Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » General » A ma fenêtre font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Paradise Nightwish
Fiction Rated: K - French - Drama/Tragedy - Reviews: 8 - Published: 11-15-03 - Updated: 11-15-03 - Complete - id:1447619

Kikoo…

Voici le récit que j’ai proposé à un concours littéraire il y a peu.

Le thème du concours : relation Mère - fille.

Voici donc ce que le thème m’a inspiré. Bonne lecture…

~¤*¤~

À ma fenêtre …

~¤*¤~

Ce matin, j’ai regardé par la fenêtre.

Ce matin, j’ai pensé à elle.

Elle qui fut tout pour moi, elle sans qui je croyais ne pas pouvoir vivre.

Des années durant, malgré nos difficultés, malgré ses difficultés; elle a été mon seul soutient.

Jamais amère, ou si peu. Toujours sincère, courageuse, malgré mes mensonges.

Jamais elle n’a abandonné. Jamais elle ne m’a abandonnée.

Quand j’allais mal, son seul sourire me faisait aller mieux.

Toujours si sûre d’elle, elle ne laissait jamais transparaître son désarroi.

Je me souviens d’elle comme si elle était toujours là. Comme si elle n’était pas partie si loin.

On se disait toujours tout. Toujours. Elle n’avait peur de rien.

Elle est si loin à présent.

Ce matin, en regardant par la fenêtre, j’ai revu son sourire.

Elle adorait se mettre à la fenêtre de la cuisine, regarder le paysage en fumant sa cigarette.

Ça la calmait quand nous nous déchirions.

Je me souviens lui avoir dit des mots blessants.

Je me rappelle entendre ces paroles désagréables sortir de sa bouche.

Les cris, quelques fois les coups ont marqués notre histoire.

Elle, si douce…

C’était souvent de ma faute.

Je n’ai jamais vraiment eu un très bon caractère. Jamais.

Je le sais comme elle le savait.

Nous étions inséparables. Mis à part pendant les heures de cours ou de travail, on nous voyait rarement l’une sans l’autre.

Inséparables… Je le croyais. C’est la vie qui nous a séparées.

Elle était si douce, malgré tout ce qu’elle avait subit, malgré ce qu’elle subissait encore.

Elle était ma sœur, ma meilleure amie.

Tout. Elle était tout pour moi.

Je me souviens, les sacrifices de l’une pour accorder un petit plaisir à l’autre.

Ce matin, par la fenêtre, j’ai cru nous voir passer, riant comme deux complices que nous étions. Comme avant. Comme quand elle était là, avec moi.

Comme si elle n’était jamais partie.

Comme si …

Le temps passe, le soir tombe par la fenêtre.

Je voulais oublier, continuer à vivre.

Mais sans elle, c’est dur.

Réapprendre à vivre n’a pas été facile. Chacun de mes gestes me rappelait un fou rire que j’avais eu avec elle, éternelles complices.

Le soir tombe toujours, mais le jour se relèvera t’il ? Ce n’est pas toujours sûr. Pour elle, la nuit est tombée, le jour ne s’est pas relevé. Il ne se relèvera plus.

La nuit éternelle si tôt pour elle… Un repos bien mérité, certes, mais pas si tôt.

Elle a si peu vécu. Sa jeunesse n’a pas été facile, à ce que je sais. La suite n’était pas gaie non plus. Un premier mariage, qui a échoué à cause de son mari. Un second mariage, dont l’homme était un échec en lui-même. Un manque de chance en somme.

Le second mariage, peut-être la plus grande épreuve de sa vie.

Il était violent, égoïste, la séquestrait.

Issue de ce second mariage, elle m’a toujours protégée.

Quand il est partie, il ne lui est resté que moi.

Elle s’est reconstruit une vie, loin de lui. Elle a posé les fondations de ce que je suis aujourd’hui.

Entre crises et réconciliations, la vie a suivi son chemin.

Et nous sommes devenues, avec le temps, tout ce qui comptait pour l’autre.

Jamais, je crois, nous avions songé au moment où l’une d’entre nous partirait.

Pourquoi songer au départ de la personne que l’on aime le plus au monde ?

Peut-être l’ai-je souhaité, au fond de moi…

Je ne crois pas.

Maintenant qu’elle n’est plus là, je sens qu’il me manque quelque chose.

Quelque chose d’important, qui était terré au fond de mon cœur.

Le jour se lève de nouveau, par cette même fenêtre.

Hier était la première fois où j’arrivais à regarder par une fenêtre depuis son départ.

Depuis si longtemps il me semble. Depuis trop longtemps.

Il paraît qu’il ne sert à rien de ressasser le passé. Je ne peux m’en empêcher.

Plus j’essaie de l’oublier pour continuer à vivre, plus j’ai la sensation que mon cœur va s’arrêter de battre.

Je revois son sourire.

J’entend de nouveau son rire.

C’est parfois insupportable.

Elle me manque tant.

Elle, nos moments complices que tant de gens nous enviaient.

J’aimerais la revoir encore une fois, pouvoir lui dire tout ce que je n’ai pas eu le temps de lui dire. Lui murmurer au creux de l’oreille qu’elle est tout pour moi. Que pour rien au monde je ne l’abandonnerai. Que je l’aime.

Malgré notre complicité, malgré nos délires, il est vrai que je lui ai dit tant de choses que je regrette, mais jamais ce que je pensais vraiment.

Des maux en paroles.

Je le regrette, comme tout ce que j’ai pu faire qui pouvait la contrarier.

J’avais beau l’aimer profondément, je l’ai également blessée, plus d’une fois. Je le sais.

J’ai souvent vu la lueur de ses yeux s’éteindre par ma faute, pour se rallumer presque aussitôt.

Ne jamais se laisser abattre. C’était sa devise. Elle sera la mienne.

Élever un enfant seule ne doit pas être chose facile, surtout à cette période difficile qu’est l’adolescence, où les conflits règnent en maîtres.

Et je n’ai certainement pas dû lui faciliter la tâche.

J’aurais tant voulu ne jamais la blesser, m’occuper d’elle comme si elle n’était que porcelaine. Je l’ai considérée comme mienne, jamais je ne me suis vraiment occupée d’elle. Je le sais.

Elle qui a tout donné pour moi.

Je passe mes journée à ne rien faire, je me laisse partir.

Je passe ma vie à la fenêtre, sa fenêtre.

Je comprend pourquoi elle s’y mettait souvent. Je fixe le paysage au loin, comme elle le faisait sûrement, et mon esprit se vide peu à peu. Dès que je quitte cette fenêtre, tout me revient.

Je la revois assise à cette table, riant aux larmes. Sur ce fauteuil, en train de se reposer. Sur ce lit, en train de dormir. Dans cette pièce sombre, allongée dans son dernier lit. Allongée, sans vie.

Alors, je retourne à la fenêtre, je fixe le vide, et j’essaie d’oublier.

D’oublier ce qui fut ma vie, avec elle.

D’oublier mes regrets.

Mais il est trop tard pour regretter. Je sais qu’elle n’est pas vraiment partie. Pas pour moi. Elle hante et hantera mon cœur à jamais, jusqu’au jour où je la reverrai enfin.

Le temps n’effacera pas mes regrets, mes remords. Mais peut-être me donnera t’il l’occasion de trouver une autre raison d’exister. Peut-être que ma vie sans elle prendra un sens.

Un nouveau sens.

Il faut quitter cette fenêtre, et recommencer à vivre.

Son souvenir fait partie de moi. Je ne peux oublier tout ces moments merveilleux passés avec elle. Ni les moments les plus difficiles.

Quitter pas à pas cette fenêtre, ces regrets, ces remords. Quitter cette endroit, où je la vois sans cesse.

Partir ailleurs, avec dans mon cœur, cette petite voix qui sans cesse me dira : « Je suis là pour toi, ne l’oublie pas. Ne m’oublies jamais. »

Sa voix.

Ce qu’elle me murmurait au creux de l’oreille souffle à présent dans le vide de mon cœur tel un ouragan.

Ce soir, en regardant par la fenêtre, je n’ai vu que son visage.

Cette nuit, je n’ai vu qu’elle.

Elle m’a parlé, entourée d‘un halo doré.

Elle m’a murmuré « Ma chérie, ne sois pas triste, je suis toujours là », en posant la main sur mon cœur. Son cœur qui s’est alors réchauffé. Je l’ai senti battre comme jamais.

J’ai alors tendu la main vers elle, pour la toucher, l’effleurer avant qu’elle reparte.

Mais je n’ai pas pu. L’image a disparu, et je me suis éveillée, en larmes. Ce message d’espoir était-il son dernier geste d’amour pour moi ?

Dans la nuit, penchée à ma fenêtre, j’ai laissé couler mes mots, et je lui ai enfin dit ce qu’elle n’avait jamais entendu.

« Maman, je t’aime. »

*¤* Fin *¤*

~¤*¤~

J’espère que cette nouvelle vous a plu.



Return to Top