de fond ne cessait de tourner depuis qu’il était rentré du lycée et il décida de laisser ses devoirs au profit de la petite télévision qu’il avait dans sa chambre. Il l’alluma et zappa une bonne dizaine de fois, repassant souvent sur les mêmes chaînes avant de s’arrêter sur une émission musicale. Peu inspiré par la chanson qui passait, il éteignit la télévision.

— Y’en a marre… Heureusement, demain c’est vendredi, après, week-end !

Il ferma son livre de français et descendit au rez de chaussée de sa maison en vue d’y prendre de quoi manger.

Le lendemain matin, la pluie était toujours là, beaucoup moins dense mais elle tombait toujours. Il courut jusqu’à l’arrêt de bus et salua quelques autres garçons qui attendaient déjà.

— Eh, Armand, il parait que la semaine prochaine le prof de maths est pas là.

— C’est vrai ?

— C’est ce que Fabien m’a dit, oui.

— Il nous l’aurait dit non, on a eu cours avec lui hier après midi.

— Ben il s’est peut être passé quelque chose entre temps.

— Ouais, peut être. Tant mieux, j’aime pas les maths.

Le bus arriva bientôt et tous les élèves montèrent à l’intérieur. Armand se colla à une vitre et observait la ville qui défilait devant lui. Le bus grouillait de voix et de rires, tous ces jeunes compressés les uns contre les autres. Il soupira. Dernière journée de la semaine. Arrivés au lycée, les élèves se dirigèrent tous dans la cour et prirent leurs places habituelles, à l’abri de préférence. Armand arrivait sur l’esplanade en marchant doucement, la pluie coulant de tous les côtés de son parapluie. Il vit soudain Yann lui faire de grands gestes depuis un petit recoin couvert. Nicolas était avec lui. Bon sang… Je fais comme si je l’avais pas vu… Il tourna le regard vers un autre endroit et dévia légèrement sa route.

Yann vit le manège depuis sa place et accourut vers lui.

— Eh ! Fais pas comme si tu nous avais pas vu !

— Qu’est ce qui a ?

— Je suis avec Nicolas. Il arrête pas de me parler de toi depuis mercredi après midi. Aller, te fais pas prier et viens avec nous.

— Ca va bientôt sonner et je suis au dernier étage. Je vais monter.

— Armand, c’est un ordre, tu viens avec moi.

Yann attrapa le jeune homme par le bras et l’entraîna avec lui. Nicolas les regardait arriver, un léger sourire sur les lèvres.

— Salut ! fit il à Armand.

— Salut.

— On a pas pu faire la photo mercredi.

— Euh… oui, c’est vrai.

— On pourra toujours en refaire une un de ces quatre.

— Peut être, oui.

— Bon, les enfants ! lança Yann. Moi je vous laisse, j’ai cours de sport ce matin et faut que j’aille jusqu’au gymnase. Nicolas, on se voit à la pause, ok ?

— A tout à l’heure, oui.

— Moi aussi… il faut que j’y aille.

Armand tourna les talons et partit sans rajouter un mot. Nicolas le regarda s’éloigner, son sourire s’effaçant doucement. La journée se passa sans incident pour Armand qui avait pour habitude de faire au moins une chose par jour qui le mettait dans l’embarras. La fin des cours arriva et il fit tout pour ne pas que Yann le rejoigne à la sortie des classes. Peine perdue.

— Eh, Armand, t’as mangé où à midi ? On t’as pas vu au réfectoire.

— J’ai mangé ailleurs.

— A la cafet’ ?

— Oui.

— Bah, c’est infect là bas. Tu aurais dû manger avec nous.

— Ben une prochaine fois peut être.

— Je te ramène ? Mon père m’a laissé la voiture.

— Euh…

— Aller, adjugé, je te ramène.

Ils prirent la direction du parking et s’approchèrent d’une voiture. La pluie avait cessé de tomber et quelqu’un attendait, adossé au coffre.

— Yann… je te déteste…

— Quoi ? Il est sur la route ! Et puis je ramène un autre copain aussi. Il devrait pas tarder, il est avec sa copine avant de rentrer.

Armand regarda à peine Nicolas et entra tout de suite dans la voiture. Yann lui joua un tour et fit entrer Nicolas à sa suite.

— Allez y, montez tous les deux, Luc devrait pas tarder.

Armand écarquilla les yeux. Qu’est ce qu’il me fait là ? Il se colla plus contre la vitre et posa son front contre le verre. Il sentit la chaleur de Nicolas près de lui et en frissonna.

— Alors, ça y est, enfin le week end… !

Armand ne répondit pas tout de suite et se contenta de regarder le reflet de son voisin dans la vitre.

— Tu fais quelque chose ce week end ?

— Euh… non.

Il entendit sa voix résonner contre la vitre et soupira. Jamais il n’aurait cru paraître aussi ridicule.

— Mm, c’est vrai qu’avec ce temps de toute façon, y’a pas grand-chose à faire…

Armand se tourna un peu vers lui, juste pour voir son visage du coin de l’œil. Il aimait regarder Nicolas quand ce dernier ne s’en rendait pas compte. Ses cheveux lui frôlaient les épaules, quelques mèches plus claires caressaient son cou alors que d’autres plus foncées avaient été jetées en arrière. Il pouvait voir le bleu de ses yeux briller même par un temps aussi gris, son visage fin, mais pas trop, ses traits bien dessinés, sa peau claire, ses épaules assez larges, sa silhouette droite. Il détourna un instant le regard. A trop le regarder, il va s’apercevoir de quelque chose.

— T’as une petite amie ? lui demanda soudainement Nicolas.

— Hein ?

— Tu as une copine ? Enfin, c’est vrai que ça me regarde pas vraiment mais c’est juste pour savoir… comme ça…

— Euh… non, je n’ai personne… Pourquoi ?

— Eh bien… tu es mignon alors je pensais que tu avais quelqu’un.

Moi ? Mignon ? Armand se sentit rougir à vue d’œil et l’air lui parut soudainement plus froid sur son visage. Puis la portière du conducteur s’ouvrit et Yann entra dans la voiture.

— Luc arrive, on y va !

— Salut tout le monde ! lança Luc en entrant à son tour dans la voiture.

La route parut interminable pour le plus jeune et la présence de Nicolas près de lui ne faisait qu’accentuer son malaise. Ils s’arrêtèrent d’abord chez Luc et Yann ne laissa pas une seconde à Nicolas pour qu’il puisse passer devant en redémarrant.

— Alors, tu fais quoi ce week end, Armand ? demanda le conducteur.

— Rien, comme d’habitude.

— On pourrait retourner à la salle de jeu, qu’est ce que t’en dis ? Et toi aussi Nicolas, tu pourrais venir !

— Je ne sais pas si je vais sortir, ajouta Armand.

— C’est vrai qu’avec un temps comme ça, continua Nicolas, on a tendance à vouloir rester chez soi.

— Mais c’est quand même triste ! On sait qu’on fait rien tous les trois ce week end et on va rester chacun chez soi ? Non, moi je suis pas d’accord… Yann ralentit aux abords de la maison d’Armand et s’arrêta. Voilà, on est chez toi. Tu me fais une bise ? demanda t il sur un ton niais à son meilleur ami.

— Au revoir, Yann, dit Armand en regardant Nicolas sortir de la voiture pour pouvoir le laisser passer.

— Tu me brises le cœur, Armand chéri !

— Tais toi, Yann !

Il passa devant Nicolas et prit son sac sur son épaule.

— Et moi ? Je n’ai pas droit à une bise ? demanda Nicolas avec le sourire.

Armand écarquilla les yeux et sourit nerveusement.

— Euh…

Il hésita mais c’était trop tentant. Il se mit légèrement sur la pointe des pieds et posa ses lèvres sur la joue de Nicolas.

— Merci…, lui dit il avec un clin d’œil.

Armand pivota sur place et rentra chez lui à grands pas, claquant presque la porte derrière lui.

— Eh, Nicolas, t’as une sacrée technique de drague, tu sais !

— Ouais… mais je crois que ça prend pas avec lui…

— Dis pas n’importe quoi, il ne jure que par toi, je le sais ! Il est très timide, lui en veux pas.

— Je ne lui en veux pas du tout, Yann, c’est juste que… enfin, il pourrait être un peu plus chaleureux, c’est tout.

— Eh oh, t’as quand même eu une bise que même moi, son meilleur ami, je n’ai pas eue.

— Ouais… mais… je crois qu’il s’est senti obligé.

— Aller, monte, on y va.

Armand claqua la porte de sa chambre et jeta son sac sur son lit. Il se détestait. Poussant un long soupir, il s’assit sur sa chaise de bureau et laissa sa tête tomber en arrière.

— Pourquoi j’ai fait ça ? Non, pourquoi il m’a demandé ça ?

Observant sa chambre, il posa son regard sur les quelques tableaux qu’il avait entreposés dans un coin. Le premier était celui dont Yann avait parlé à Nicolas, celui où Armand avait vu la ville dans le futur. Une voix venant de l’étage inférieur le sortit de sa contemplation.

— Armand ! Tu as un problème ?

— Non, maman ! cria le jeune homme depuis sa chambre.

Il entendit des pas monter les escaliers puis dans le couloir et enfin s’arrêter devant sa porte. On frappa.

— Armand, tu ne veux pas prendre un goûter ?

— Maman, j’ai plus cinq ans, ça va.

— Je peux entrer ?

— Non.

La porte s’ouvrit quand même et une femme d’une quarantaine d’année apparut sur le seuil.

— Armand, je ne veux pas que tu t’enfermes dans ta chambre, tu le sais.

— Maman, je suis fatigué, j’aimerais me reposer tranquillement si c’est pas trop demander.

— Ne me parle pas comme ça, tu veux ?!

Armand ne répondit rien et se contenta de se lever de sa chaise pour prendre son sac qui était sur son lit.

— J’ai des devoirs à faire.

— Ce soir on mange plus tôt, tu te souviens ?

— Oui, je sais, tu pars ce soir à vingt heures, j’ai pas oublié.

— Tu es sûr que ça ira pour le week end ?

— Oui, ça ira, je suis plus un enfant, je te l’ai déjà dit.

— Tu pourras inviter Yann pour dormir si tu veux, mais que Yann.

— De toute façon, c’est pas comme si j’avais des dizaines de copains alors.

La mère d’Armand soupira et quitta la pièce en fermant doucement la porte. Le jeune homme regarda la porte encore quelques secondes et reposa son sac, sur le sol cette fois ci. S’allongeant de tout son long sur le lit, il fixait la fenêtre. La pluie s’était remise à tomber sur la ville.

A dix huit heures quarante cinq, Armand et sa mère étaient à table. Aucun mot ne passait entre eux et ce fut elle qui brisa le silence la première alors qu’ils avaient presque fini de manger.

— Et ta journée ? demanda t-elle à son fils.

— Comme d’habitude. Et mon prof de maths est pas là la semaine prochaine alors t’étonne pas si je suis plus souvent ici.

— Il est malade ?

— J’en sais rien. Bon, moi j’ai fini, je remonte, je suis fatigué.

— Armand, tu pourrais au moins m’aider à vider la table.

— Pff… ok, j’arrive…

Quelques minutes plus tard, les quelques plats et assiettes avaient été mis dans le lave-vaisselle et la table avait été lavée. Armand remonta dans sa chambre, tira sa chaise près de la fenêtre et observa l’extérieur. Puis il prit son carnet de croquis, ses pinceaux, de la peinture et commença à dessiner quelques traits. Il passa quelques couleurs, des traits gras, d’autres fins puis arrêta. Il posa ses pinceaux et laissa tomber le carnet sur le sol, incapable de continuer quelque chose de cohérent.

Il prit son téléphone portable et chercha le numéro de Yann mais il se résigna à l’appeler. Il préféra se mettre devant sa petite télé et finit par s’endormir. Quelques heures plus tard, il s’éveilla doucement, la pièce plongée dans le noir excepté la lumière de la télé qui dansait sur les murs. Il regarda son réveil et sauta de son lit avant de descendre comme une flèche au rez de chaussée. Il entra dans la cuisine, passa dans le salon et chercha même dans les chambres. Personne. Sa mère était partie sans lui dire au revoir.

Retournant dans la cuisine, il regarda sur la table. Elle lui laissait souvent des mots sur la table et il y en avait un là aussi.

Armand,

Je ne voulais pas te réveiller, tu dormais trop bien. Je suis parti à 20h comme prévu. Fais attention à toi et à la maison, pas de bêtises. Tu sais où me joindre en cas de gros problèmes.

Maman.

Il prit le papier et le chiffonna avant de le jeter dans un coin de la pièce. Ouvrant le frigo, il prit une bouteille de soda et partit s’installer devant la télé du salon. Toutes les chaînes passèrent et il s’arrêta sur un film qui apparemment avait commencé un bon moment avant. Il changea de chaîne au bout de quelques minutes, passant de téléfilms à émissions de variété, sans manquer les séries du vendredi soir, chose qu’il détestait.

Le canapé lui parut soudainement très tentant et il se laissa aller, la bouteille près de lui, son bras pendant vers le sol jusqu’à ce que sa main caresse le carrelage. Les images défilaient sans qu’il n’en capte une précisément, il laissait ses yeux capturer ce qu’ils voulaient et sentait le sommeil lui retomber sur les épaules. Les voix devinrent de plus en plus distinctes et il ferma les yeux. Une larme lui échappa avant qu’il ne s’endorme à nouveau.

Ce fut la sonnerie de sa porte qui le réveilla en sursaut. Ouvrant les yeux d’un coup, il fut aveuglé par la lumière qui baignait le salon et posa son bras sur ses yeux. Qu’est ce que je fais là ?... Il laissa ses jambes glisser sur le côté, ses pieds touchant lourdement le sol, puis il se redressa en soupirant. On sonna à nouveau.

— Ouais, ouais… j’arrive, pas la peine de s’exciter sur le bouton…, grommela t-il à mi voix.

Il passa la porte du salon, traîna les pieds jusqu’à la porte et appuya sur la poignée. Fermée à clé. Soupirant nerveusement, il regarda sur le mur près de la porte, là où les clés étaient pendues, et en saisit une, qu’il introduisit dans la serrure.

— Yann ? dit-il, la voix encore endormie.

— Yo !

— Qu’est ce que tu fais là ?

— Ben… je me suis dit que c’était un peu triste de te laisser manger tout seul alors j’ai emmené de quoi te distraire…

Yann se poussa un peu sur le côté, laissant Nicolas apparaître derrière lui. Quoi ? Il ouvrit grand les yeux et fit un pas en arrière.

— Euh…

— Aller, nous laisse pas sous la pluie, fais nous entrer !

La pluie ? Il pleut encore ? Armand fit signe à Yann qu’il pouvait entrer et regarda Nicolas le suivre sans trop croire à ce qu’il voyait.

— Eh, Armand, remets toi !

— Ah, ça va, lâche moi, tu veux ! J’ai mal dormi…

— Devant la télé, je suppose ? demanda Yann en regardant dans le salon.

— Je me suis endormi hier soir.

— C’est pas bon de dormir devant la télé allumée, ajouta Nicolas. On a un mauvais sommeil avec ça…

Armand le regarda un instant puis ferma la porte à clé derrière eux.

— Euh… Yann, je te laisse montrer la cuisine et le salon à Nicolas, je vais prendre une douche.

— Je peux t’accompagner ? demanda l’ami.

— Ca va pas ?

— Aller ! S’il te plaît !

— Jamais !

— Alors laisse Nicolas avoir ce privilège…

Armand écarquilla les yeux devant le culot de son ami puis fit volte-face pour monter. Il monta les marches quatre à quatre, fouilla dans son placard pour trouver des vêtements propres, puis s’enferma dans la salle de bain.

— Vas-y, entre, fais comme chez toi, dit Yann en faisant entrer Nicolas dans la salon.

— C’est sûr que ça gêne pas ?

— T’en fait pas, il t’adore.

— Mais quand même…

— Je t’ai dit que sa mère était pas là pour le week-end alors arrête de paniquer !

— Je voudrais pas le déranger, peut être qu’il avait quelque chose de prévu.

— Ecoute, Nicolas. Armand est mon meilleur ami, je le connais depuis qu’il est en maternelle alors si je te dis que ça va, c’est que ça va.

— Je te fais confiance alors…

Nicolas s’assit sur le sofa et se mit à regarder distraitement la télévision. Il remarqua la bouteille de soda posée sur le sol et les coussins arrangés comme oreillers. Quelques minutes passèrent. Il entendit alors des pas lourds à l’étage, des bruits de portes que l’on ouvre et que l’on ferme énergiquement puis des pas dans l’escalier.

— En plus il cuisine bien le gamin, tu verras.

— Le gamin il pourrait te laisser mourir de faim ce midi…, dit Armand en entrant dans le salon.

Nicolas se leva alors et le contempla : ses cheveux bruns mouillés, son visage fin humide et légèrement rosé, ses vêtements à peine enfilés, le pantalon encore défait qui descendait sur ses hanches et les pieds nus.

— Une pure tentation à la débauche, hein ? lui murmura Yann près de l’oreille.

— Je crois… Il se tourna vers Yann puis regarda Armand. Je crois que tu vas tomber malade si tu restes habillé comme ça…

Armand rougit et se tourna. Il avait toujours l’habitude de ne pas s’habiller trop vite après la douche et il n’avait pas trahi la règle. Boutonnant son pantalon rapidement, il passa dans la cuisine et se sortit de quoi prendre son petit déjeuner. A dix heures trente.

Yann s’assit à la table de la cuisine alors que Nicolas resta dans l’embrasure de la porte.

— Prends une chaise, Nicolas, reste pas debout ! lui lança Yann.

— Tu parles comme si tu étais chez toi.

— Ma maison est sa maison… Pourquoi ça marcherait pas dans l’autre sens ?

— Il a raison, dit Armand, ne reste pas debout, vas y, te gêne pas surtout.

Nicolas s’assit à côté d’Armand, Yann occupant les deux autres places en se prélassant majestueusement.

— Ca te dérange pas au moins qu’on soit venu à l’improviste ? demanda Nicolas.

— A vrai dire, je pensais bien que Yann allait passer, je pensais même le garder dormir ici cette nuit.

— Et alors ? T’es pas content que je t’aie ramené Nicolas ? Tu devrais, lui il était content de venir…

Armand manqua de s’étouffer avec la bouchée de céréales qu’il était en train d’avaler et Nicolas se leva d’un coup pour lui taper dans le dos.

— Yann, t’aurais pu faire attention, il mange !

— Bah ! Ces enfant, ils savent même pas manger !

Nicolas secoua la tête en souriant et s’arrêta de taper Armand dans le dos alors que celui semblait avoir repris son souffle. Il posa sa main et la fit glisser doucement de haut en bas.

— Ca va ?

Armand hocha doucement de la tête. La chaleur de la main de Nicolas dans son dos le fit soudainement frissonner et l’autre garçon le sentit.

— Désolé.

Nicolas enleva sa main et se rassit.

— Merci, prononça Armand avec difficulté.

Il se rassit à sa place et continua à manger sans donner un seul regard à ses deux invités imposés. Yann jouait avec une petite cuillère et la mit dans sa bouche en regardant Nicolas et Armand. Il sourit bêtement puis plongea la cuillère dans le bol de son ami.

— Eh ! riposta Armand.

— J’ai pas bien mangé ce matin, laisse moi au moins goûter !

— Tiens, sers toi, dit le plus jeune en lui tendant le paquet de céréales.

— Non, moi je veux des tiennes.

— Non.

— Aller !

— Non.

— Je suis sûr que si c’était Nicolas, tu aurais dit oui…

Armand releva le visage d’un coup et fixa son ami. Posant sa cuillère, il se leva et quitta la cuisine.

— Armand !

Yann le suivit jusque dans le salon et le regarda s’asseoir devant la télévision encore allumée.

— Armand…

— Mange mes céréales et laisse moi tranquille.

— Ok, je suis désolé, je suis peut être allé un peu loin là.

— Pourquoi tu fais ça, Yann ? Tu te rends pas compte combien tu me mets mal à l’aise devant lui.

— J’essaie d’accélérer un peu les choses, c’est tout ! Je fais rien de mal !

— C’est trop, Yann. Je peux pas.

— Quoi, tu l’aimes plus ?

— C’est pas ça, c’est juste que… Et s’il ne ressentait pas la même chose pour moi ?

— Je suis sûr de mon coup.

— Tu n’es pas dans sa tête, non.

— Non, mais c’est pas à toi qu’il dit sans cesse que tu es mignon, que tu es vraiment à son goût, que tu lui plais vraiment, et bla et bla et bla…

Armand le regarda un long moment puis se leva pour s’approcher de lui.

— Je sais que tu fais pas de mal, idiot. Mais… laisse moi un peu de temps, juste que je m’y fasse un peu, d’accord ?

— Bien sûr que je suis d’accord. Tout ce que je veux moi c’est que tu sois heureux.

— Merci Yann… mais toi aussi, je veux que tu sois heureux alors ne t’oublie pas non plus…

— On verra, oui…

Yann prit son ami par le bras et l’entraîna dans la cuisine.

— Désolé pour le contre temps, Nicolas, on avait juste une petite mise au point à faire !

— Si je dérange, dites la moi, y’a pas de probl…

— Non, tu ne déranges pas du tout, ça va, dit Armand en rougissant.

— Alors si tu es d’accord…

Après avoir débarrassé la table, Armand les fit passer dans le salon. Il éteignit la télévision et s’assit devant l’écran en tirant un pouf. Yann se laissa tomber lourdement sur le sofa alors que Nicolas s’assit avec précaution, presque timidement.

— Alors ? Qu’est ce qu’on va faire aujourd’hui ? demanda le plus jeune des trois.

— Je sais pas. On pourrait aller à la salle comme la dernière fois.

— J’ai pas tellement envie de sortir, dit Armand et posant sa tête dans le creux de ses mains, ses coudes appuyés sur ses genoux.

— On pourrait trouver quelque chose à faire tout en restant à l’intérieur alors, ajouta Nicolas.

— Ben j’ai pas de console de jeu, j’ai bien un pc mais y’a rien dessus, j’ai tout perdu y’a pas longtemps. Alors…

— Alors pour le moment, tu retournes dans la cuisine et tu nous fais quelque chose de bon pour ce midi !

— Yann ! lança Nicolas, l’air gêné.

— D’accord, mais je te préviens Yann, ta part sera empoisonnée… Armand se leva. Tu aimes les lasagnes ? demanda t il à Nicolas.

— Euh… c’est long à faire non ? Faut pas te prendre la tête parce qu’on est là !

— Tu aimes ou pas ?

— Euh… oui, bien sûr !

— Alors vous aurez droit à des lasagnes.

Armand quitta le salon et retourna dans la cuisine. Nicolas resta un moment silencieux puis se tourna vers Yann qui feuilletait un magazine.

— Il sait vraiment faire ça ?

— Ouais, c’est un vrai petit chef, mon Armand !

— Mais… il veut devenir cuisinier ou un truc comme ça ?

— Non, pas à ce que je sache. Il a dû apprendre à cuisiner parce que sa mère n’est pas souvent à la maison et comme elle rentre tard, il lui fait des plats.

— Eh bien…

— Et puis… tu apprendras plus sur lui si j’arrive enfin à vous caser ensemble.

— Yann, tu parles de ça comme d’une mission de grande importance !

— Ca l’est pour moi. Armand a vraiment besoin de quelqu’un, tu sais.

— Mais il t’a toi.

— Non, moi… je ne peux pas être à cette place là. Toi oui, et je sais que tu ne peux lui apporter que du bien.

— Voudra t il seulement de moi… Il a l’air tellement froid… Il s’est mis à frissonner tout à l’heure quand j’avais la main dans son dos…

— Frissonner ? Armand a frissonné ? Yann écarquilla les yeux. Ben on peut dire que tu lui fais de l’effet ! La seule fois où je l’ai vu ou senti frissonner c’est quand…. Yann rougit.

— Quand… ?

— Quand je l’ai embrassé. Mais c’était un jeu, rien de plus !

— Un jeu ?

— Ouais, avec des copains, tu vois, le genre de jeu où tu as des gages qui te mettent dans l’embarras…

— Je vois, oui. Et ?

— Et… ben je crois que si je vous enferme pas seuls dans une pièce, tu pourras jamais le sentir frissonner pour une autre raison.

— Yann !

— Nicolas… Je veux plus le voir tout seul.

Yann passa une main dans sa chevelure blonde et soupira. Son ami fixait le sol, les pensées fusant dans son esprit, pensant et repensant encore à ce qu’il voulait dire à Armand pour lui avouer ses sentiments.

Près d’une demie heure plus tard, Armand sortit de la cuisine, un tablier encore noué autour de la taille. Il essuyait ses mains avec un torchon et s’arrêta près du sofa où Nicolas et Yann semblaient plongés dans la lecture de magazines.

— Je vous dérange ?

Les deux autres sursautèrent et se retournèrent d’un coup.

— Armand ! Tu as fini ? demanda Yann.

— C’est dans le four, oui.

— Alors tu vas pouvoir rester avec nous.

— Désolé de te faire faire de la cuisine…, dit Nicolas.

— Non, ça va, t’en fais pas, ça me fait plaisir de cuisiner pour quelqu’un d’autre que ma mère. Ah, mais je vous préviens, y’a pas d’alcool chez moi.

— Je bois pas de toute façon, dit Nicolas.

— Ah… dommage… je t’aurais bien soûlé pour que tu admettes enfin que t…

Nicolas lui sauta dessus en lui barrant la bouche avec son bras.

— Tu sors encore une connerie et je te fais la peau !

— Armand ! Au secours ! Il veut me tuer ! Je crois que j’ai pas fait le bon choix pour toi !

Armand se mit à rire et Nicolas leva le regard sur lui. Il ne l’avait pas souvent vu joyeux ces derniers temps. Lâchant Yann, il s’assit correctement et posa le magazine sur la petite table basse.

— Ca vous dit si je vais acheter quelque chose à boire, des sodas, des jus de fruits ?

— Te dérange pas, Nicolas, dit Armand en lui faisant un signe de la main, j’ai tout ça ici.

— Oh… Nicolas se leva doucement puis alla dans l’entrée. Je… je reviens, je vais juste chercher quelque chose et je reviens !

Il partit sans laisser le temps aux deux autres de dire quoi que ce soit et ferma vivement la porte derrière lui. Armand regarda Yann d’un air étonné puis se planta devant lui.

— Qu’est ce que tu lui as dit ?

— Quoi ? Moi ? Mais rien ! Rien du tout !

— Alors pourquoi est il parti comme ça ?

— Mais comment veux tu que je le sache ?

— Mm… Bon, viens m’aider, on va mettre la table dans le salon et j’ai encore des trucs à faire. Ma mère m’a laissé une tonne de linge, y’a une machine qui a fini tôt ce matin, j’aurais déjà dû l’étendre…

— Une vraie petite femme d’intérieur alors… Tu sais, Armand, faudrait que tu sois un peu plus démonstratif quand même, Nicolas se pose des questions.

— Tu parles comme si on sortait déjà ensemble…

— «déjà » ? Alors ça veut dire que tu prévoies sérieusement de le faire !

Armand rougit et partit pour la cuisine sans dire un mot. Yann le suivit et s’arrêta dans l’embrasure de la porte.

— Armand, je suis sûr qu’il est bien pour toi.

— Je ne sais pas… peut être.

— Tu l’aimes ?

— Je… je crois… oui…

— Alors ne laisse pas filer cette chance.

Près d’une demi heure plus tard, Armand était en train d’étendre le linge dans la maison. La pluie n’avait cessé de tomber que durant un court quart d’heure et maintenant, elle redoublait de force. Il s’arrêta un instant pour regarder par la fenêtre, espérant voir Nicolas arriver. Yann vint le rejoindre et s’appuya sur ses épaules, les bras autour de sa taille.

— Ne t’en fais pas, il va revenir.

— Je sais qu’il va revenir, mais il va être trempé.

— Bonne occasion pour le voir torse nu. Il faudra bien qu’il fasse sécher ses vêtements. Et quand je dis torse nu c’est peut être même plus…

— Arrête, Yann.

— Ah… Comment vais-je faire pour décoincer mon ange prude ?

— Je ne suis pas prude.

— Si tu l’es.

— Je ne suis pas prude, c’est juste que je n’aime pas m’imaginer de telles choses, c’est tout.

— Quoi, un garçon torse nu ? Tu vois ça comme un pensée érotique ? Remarque, ça pourrait l’être…

— Yann, tu es incroyable, avec toi tout tourne autour du sexe !

— Et alors ?

— Comment ça « et alors ? » ? Je ne suis pa…

On frappa à la porte. Armand esquissa un sourire et laissa son travail de côté pour aller ouvrir.

— Nicolas ? Tu es tout trempé ! Entre, vite !

— Merci.

Le jeune homme sauta presque à l’intérieur et resta debout sans bouger. L’eau gouttait de tout son corps et ses membres tremblaient presque visiblement. Armand monta à l’étage en courant et redescendit avec une grande serviette.

— Tiens, vas y, sèche toi.

— Merci, Armand.

Le plus jeune regardait Nicolas se sécher énergiquement la tête et Yann s’approcha d’eux.

— Nicolas, si tu veux pas tomber malade, il va falloir enlever tes vêtements.

— Et je me mets quoi sur le dos en attendant ?

— Je… je dois avoir quelque chose pour toi, dit Armand, toujours en le regardant se sécher. Je reviens !

Il monta à l’étage et fouilla dans son placard. Il n’avait pas grand-chose comme vêtements trop larges pour lui mais il avait toujours gardé un vêtement que son oncle lui avait donné, un jour. Il sortit le pull léger du placard et descendit avec.

Une fois en bas de l’escalier, son cœur s’accéléra. Nicolas venait d’enlever son haut et Yann était parti pour l’étendre. Il finit de descendre les quelques marches qui lui restaient et s’approcha timidement du jeune homme.

— Tiens, lui dit il en lui tendant le pull.

— Oh, merci. Je suis désolé, je suis parti sans trop réfléchir.

— Ah, il va falloir lui trouver quelque chose à la place de ça ! Yann montra le pantalon trempé de Nicolas. Tu ne voudrais pas qu’il tombe malade, n’est ce pas, Armand ?

Le jeune homme rougit.

— Mais… je n’ai rien qui puisse lui aller… je ne crois pas…

— Tu dois bien avoir un pantalon de sport un peu grand ou même un short un peu large ?

— Non, je t’assure, je n’ai pas ça. Tous mes vêtements sont… à ma taille. Je ne suis pas bien épais en plus alors…

— C’est pas grave, vraiment, je vais me sécher comme ça et ça ira, te prends pas la tête pour ça, Armand.

Yann passa un bras autour du cou d’Armand et lui dit à voix basse près de l’oreille :

— Tu imagines tout de même que même son caleçon est mouillé… il faudrait vraiment qu’il enlève tout ça…

Armand lui lança un regard noir et le poussa violemment.

— Alors emmène le chez toi si tu veux tant le voir dans cette tenue, dit il d’un ton sec.

Il secoua la tête et monta à sa chambre. Nicolas resta interdit devant ce qui venait de se passer et regardait Yann avec perplexité.

— C’est de ma faute ? Ah, je savais bien que j’allais faire une bêtise, j’aurais jamais dû sort…

— Non, c’est pas de ta faute, laisse. C’est moi, j’ai pas su tenir ma langue, c’est tout. Je peux te laisser un moment ? J’ai des choses à me faire pardonner, je crois…

Yann monta les escaliers à son tour et marcha jusque devant la porte de la chambre d’Armand. Il écouta d’abord, mais aucun bruit ne sortait. Posant son front contre le bois, il soupira.

— Armand… je suis désolé… vraiment… Tu sais très bien que je ne voulais pas aller jusque là. Quelques secondes de silence puis il reprit. Je peux entrer ?

— Laisse moi.

— Armand… laisse moi au moins une chance de me faire pardonner !

Prenant le silence qui suivit comme une réponse positive, il entra dans la chambre. Armand était assis sur le lit, un coussin contre lui, entre des genoux relevés et son torse. Il était appuyé contre le mur et regardait fixement la fenêtre.

— Eh… je suis vraiment désolé, Armand.

— Tu sais très bien que j’ai du mal avec tout ça, tu sais très bien que ça me fait peur. Tu es mieux placé que quiconque pour savoir ça alors pourquoi tu me fais ça avec Nicolas, hein ?

— Parce que… je sais pas, j’ai envie que les choses avancent plus vite, je crois que c’est ça.

— Que ça avance plus vite ? Tu ne peux pas décider d’une telle chose, et sûrement pas à ma place.

— Je sais bien. Mais tu peux pas m’en vouloir de vouloir te voir heureux.

— Eh bien ce n’est pas en forçant ce genre de choses à arriver que tu me rendras plus heureux, Yann.

— Alors excuse moi. Je voulais pas que ça en arrive là.

Armand soupira puis se tourna vers Yann.

— Je sais bien que c’est pas ce que tu voulais mais tu sais très bien pourquoi je n’aime pas ce genre de choses.

— Oui, je sais. Et crois moi, je suis pas près d’oublier pourquoi je sais. Yann s’assit sur le lit et sourit à son ami. Nicolas va se poser des questions si on reste trop longtemps ici.

— Euh… descends avant moi, je viendrai plus tard…

— Encore fâché ?

— Non, c’est pas ça, pas vraiment…. C’est juste… j’ai trop honte pour descendre tout de suite. Il doit penser que j’agis comme un gosse…

— S’il en connaissait la véritable raison, il ne penserait pas ça.

— Je sais, mais je ne veux pas qu’il le sache, sûrement pas lui.

— T’en fais pas, je ne lui dirai rien.

— Je sais…

Yann passa une main dans les cheveux d’Armand et lui caressa gentiment la joue.

— Alors à tout à l’heure.

— Oui.

Il se leva du lit et sortit. Descendant les escaliers en sautillant, il tomba nez à nez avec Nicolas, le pantalon toujours trempé et la serviette autour du cou.

— J’ai fait quelque chose de mal ? demanda t il sans attendre les explications de Yann.

— Non, ça ne vient pas de toi, pas du tout. J’ai juste la langue un peu trop pendue, c’est tout. Mais tout est réglé, laisse lui un peu de temps et il va nous rejoindre.

— D’accord…

— Mais en attendant, il faut te trouver de quoi te changer… Je crois qu’on a pas vraiment le choix…

Quelques minutes plus tard, Nicolas sortit des toilettes avec la serviette autour de la taille, son pantalon dans les mains.

— Et le reste ?

— Non, ça je le garde, même mouillé. Je suis pas exhibitionniste.

— Mais sous la serviette, on verrait rien.

— Yann… non.

— Ok ! Ok !

Yann partit étendre le pantalon avec le pull sur l’étendoir dans le salon et revint dans l’entrée où attendait encore Nicolas.

— Il a même pas vu le gâteau que t’as ramené.

— C’est pas grave.

— Qu’est ce que tu ressens pour lui, Nicolas ?

— Ce que je ressens… C’est dur à expliquer, je sais pas trop comment le dire. En fait, ça m’est arrivé une autre fois, il y a un peu moins d’un an. Il était dans le lycée aussi et je craquais complètement pour lui. On est sorti ensemble pendant deux mois mais… il était un peu jeune et il savait pas vraiment ce qu’il aimait, enfin, tu vois le style, il savait pas s’il aimait vraiment les garçons ou les filles…

— Tiens, je le connaissais pas celui là… Et ?

— Et il est tombé amoureux d’une fille.

— Il est encore au lycée ?

— Ouais.

— Je le connais ?

— Y’a peu de chances. Il est en S.

— Et alors ?

— Alors t’as une sainte horreur des S.

— Son nom, c’est quoi ?

— Marc. Marc Leroy.

— Ce sale gamin qui passe son temps à reluquer toutes les filles en jupes ?

— Ok…

— Ben laisse moi te dire que t’as rien perdu !

— Je sais, je me languis pas. Enfin, plus serait le mot exact. J’étais vraiment accro, tu sais.

— Et pourquoi je l’ai pas connu celui là ?

— Parce que… t’aimes pas les scientifiques et puis… comme il était pas sûr de lui, j’ai voulu éviter de le présenter à un peu tout ceux que je connais, je voulais pas qu’il se sente obliger de devenir ce qu’il n’était pas vraiment.

— Un véritable psychologue ce Nicolas… T’avais couché avec lui ?

— … Une fois oui.

— Et ?

— Et quoi ? Tu veux pas les détails non plus !

— Non, je veux juste savoir si ça c’était bien passé, c’est tout.

— Alors si tu veux savoir, j’ai pris mon pied comme rarement cette nuit là. Ca te va comme réponse ou tu veux plus de détails, espèce d’obsédé !

— Non, non, ça me va.

— Je prendrai soin d’Armand, Yann. Ne t’en fais pas.

— Oui… je sais…

— Un vrai chien de garde…

— Dis pas ça. Armand est fragile, il a pas besoin d’un abruti qui lui fasse du mal.

— Y’a pas de crainte à avoir avec moi, j’en prendrai vraiment soin, tu sais. Je crois… je crois que je suis vraiment amoureux de lui…

Il sourit à Yann. Au même moment, Armand trahit sa présence en ratant presque une marche alors qu’il essayait de descendre les dernières sans faire de bruit. Il regarda Yann, puis Nicolas et rougit.

— Je… les lasagnes vont être trop cuites !

Il passa en courant devant les deux jeunes hommes et entra rapidement dans la cuisine. Par chance, il réussit à sortir les lasagnes du four avant qu’elles ne cuisent de trop. Posant le plat sur le plan de travail, il ouvrit un peu la fenêtre de la cuisine pour faire sortir la chaleur. Yann entra dans la cuisine et l’enlaça.

— Notre petit chef est un véritable chef ! Il pense à tout !

— Ah parce que tu en doutais ?

— Non, pas une seule seconde. Yann sourit et le libéra de son étreinte. Encore désolé, Armand.

— Non, ça va, t’en fais pas, j’ai assez mal réagi.

— Y’avait quand même de quoi.

— Où est Nicolas ?

— Ben il était derrière moi. Tu l’as entendu, n’est ce pas ?

Armand resta silencieux.

— Bon, j’insiste pas et je vais voir où il est.

Yann sortit de la cuisine et se rendit dans le salon. Armand sortit les couverts et s’apprêtait à les amener au salon lorsqu’il vit le gâteau posé sur la table de la cuisine. Une grande vague de chaleur l’envahit soudainement et il s’en voulut de ne pas l’avoir remarqué lorsque Nicolas était revenu. Il prit les trois assiettes, les couteaux et les fourchettes et tenta de prendre les verres en plus mais le tout était une périlleuse opération. Il sentit soudainement deux mains chaudes soutenir les siennes et prendre les assiettes pour lui.

— Laisse, je vais les prendre…

La voix de Nicolas se glissa directement dans son oreille. Il hésita un instant, regardant les mains de Nicolas sur les siennes puis laissa glisser ses doigts entre les assiettes et les paumes de main de Nicolas. Il sentait son souffle dans son cou, glisser sur son épaule en s’infiltrant dans sa chemise. Un frisson lui parcourut le corps et Nicolas put le sentir contre lui tant il était près d’Armand. Il décida de ne pas reculer et s’approcha même un peu plus, juste un pas, collant son torse au dos du plus jeune, plongeant presque son visage dans les mèches brunes.

— Je… je vais prendre le reste…

Armand passa sous les bras de Nicolas et s’éloigna de lui. Ce dernier soupira, un petit sourire sur les lèvres. Passant dans le salon, il vit Yann allongé sur le canapé.

— Eh les gars, j’ai faim ! lança ce dernier.

— Commence d’abord par aider Armand, après tu pourras commencer à pouvoir faire ce genre de remarque. Je te signale qu’on a pas été invités.

— Moi si !

Nicolas secoua la tête et posa les assiettes sur la table avant de les disposer correctement. Armand arriva quelques instants plus tard, les verres et les serviettes dans les mains.

— Eh, Armand, tu as vu ce que nous a ramené notre bon vieux Nicolas ?

— Oui je… Merci Nicolas, je n’avais pas vu quand tu es revenu. Merci beaucoup mais t’étais pas obligé.

— C’est la moindre des choses, j’allais pas m’inviter comme ça et rien apporter. Yann m’a pris de court, il ne m’avait pas dit où il m’emmenait…

— Tu n’étais pas obligé d’achet…

Armand posa le regard sur le vêtement singulier que portait Nicolas à la place de son pantalon. Une grosses vague de chaleur l’envahit et ses yeux s’agrandirent si bien que Yann de mit à rire bruyamment.

— J’allais quand même pas le laisser avec un pantalon mouillé ! Ca ne se fait pas !

— Je… Armand bafouilla. Peut être… je ne sais pas… autre chose ?

— A moins que tu ne nous sortes un pantalon taille 40 par magie, je vois pas quoi d’autre non, lui répondit Yann.

— Je suis désolé, Armand, je ne pensais pas devoir me présenter à toi dans une tenue pareille. J’espère que ça ne te gêne pas trop...

— Non… ça va…

— Je pourrais remettre mon pantalon…

— Non ! Non… je ne veux pas que tu tombes malade. Il sera vite sec, j’espère.

Yann se leva du canapé et entoura les épaules d’Armand avant de lui prendre les serviettes des mains.

— Je vais vous aider, vous semblez débordés…

Armand partit ensuite à la cuisine et prépara de la salade. Il entendait Yann et Nicolas discuter dans le salon, parler de lui, sans aucun doute. Il mit quelques feuilles vertes coupées dans un saladier et ajouta un peu de sauce. Revenant au salon, le plat dans les mains, il s’exclama tout haut :

— Et si vous n’êtes pas content, il vous reste toujours le restaurant !

Il regarda Yann droit dans les yeux en posant le saladier sur la table.

— Armand… Tu sais très bien que je déteste la salade verte !

— Un restau alors !

— Ah ça non, j’ai bien trop envie de manger tes lasagnes ! Mais la salade, c’est pour les lapins !

Armand resta immobile un instant puis reprit le saladier avant de reprendre le chemin de la cuisine.

— Bien, puisque c’est ça, vous ne mangerez pas ! Je vais dans la cuisine, vous me direz comment était le restaurant !

— Eh ! Nicolas se leva d’un bond et rattrapa Armand juste avant qu’il ne passe la porte de la cuisine. J’ai rien dit moi… Il posa ses mains sur celles d’Armand et lui prit le saladier des mains. J’aime la salade verte, j’en mangerai volontiers !

— Ah ?

— Oui, je suis habitué, chez moi on en mange très souvent.

— C’est bien… ce n’est pas comme Yann. Il refuse de manger tout ce qui ressemble de près ou de loin à des légumes.

— Il comprendra sa douleur quand il sera plus vieux !

Armand laissa un rire lui échapper. Yann accourut vers eux.

— Quoi ? Quoi ? Qu’est ce que j’ai raté ?

— Rien, ne t’en fais pas, lui répondit Nicolas. On se comprend entre lapins…

Armand rit de plus belle. Yann ne l’avait pas vu comme ça depuis un petit moment déjà. Passant à nouveau dans le salon, ils s’installèrent autour de la table. Le plus jeune des trois servit Nicolas avec enthousiasme et lui adressa même un sourire alors qu’il lui tendait son assiette.

— C’est pas juste, grommela Yann. S’il faut manger de la salade pour avoir un sourire, je dis que c’est pas juste.

— Nous sommes des lapins, mon cher Yann, nous nous contentons de peu de choses, tu sais ! dit Nicolas sur un ton rieur.

— Oui, nous ne sommes pas très intelligents non plus, un peu de salade et nous sommes heureux !

— Ouais… mais tout le monde sait que les lapins adorent…

Armand jeta un regard à Yann comme s’il avait anticipé la phrase de son ami. Il le regarda un instant puis lui sourit.

— Tu as de la chance, je suis de bonne humeur, lui dit il à demi voix.

— Si j’avais su, je serais allé jusqu’au bout de ma phrase !

— N’abuse pas quand même, Yann.

— Ok, ok !

Nicolas et Armand mangèrent ensuite la salade, Yann les regardant d’un air dégoûté.

— Comment vous faites pour manger cette horreur… ? …

— Tais toi et va chercher le reste, lui dit Armand. Tu pourras te servir avant nous. Ca ne te dérange pas j’espère ? demanda t il à Nicolas.

— Non, non, pas du tout. Au contraire, ça lui évitera de dire des âneries.

Armand sourit et finit son assiette. Yann se leva d’un bond et partit d’un pas rapide à la cuisine. Il prit tout son temps pour en revenir, laissant Armand entre de bonnes mains.

— Vraiment… merci pour le repas. C’est gentil de ta part.

— C’est normal et ça me fait plaisir. D’habitude, quand ma mère part comme ça, Yann vient toujours manger à la maison, il reste aussi la nuit de temps en temps.

— Tu t’entends bien avec lui, ça se voit.

— C’est vrai, on est très proches lui et moi.

— Proches… jusqu’où ?...

Armand leva le regard de son assiette et regarda Nicolas d’un air totalement surpris.

— Jusqu’où ?

— Ah, désolé, laisse tomber, ça me regarde pas.

— Mais… Yann et moi on est juste amis, rien de plus !

— Oui, je sais bien, et ça se voit en fait, je ne sais pas pourquoi j’ai dit ça, excuse moi. C’est juste qu’on en voit pas souvent des amis qui s’entendent aussi bien que vous deux.

— C’est vrai que nous sommes exceptionnellement proches, mais… il y a des choses dans la vie qui font se rapprocher deux personnes…

— Me voilà avec un plat que je vais me faire le plaisir d’avaler ! lança Yann en revenant de la cuisine.

— Ah tu crois ça ? dit Armand.

— Eh bien ? Je ne savais pas les lapins omnivores…

— Yann… je vais te laisser mourir de faim si tu continues comme ça…

— D’accord ! J’ai rien dit !

Yann s’assit à sa place et posa le plat sur la table. Armand prit immédiatement l’assiette de Nicolas et le servit.

— Alors, les cours ? demanda le plus jeune.

— Pose pas de questions comme ça, tu veux ? rétorqua Yann.

— Les cours vont bien, pour l’instant on sent pas trop le stress, enfin, je parle pour moi surtout, dit Nicolas.

— Mais vos révisions, c’est pour bientôt, non ?

— Oui, on a le bac blanc de prévu mais on a quand même encore le temps.

— Moi je n’ai pas encore d’examens mais ça ne me tarde pas trop d’y arriver.

— Bah, faut pas dire ça, c’est pas insurmontable.

— Mais comment ça c’est pas insurmontable ? dit Yann. C’est la mort à la fin de l’année ! La tragédie de ma vie ! Je signe pour une année de plus dans ce trou !

— Ne dis pas n’importe quoi, Yann, j’ai vu tes notes et tu t’en sors très bien, lui répondit Nicolas.

— Et alors ? Ca prouve rien, tout le monde le sait. Tout est à la tête du client ! Si ta tête ne revient pas à l’examinateur, c’est fini pour toi !

— Arrête, tu vas décourager Armand !

— Non, il m’en faudrait un peu plus que ça, je crois. Il suffit de bien travailler et je pense que ça passe.

— Voilà un raisonnement tout à fait mature ! dit Nicolas.

— Il est bien mon petit Armand, hein ? Yann se pencha vers son jeune ami. Je pourrais même le mettre en cage pour l’exhiber devant une foule de gens !

Le reste du repas se passa sur le même ton enjoué et le dessert arriva vite. Ce fut Nicolas lui-même qui ramena le gâteau sur la table. Le coupant avec précision, il servit Armand le premier.

— Tiens, pour te remercier pour ce si bon repas.

— Eh bien merci.

— Tes lasagnes étaient encore meilleures que celles de ma mère !

— Ne dis pas ça, les repas d’une mère sont toujours les meilleurs. Tu te rends compte, nos mères préparent chaque jour de quoi nous nourrir, c’est incroyable quand même…

— Sauf pour toi, c’est plus souvent toi qui fais à manger que ta mère, dit Yann.

— C’est vrai, oui. Mais comme elle travaille…

— Et ton père ? Il fait quoi ? demanda Nicolas.

Armand cessa tout mouvement pendant un long moment, regarda furtivement Yann puis répondit à voix basse :

— Je ne sais pas… ça fait longtemps que je ne l’ai pas vu…

— Oh… désolé, le sujet me semble délicat, je ne savais pas, pardon…. Nicolas était très gêné mais il se ressaisit vite. En tout cas, sois heureux de ne pas avoir de petits frères comme les miens ! Un jour, c’est certain, je vais me les faire…

Il regardait Armand sans insistance. Ce dernier avait esquissé un sourire, faux, de tout évidence.

— Ah, en tout cas, j’ai trouvé ce repas vraiment bon ! lança Yann comme pour détendre l’atmosphère. Tu sais que j’ai même pensé à le prendre chez moi ? dit il à Nicolas.

— Le prendre chez toi ?

— Il me ferait la cuisine tous les jours ! Ca serait pas la belle vie, ça ?

— Si, assurément ! Et je viendrai manger chez toi très souvent !

— On ne m’exploite pas de la sorte, messieurs… sachez le, dit Armand en se levant, un sourire aux lèvres.

— Eh ! Mais tu serais payé !

— Non, ça ne marche pas !

— Même si c’est en nature ? osa glisser Nicolas.

Armand serra ses doigts sur l’assiette qu’il venait de prendre.

— Je ne suis pas intéressé par ce genre de paiement, dit il rapidement avant de prendre le saladier et de disparaître vers la cuisine.

Yann prit ses couverts, sa serviette et son verre, Nicolas en fit de même, et tous deux se rendirent à la cuisine. Ils firent tous les trois la vaisselle et en finirent vite avec la tâche ménagère.

Quelques instants plus tard, ils se retrouvèrent tous les trois sur le canapé du salon, avachis tels des poupées de tissus que l’on aurait posées sans attention. Yann soupira longuement et bruyamment, jouant avec les pages d’un magazine posé sur la petite table devant lui.

— Et en plus il pleut encore…

— Oui… on ne peut même pas sortir, dit Armand.

— Qu’est ce qu’on aurait fait dehors de toute façon ?

— Je ne sais pas.

— On pourrait… on pourrait faire un jeu de société, non ? dit soudainement Nicolas.

— Un jeu… ce n’est pas une mauvaise idée mais je ne sais pas ce que j’ai, ça fait bien longtemps que je n’ai pas touché à ceux qu’on a, répondit Armand.

— N’importe lequel, du moment qu’on s’occupe.

— Alors ne bougez pas, je vais voir ce que j’ai.

Armand se leva et sortit de la pièce. Nicolas se tourna vers Yann qui ne cessait de jouer avec son magazine puis soupira.

— Ses parents sont divorcés ?

— Mm. On peut dire ça comme ça, oui.

— Ils sont séparés alors… Son père, il a l’air de ne pas vraiment le connaître, on dirait.

— Je ne dirais pas ça, non. Disons que les choses sont mieux comme elles le sont maintenant.

— Ok… En tout cas, je n’en parlerai plus, ça a l’air de ne pas vraiment lui plaire.

— Tu ferais bien, oui.

Le ton sec de Yann laissa Nicolas perplexe. Il se leva et marcha jusqu’à la fenêtre qui donnait sur le jardin, les mains sur les hanches.

— Il me plait de plus en plus, tu sais. Si jamais je devais me mettre avec lui… ça serait bien que je sache un peu ce qui se passe, non ?

— C’est pas de ma bouche que tu dois apprendre des choses sur lui. S’il veut te les dire, il te les dira, pas moi.

— Ah. Nicolas laissa son regard vagabonder sur les formes à l’extérieur. Ses pensées se bousculaient dans son esprit et le seul à qui il pouvait les exposer était Yann. Dis moi… Y’a encore beaucoup des sujets sur lesquels je ferais mieux de tenir ma langue ?

— Certains, oui.

— Comme ?

— Le sexe.

— Le sexe ?

— C’est assez clair comme mot, non ?

— Oui, oui, c'est bon. Je pensais pas qu’il pouvait être pudique à ce point…

— Si ça te dérange, laisse tomber la perspective de l’avoir comme petit copain. Je me décarcasse pas pour que tu lui sautes dessus à la première occasion, je lui cherche quelqu’un de sérieux. Si tu peux pas te retenir avec lui alors c’est pas la peine de vouloir aller plus loin.

— Et c’est surtout pas la peine de me le dire comme ça, Yann ! Je t’ai déjà dit que j’en prendrai soin, ok ? Je suis pas un pervers !

— Ben y’a intérêt. Yann leva le regard sur Nicolas qui le regardait et fit un sourire en coin. Aaahhh… désolé… J’ai tendance à le surprotéger, le prends pas mal surtout.

— Non, ça va. Juste que tu aurais pu me le faire comprendre autrement, bien qu’en fait, je n’ai jamais vraiment eu l’intention de lui sauter dessus.

— Content de te l’entendre dire alors.

Une voix les tira de leur conversation, une voix qui venait de l’étage.

— Ah, je crois qu’Armand nous appelle, dit Yann en se levant presque péniblement.

Tous deux montèrent à l’étage et Nicolas découvrit pour la première fois la chambre d’Armand. Tout y était bien rangé, le lit fait correctement, les meubles sans poussière, le bureau rangé, le sol impeccable. Il s’arrêta sur le pas de la porte et sourit.

— C’est vraiment ta chambre ?

— Oui pourquoi ?

— Ben… ça ressemble pas vraiment à une chambre de garçon !

— Pourquoi ?

— Oh non, pour rien. A comparer avec celle de Yann ou la mienne, tu pourrais faire des photos pour les magazines !

Armand rit tout bas et secoua la tête.

— Ne me dis pas que ta chambre est pire que celle de Yann ! C’est tout simplement impossible. Je ne sais pas comment sa mère fait pour supporter autant de désordre !

— Ma mère m’adore, dit Yann. Elle me comprend, elle !

— Dis plutôt que tu as de la chance ! Et la tienne, Nicolas ?

— Bof, rien de bien passionnant, des magazines, des bouquins, je fais mon lit mais avec mes frères autant ne jamais le faire. C’est pas une grande chambre alors ça va, c’est pas trop dur à ranger.

— Bien. J’ai trouvé des jeux mais je ne sais pas celui que vous préférez. Ils sont vieux en plus… Alors nous avons le traditionnel Monopoly, j’ai le on ne peut plus classique Trivial Poursuit, je n’ai quand même pas osé vous proposer Dessiner c’est Gagné… Euh, j’ai le Scrabble aussi, j’aime beaucoup mais je sais que ce n’est pas le fort de Yann…

— Dommage, j’aurais bien fait une partie !

— Ouais… ben pour vous faire plaisir alors…, dit Yann en se laissant tomber sur le lit.

Armand lui sourit et posa le jeu sur le sol. Il le sortit de sa boîte et disposa tous les chevalets autour du plateau.

— Yann, descends du lit tu pourras pas jouer sinon.

— Eh, je suis bien là, c’est à vous de venir là !

— Ben voyons, dit Nicolas, tu veux pas qu’on joue pour toi non plus !

— Ah ! Ca serait une idée, oui ! Je te trouve vraiment sympathique, Nicolas, ça serait bien si tu faisais ça aussi pour mes cours !

— C’est ça…

Yann se laisse glisser jusque sur le sol et s’assit face à son jeu. Armand lui tendit une pochette de tissu dans lequel toutes les lettres avaient été mélangées et lui sourit.

— Aller, vas y, à toi l’honneur !

Yann plongea sa main dans la pochette. Puis Nicolas et enfin Armand.

— J’ai un « g », dit Nicolas.

— Pas de chance, j’ai « b », lui répondit Armand. Je suis sûr de commencer avec ça !

— Eh là, pas si vite, petit, lança Yann, un sourire en coin. Ca t’en boucherait un coin si j’avais un « a », hein ?

— C’est surtout que tu aurais eu de la chance.

Yann regarda longuement sa lettre puis haussa les épaules.

— Ben j’en ai pas alors. « n » !

— Bien, alors c’est à moi de commencer ! dit Armand.

Plongeant sa main dans la pochette, il tira sept lettres en tout. Puis ce fut au tour de Yann. Nicolas regardait Armand discrètement alors que ce dernier disposait ses lettres sur son chevalet et réfléchissait déjà au mot qu’il pouvait faire avec ce qu’il avait pioché. Pour la première fois, il osait le détailler. Ce qui lui avait toujours plu était la couleur de ses yeux, ce brun clair qui l’envoûtait à chaque fois. Mais Armand avait le visage baissé. Alors Nicolas se rattrapa sur autre chose, comme ses lèvres. Ah, ses lèvres, qu’il aurait voulu les embrasser, déposer de tous petits baisers, goûter à ce rose pâle si tentant.

Soudain, Armand leva les yeux sur lui, un air de surprise dans le regard. Ils se regardèrent un instant puis Nicolas lui sourit.

— Bien, je crois qu’on peut commencer, non ? dit Yann en levant lui aussi le regard de son jeu.

Il ne manqua pas bien sûr l’échange entre ses deux amis mais étrangement, n’en dit rien.

— Alors c’est à moi, dit Armand en reportant son attention sur les lettres qu’il avait déjà commencée à arranger. Alors… je ne sais pas trop, je dirais… « quai » ! Onze point avec un mot compte double ! Vingt deux points !

— Ouais ouais, crie pas trop vite victoire…, grommela Yann.

— Aller, à toi Nicolas !

— Eh bien… j’ai vraiment un mauvais jeu… Nicolas regardait ses lettres avec perplexité. Le »z » ressortait parmi les autres et l’ennuyait… Ok, alors… « dures » Avec deux lettre compte double, ça me fait neuf points… Ca commence bien…

— Aller, pioche et c’est au tour de Yann.

Nicolas grimaça à la vue des lettres qu’il venait de prendre dans la pochette.

— Et comme par hasard, qui se ramasse le « x » ?

— Yann ! Tu n’es pas censé nous dire les lettres que tu as !

— Ouais mais je tombe toujours sur les lettres impossibles à caser !

— Mais si, je suis sûr que tu vas trouver quelque chose, tu n’es pas obligé de faire un long mot.

— Ouais… ben vous attendez pas à ce que je vous en sorte un dans la minute qui suit, laissez moi réfléchir… « gelai », je vois que ça. Douze point avec le mot compte double.

— Tu vois, lui dit Armand, même sans vouloir jouer tu y arrives.

— Ouais... Yann lui adressa un sourire.

— Bien, à moi. « Taupe » Neuf points avec lettre compte triple sur le « a »… juste un point…

Nicolas joua à son tour, puis Yann et le jeu continua ainsi. Au bout de vingt minutes de réflexion intense, le téléphone portable de Yann sonna, faisant sursauter tout le monde en plein effort de concentration. Yann sauta sur ses pieds et répondit.

— Oui ? Maman ?... Oui, je suis chez Armand, oui. Quoi ? Mais… oui, je sais, il m’en avait parlé, mais tu sais… oui, maman, je sais… Tout de suite ? Mais… Rah, d’accord, j’arrive. Il raccrocha et se tourna vers les deux autres garçons. Désolé, mon père a besoin de moi… On est en train de changer les meubles de la cuisine et je lui avais dit que s’il avait besoin d’aide, il pouvait m’appeler. Avant de partir il m’a dit que ça irait… Tu parles… Bon, je traîne pas. Je reviens sûrement dans la soirée, je sais pas vraiment. Je t’appelle, Armand. Ah, Nicolas, je te confie ma petite bête, je te fais confiance, ok ?

— Tu peux, oui. J’ai toujours été doué avec les animaux.

— Eh ! Arrêtez, je suis pas un animal ! Et puis je peux me débrouiller tout seul !

— Tu veux que je m’en aille ? lui demanda Nicolas.

— Quoi ? Mais non ! Je disais ça comme ça ! J’aime pas être tout seul de toute façon.

— Bon, aller, je file.

Yann passa la porte et descendit les escaliers en trottant. Il s’arrêta devant la porte et sourit avant de l’ouvrir et de partir.

— Bien, le jeu est moins amusant sans Yann, dit Armand en se laissant tomber en arrière. Ca te dirait des crêpes ? A moins que tu ne veuilles continuer, bien sûr !

— Non, le jeu est déjà commencé à trois, c’est moins bien à deux. Enfin je veux dire…

— Oui, c’est pareil pour moi, alors je vais faire des crêpes.

— Je dis pas non !

Tous deux rangèrent le jeu et se rendirent à la cuisine. Armand n’en revenait pas. Nicolas… chez moi… et tout seul… Il doit y avoir un problème, je suis dans une autre vie… Il sortit les ingrédients des placards, prit un saladier et commença la pâte.

— Un coup de main ? lui demanda Nicolas.

— Non, ça va aller.

Nicolas s’assit à la table de la cuisine et regarda Armand mélanger les ingrédients devant lui.

— Quand j’étais petit, commença t il, ma mère faisait souvent des gâteaux et je la regardais tout le temps quand elle faisait la pâte.

— Moi aussi, je la regardais faire. Elle avait beaucoup plus de temps avant, elle ne travaillait pas encore.

— Et puis après, mes frères sont arrivés et… bon sang, la vie calme et sereine était bel et bien terminée !

— Tu ne les aimes pas beaucoup, non ?

— Détrompe toi, je les adore. Ils sont bruyants, ravageurs, désobéissants, boudeurs, râleurs, mais je les adore. Je me suis beaucoup occupé d’eux.

— C’est bien, je suis sûr que tu es un bon grand frère.

— Ah oui ? Qu’est ce qui te fait dire ça ?

— Eh bien, tu es gentil, c’est déjà bien. Et puis tu parles d’eux avec amour alors tu ne peux qu’être un bon grand frère.

— Ah oui, vu comme ça c’est vrai que je suis quelqu’un de bien !

Armand finit de faire la pâte et amena le saladier près de la cuisinière. Nouant un tablier autour de sa taille, il mit la poêle sur le feu, attendit quelques instant puis versa la première louche pour une première crêpe.

La bonne odeur envahit vite la cuisine, ainsi que le reste de la maison, et la pile de crêpes montait rapidement.

— T’as un sacré coup de main, lui dit Nicolas.

— Faut dire que dès que Yann vient à la maison, il m’en demande alors j’ai l’habitude.

Nicolas se leva et s’approcha d’Armand.

— Tu m’apprendrais ?

— A faire des crêpes ?

— Oui, j’en ai jamais fait.

— Eh bien, ce n’est pas compliqué en fait, tu prends la poêle comme ça, une louch…

Armand sentit la présence de Nicolas dans son dos contre lui et ses mains se posèrent sur les siennes.

— Montre moi concrètement…

Nicolas fit glisser ses mains sous celles d’Armand et saisit la poêle et la louche.

— Alors ? On fait quoi ensuite ?

— Euh… Le souffle de Nicolas glissait dans son cou. On fait… comme ça, dit il en guidant les mains de Nicolas. Surtout, ne pas verser trop de pâte et ne pas la laisser au milieu, ça ferait un beau pâté et ce serait un gâteau plus qu’une crêpe.

Il sentit un léger soupir dans son cou et frissonna légèrement. Nicolas posa la poêle sur le feu et remit la louche dans le saladier.

— J’imagine qu’il faut la retourner après.

— Oui… Surtout, il ne faut pas la laisser trop longtemps sinon elle brûle…

— Je vois…

Armand attendit un peu puis lui montra comment faire. Nicolas posa doucement ses mains sur les hanches d’Armand et osa effleurer le cou du plus jeune du bout des lèvres. Armand sursauta violemment et laissa tomber la poêle sur le feu dans un grand fracas, se brûlant avec le bord.

— Aïe !

— Oh, désolé, je ne voulais pas !… Il regarda la main d’Armand. Tu as une crème pour ça ou je ne sais pas…

— Je dois avoir de la biafine dans la salle de bain à l’étage.

— D’accord, bouge pas, je reviens. Mets ta main sous l’eau en attendant !

Nicolas disparut de la cuisine alors qu’Armand apaisait le feu de sa main sous l’eau du robinet. Quelques instants plus tard, Nicolas revint dans la cuisine. Il attrapa Armand par la main intacte et l’emmena jusqu’au salon, le faisant s’asseoir sur le canapé et s’accroupissant devant lui.

— Je vais m’en occuper. Niveau blessure, je suis blindé dans les soins ! Mes frères sont de véritables blessées de guerre !

Armand ne disait pas un mot. Ce qu’il avait senti dans son cou le laissait encore perplexe. Nicolas lui passa un peu de crème sur sa peau rougie et enroula une bande autour de la main.

— Là, voilà, je pense que ça ira. Mais faudra remettre un peu de crème plus tard et enlever la bande aussi.

Il leva le regard sur Armand qui ne cessait de le fixer, les yeux mouillés, et le regarda un instant.

— Adorable…

Il se redressa et posa ses lèvres sur celles d’Armand. Les yeux gardés ouverts, le visage de Nicolas proche du sien comme jamais, Armand surchauffa littéralement. Sentant le malaise dans le baiser, Nicolas le coupa tout de suite.

— Désolé…, dit il. Il se releva et partit de la pièce.

Et maintenant ? Je suis censé faire quoi ? Lui dire quoi ? Il regarda sa main bandée et sourit. Mais il y avait encore des crêpes à faire et il décida de ne pas laisser la tâche en suspens. Retournant dans la cuisine, il tomba sur Nicolas descendant de l’étage.

— Ca va ta main ?

— Euh… oui, ça va…

— Bien. Mais maintenant, tu ne peux pas faire les crêpes alors je vais m’en charger. Tu n’auras qu’à rester me dire si je fais bien !

— D’accord…

Nicolas lui sourit et passa dans la cuisine. Il fait comme s’il ne s’était rien passé… Armand s’assit à la table de la cuisine et regardait Nicolas manier la poêle et la louche. Il s’y prenait plutôt bien.

— Alors, Yann m’a dit que toi et lui, vous vous connaissiez depuis la maternelle ?

— C’est vrai, oui. Il était en grande section que je venais à peine d’y rentrer.

— Je serais quand même curieux de savoir pourquoi est ce qu’il s’est tourné vers toi.

— Ah oui… c’est vrai… je ne lui ai jamais demandé ça !

— Vraiment ?

— Ben non, en fait, comme on s’est toujours connu, j’ai jamais pensé à lui demander pourquoi moi, pourquoi pas un autre.

— Faut avouer que t’es tellement craquant…

Armand baissa le regard. Nicolas, lui, sourit en posant la crêpe qu’il venait de finir sur le tas déjà commencé.

— Et toi ? Depuis quand tu connais Yann ? enchaîna Armand pour faire avancer la conversation.

— Depuis le collège. En fait, on était dans la même classe en sixième, ensuite, on a été séparés jusqu’à la troisième. Mais on se voyait tout le temps. Ce qui est étrange, c’est qu’il ne me parlait que peu de toi. Bien sûr, je savais que le légendaire Armand lui était cher, mais il ne s’étalait jamais sur le sujet.

— Et toi, pourquoi es tu allé vers lui ?

— Pourquoi ? Eh bien… En sixième, on devait faire un travail par deux en français et notre prof de l’époque avait déjà fait les groupes. Yann avait des copains dans la classe et je suis sûr qu’il aurait préféré être avec eux en groupe plutôt qu’avec moi.

— Il te l’avait dit ?

— Pas dit, mais il me l’avait bien fait comprendre.

— Ca ne m’étonne pas de lui…

— Et puis finalement, je crois qu’il s’est mis à bien m’aimer !

— C’est bien. Yann a peut être un sale caractère mais il est adorable.

Nicolas posa la louche dans le saladier quasiment vide et se retourna.

— Et toi, Armand ? Pourquoi t’es tu attaché à lui ?

— Pourquoi… Une mélancolie assombrit le visage du jeune homme. Quand j’étais petit, je l’aimais déjà beaucoup, on jouait tout le temps ensemble. Mais… il y a eu des moments où il m’a tendu la main… S’il n’avait pas été là, je serai resté au fond du gouffre…

Nicolas se décolla du plan de travail, marcha jusqu’à Armand et s’assit sur la place à côté de lui. Se penchant vers lui, il lui sourit tendrement.

— Tu sais, Armand, je pense que Yann a dû t’en parler et… tu me plais beaucoup. Vraiment beaucoup. Je doute que mes sentiments soient réciproques, je ne te demande pas de m’apprécier comme moi je le fais alors… je voudrais m’excuser pour tout à l’heure, pour le baiser. J’ai pas l’habitude de forcer les gens, j’aime pas ça du tout mais sur le coup… tu étais tellement mignon… Pardonne moi alors. C’est tout ce que je voulais te dire.

Il caressa la joue d’Armand qui fut surpris sur le moment mais qui finit par plonger sa joue dans la main chaleureuse.

— Je ne dirais pas que ce n’est pas réciproque…, murmura t il, à peine confiant en lui-même.

— Alors quoi ? murmura à son tour Nicolas.

— Je… je ne sais pas…

— Et un baiser pourrait te faire savoir ?

— Je ne sais pas…

Nicolas se pencha plus et l’embrassa à nouveau. Ce deuxième baiser était tout aussi chaste que le premier mais il donna une grande décharge électrique à la base de la nuque d’Armand. Ce dernier se décolla vivement de Nicolas et se dressa d’un coup.

— La poêle ! Ca sent le brûlé !

Nicolas se retourna et se précipita sur la poêle vide encore sur le feu.

— Oh, je suis vraiment désolé, je n’ai pas fait attention !

— Ca va, y’a pas de dégâts, elle a juste pris un coup de chaud.

— j’ai vraiment la tête ailleurs…

— C’est pas grave, dit Armand en mettant la poêle dans l’évier.

Il sentit tout à coup deux mains le saisir par la taille et Nicolas plongea son visage dans son cou, chatouillant sa peau avec ses mèches.

— J’ai envie de te dire quelque chose, Armand, mais… pas tout de suite…

— Euh… oui ?

— Pas encore, non…

Il retourna doucement Armand et l’embrassa. Innocemment, au départ. Il entreprit vite d’approfondir le baiser en caressant subtilement les lèvres d’Armand du bout de la langue, très doucement. Mais l’effet voulu ne se produisit pas et il sentit bientôt les mains de son jeune ami sur son torse, le repoussant légèrement.

— Je suis désolé, dit il sans attendre.

Armand ne répondit pas et tourna la tête sur le côté. Un lourd silence tomba et Nicolas fit un pas en arrière.

— Je voulais pas être aussi rapide.

— Non… ça va, murmura Armand avant de quitter la pièce.

Nicolas attendit quelques secondes avant de le suivre dans le salon.

— Armand, attends s’il te plait. Je voudrais pas qu’on reste sur cette impression.

— Je t’ai dit que ça allait, je t’assure que tout va bien.

— Alors pourquoi es tu parti ?

— Parce que… ton regard…

— Je te mets mal à l’aise ?

— On peut dire ça comme ça, oui.

— Ok. Bien, tout d’abord, ce n’est vraiment pas le but. Si je te regarde autant c’est parce que tu me plais vraiment beaucoup, uniquement pour ça.

Armand leva un peu le regard sur lui, un petit sourire lui courbant les lèvres.

— Yann ne te l’a jamais dit ?

— Yann ? Oh si, il n’arrête pas de me le répéter ! Armand posa une main sur sa bouche comme pour ravaler sa phrase.

— Ah oui ? Tant que ça ?

— A vrai dire, je crois qu’il t’estime beaucoup.

— Oui, je pense, parce que pour me laisser seul avec son petit protégé…

— Il est trop protecteur avec moi, ça me pèse parfois.

— Ne dis pas ça, il prend soin de toi, tu as de la chance en fait.

— Mais quand ça devient trop lourd, ça se voit que c’est pas toi qui doit le supporter !

Nicolas lui sourit.

— Dis moi, Armand… Yann m’a déjà dit… enfin, je ne sais pas s’il le supposait ou si c’était la vérité mais, il m’a déjà dit que je te plaisais. C’est vrai ?

Armand rougit instantanément. Il se tourna un peu, faisant mine d’arranger la nappe sur la table du salon puis se tourna complètement, tournant le dos à Nicolas.

— Il ne le supposait pas, non.

— Oh. Je vois. Nicolas hésita quand à s’approcher de lui puis se résigna. A un moment, je pensais pourtant que tu avais quelqu’un.

— Pourquoi croyais tu ça ?

— Parce que comme je te l’ai dit, tu es vraiment très mignon.

— Non, je n’ai vraiment personne comme ça. En plus, je n’ai même jamais eu de petit ami !

— Vraiment ?

Armand serra les dents. J’ai qu’à lui dire carrément que je suis sauvage ! Ca va être rapide de se faire jeter ! Il s’attaqua à un morceau de sa chemise qu’il tortilla dans tous les sens.

— Vraiment… oui…

— Je trouve ça bien, je veux dire, tu es encore jeune, à quinze ans on est pas censé avoir eu une dizaine de conquêtes.

— Mais ça ne te gêne pas ?

— Eh bien c’est surtout que je ne vois pas pourquoi ça me gênerait en fait.

Armand se retourna et le regarda furtivement.

— Alors c’est pour ça que Yann t’aime autant.

Nicolas s’approcha de lui et lui caressa doucement la joue.

— Armand… j’ai vraiment envie de t’embrasser là…

Devant le silence du plus jeune, il s’approcha d’un pas de plus et l’embrassa tendrement, le serrant contre lui.

— J’ai toujours rêvé d’avoir un petit ami aussi mignon que toi…, lui chuchota t il dans l’oreille avant de plonger son visage dans son cou.

Dans l’entrée, la porte s’ouvrit doucement et se ferma derrière une ombre se faufilant à l’intérieur. Yann sourit dans l’ombre du couloir en regardant le couple tout nouvellement formé s’enlacer dans le salon.

Bien, nous voilà à la fin du premier chapitre ! J'aime beaucoup cette histoire parce qu'elle contraste bien avec ce que j'ai fait jusqu' à maintenant... Vous aurez remarqué que mes personnages viennent bien de chez nous, pas un japonais ou un américain dans le décor ! Je ne sais pas pourquoi, j'ai voulu faire quelque chose de beaucoup plus réaliste, quelque chose de plus... vrai.

Je ne sais pas ce que vous pensez du résumé qui annonce cette fic mais moi je ne l'aime pas du tout... j'ai creusé ma cervelle pendant je ne sais combien de temps et impossible de trouver mieux que ce résumé à 0.31 cents... ( oui, ça fait à peu près 2 francs... )

J'espère que ce premier chapitre vous a plus ! La suite... euh, je sais si je dois dire bientôt mais elle devrait pas tarder, j'ai pas de mal à écrire cette fic donc ça va aller vite, faut juste que j'aie le temps

Pour les reviews, c'est en dessous, juste là, dans le coin à gauche, vous voyez ? mdr !! Merci



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