Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » Romance » Where is my mind font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: mikii
Fiction Rated: M - French - Romance/Drama - Reviews: 26 - Published: 12-27-03 - Updated: 05-07-05 - id:1481535

Where is my mind

Chapitre 8

-

Mon très cher petit Stefan,

J’espère que tu te portes bien, sans vraiment douter que ce ne soit pas le cas. Je suppose que Kainy s’est empressé de te passer le message comme quoi je vous avais appelé (n’est-ce pas ?). Ca m’a vraiment fait plaisir de l’entendre, c’est vrai qu’on a plus trop l’occasion de se parler tous les trois. Ca me rend un peu triste mais bon, on y peut pas non plus grand chose.

Je tenais à t’écrire une petite lettre étant donné que je n’ai pas pu t’avoir toi aussi au téléphone. D’ailleurs je te remercie vraiment pour la carte adorable et la photo de vous deux et de la bestiole (Comment va t-il ? Tu ne le martyrises pas trop j’espère !) Je vois que Monsieur n’a pas perdu l’habitude de mettre des cravates à toutes les sauces. Parlant vêtements, je te joins un petit quelque chose qui devrait te plaire, je pense. J’ai trouvé ça dans un store déniché lors d’une après-midi détente avec une bonne amie d’ici. Dis-moi ce que tu en penses. J’ai très envie de te voir avec !

Pour parler des nouvelles de ma vie fantastiquement intéressante, et bien mes études se déroulent plutôt bien. Ca me fait toujours autant plaisir de me trouver ici, comme tu le sais, j’avais vraiment envie de revenir un peu au pays. Par contre vous me manquez beaucoup tous les deux, mais ça tu le sais aussi très bien. J’ose espérer que tu prends bien soin de mon petit frère ! (Attention à toi si tu le maltraites, je suis au courant de tout !) Moi côté cœur c’est un peu le vide (Ok, le vide total…) J’espère me trouver bien vite un gentil petit allemand.

Oh ! je dois te raconter quelque chose ! Il y a environ une semaine je suis sortie à une soirée en compagnie de l’amie dont je te parlais plus haut, Milda, et j’ai rencontré quelqu’un qui - je te le donne en mille - avait exactement le MEME petit tatouage que Kainy ! Si, ça existe ! mdr Surtout tu dois le lui dire, il complexera peut-être un peu moins, même si je vois pas pourquoi c’est le cas… Bref, ce charmant garçon (qui ne l’était pas tant que ça finalement, sinon je ne serais pas aussi désespérément célibataire à l’heure qu’il est) m’a gentiment expliqué que lui ne trouvait pas ça ridicule, le moins du monde. (Nda : j’ai déjà parlé de ce tatouage dans le chapitre deux, lorsque Xavier se pointe avec Arthur chez Stefan et Kainz… Ce n’était qu’une allusion, volontaire, lorsque Kainz dit que Stefan est le « seul à ne pas le trouver horrible »)

Trêve de bavardages futiles, j’ai aussi quelque chose à te proposer. Que diriez-vous de venir me faire un petit coucou à Berlin pour Nöel ? J’aimerais organiser quelque chose avec ma colocataire et bien évidemment, je veux que vous soyez là tous les deux ! (A propos, le rat est aussi le bienvenu, en fait j’adorerais revoir sa petite frimousse également) Je sais que tu as des examens en janvier mais ce serait peut-être l’histoire de quelques jours, et je suis sûre que tu pourrais t’avancer un peu avant. Kainy m’a dit, il y a quelques temps, qu’il comptait prendre des jours de congés pour ces vacances-là, donc au pire ne viens pas, mais il ne faudra pas te venger sur moi ou mon petit frère de passer Nöel seul sans lui… Non, bien sûr que je veux que tu viennes aussi, ok ?

Sinon, pour la note un peu moins joyeuse, je suppose que Kainy n’a pas vraiment changé d’état d’esprit depuis la dernière fois que nous nous sommes parlé. Entre temps, j’ai eu ma mère au téléphone, tu sais. Ca m’a fait bizarre, d’autant qu’elle m’a appelé très peu de temps après que j’ai raccroché d’avec Kainz. Je sais que ce serait assez mal choisi d’en discuter avec lui, c’est pourquoi je voulais te dire ça à toi. Maman m’a dit qu’elle souffre de ne pas le voir et qu’elle l’aime, réellement. Je sais parfaitement que cela n’efface pas tout ce qu’elle a pu lui jeter à la figure, mais moi ça me fait souffrir de constater que la situation n’évolue pas et que tous trois n’ont toujours aucun contact. Encore plus du fait que je suis loin d’eux et que mes simples contacts à moi se résument aux coups de fil et aux lettres. Bien entendu, je ne peux pas, de part ma relation avec mon frère, leur pardonner ce qu’ils lui ont dit et fait, mais cela n’empêche pas que je ne souhaite pas couper avec eux. C’est pour ça que je les ai, enfin ma mère disons surtout, au téléphone de temps en temps. Et c’est vrai que maman me demande fréquemment des nouvelles de lui, et tout ça me blesse. J’ai vraiment du mal à l’assumer, la distance n’arrangeant rien. Je ne sais pas, honnêtement, si ça sert à quelque chose que je te dise ça, mais peut-être pourrais-tu en parler avec lui ? Je sais très bien que Kainy souffre de la situation, bien sûr je ne t’apprends rien, excuse-moi.

Voilà, je ne sais pas vraiment que te dire d’autre à ce propos. De toutes les façons, je t’appelle très prochainement, enfin, dès que je le pourrai (en espérant que tu seras là, hein ?) On pourra peut-être discuter de tout ça. Je ne me sens pas vraiment de le faire au téléphone seule avec Kainz, tu comprends ?

Aller, je ne t’embête pas plus longtemps. Essaye de me répondre, ou bien d’appeler, ou bien essaye simplement de répondre à mon prochain coup de fil ! Je t’embrasse, je te charge d’en faire de même avec mon frangin. Je vous adore tous les deux !

Nouchka

Stefan replia la lettre de son amie avant de la replacer dans l’enveloppe verte, décorée de la belle écriture fine de la jeune femme. Il parcourut en sens inverse le sentier sur lequel il avait marché en lisant, celui-là même qui l’avait conduit près des villas isolées un peu plus en hauteur. La nuit ne tarderait pas à tomber. Le jeune homme songea qu’il s’agissait de préparer quelque chose avant que son ami ne rentre. Après tout, cela le changerait de se mettre à la tâche à la cuisine puisqu’il devient bien se dire que cette dernière semaine avait été plutôt calme pour lui de ce côté-là. Pâtes ? Peut-être quelque chose d’un peu plus distingué, il lui devait bien ça après tous les repas que Kainz avait lui-même préparés. Sauté de pommes de terre. Non, trop impersonnel, cela ne collait pas. Une pensée absurde lui vint à l’esprit, que le rat aimait ça, ou la bestiole comme l’appelait la petite sœur…

Merde ! Stefan se baissa brusquement, saisit une pierre sur le chemin avant de la serrer fort à l’intérieur de sa main puis de la lancer le plus loin qu’il le put, avec toute la force et la colère qu’il fut capable de donner à son geste. De quel droit pouvait-elle dire cela à sa fille ? Rien, pas une lettre, pas un mot, et pourtant, elle la connaissait parfaitement son adresse. Alors quoi, qu’attendait-elle cette femme pour se manifester ? Elle l’aimait ? Mais quelle digne mère pourrait se comporter ainsi ? C’était si simple d’utiliser Nouchka comme intermédiaire, la brave Nouchka, si serviable, si aimante de sa famille, et si loin.

Il eut l’esprit ailleurs tout le temps que dura son retour jusqu’à l’immeuble. Stefan était simplement dégoûté, écœuré par l’attitude des parents de Kainz, de sa mère surtout qui avait besoin d’une intermédiaire, sa propre fille, pour émettre le souhait de revoir son fils. Son père encore avait le mérite de se montrer franc et n’avait jamais manifesté le désir de revoir Kainz depuis le jour où il leur avait dit, à tout deux, que leur fils était homosexuel. Il n’en était pas moins abjecte aux yeux de Stefan mais au moins se comportait-il sans ambiguïté. Sa mère, au contraire, avait l’attitude la plus détestable qui soit, et Stefan la jugeait pour cela, s’en octroyait le droit. Il n’avait jamais rencontré les parents de son petit-ami. Au début de leur relation, Kainz n’avait pas encore dit la vérité à son père et sa mère et avait prit la décision peu de temps après. Parce que cela comptait pour lui d’être honnête. Il semblait que le couple ne l’avait pas vu de ce regard-là. Kainz avait emménagé chez Stefan, n’emmenant que quelques affaires et la cage du rat, et tout s’était passé comme si le passé avait disparu. Le passé, sa vie avec cet homme et cette femme. Balayé comme on évacue un tas de feuilles d’un simple coup de balai. Comment était-il seulement humainement possible de se comporter ainsi avec son propre enfant ? Stefan, lui, avait un mal immense à trouver la réponse.

Il songea à Anouchka. Cette fille était comme sa sœur à ses yeux, et son comportement à l’égard de Stefan lui rendait la pareille. Sa façon de se comporter avec lui l’avait toujours touché. Il avait fait sa connaissance en même temps que celle de Kainz lors d’une soirée qui les regroupaient, eux, Valentine et Xavier. Et si le courant n’avait pas immédiatement passé entre le jeune homme et lui, cela avait été différent avec la jeune Allemande. Kainz était à cette époque quelqu’un d’extrêmement réservé. Stefan se culpabilisait parfois en se disant que c’était depuis qu’ils s’étaient mis ensemble et qu’il l’avait poussé à s’affirmer que son petit ami était devenu le jeune homme souvent trop excité qu’il était à présent. Certes, sa rencontre quasi contemporaine avec Xavier était également allée dans ce sens. Mais comme il se le disait régulièrement, cela était tellement mieux. Tellement mieux que Kainz soit ainsi, soit parvenu à surmonter l’épreuve infligée par ses parents. Du moins donnait-il bien le change. Il était vrai que Stefan et lui ne discutaient que rarement de ce sujet. Il semblait que Kainz avait plutôt envie de passer outre, tenter d’oublier, et Stefan ne faisait rien contre cela. Pourtant, il savait que son petit-ami ne pouvait simplement pas oublier, au fond de lui. Il avait des parents, des parents qu’il n’avait à présent pas revus depuis près de trois ans, des parents qu’il ne pouvait pas remplacer, même si Stefan aurait voulu de tout son cœur qu’il en ait de meilleurs et de plus dignes. Alors sans doute était-ce lâche de sa part de faire comme si tout allait bien, ou du moins comme s’il n’y avait pas de quoi agir. Certes Stefan était très présent, mais il se sentait coupable de ne pas parler avec Kainz de ce que ressentait ce dernier à l’égard de ses parents, ou si peu.

Il arriva bientôt au bas de l’immeuble, ouvrit rapidement la porte d’entrée et n’attendit pas l’ascenseur pour rejoindre l’appartement. La porte claqua et les clefs furent lâchées sans ménagement sur la table du couloir, avant d’être rejoint par la lettre d’Anouchka. Stefan, lui, se déchaussa avec les pieds et fit valser ses chaussures contre le mur avant d’aller se poser dans la chaise à bascule du salon. Il laissa sa tête aller en arrière et soupira. Son mal de tête l’avait bien entendu reprit.

La sonnerie de l’entrée fit des siennes et lui martela un peu plus les tempes. Stefan jura et se leva un peu trop brusquement, ce qui lui valut de grimacer sous la douleur lancinante. Il traîna le pas jusqu’à la porte et ouvrit à la volée, la main massant sa nuque.

- Hey, fit Valentine d’un ton fort peu enjoué. Elle avait pincé les lèvres à la vue du visage si peu accueillant de son hôte. T’as l’air… commença la jeune femme, laissant sa phrase en suspend.

- D’un mec ayant besoin d’une aspirine, acheva Stefan avant de refermer derrière son amie. Tu m’excuses, marmonna le jeune homme en faisant un geste mou de la main. Il laissa à Valentine le bon soin de s’installer elle-même et partit pour la salle de bain.

- Kainy est pas là ? demanda finalement Valentine depuis le canapé où elle s’était établie.

Stefan réapparut une courte minute plus tard, un verre effervescent à la main et les mèches de son front trempées. Il s’allongea sur le divan, la tête sur l’accoudoir, les jambes sur les cuisses de la jeune femme.

- Il a un cours jusqu’à 18h30. Un nouveau gamin, répondit-il vaguement. Faut que je fasse la bouffe…

Valentine saisit la perche à deux mains.

- Je te remplaces si tu m’invites, ça te dit ?

- Tout ce que tu voudras, concéda Stefan dont la douleur lui annonçait gentiment qu’elle ne comptait pas le lâcher de ce pas et qu’il valait mieux pour lui qu’il n’essaye même pas de bouger pour le moment.

- Tu as fais quoi pour te retrouver dans cet état, mon pauvre chéri ? Attends laisse-moi deviner… Une après-midi devant ton écran ?

- Le pc me prend jamais en traître comme ça, articula Stefan, la paume plaquée contre son front. Au bout de quelques secondes, il consentit à se redresser et boire quelques gorgées de la décoction qui n’avait pas bougée de sa main. Il posa ensuite le verre par terre et retrouva sa position initiale. Je sais pas, le stress sans doute.

Valentine l’interrogea du regard, ce que les paupières closes de son ami ne lui permirent pas de voir. Elle formula la question plus simplement.

- Raconte.

Stefan laissa passer quelques secondes durant lesquelles Valentine fit silence, se demanda s’il n’y avait pas quelque chose de sérieux. En général, Stefan lui parlait toujours avec franchise, lorsque quelque chose n’allait pas. Pourtant, cette fois-ci, le jeune homme n’avait pas envie de parler de ce qui le préoccupait, sans doute parce que Kainz devait être celui avec qui il se devait d’avoir une discussion en premier.

- Plus tard Val, tu veux bien ?

- Ok, répondit son amie, fronçant légèrement les sourcils. Mais elle ne chercha pas à en savoir plus. Tu avais prévu quelque chose de précis pour ce soir ? A manger, je veux dire.

Négation de la tête. Stefan leva le pouce dans sa direction comme pour lui donner le feu vert complet pour les opérations à suivre. Lorsqu’elle se leva, ramenant les jambes de son ami sur le côté, celui-ci lui demanda, les yeux toujours clos.

- Au fait, tu passais pour quelque chose de précis ?

Valentine lui ôta ses lunettes, les déposa sur le haut du canapé.

- Plus ou moins. Je vous parlerai de ça tout à l’heure, quand Kainy sera là, d’ac’ ?

Peu avant 19h, Kainz fut de retour et Stefan consentit à se lever pour l’accueillir dès le couloir. Lorsqu’il parvint, de son pas mal assuré, auprès de lui, son petit-ami était occupé d’une main à retirer ses baskets et de l’autre à fouiller parmi le courrier. Son sac à dos ouvert traînait en plein milieu de l’entrée et sa paire de gants épars ne se trouvait pas exactement là où elle était supposée l‘être.

- Tout de suite, fit Kainz, devançant la demande que ne manquerait pas de lui faire Stefan à ce propos. Il avait vu du coin de l’œil arriver le jeune homme.

- Nouchka a écrit, fit Stefan d’une petite voix avant d’aller retrouver Kainz et de l’embrasser gentiment.

- Je vois ça, répondit l’autre avec un large sourire, tournant l’enveloppe verte entre ses mains. Elle dit quoi ?

Il leva les yeux sur Stefan et nota sa mine pâle.

- C’est vraiment si terrible que ça ? lança t-il d’un petit ton ironique, loin de penser qu’il n’était pas si éloigné de la vérité et que la lettre de sa sœur était bien à l’origine de l’état de Stefan. En quelques sortes. Il rassembla ses affaires et alla pour les porter à leur chambre lorsque Valentine fit irruption depuis la cuisine.

- Hoy, Kainy ! Tu arrives pile pour mettre les pieds sous la table ! fit-elle d’un ton enjoué en l’embrassant sur les deux joues.

- Ah tiens, on t’avait invité ce soir ? demanda Kainz, sceptique.

- Nourrie contre services rendus, répondit Valentine, haussant les épaules et les mains avec un petit sourire. Elle savait bien que Kainz avait dit cela sur le coup de la plaisanterie.

Stefan les dépassa et alla rejoindre son divan.

- Mal de tête de chien, fit Valentine avec une grimace, indiquant le malade du menton. Je vais amener tout ça au salon, tu n’as qu’à te poser.

- On songera à t’employer à plein temps ! répondit Kainz, les yeux pétillants de reconnaissance exagérée.

- Mon chéri, ne rêve pas, acheva Valentine en retrouvant sa cuisine.

Lorsque la dernière plage du CD s’acheva, sur une petite note mélancolique, Stefan, Kainz et Valentine entamaient juste leur plat de résistance. La jeune femme avait confectionné avec art un gratin dauphinois dont la consistance rendait superflue la moindre entrée. Elle avait simplement servi à ses deux amis un apéritif sans alcool tandis qu’elle enclenchait son nouveau disque dans la chaîne hi fi de salon de Stefan. La migraine de ce dernier avait complètement occulté de son esprit que lui-même avait songé à préparer un plat à base de pommes de terre pour le dîner. Cela, ou bien le fait que ça n’avait été qu’une vague pensée qui en dissimulait de plus graves.

- J’aime assez, fit Kainz songeur.

- Je trouve ça génial ! s’exclama Valentine. Ils vont avoir un succès fou, c’est obligé. Tu crois pas Stef ?

Stefan mâcha distraitement ses patates et acquiesça d’un petit geste de la tête.

- C’est parce que je ne t’ai pas servi d’alcool que tu es si peu bavard, ou juste parce que ton mal de crâne est toujours là ? demanda Valentine qui connaissait bien sur la réponse mais adorait le taquiner.

Stefan se contenta d’un geste las de la main et Kainz rebondit sur la question :

- Pourquoi tu n’as pas sorti quelques boissons au fait ? Il devait bien nous rester un peu de quelque chose…

- Je te rassure tout de suite, Kainy, vous avez encore le plein pour trois mois ! C’est juste que je vais déjà assez boire tout à l‘heure, donc je tenais pas vraiment à me saouler avant, si tu vois ce que je veux dire.

Elle avala les dernières gouttes de son verre de jus de fruits et repartit sur le sujet dont ils avaient discutés pendant une bonne demie heure. Du moins avait elle bien tenue son rôle de meneuse de conversation, car Stefan n’avait guère placé que quelques phrases monosyllabiques, et son petit ami s’était contenté de faire part à Valentine de sa surprise et de son scepticisme.

- Vous viendrez alors ? interrogea t-elle. Kainz lui avait précisé que pour sa part, cela dépendrait de son jugement quant à la musique qu’elle allait leur faire écouter.

- Ok, répondit-il en faisant tourner sa fourchette. Ca peut être sympa, ça bouge bien. A mon avis Xavier va adorer. Tu lui en a parlé ?

- Pas encore. J’attendais que Simon me donne le CD. Mais je suis d’accord, c’est bien son style. Et pour la date du concert, ça vous pose pas de problème ?

- Pour moi non, je peux arranger mon emploi du temps comme je veux. Mais Stef je sais pas ?

Kainz avisa un regard à son petit ami. Celui-ci avait à présent la tête basculée en arrière, la nuque imbriquée dans l’ovale du canapé, son assiette à peine entamée sur ses genoux. Il marmonna quelque chose que les deux autres ne comprirent pas. Kainz lui plaqua la main sur le front et grimaça.

- Toi tu ferais mieux d’aller au lit, si tu veux mon avis.

Stefan soupira en se redressant, retirant la main du jeune homme. Il déposa l’assiette sur la table basse puis se leva lentement et sans un mot. Il caressa brièvement les courts cheveux bruns de Kainz et fit un petit signe de la main à Valentine. Les deux ne rompirent le silence que lorsque leur ami referma la porte de la chambre derrière lui.

- Je me demande vraiment ce qu’il a, fit Valentine d’une petite voix.

Il n’était pas dans les habitudes de Stefan de se comporter ainsi, même s’il n’était pas rare qu’une migraine le prenne de temps à autre. Jamais il ne se montrait si distant. A meilleure raison avec Kainz. Leurs petits gestes lui avaient signifié que ce n’était pas de lui que venait le problème. D’ailleurs, celui-ci n’avait pas l’air beaucoup plus renseigné qu‘elle. Le visage de Kainz arborait un air inquiet. Il déposa son assiette sur le divan et se leva à son tour, précisant à Valentine qu’il revenait, qu’il allait juste s’assurer que Stefan allait bien.

Lorsqu’il pénétra dans leur chambre, Kainz put noter que Stefan s’était allongé sur le lit, à plat ventre, les couvertures froissées sous son corps. Il s’approcha de lui et alluma la lampe de chevet murale, ce qui eut pour effet de faire grimacer son petit ami. Il préféra éteindre avant de s’asseoir avec légèreté sur le bord du large lit.

- Hey, fit-il en caressant gentiment l’épaule du jeune homme. Stefan, qu’est-ce qu’il y a ?

- Mmh… juste la tête, marmonna celui-ci en retour. Il voulait délibérément éviter la question et n’avait qu’un souhait : celui de s’endormir et de laisser la douleur en même temps que les questions et le mal-être pesant s’évacuer jusqu’au lendemain.

Kainz savait pertinemment que cela n’était pas tout, mais il semblait bien que Stefan ne souhaitait pas lui répondre.

- Je te rejoins après, d’accord ? fit-il en se penchant pour embrasser la joue de son ami.

Stefan avait ouvert les yeux mais n’avait rien répondu. Kainz attendit quelques secondes puis finit par aller rejoindre Valentine au salon, refermant doucement la porte de la chambre derrière lui. Lorsque celle-ci l’interrogea du regard, il se contenta d’abord de lui répondre d’un vague haussement d’épaules.

- Il était déjà à moitié endormi, dit-il en reprenant place sur le canapé, s’asseyant en tailleur. Il saisit son assiette et entreprit de finir son gratin.

- Il a du passer une sale journée, soupira Valentine.

- Je pense qu’il n’y aura pas de problème pour lui non plus, Val, fit Kainz afin de changer de sujet.

La jeune femme lui sourit, excitée à la perspective du concert de Simon. En début de soirée, elle leur avait parlé de son nouveau petit copain, rencontré alors qu’elle sortait un soir en compagnie de plusieurs de ses amis, dont Olivier. Le premier commentaire de Kainz avait été sarcastique et lui avait signifié qu’elle était tout de même gonflée de craquer pour un mec alors qu’elle était en compagnie du sien. Pourtant, cela était la première fois depuis qu’ils la connaissaient que Valentine semblait véritablement tomber amoureuse, du moins à ce qu’elle leur en avait dit. D’ordinaire, ses copains n’étaient que des passades, et aucun de demeurait très longtemps en sa compagnie. Kainz avait ainsi pu se montrer légitimement sceptique. Par la suite, Valentine leur avait parlé de lui plus en profondeur, insisté sur le fait qu’il était guitariste d’un groupe qui tentait de percer, et qui justement donnait un concert le mois suivant.

- J’espère qu’il ne sera pas trop pris par ses révisions ?

- Je suppose que ce n’est pas une soirée qui risque de changer grand chose, répondit Kainz. J’en discuterai demain avec lui, ok ? On se tient au courant de toutes façons.

- Sûr, Kainy, sourit Valentine en rassemblant les affaires étalées sur la table. Elle se leva, deux bouteilles de jus de fruits vides à la main. Kainz la suivit avec les assiettes sales et quelques couverts.

Ni l’un ni l’autre ne reparla de l’état de Stefan jusqu’à ce que la jeune femme finisse par laisser son ami pour rejoindre le centre-ville, et ce après que Kainz lui ait juré qu’il s’occuperait du nettoyage lui-même. Lorsqu’il en eut fini avec la vaisselle, il était encore tôt, mais le jeune homme décida tout de même d’aller rejoindre Stefan au lit. Il n’avait pas d’autre projet en tête, aucune envie d’allumer la télévision, et de toutes façons besoin d’un peu de repos après une journée somme toute exténuante. Il se déshabilla en silence. Le chauffage de la chambre le convainc qu’il n’avait pas besoin de réveiller son ami pour récupérer la couette que son corps coinçait sous lui et il se contenta de sortir une couverture de substitution de l’un des placards pour s’en couvrir ainsi que Stefan.

La légère inquiétude qu’il ressentait à propos de ce dernier vint se confirmer lorsque le jeune homme endormi alla pour se presser contre son corps nu, à peine Kainz s’était allongé dans le lit. Il demeura immobile, la tête rehaussée par les coussins, à considérer les traits tendus du visage de son petit ami, sans que le sommeil ne vienne le gagner.

-

Merci pour vos reviews -! En tous les cas, je suis très contente que tu sois toujours là Roxane ! Tu vois, la suite arrive bien avant 2006 lol, je l’avais bien dit. Pour ta question à propos de Jolan et l’alcool, tu auras la réponse tantôt, mais j’en ai déjà dit quelque chose, que ça a un rapport avec Nân…

Le prochain chapitre arrivera logiquement après mes examens, car il faut vraiment que j’arrête de faire autre chose avant… Je ne sais pas encore sur qui il sera, je pense Nân et Matthieu.

See you !


Return to Top