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Fiction » Fantasy » Le Temple font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Nicole Pavlovna
Fiction Rated: K - French - General - Reviews: 4 - Published: 02-11-04 - Updated: 02-11-04 - Complete - id:1522685
J'ai écrit cette histoire il y a près d'un an, et j'aimerais avoir des commentaires ! Merci de me lire de me reviewer ! Bonne lecture !

Le Temple

Mina avait beau chercher, les équations sous son nez restaient dénuées de sens. A bout de nerfs, elle se renversa sur son siège et commença à crier d'un air désespéré à sa camarade de chambre:
"J'y arrive pas!"
Excédée, Sannah lâcha son livre et se prépara pour la millième fois à expliquer à sa s?ur une règle qu'elle-même avait comprise depuis bien longtemps. Toutes deux avaient quatorze ans. Elles se ressemblaient beaucoup, bien que les cheveux noirs de Sannah soient ondulés et ceux de Mina raides. Les deux filles vivaient dans le Temple, avec leurs quatorze autres s?urs, toutes brunes, leurs quatre tantes et leur Mère. Chaque tante avait la responsabilité de quatre filles. Sannah et Mina, ainsi que leurs cadettes Angélique et Esther, étaient sous la responsabilité de Prudence, la seconde tante, une femme sévère qui souriait rarement. Mère dirigeait sa fratrie d'une poigne de fer. Ce n'était guère étonnant car le Temple était entourée d'une forêt. Une forêt qui ne menait nulle part, une forêt qui n'avait pas de fin. Mère l'avait explorée. Elle avait affronté les prédateurs. C'est pourquoi elle défendait formellement à ses filles de sortir, ordre fidèlement suivi car toutes avaient une peur bleue de l'extérieur. Mère s'occupait de l'éducation de ses filles personnellement: mathématique, langues et religion étaient les trois fils conducteurs de leur vie depuis leur naissance.
La religion dans laquelle elles avaient été élevées était le Taïsme. Elle consistait à prier sans relâche le dieu Ta, le seul homme, un Dieu, supposaient les jeunes filles, caché dans la forêt. Mère et les tantes étaient intransigeantes quand il s'agissait de Dieu et de religion. Tout blasphème, oubli de prière ou négligence d'une leçon de catéchisme était très sévèrement puni. Comme Mère tenait à ce que ses filles soient au summum de leurs capacités, elle veillait à leurs résultats scolaires, ce qui ennuyait Mina qui ne comprenait jamais rien aux Maths. Heureusement que Sannah arrivait à donner des leçons de rattrapage à sa s?ur. Enfin, quand elle ne se faisait pas interrompre, comme ce jour-là. Car, en plein milieu des explications, les deux jeunes filles entendirent la Cloche, celle qui sonnait pour annoncer les repas et le début des classes. Mina, trop heureuse de couper court aux explications de Sannah, se leva comme une flèche et rejoignit le couloir en courant. Elle prit un détour et ne s'arrêta pas jusqu'à ce qu'elle arrive dans le Grand hall.
Le Grand Hall était une pièce aux mesures gigantesques: elle faisait (Mina l'avait lu) vingt-cinq mètres de hauteur, cent de longueur et cinquante de largeur. Les deux côtés de cinquante mètres donnaient l'un sur le réfectoire et l'autre sur les salles de classes. Les deux autres côtés étaient bordés de colonnes de pierre rouge marbrée de bruns. Le sol était pavé de la même pierre que les colonnes. Quand Mina avait huit ans, elle avait demandé à Mère d'où venait le Temple. Elle s'était entendu répondre alors:
"Qui peut l'avoir construit, excepté Ta? Rappelle-toi bien une chose, petite Mina, tout dans cet univers a été créé par Ta. Je te l'ai toujours dit, et nous l'avons toujours su, moi et tes tantes. Alors cesse de poser des questions idiotes.
-Mais... comment l'avez vous su?" avait alors demandé Mina. Elle s'était attirée une gifle.
Mina jeta un coup d'?il à la lisière de la forêt. Cette forêt l'avait toujours terrorisée, Mère racontait tellement d'histoires à propos de cette forêt et sur les monstres que, plus jeune, elle imaginait des choses abominables à propos de cet endroit, et la plupart des filles en faisaient des cauchemars. A sa grande surprise, elle aperçut quelque chose derrière un arbre. Ca ne pouvait pas être une personne du Temple. Personne n'osait sortir. Normalement, les bêtes ne s'approchaient du Temple car Ta les repoussait. Mais là... Mina, effrayée, se cacha derrière une colonne. La silhouette ne dépassa pas la lisière de la forêt. Pourtant, l'adolescente était terrorisée. Comment, mais comment une bête pouvait-elle oser, pouvait-elle parvenir à s'approcher du Temple? Mina se précipita au réfectoire.
"Sannah! Sannah! Devine ce que j'ai vu près du bois! cria-t- elle théâtralement en se jetant sur sa s?ur.
-Laisse moi deviner... Pour te mettre dans cet état, il a bien fallu que tu voies Prudence grimper aux arbres.
-C'est pas drôle! J'ai vu quelque chose qui était dans la forêt, quelque chose... (elle baissa la voix) quelque chose qu'on ne connaît pas. Je ne sais même pas si Mère la connaît.
-Tu m'as déjà fait le coup. C'est pas la peine, cette fois je ne marche pas."
Mina s'arrêta, vexée.
"Quand est-ce que j'ai prétendu qu'il y avait quelque chose dans la forêt et que ce n'était pas vrai?
-Quand on avait six ans, et après quand on en avait neuf, tu te rappelles?"
Mina dut faire un effort de concentration, jusqu'à ce que de vieux souvenirs lui reviennent à l'esprit. Les deux fois, Mina avait prétendu avoir vu un monstre dans la forêt. Les deux fois, Sannah l'avait cru et avait failli mourir de peur. Et les deux fois, Mina s'était moquée d'elle. Et maintenant Sannah ne la croyait plus.
"Tu te rappelles l'histoire de la bergère qui criait "au loup"? reprit Sannah. Quand le loup est vraiment venu, aucune des villageoises n'est venu lui porter secours.
-Oui, mais ce n'est qu'une histoire, alors que nous sommes dans la réalité, rétorqua Mina.
-Ça ne t'empêche pas de raconter des salades."
Sannah tourna les talons et alla s'asseoir avec ses grandes s?urs, Andromaque et Julia. Quelle gamine, pensa Mina sans penser qu'elle était bien plus puérile encore que Sannah. Elle s'assit, par souci de contradiction, à l'autre bout de la grande table du réfectoire avec les toutes jeunes Angélique et Esther. Elle récita la Bénédiction du dîner avec les autres et rumina pendant tout le repas.
A la fin du repas, l'adolescente se leva le plus vite qu'elle le pouvait par souci de fierté. Elle traversa à nouveau le Grand Hall. Malgré son angoisse, elle se résolut à parcourir le bois des yeux. Elle ne vit rien. Peut-être avait-elle imaginé cette ombre, après tout. Elle traversa le Hall et ouvrit la porte. Mais alors qu'elle allait regagner le couloir, elle entendit quelqu'un l'appeler. Perplexe, elle se retourna.
"Tante Prudence?"
Pas de réponse.
"Sannah? Me... Mère?"
Encore une fois, sa seule réponse fut le silence.
"Angélique? Esther?"
Sous l'effet de la peur, elle sentit ses genoux trembler. Elle prononça les noms de toutes ses s?urs et des trois tantes qu'elle n'avait pas encore cités. Et elle revit l'Ombre. Elle n'avait donc rien imaginé. Mina paniqua. Elle prit ses jambes à son cou et se précipita dans sa chambre.
"Sannah! Sannah!
-Quoi encore?" cria celle-ci, excédée des cris toujours si tragiques de sa s?ur et furieuse d'être arrachée au livre "La jeune pécheresse", dans lequel elle était plongée.
"Je l'ai revue! Je l'ai revue!
-Mais de quoi est-ce que tu parles?
-De l'Ombre! Elle m'a appelée! Elle connaissait mon nom!
-Décidément, c'est de pire en pire. Tu deviens mythomane."
Mina faillit perdre son sang-froid. Elle respira un grand coup et déclara clairement et le plus calmement qu'elle le pouvait:
"Je te le dis et te le répète, cette chose connaissait mon nom!
-Tu n'es plus drôle du tout, Mina! On ne doit pas plaisanter sur ce genre de sujet! Oh! Et puis j'en ai assez, je vais dormir avec les deux petites."
Mina bredouilla des répliques qui se voulaient cinglantes mais qui ne servirent qu'à faire fuir Sannah plus vite encore. Une fois seule, elle s'effondra sur son lit et se demanda si elle n'était pas folle. Sannah ne croyait pas son histoire; donc personne ne la croirait. L'angoisse lui nouait le ventre, malgré toutes les prières qu'elle récita. Elle ne put fermer l'?il de la nuit.
Au matin, elle se leva à l'aurore et retourna dans le Hall. L'Ombre n'était plus là. Frissonnante, elle passa entre les colonnes de l'immense pièce et s'approcha de la forêt. Elle voulait savoir si l'Ombre existait. A tout prix. Elle tremblait de tout son corps. Petite, avec toutes ses s?urs, elles essayaient toujours d'aller le plus loin possible. Jamais elles n'avaient réussi à s'éloigner du Temple de plus de dix mètres. Mina passa ce stade. Ses tremblements redoublèrent encore. Les bêtes... si elles s'approchaient... elles pourraient la dévorer. Malgré sa terreur grandissante, elle continua à avancer et arriva à la lisière. Toutes les légendes que Mère lui avait contées revinrent à son esprit. Elle se mit à prier. Elle pénétra dans la forêt. Ses tremblements commençaient presque à devenir des spasmes. Elle tituba entre les arbres et promena son regard sur les alentours. Elle sentit soudain une main sur son épaule. L'hystérie prit alors le pas sur sa détermination et elle poussa un hurlement strident. Elle hurla et se mit à courir, sans se rendre compte qu'elle s'éloignait du Temple. Soudain, elle vit que le bois s'arrêtait, et qu'un voile blanc opaque lui barrait le passage elle ralentit légèrement. Elle voulut toucher le voile et elle vit... qu'elle le traversait. Elle n'hésita donc plus et traversa le voile.
Et elle se retrouva... sur une corniche. Il n'y avait plus de forêt. La forêt sans fin... avait disparu. Sous elle, en face et au-dessus d'étranges boites volaient dans les airs. Des bâtiments, mille fois plus hauts que le Grand Hall, s'étendaient à perte de vue, touchaient les nuages et disparaissaient dans le sol, et des dizaines, des centaines de personnes qui marchaient, se croisaient. Des gens qui n'étaient pas ses s?urs, qui n'étaient pas non plus ses tantes. Qui étaient ces gens? D'où venaient-ils? Que faisaient-ils ici? Qui étaient-ils? Des dieux? Des bêtes? Mina vacilla. Tout ça était trop absurde. Elle entendit alors un bruit. L'Ombre... elle venait la manger. Mina se retourna.
L'Ombre n'était pas une bête. L'Ombre n'était pas un monstre. L'Ombre ne la mangerait pas. L'Ombre était une jeune fille. Une jeune fille que Mina n'avait jamais vue. Elle ne ressemblait en rien aux s?urs de Mina. Ses cheveux n'étaient pas noirs et longs. Ils étaient courts, rouge vif. Elle avait des yeux vert émeraude et des taches de rousseur lui parsemaient les joues et le nez. Ses vêtements étaient sombres et informes.
"Bonjour, Mina.
-Qui êtes vous ? bredouilla celle-ci avec le filet de voix qui lui restait.
-Je suis Elise. Je suis ta s?ur.
-Non, vous ne l'êtes pas, protesta Mina.
-Si. Les personnes que tu prends pour tes s?urs ne sont que des jeunes filles qui ont été vendues à la naissance, comme toi, par des familles sans argent. Nos parents ont accepté de te donner à la Grande Prêtresse de Ta, pour que tu sois une servante jeune et naïve de son culte, même si tout ça n'est qu'un ramassis de mensonges idiots.
-Entends-tu par-là que Ta n'existe pas?
-Regarde autour de toi. Crois-tu toujours en ton Dieu de vent?"
Mina regarda la ville qui l'entourait. On lui avait menti. Alors, Ta était-il un mensonge?
"Viens, ordonna Elise. Il est temps que tu rentres à la maison."
La maison? Mina leva les yeux. Elise lui tendait la main. Elle l'aida à se relever. Mina ne savait pas si elle pourrait s'habituer à ce nouvel endroit. A sa vraie s?ur. Et... à sa vraie mère.

"Mère, Mina n'est pas rentrée.
-Elle a blasphémé. Ta s'est vengé."
Sannah retourna dans sa chambre. Mais quand elle passa dans le Grand Hall, elle aperçut une Ombre...



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