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Author: Nelja
Fiction Rated: K - French - Adventure/Spiritual - Reviews: 3 - Published: 02-05-04 - Updated: 02-05-04 - Complete - id:1517162
Je n'en suis pas très contente, je la poste ici tout de même, par principe...

Entre Ses mains

Un trône ruisselant de dorures était la première chose qu'on voyait dans la grande salle. Le roi, un vieil homme au teint mat et à la barbe grise, y était assis. Il était drapé dans un manteau de soieries bleu ciel, rehaussé d'or et d'argent qui dessinaient sur son vêtement des oiseaux qui pleuraient une mer emplie d'algues, et des serpents mélancoliques qui regardaient les étoiles.

A la droite du trône, était un autre siège, d'argent, inoccupé, tendu de voiles noirs. A la gauche, était un siège de bronze, sur lequel était assise une jeune fille d'une grande beauté. Sa peau était sombre avec des reflets d'or, ses cheveux noirs comme la nuit et son visage doux comme la pleine lune. Elle portait une longue robe bleue, et elle avait au cou un simple collier de bronze.

Le troisième et dernier personnage dans la salle du trône était un prêtre, debout près des trônes, drapé dans une grande toge bleu nuit. Il frappa le sol de son bâton, lança sa tête en arrière, puis dit d'une voix sourde et solennelle :

"Les chiens de l'aube mordent le monde. Le ciel est rouge au lever du soleil, vert à son coucher. Notre Dieu a des pensées de mort, et nous serons bientôt détruits, sauf peut-être si l'un de nous parvient à la caverne où l'on entend sa voix, et réussit à implorer et obtenir son pardon.

- Pourquoi n'y vas-tu pas, prêtre?" grogna le vieux roi, relevant sa tête qui pendait sur son menton. "Tu es l'homme de Dieu.

- Il ne m'entend plus, enfermé qu'il est dans ses sombres obsessions. Seul un jeune coeur pur pourrait désormais l'émouvoir, d'après les prophéties. Et ce n'est pas tout : il faut, pour entrer dans la grotte, combattre un terrible ange à l'apparence d'un dragon, et je suis trop vieux pour ce genre de luttes.

- Et que conseilles-tu? Ne pourrais-tu pas en venir au fait?

- Majesté, j'ai un neveu qui est jeune et fort. Permettez-moi de l'y envoyer en votre nom."

Le roi eut un geste de lassitude. "Fais ce que bon te semblera, si cela peut être utile.

- Ne désirez-vous pas lui parler?

- Comme tu voudras."

Le prêtre, semblant surpris, sortit de la pièce.

"Pensez-vous que nous soyions perdus, père?" demanda la princesse.

"Je le pense en effet, mais c'est sans aucune importance." répondit le roi. "Il n'y a plus rien en ce monde. Il n'y a jamais rien eu."

Le prêtre revint, accompagné d'un jeune homme brun, au bras fort, au pied léger, au front brave, à l'oeil pur. Le roi souleva à peine ses lourdes paupières pour le regarder, et lui accorda une bénédiction de forme. Par contre, la princesse ne détourna pas son regard du nouvel arrivant, et le suivit longtemps des yeux quand il sortit de la pièce en promettant de réussir.

"Réussir ou mourir, c'est ce que nous disions dans les temps anciens." dit le roi. "Ton neveu est bien arrogant.

- S'il échoue, nous mourrons tous." dit le prêtre. "Une telle formule serait déplacée." Puis "Nous sommes entre les mains de Dieu."

La nuit, le jeune homme se préparait pour son voyage, empilant armes et vivres sur sa selle, quand il entendit un bruit. Il tira le sabre. Une voix féminine se fit entendre.

"Je suis la princesse que tu as vue cet après-midi, je t'aime, et si tu le permets, je viendrai avec toi. Je couperai mes cheveux, je serai ton écuyer, je porterai tes armes, et je te suivrai jusqu'à la grotte de l'ange."

Il la regarda, montrant une grande surprise devant ses paroles, son ton, son visage.

"Savez-vous à quel point c'est dangereux, princesse?

- Et je sais que si tu échoues, je mourrai de toute façon. Si tu as perdu ta confiance, permets-moi au moins de vivre et de mourir avec toi."

Alors, il tendit solennellement son sabre à la princesse.

"Voici mon gage, princesse, et nous partons demain. Je crains pour votre vie, mais je crains aussi de vous tromper par un refus. Retournez dormir dans votre chambre et rejoignez-moi au petit matin."

Le lendemain, le soleil rouge déversait sa lumière sur les montagnes bleues, et le cheval du jeune homme, suivi de la mule de son écuyer, partirent vers le nord. En un rien de temps, ils arrivèrent au pied de la montagne. Cachés derrière deux rochers posés là providentiellement, ils entrevirent l'entrée de la grotte. Mais surtout, ils virent le dragon. C'était une créature immense et terrifiante, svelte et serpentine, aux écailles multicolores et chatoyantes, aux grands yeux pensifs dans lesquels se reflétait le ciel. Il semblait méditer, éveillé mais figé.

"Pourquoi Dieu nous permet-il de combattre ses propres anges?" demanda la jeune fille d'un air songeur et triste.

"Je l'ignore." dit son compagnon d'un visage surpris. "Peut-être en a-t-il suffisamment pour que la différence ne compte pas. Peut-être peut-il les ramener à la vie. Ou peut-être..." Il serra la main de la jeune fille. "Peut-être une telle créature ne peut-elle pas être vaincue."

Mais il prit son sabre, et partit combattre. Ce fut long et périlleux, et de nombreuses fois, le jeune homme ne dut sa survie qu'a son adresse extrême. Le dragon semblait ne pas pouvoir être blessé. Alors qu'il sautait en arrière pour éviter ses dents, un coup de tête lui arracha son sabre et le projeta au loin. Mais il continua d'esquiver, comme s'il entendait la rumeur d'encouragement qui lui venait d'au-delà du monde.

La princesse, elle, sortit de derrière son rocher et rampa vers le sabre. Mais au moment où elle allait l'apporter à son compagnon, le dragon se retourna, la fouetta d'un grand coup de sa queue cinglante et souple, envoyant l'arme gicler en l'air ; puis il se retourna, d'un mouvement souple et beau, comme pour mieux observer cette chose étrange.

Le jeune homme se précipita vers elle, ses forces décuplées par la colère. Il attaqua le dragon penché sur son corps, de plus en plus fort, le faisant reculer. Il finit par l'avoir à sa merci, épuisé à son tour, pitoyable avec ses grands yeux bleu transparent.

Alors il entendit appeler son nom, et il sut que la princesse était vivante. Il leva l'épée, sans la laisser retomber, et fit à la place un geste autoritaire, enjoignant la créature de fuir. Puis il se retourna vers sa compagne, qui se releva avec peine.

"Il ne t'a pas tuée." lui dit-il. Elle hocha la tête. Puis, ensemble, ils entrèrent dans la grotte sombre, et on ne les vit plus, on n'entendit plus que quelques faibles bruits de pas qui s'éloignaient.

"Seigneur..." dit la voix du jeune homme. "Nous sommes venus...

- Prier pour votre pauvre vie, n'est-ce pas?" répondit une voix terrible. Non qu'elle fut si forte, ou si caverneuse, ou si grave, mais ceux qui l'entendait se persuadaient qu'elle était la seule voix réelle de cet univers, celle qui pouvait tout détruire d'un souhait. Les deux jeunes gens furent saisis d'effroi, et n'osèrent rien dire.

Mais la voix se fit plus douce. "Vous avez montré de la compassion. Vous me touchez, à tel point que j'en oublie que vous êtes nés sans libre-arbitre, et que je vous aime tout de même."

"Vous ne souhaitez donc pas notre mort?" demanda la princesse, malgré le tremblement dans sa voix.

"Non." répondit la voix. "Allez en paix. Le plus longtemps possible."

Quand ils rentrèrent, le roi et le prêtre étaient toujours à leur place, comme s'ils n'avaient pas bougé, mais leurs visages étaient soucieux, et ils se murmuraient à voix basse des paroles de réconfort. Quand les deux jeunes gens entrèrent dans la pièce, se tenant par la main, leur visage exprimait la plus vive indignation.

"Nous avons parlé à Dieu." dit la princesse, en se précipitant vers son père, devançant ses reproches. "Il ne souhaite pas notre mort.

- Est-ce possible?" dit le prêtre, les yeux écarquillés.

"C'est ce que nous avons entendu... Aurions-nous été abusés? C'est vous-même qui nous avez indiqué le lieu.

"C'est une bonne chose." dit le roi. "Une très bonne chose. Je vais maintenant célébrer..."

C'est alors qu'il se tut, et que la princesse s'effondra sur elle-même, doucement, sans un bruit.

Les autres n'eurent pas la possibilité d'esquisser un geste pour lui porter secours : aussitôt après, ils s'effondrèrent eux aussi sur le sol de bois et y restèrent, définitivement inanimés, comme terrassés par un grand cataclysme, par un fléau invisible.

Le vieux montreur de marionnettes n'eut pas le temps, cette fois, de terminer la représentation. Il mourut de vieillesse sans pouvoir finir de raconter à quel point il voulait que ses créatures d'illusion lui survivent. Les adultes jugèrent cette imagination puérile, ridicule, et la pièce stupidement mystique. Quant aux enfants, ils ne comprirent pas. Nous sommes dans la réalité : les personnages ne prendront pas vie d'eux-mêmes. Y aura-t-il, un jour, quelqu'un pour les ressusciter?



© Copyright 2004 Nelja (FictionPress ID:121554).


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