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Fiction » General » Cher Journal font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Paradise Nightwish
Fiction Rated: K+ - French - Drama/Tragedy - Reviews: 3 - Published: 12-30-03 - Updated: 12-30-03 - Complete - id:1484420

Cher journal,

Aujourd’hui je réalise enfin que ma vie n’a aucun sens, aucun but.

Que je ne sers à rien.

Je ne suis qu’un élément du décor.

Un meuble.

Ni plus, ni moins.

Simplement un meuble…

Je croyais être aimée, je croyais avoir un but…

Mais je n’ai rien. Rien à perdre, rien à donner.

Je ne suis qu’une enveloppe vide, vide de tout sentiment, mais qui se rempli parfois de pensées toujours plus noires.

Je perds ma notion du temps.

Je perds toute envie.

J’aimais rire, je ne ris plus.

J’aimais chanter, je ne chante plus.

J’aimais tant de choses, et de gens.

Mais j’ai déchanté.

Je n’ai plus envie de rire ou de chanter.

Plus envie de vivre, depuis que j’ai réalisé.

Une fois de plus, on m’a rejetée. Ou alors on m’accepte, mais plus pour se moquer de moi que pour se lier avec moi. Ou encore par pitié.

Cela fait des années que cela dure, et je ne comprend que maintenant.

Je ne suis qu’un objet, objet de moqueries.

La fille avec qui on sympathise, et dont on se sert avant de la jeter.

C’est tellement moi…

Je n’apporte rien aux gens.

Ce que je pense, ils s’en foutent.

Ce dont je rêve, ils s’en moquent.

Ce que je me fais en pensant à tout ça, personne ne le sait.

S’ils savaient…

Je n’arrive pas à me regarder dans un miroir, je les fuis comme la peste.

Quoique… Je serais capable d’accueillir la peste à bras ouverts… Contrairement au miroir…

Je ne supporte plus mon image, mon corps, ma voix, ma vie.

J’essaie de me vider de tout ça, de cette vie qui sent le pourri à chaque pas que je fais. Chaque fois que je me retourne, je sens cette odeur de pourriture, l’odeur de mon existence.

Si je noirci ces feuilles, c’est pour oublier un peu ma vie, déverser ma peine… Mais cela n’est que temporaire. Ce n’est qu’une solution ersatz.

Je me suis construit une vie parallèle au monde qui m’entoure. Plus personne n’entre dans ce cercle, cet univers qui m’est propre.

Dans cet univers, il n’y a plus que ces pages noircies, et mon sang, mêlé à l’encre. Mêlé au papier, et à mes larmes.

Ce sang que je fais couler de mon corps pour évacuer une vie que je ne mérite pas.

Ce sang qui macule mes draps, mes feuilles, ma peau. Ma peau lisse de brûlures.

Ce sang dont la couleur me fascine, dont l’odeur me captive.

Rouge, la couleur que je préfère. Noir, la couleur qu’il prend en séchant.

Sais tu, cher Journal, mon seul confident, que les coupures ne font pas vraiment mal ?

Au début, on ne sent plus qu’elles, ça brûle, ça gratte. Mais à force… Je ne sens plus rien. Cela ne me soulage même plus. Il faut que cela fasse plus mal. Toujours plus mal.

De plus en plus de douleur externe pour soulager mes tortures intérieures.

Quand je sens cette douleur qui me tords les entrailles, alors plus que jamais j’ai envie de mourir. Plus que jamais j’appelle à l’aide, mais comme toujours, personne ne vient. Personne ne répond à ma détresse, personne.

Quand ma mort l’aura enfin emporté sur ma vie, personne ne sera là pour me pleurer… Même moi je ne pleurerai pas sur mon sort.

À quoi servent les larmes ?

Une lame est bien plus utile.

Pourquoi pleurer quand personne ne voit ? Pourquoi sangloter quand personne n’entend ? Pourquoi rester seule quand on a une famille ? Pourquoi continuer à vivre en se torturant, alors que mourir est si facile ?

Facile ?

Je ne crois pas.

Rien n’est vraiment facile ici bas.

Mourir est un choix, vivre en est un autre.

Je vais d’un choix à l’autre, même si au fond de moi j’ai tranché.

Il y a bien longtemps que j’ai cessé de « vivre. » Que je reste recluse.

Cette décision que j’ai prise, vais-je l’appliquer ?

Je n’ai pas le courage de « remonter la pente. »

Quelqu’un m’a dit ça, un jour… « Remonte la pente… »

Je ne sais plus qui, je ne sais plus quand.

Tout mes souvenirs se sont enfuis. Je ne me rappelle plus mon visage, ni ma voix, ni ceux de mes proches. Seule, dans cet endroit, je ne fais plus rien. Je ne saurais même pas dire où je suis, comment j’y suis arrivée… J’en arrive à oublier ce qui cause ce malaise en moi, ce qui me pousse à m’entailler chaque jour plus profondément mon corps. Ou plutôt ce qui fut mon corps. Car il ne m’appartient plus, je ne m’appartiens plus.

Je suis devenue une chose repoussante, qui traîne à terre, baignant dans son sang.

Et le matin, quand je me réveille, je me demande toujours pourquoi je suis encore en vie. Pourquoi j’ai vu encore un lever de soleil.

Et chaque soir quand la nuit tombe, je prie pour qu’elle tombe définitivement sur ma vie, continuant mes éternelles saignées, auxquelles je survis malgré moi…

Cher Journal, chaque nuit, je rêve que tu n’as jamais existé, et que j’ai eu une vie heureuse, sans douleurs. Chaque réveil se fait plus dur. Ne m’en veut pas si je t’abandonne, mais mon existence se poursuivra ailleurs…

*¤* Fin *¤*

J’ai estimé que le texte parlerait de lui-même…

Bonne journée….

N/A : Un ersatz est un produit de remplacement, de subsitution.…



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