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Author: Nelja
Fiction Rated: K+ - French - General/Adventure - Reviews: 1 - Published: 11-12-03 - Updated: 11-12-03 - Complete - id:1445089
La quête

L'enfant fut réveillé par le soleil levant un peu avant l'heure prévue. Il s'en réjouit : il détestait quand sa mère venait le réveiller. Elle ne savait pas le faire gentiment, même quand elle essayait.

Il se lava, s'habilla, et descendit dans la salle à manger pour prendre le petit déjeuner. Comme d'habitude, l'ambiance y était orageuse. Ses parents ne s'entendaient plus depuis longtemps - s'étaient-ils jamais entendu? Le petit garçon avait appris depuis peu de temps que son père avait ce qu'ils appelaient une maîtresse. Il avait surpris une conversation, et avait bien compris que ça n'avait pas de rapport avec une institutrice, mais que ça voulait dire une amoureuse, qui n'était pas sa mère, et qui était mariée aussi.

Le garçon se jura mentalement une fois de plus qu'il n'aurait jamais ni amoureuse, ni femme, ni maîtresse. Il avala rapidement son petit déjeuner.

"J'y vais!" lança-t-il, saisissant son cartable. "A ce soir!

- Ne rentre pas trop tard, mon chéri", lui répondit machinalement sa mère.

Il prit le chemin de l'école. Comme il était en avance, il prit le temps d'attendre son meilleur ami Percy devant chez lui. Son ami était élevé par sa mère seule, et il disait souvent que son père lui manquait. Mais peut-être valait-il mieux ne pas avoir de père, que d'avoir un père et une mère qui ne s'entendaient pas?

Ils s'étaient juré de rester amis pour toujours. Et de ne jamais se quitter. En attendant, ils allaient toujours à l'école ensemble, et ils restaient ensemble le plus longtemps possible avant de rentrer chez eux. C'était déjà pas mal.

Percy était en retard. ils coururent ensemble jusqu'à l'école. Mais ils arrivèrent quand même en retard, pour avoir pris les passages protégés. Il fallait absolument prendre les passages protégés. Et poser les pieds seulement sur les lignes blanches - car dans le goudron noir de la route, se cachaient de dangereux crocodiles, des requins, et peut-être même des crapauds géants aux ailes de chauve-souris. Mais ceux-là, ils n'étaient pas tout à fait surs qu'ils existaient.

Ils arrivèrent en courant dans la salle de mathématiques. L'institutrice leur rendit leurs cahiers. Il avait une bonne note, comme d'habitude. Mais pas Percy, qui était très mauvais en maths. L'institutrice le regarda d'un oeil flamboyant et effrayant, qu'il tenta de soutenir bravement mais sans insolence, ce qui était un mélange très difficile à atteindre, mais le seul à être entièrement satisfaisant.

Pendant la récréation, ils allèrent secourir les demoiselles en détresse. Enfin, son ami appelait ça secourir les demoiselles en détresse. Il n'avait jamais compris pourquoi seulement les demoiselles. mais ils étaient arrivés à un accord : ils aidaient tous ceux qui en avaient besoin, mais ils continuaient à appeler ça "secourir les demoiselles en détresse".

Il y avait une fille de la grande section qui voulait voler le pain au chocolat d'une fillette. C'était assurément un acte très malfaisant et félon. Ils se plantèrent devant elle. Leur réputation suffit, et la grande lacha le pain au chocolat, en bredouillant de vagues excuses.

Il en fut très content, et Percy aussi, et la petite encore plus. Mais ce n'était pas grand chose, pour quelqu'un dont le meilleur ami avait déjà retrouvé le sac à main volé d'une vieille dame. Et qui était allé récupérer un chien perdu dans les orties. Et qui avait tellement effrayé le dragon qui vivait de l'autre côté du mur qu'il n'était plus jamais revenu. C'était un souvenir très satisfaisant. Beaucoup plus que les orties. Et doublement, car il n'aurait pas aimé tuer quelque chose, même un dragon.

Le cours passa rapidement, Il aimait beaucoup l'école. En fait, il aimait beaucoup la plupart des choses qui ne se passaient pas chez lui. Après le cours, il ne voulut pas rentrer tout de suite. il alla jouer dans la rue avec Percy et sa grande soeur Laurie. Ils aimaient bien Laurie, et ils lui permettaient de les suivre dans leurs aventures. Percy lui disait toujours qu'un jour elle devrait se marier avec lui. Il prenait alors un air dégouté, et elle aussi, et il l'en aimait d'autant plus.

Ils se demandèrent où il pourraient bien aller. Ils connaissaient déjà par coeur le jardin public. L'enfant aurait bien aimé aller jouer chez Laurie et Percy, mais ils lui juraient que ce n'était pas drôle.

Alors ils cherchèrent une idée. Soudain, Percy se rappela quelque chose :

"Je sais où il y a un trésor!" leur dit-il d'un ton conspirateur.

"Où ça?

- Là!" Il désigna une vieille maison. "J'y suis déjà allé, mais on m'a fait sortir en me traitant de petit malpoli. J'ai à peine pu le voir.

- Alors comment tu sais que c'est un trésor? Ca aurait pu être n'importe quoi...

- C'est un vieux qui vit de l'autre côté de la rue qui me l'a dit." Il montra une autre porte.

"Ah, ce vieux-là..." reprit Laurie. "A chaque fois que maman en parle avec des amis, elle baisse le ton, comme s'il y avait des choses qu'on ne devait pas entendre. C'est peut-être un meurtrier? Ou peut-être tout simplement un menteur?

- Si c'était juste ça, maman nous aurait dit de ne pas avoir confiance en lui. Moi je sais. Il a des problèmes de vi-ri-li-té!" épela Percy.

- C'est quoi?

- Je sais pas... un truc d'adultes.

- Alors, on y va?" demanda l'enfant.

"Bien sur!" répondirent ses amis.

La porte était ouverte, à leur grande surprise. Ils auraient parfaitement pu escalader le mur du jardin, et ensuite passer par une fenêtre. En fait, ils étaient presque déçus de ne pas avoir eu à le faire. Mais c'était trop tard, et ils passèrent par la porte.

Il y avait une petite cour intérieure, et dedans, il y avait un monstre. Il ressemblait à un chien, mais il était beaucoup, beaucoup trop grand, noir et féroce pour en être un. Heureusement, il était attaché, mais il fallait passer devant lui pour sortir par l'autre entrée de la petite cour.

"C'est quoi, ça?" demanda le garçon.

"Je ne sais pas." répondit Percy. "Il n'y était pas la dernière fois que je suis venu. Je n'en ai jamais vu de pareil, pas même dans l'Encyclopédie Illustrée.

- Il nous faudrait des épées" dit le garçon.

"Eh bien, faisons des épées" dit Laurie. Elle ramassa des morceaux de bois dans la poussière.

"C'est pas des épées, c'est des bâtons!" fit remarquer justement son frère d'un air offensé. "Je ne me bats pas avec ça!

- Attends que j'aie fini, crétin de frère."

Elle prit un grand bâton, un autre plus court, qu'elle mit en travers. Puis elle s'arracha un cheveu - elle avait les cheveux très longs et très solides - et l'utilisa pour attacher ensemble la lame de l'épée et la garde. Elle en rajouta un, pour consolider, et un troisième, pour être sure. Puis elle commença à en fabriquer une autre, de la même façon, et enfin elle les leur donna.

Alors, ce fut comme si c'étaient des vraies épées, brillantes et tranchantes. Les garçons firent quelques moulinets avec. Elles ne se cassèrent pas, et ils se sentirent honteux d'avoir envisagé la possibilité.

"Wahou!", dit l'enfant, qui résumait bien le sentiment général. Même Laurie semblait agréablement surprise par son oeuvre. ils se sentirent animés d'un courage nouveau, et s'avancèrent en direction du monstre.

Le combat fut terrible. Dix fois, ils durent reculer, dix fois, ils montèrent à nouveau à l'attaque d'un air menaçant. Ils finirent par l'acculer ; et comme il ne les empêchait plus de passer par la porte, ils lui firent grâce de la vie.

La porte était toute petite, et même des enfants comme eux devaient se courber pour passer. Par cela, elle ne ressemblait à aucune autre porte qu'ils avaient eu l'occasion de voir, ce qui les fit frémir d'excitation. Et en plus, ça empêchait le monstre de changer d'avis et de les poursuivre, ce qui était très bien aussi.

Ils parcoururent un long couloir derrière. Il n'y avait ni fenêtres ni lampes, et le couloir aurait du être obscur, mais au contraire, il brillait d'une lumière très forte. Cela ne les étonna pas du tout. Le couloir devanait de plus en plus étroit, et ils finirent par ramper, mais ils trouvaient la situation très drôle.

Ils la trouvèrent moins amusante quand ils entendirent des bruits de halètement devant eux. Comme quelque chose de très gros, mais ils ne savaient pas quoi.

Aucun d'entre eux ne voulut s'abaisser à proposer de revenir en arrière. Et bien sur, les grondements se rapprochaient se plus en plus. C'était un monstre bête, qui n'avait même pas l'idée de fuir devant eux.

Alors l'enfant, qui était devant, brandit son épée. Le monstre arrivait. Il avait un très long cou, une horrible tête pleine de cornes, et des yeux ronds et rouges. L'enfant ne voulait pas le tuer. Et en plus, s'il le faisait, le chemin serait bloqué et ils devraient revenir en arrière quand même, ce qui ne serait pas intéressant.

Alors, il tenta de lui donner une tape gentille, sur le nez. Le monstre sembla ne pas le sentir. Il souffla. Son haleine était épouvantable. Peut-être du poison?

Il tapa plus fort. Derrière lui, Laurie demande "Il se passe quoi, là?

- Je combats le monstre." répondit-il.

Elle se tut alors. Elle savait que c'était une opération qui demandait de la concentration.

De l'arrière, Percy cria : "Il y a aussi des bruits bizarres, derrière."

Et c'était vrai. Cela ressemblait à ceux qu'ils avaient entendus auparavant, mais ils devinrent rapidement beaucoup, beaucoup plus fort, à tel point que l'enfant n'entendait même plus ce qui se passait devant lui, son propre combat.

Mais, grâce à sa force, son endurance, et surtout son absence de peur, le monstre commençait à céder. Il recula. Puis de plus en plus fort, au fur et à mesure que l'enfant avançait. Et il finit par s'enfuir.

Il rampa alors de plus en plus vite, histoire d'échapper à la chose derrière, et ses amis le suivaient. Le chemin devint plus large, et c'est en courant qu'ils arrivèrent jusqu'à une porte, la franchirent haletants, et la refermèrent derrière eux. Mais le bruit avait entièrement disparu. Il n'y avait plus rien derrière eux.

"On a bien fait de ne pas revenir en arrière, au début!" fit constater Laurie.

"Je n'y ai même pas pensé!" dit son frère.

- Moi, un peu quand même." rajouta l'autre enfant, qui n'aimait pas mentir.

Ils regardèrent autour d'eux. Dans la salle, il y avait le vieux dont parlait Percy tout à l'heure, celui qui habitait de l'autre côté de la rue.

Peut-être le tunnel les avait-ils menés de l'autre côté de la rue? pensa l'enfant? Ou alors, il y avait un autre chemin.

Le vieux était couché sur un lit, un beau lit qui contrastait avec ses vêtements sans soin. Il gémissait de douleur, et les enfants ne surent que faire. Mais alors, Percy s'approcha de lui, et lui demanda.

"Comment ça va, vieux?" Les deux autres se rappelèrent que Percy s'était fait jeter dehors pour impolitesse la dernière fois, et ils grincèrent des dents. "Tu as mal où, exactement? On peut t'aider?"

Mais le vieil homme, au lieu de se fâcher, lui sourit.

"C'est bien de demander, mon garçon. Je souffre beaucoup, assurément, et pour me sauver, il faudrait que l'un de vous touche ma blessure avec la lance qui est là-bas, derrière la petite porte du placard à balais. Mais ce n'est pas tout : il faudrait que la lance soit auparavant trempée dans le sang d'une jeune fille, vierge à la fois de corps et d'esprit."

Les trois enfants se regardèrent un temps, sans rien dire, hésitants.

- C'est quoi, exactement, une jeune fille vierge à la fois de corps et d'esprit?" demanda le garçon.

Il n'en avait qu'une vague idée.

- C'est une fille qui a moins de douze ans." trancha Laurie, qui pourtant n'en était pas complètement sure elle-même. "Donc, moi, ça va."

Elle s'avança vers la poignée de la porte, et commença à tirer dessus. Mais ça ne venait pas. Elle haussa les épaules, dépitée.

Son frère vint pour la remplacer, et il tira de toute sa force, appuyant ses pieds contre le mur, mais la porte ne s'ouvrit toujours pas, et les gémissements du vieil homme se firent plus douloureux.

Puis le troisième enfant arriva, et il tenta de tirer de toute ses forces, mais la porte s'ouvrit alors qu'il avait à peine mis la main sur la poignée.

"C'est pas juste!" constata Percy, les yeux écarquillés.

L'enfant prit la lance dans le placard obscur, et se tourna vers Laurie, avec un peu de peur.

"Tu peux y aller." fit-elle en haussant les épaules, et en essayant d'avoir l'air brave. "J'ai déjà eu des blessures qui saignent. C'est pas la mort."

Il lui fit une égratignure, aussi petite que possible, et toucha le vieil homme à la cuisse, là où il avait mal.

Aussitôt, il se releva, semblant ne plus avoir mal du tout. Ses yeux étaient grand ouverts, et il arborait un large sourire dévoilant son dentier.

"Vous m'avez sauvé, les enfants! Maintenant, vous avez le droit de profiter du trésor que vous êtes venus chercher.

Il sortit du placard à balais une petite table, recouverte d'un drap, que les enfants n'avaient même pas remarquée. Puis, avec un sens du spectacle digne d'un grand prestidigitateur, il souleva le drap.

Les enfants ne purent jamais vraiment dire ce qu'il y avait dessous. En fait, ils éprouvaient une telle joie à le regarder, que toute inquiétude semblait superflue, comme se poser des questions sur la taille, la forme, ou la nature du trésor qu'ils contemplaient.

Ils ne surent pas non plus combien de temps ça avait duré, jusqu'à ce que le vieil homme, avec un toussotement, remit le drap en place. Et, très étrangement, la sensation de plaisir s'estompa, mais sans leur laisser le moindre regret.

Le vieillard sourit.

"Voilà une clé de cristal, pour celui qui a pu ouvrir la porte." Il la tendit à l'enfant, qui la prit. Les trois la regardaient avec effarement. ils ne savaient pas si elle était vraiment en cristal, mais elle était à coup sur très belle, avec plein de facettes qui reflétaient les couleurs de l'arc-en-ciel.

"Rentrez chez vous, maintenant, les enfants. Avec cette clé, vous pouvez revenir."

Sans savoir vraiment ce qu'il faisait, l'enfant ouvrit une porte dans un mur qui semblait pas n'en avoir, et il se retrouva dans la rue.

Il se sépara rapidement de ses amis. Il était tard, et contrairement à leurs habitudes, aucun d'entre eux ne semblait vouloir parler de ce qu'ils avaient vécu.

De retour chez lui, il ne se fit pas gronder pour être rentré trop tard - en fait, ses parents ne semblaient pas s'être aperçus de son absence.

"Tu as bien travaillé, aujourd'hui?" lui demanda sa mère.

"Oui! J'ai eu une bonne note en maths. J'ai protégé une fille de l'école que des grands embêtaient. Et j'ai affronté des monstres! Et..."

Sa mère, qui avait écouté le début avec attention, leva les bras au ciel, lâcha un "Cet enfant me rendra folle.", juste suffisamment fort pour être bien entendue.

"Va plutôt raconter ces histoires à ton père!" dit-elle en claquant la porte derrière elle. "C'est bien son style!"

Déçu, il s'approcha de son père, qui était plongé dans son travail.

"Aujourd'hui, j'ai eu une bonne note et j'ai affronté des monstres!

- C'est bien, mon petit... Quoi comme monstres!"

L'enfant décrivit avec enthousiasme ses terribles adversaires, et puis, au dernier moment - il avait gardé le meilleur pour la fin - il ne put plus se retenir.

"Et j'ai trouvé un trésor merveilleux. Il peut rendre n'importe qui heureux et effacer tous les malheurs du monde. Tu viens le voir? C'est très important!"

Le père sourit, avec une sorte de nostalgie.

"Moi aussi, j'ai cherché un tel trésor, et tous mes amis aussi, quand nous étions jeune. C'est une belle quête, mais je ne pense pas que ce soit possible d'y arriver.

- Mais je l'ai trouvé! Il faut que tu viennes voir! Peut-être que tu pourras te réconcilier avec maman, et tout!

- C'est très gentil, mais tu sais, il y a des choses plus importantes pour moi que de me réconcilier avec Hélène. Je suis désolé. Tu comprendras plus tard...

L'enfant renifla à cette déclaration, mais il voulut insister.

- Mais pareil! Toutes les choses importantes! Il faut que tu viennes.

- Non, dit son père fermement. J'ai perdu suffisamment de temps avec ce genre d'histoires quand j'étais jeune. Si vraiment tu trouves un trésor, tu le montreras à tes amis de ton âge."

L'enfant voulut protester, expliquer que ses amis l'avaient déjà vu, mais le ton de son père était inflexible. Et puis, il était trop grand pour pleurer, et c'est ce qui allait se passer s'il restait là.

Il rentra dans sa chambre au premier étage. Et il pleura quand même, bien qu'il ait vu le trésor qui efface les peines cet après-midi même, et qu'il soit un grand garçon de huit ans.

Et il jeta la clé du château du Graal dans la cour, où elle se fracassa en mille menus morceaux.



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