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Fiction » Sci-Fi » Unknown Sinner in unknown city font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: unknown sinner
Fiction Rated: M - French - Adventure/Drama - Reviews: 2 - Published: 03-06-04 - Updated: 07-27-04 - id:1543262

Des gouttes de pluie tombent sur mon imperméable en cuir noir et elles ruissellent dessus suivant les plis. Mon chapeau me protège la tête de ces trombes d’eau incessantes.

Je marche dans les ruelles sombres d’Eterna ; des ruelles trop étroites et sales, à peine éclairées par des enseignes de néon à l’abandon. Mais l’obscurité ne me dérange pas : j’aime sentir les ténèbres envelopper mon corps, c’est pour moi quelque chose de rassurant… Je mets le pied dans une flaque d’eau qui éclabousse un clochard couché sous un abri précaire en carton mouillé. Il se met à me jurer dessus mais je n’y prête pas attention : je suis heureux…

Pourtant je me trouve à Eterna : une ville artificielle et superficielle. Cette ville a été créée par les Humains pour les Puppets : des humains de substituts génétiquement parfaits. La raison pour laquelle les Humains les ont créés est qu’il y a environ cinquante ans de cela la population humaine a dégénéré, et un groupe de scientifiques a décidé de renouveler l’espèce en fabriquant des êtres parfaits : c’est-à-dire en leur enlevant toutes les tares au niveau des gênes.

A l’époque les premiers Puppets ont été mal vus car pour l’humanité, ils n’étaient que le résultat monstrueux d’une bande d’apprentis sorciers qui s’amusaient à se prendre pour Dieu.

« … Ce ne sont pas des résidus d’embryons humains génétiquement modifiés… Ce sont des expressions de vie spontanées, nées du néant comme vous et moi au commencement du monde… »


Le projet officiel était de les intégrer à la population afin qu’ils se reproduisent avec ; leur rôle était celui d’épurateur : ils devaient au fil du temps assainir l’ADN humain. Mais le monde avait du mal à accepter que ces choses, qui leur étaient si semblables, fussent été des êtres humains comme eux ! Ce n’était après tout, que des produits fabriqués…

Le gouvernement à l’origine de l’opération prit peur devant ces résultats vivants et décida de se ranger du côté de l’opinion publique ; les scientifiques furent mis « à la retraite » et les Puppets, tout simplement retirés de la circulation…

Le petit ennui était que ces êtres avaient une conscience et une intelligence supérieure à leur piètres « semblables », de plus, ils savaient que leur « retrait » aurait une fâcheuse conséquence pour leur avenir… Quelques-uns uns d’entre eux furent « retirés » mais d’autres purent se fondre dans la population avec l’aide de leurs « parents », avant qu’ils ne soient tous mis « à la retraite »…

Pendant les quarante années qui suivirent, ils gravirent rapidement les échelons et bientôt ils prirent le contrôle du gouvernement et du monde. Rapidement aussi, ils firent pleins de petits marmots qui prirent à leur tour les meilleurs postes du pouvoir. Désormais les Humains sont dirigés par ces créatures qu’ils considéraient comme inférieures et eux-mêmes se retrouvent en bas de l’échelle sociale, grouillant sur le sol, à l’instar de leur dégénérescence…

Est-ce que j’aime cette ville ?… Oui.

C’est un sentiment bizarre de répulsion et d’attirance. J’aime cette ville noire, éclairée en permanence par ses lumières. Elles sont semblables à des feux de détresse dans le Néant… Mais elle sait aussi bien que moi qu’elle est perdue !

Moi ? Qu’est-ce que je suis ?… Un Humain… De pure souche !

En effet, je me promène dans les ruelles sombres remplies d’immondices et toujours noyées d’acides… Effectivement, je rampe comme mes frères de gênes dans les boyaux de cette superbe structure rayonnante que ses dirigeants ont fait faire bâtir à leur gloire…

Alors pourquoi suis-je heureux ? Quand est-ce que j’ai dit que j’étais heureux ? Ah au tout début ! Oui, je suis heureux ; quand je le suis j’ai tendance à me laisser aller à la confidence et je deviens bavard ! En fait, je suis toujours heureux quand je rentre de mon travail, rien de plus normal me diriez-vous… Même si toute cette atmosphère malsaine m’accompagne jusque chez moi – vous savez bien : odeurs d’ordures et parfois d’autre chose en décomposition, endroit glauques, insécurité, gémissements d’on ne sait où…- je me sens tout de même bien !

J’aime mon travail ! Pour rien au monde je ne voudrais le changer. Je me considère comme un artisan, consciencieux de mon savoir-faire ; et parfois, une âme d’artiste se révèle dans ce que je fais ! Et ces jours-là, plus que d’autres, mon cœur est transcendé ! Tandis que mes pieds mouillés foulent les détritus, je sens mon cœur se gonfler à m’en faire mal et à m’en donner la nausée. Et je le ressens ce soir même car je viens de dépasser mon art…

Quel métier je fais ?… Je suis assassin.



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