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Je remercie Kelstrel 21 pour sa sympathique review ! Je sais que cette histoire est un peu bizarre et très sombre. Je l'ai écrite quand je broyais du noir ! ;
Mais elle reste pour moi, l'histoire la plus complexe que je n'ai écrite !
Bonne lecture de ce 3e chapitre !
Chapitre
III
Noir. Peur. Courir pour ne pas être
rattrapé.
Seul. Blessé. Supporter pour ne pas s'arrêter.
Froid. Sueurs. Résister pour survivre.
Lumière. Tout au bout. Main tendue. Mon seul espoir...
Mes yeux s'étaient ouverts avant que je n'aie pu me rendre compte que j'étais réveillé. Ma main tendue vers le plafond blanc et stérile de ma chambre vide, je baignais dans les draps de mon lit, froissés et mouillés de sueur. Ma respiration et les battements de mon coeur se calmèrent, bercés par le rythme de la pluie dehors. Ma main redescendit lentement vers la réalité morne et froide pour se poser sur mes yeux. Cela faisait longtemps que je ne me le suis plus remémoré, je pensais l'avoir effacé de ma mémoire mais on ne changeait pas de vie aussi facilement et je l'apprenais à chaque fois que mes yeux se fermaient : je ne rêvais jamais, je me souvenais. Et c'était pour ça d'ailleurs que je détestais dormir.
Je m'asseyais lentement sur mon lit et je m'étirais en bayant. Mes yeux balayèrent paresseusement la chambre. 4h36. Je m'extirpais de mon lit et à ce moment-là je m'aperçus de mon érection. Petit sourire en coin. Je me dirigeais vers la salle de bain pour prendre ma douche froide. L'eau glacée ne ramollit pas mon sexe dressé : au contraire, il se raidissait de plus en plus, et le frottement de ma peau avec le savon augmenta mon excitation. Alors je pris mon pénis tendu par le désir et je commençais des mouvements de va et viens avec ma main enduite d'huile parfumée. Tout en malaxant mes testicules de l'autre, j'accélérais le rythme de ma stimulation. Etrange cette sensation de chaleur déferlant en moi sous la carapace de peau gelée. Je sentais venir ma jouissance qui me tordit le coeur de plaisir puis j'éjacula en poussant un long râle.
4h58. J'enfonçais mon chapeau en feutre et je me dirigeais vers le vestibule.
- Je sors faire un petit tour ! Lui dis-je par l'entrebâillement de sa porte.
Dehors, la pluie continuait de tomber. Je me promenais dans les ruelles sombres et crasseuses des bas-fonds d'Eterna ; sans but apparent, je faisais des détours, ici et là, parmi les odeurs nauséabondes et les marginaux couchés sur les lits de fortunes. Au bout d'un étroit passage, des hommes en grandes blouses noirs et munis d'un masque s'affairaient sous la fine pluie. Je restais un moment à les regarder charger dans un camion la carcasse de pauvres humains abandonnés à leur sort, qui s'entassaient et encombraient régulièrement ces rues purulentes.
Je déposais le montant de ma consommation sur la table et me levais pour quitter la salle. Les autres occupants, pris d'une frénésie de violence, se mirent en devoir de se frapper les uns sur les autres. Une main m'empoigna furieusement le col de mon imperméable noir et son propriétaire essaya d'aplatir son poing dressé sur mon visage. Je l'esquivais sans difficulté et je lui assénais un coup lourd et sec sur sa nuque, le lui brisant net. Le corps massif de mon attaquant tomba lourdement sur le sol et je partis précipitamment avant qu'un autre énergumène ne m'assaille de nouveau.
Une fois dehors, je ralentis mon pas et pris la rue se trouvant à ma gauche. Je finis par déboucher sur la petite place avec la vieille fontaine en pierre à moitié détruite où s'élevait l'église gothique avec ses hauts vitraux ; je restais quelques instants immobile, savourant la sensation de l'eau coulant sur ma peau et sur mes vêtements : cela apaisait mon coeur. Un sourire s'étira sur mon visage. Carnassier. Je me dirigeais sereinement vers l'entrée de la bâtisse.
Aujourd'hui, j'avais envie de tuer…
- Oui. Je vous écoute mon fils ?...
- J'ai connu. Il y a de cela quelques années un jeune garçon. Avec qui. Avec qui j'ai eu des rapports sexuels.
- …
Derrière le grillage, je sentais la voix de mon interlocuteur rauque et saccadée. Son souffle chaud était court et difficile comme s'il avait du mal à respirer.
- Continuez mon fils…dis-je conciliant malgré mon profond ennuie. Encore un de ces désaxés qui n'aimaient que les rapports avec de juvéniles et tendres chairs me disais-je intérieurement.
- . Ce jeune garçon. Il exerçait ce métier de chair. Je ne suis pas coupable ! Je n'ai pas pu refuser !... Tout simplement. Il était désirable ! Un ange !... C'est Dieu qui m'a tendu la main, n'est-ce pas mon père ?!... Une peau si blanche. Et si tendre !... Des cheveux couleur or si fins. Si doux.
Mon client haletait fortement et je pus discerner à travers la pénombre des mouvements de l'autre côté du grillage.
- Partout il y a la grâce de Dieu pour les hommes qui savent la voir, mon fils.
- Oh mon père ! Je suis perdu !... Son corps sucré !... Sa peau si parfumée !... Je n'ai pu l’oublier depuis de si longues années !... A chaque fois que je ferme mes yeux, je ne peux empêcher mon esprit de pêcheur de se souvenir de ces moments d'étreintes contre cet être de lumière !...
Au fur et à mesure de sa confession, mes mains se mirent à trembler légèrement et un flash aveuglant me brouilla l'esprit : je me revoyais dans cet appartement à deux pièces miteux ; je l'ai vu s'approcher de moi gracieusement comme à son habitude et il m'a demandé d'aller jouer dehors car il avait des choses à faire. A l'instant de passer le pas de la porte, j'ai entr'aperçu une silhouette dans l'ombre de l'angle d'escalier mais comme à notre habitude, je sortis docilement dans la cour. Puis les minutes s'écoulaient lentement : les autres enfants jouaient aux jeux cruels de leur âge. Pauvre bête innocente qui se retrouvait disséquer entre les petites mains infantiles. L'air se remplit bientôt de l'odeur âpre et salée du sang et de joyeux petits cris de dégoût. Je me levais sans penser à rien et je remontais à l'appartement. Une fois la porte poussée, des râles étouffés vinrent m'accueillir, je me dirigeais donc silencieusement vers la chambre d'où ils provenaient puis j'entrouvrais légèrement le pan de bois.
- Mes doigts en tremblent encore, mon père. J'ai encore la sensation de sentir sa chair palpitait sous mes mains. De. D'entendre ses gémissements caressaient mes oreilles. Oh !... Ses merveilleuses lèvres si douces sur mon sexe ! C'est si réel ! Cette chaleur si accueillante en lui ! Oh mon père je suis damné ! Je suis dans l'enfer de cet ange ! Cet ange de perversion qui m'a ensorcelait !... Oh !...
Les veines de mes tempes ne palpitèrent qu'une demi seconde avant que la lame se trouvant dans la manche de mon uniforme ne traversa le crâne de mon interlocuteur.
Ensuite je la rangeais à sa place après l'avoir soigneusement essuyé. Quel geste idiot mais tout à fait salutaire pour ce vieil obsédé !
Je me trouvais de plus en plus distrait depuis le changement que j'avais perçu chez mon ange à moi. Et je me fis la réflexion, en sortant du confessionnal, d'être plus strict sur mes manières à l'avenir ; cela m'éviterait de devoir nettoyer le genre de spectacle navrant qui se présenta à mes yeux quand j'ouvris l'autre porte du box : un homme tout fripé dans un costume taché et usé jusqu'aux fibres complètement écroulé sur la chaise. Sa tête penchait sur le côté et un filet de sang s'écoulait d'une fine entaille sur sa tempe tandis que sa bave dégoulinait de sa bouche. Son pantalon sombre et râpé était défait et ses doigts tout osseux et ridés s'étaient figés dans leur tâche de redonner vie à un bout de chair tout aussi fatigué que les chaussures de leur propriétaire et dont à l'extrémité, suppurait un fluide épais et jaunâtre.
Je fis un pas en arrière à cause de l'odeur de sueur et des relents de mal propreté. Puis je me mis en devoir de transporter ailleurs le corps et d'aérer la place. Quand j'eus fini, je regardais ma montre : elle indiqua 12h53. Je me décidais donc d'aller me restaurer car tout cet exercice m'avait ouvert l'appétit.
Ses yeux de glace contemplèrent les feux vacillants de cette cité illusoire pourtant cela l'apaisait de regarder ce spectacle après son travail : c'était sa ville, il lui appartenait corps et âme et il n'avait nul autre endroit où vivre. Il avait fait tant de sacrifices et donner tant d'énergie pour lui prouver son mérite d'être parmi ses élus et le voilà désormais reconnu comme tel. Mais la récompense n'était pas au rendez-vous : les deux choses qu'il souhaitait du fond de son être ne s'étaient pas réalisées et il savait que l'angoisse continuera à le tourmenter sans répit. Son poing frappa la vitre.
- Pourquoi ?... Soupira Illija. Il sentait qu'une boule se formait dans sa gorge mais il se refusa à déverser sa tristesse.
Il tourna la tête et ses yeux clairs, troublés par l'émotion, tombèrent sur des feuilles posées sur son bureau. A leur vue, la douleur étreignit davantage son coeur. A ce moment-là, quelqu'un frappa à la porte. Le jeune homme se ressaisit rapidement, se précipita vers les documents et les glissa prestement dans sa poche. Puis il ordonna d'entrer.
- Je ne te dérange pas Illija ?
Clowdika pénétra timidement dans l'antre de son ami et son petit sourire espérait se faire accepter comme gage d'offrande pour un laissez-passer sans refus.
- Tu te reposais ?
- Oui.
Illija alla vers la petite chauffeuse qui se trouvait en parallèle à la fenêtre puis s'y assit.
- Tu as fini le rapport ?
- Oui bien sûr ! Acquiesça joyeusement Clowdika. C'est vrai que la fouille que nous avons faite n'a pas été très porteuse : il fallait s'y attendre un peu que le bonhomme n’habitait plus là-bas depuis longtemps, mais d'après les informations récoltées, il aurait un frère plus âgé que lui, d'environ cinq ans, qui se prostituait pour subvenir à leurs besoins. Mais il s'est passé un incident, il y a une quinzaine d'années qui les aurait obligés à partir de l'appartement.
- Quel genre d'incident ? Demanda Illija en s'allongeant sur le petit canapé.
- Euh. Et bien notre petit tueur en herbe a commis son premier méfait ! Il a tué un client de son frère !
- Quel âge avait-il ?
- Une dizaine d'année d'après les dires.
Illija avait reposé sa tête sur son bras replié et il fixait le dehors, sans aucune expression sur son visage.
- Continue.
- Et bien on a du mal à retrouver leur parcours après le déménagement. L'ennui avec les humains du bas fond, c'est qu'on a du mal à les pister, surtout après quelques années ! On ne peut pas dire qu'ils soient correctement fichés dans leur déplacement, c'est bien dommage ! Ca va nous prendre plus de temps que prévu !... J'ai lancé les Chiens, on aura des informations très bientôt !
Clowdika s'arrêta de parler comme il ne distinguait aucune réaction de la part de son ami. Il regarda un long moment son corps étendu sur le canapé dont les lumières de la ville illuminaient les contours. Mais de là où il se tenait, il ne pouvait pas voir le visage du jeune homme et il n'était pas certain qu'Illija dormait. Alors il se rapprocha doucement de la fenêtre.
- Pourquoi t'es-tu arrêté ?
Le jeune homme brun s'arrêta un peu surpris.
- Euh. Je croyais que tu t'étais endormi… dit-il avec un sourire, même si son compagnon ne pouvait le voir.
- Je ne m'endormirais pas pendant que tu me fais un rapport, Clowdika ! Dit Illija dont la voix s'était un peu durcie.
Le réprimandé sourit de malice devant l'offense de son ami. Il alla vers la chauffeuse et se laissa choir dessus, ce qui fit sautait légèrement Illija du canapé.
- Mais tu sais, cela ne m'aurait pas dérangé que tu te sois endormi ! S'exclama le jeune homme brun en souriant. Je ne t'ai jamais vu dormir.
Il rapprocha son visage de celui de son interlocuteur qui fixait toujours dehors.
- Durant les sept ans d'études que nous avons fait ensemble, partageant la même chambre, je ne t'ai jamais vu fermer ses yeux de glace... murmura Clowdika. J'ai longtemps cru que c'était parce que tu devais travailler beaucoup afin d'atteindre ton but, ta reconnaissance parmi nous. Et que c'était pour ça que tu restais éveillé jour et nuit, en lisant, en t’instruisant, en démontrant inlassablement chaque théorème de la vie comme si tu cherchais une réponse à un continuel mystère. Apparemment, tu ne l'as pas encore trouvé, mon ami. Mais même maintenant, je ne sais pas ce qui te tient en éveil, ni ce qui t’empêches de baisser ta garde.
Illija n'avait pas bougé ni exprimé un seul sentiment depuis que Clowdika s'était installé sur le canapé. Ses yeux gris contemplaient la ville éternellement ornée de ses parures de lumière, leur vision n'était pas voilée par une quelconque rêverie mais ils scrutaient ce mirage sous sa forme de réalité crue : Eterna, ville de strass dont les entrailles grouillaient de vermines, de décadence et de corruption.
Tout cela, Clowdika le savait mais il ne comprenait toujours pas pourquoi son ami s'obstinait à servir avec autant de zèle cette institution gangrenée. Le dos de sa main caressa légèrement le visage pâle de son ami ; il aimait la douce sensation que lui procurait sa peau laiteuse, et ce contact faisait parcourir de nombreux et excitants frissons à travers son corps et son coeur. Il descendit jusqu'à son cou découvert. Là, il déploya ses doigts afin de savourer pleinement sa texture. Il se pencha doucement et sa main laissa place à ses lèvres qui déposèrent un léger baiser sur la si précieuse surface. Il s'arrêta, attendant une réaction mais elle ne vint pas. Alors entre ses lèvres entrouvertes, Clowdika passa le bout de sa langue qui glissa sur la peau diaphane au goût un peu salée.
- Arrête !
Clowdika releva brusquement la tête sous l'injonction de son ami ; c'était comme si un choc électrique était produit sur sa langue.
- Quand on était tous les deux à l'école, cela faisait partie de nos jeux de détente. Glissa malicieusement le jeune homme inopinément repoussé.
- Cela n'a plus raison d'être maintenant. Tu es fiancé avec ma soeur, Clowdika ! Répliqua Illija sans regarder le concerné. Laisse-moi veux-tu. J'ai besoin de me reposer.
- Bien. Comme tu voudras Daïma.
Il se leva en prononçant ces paroles puis se dirigea vers la porte et il s'en alla après avoir souhaité un ultime bon repos à son compagnon. De nouveau seul, Illija essaya de se détendre. Peu à peu, ses pensées matérialisèrent deux insondables mystérieux joyaux : deux perles noires qui ressortaient en relief de la vision de la ville, flottaient devant ses yeux gris clair et bientôt tout l'être du jeune homme aux cheveux blancs tendait vers un confus désir de possession et de peur.
J'étais devant l'autel, agenouillé, les mains jointes et la tête baissée face à cette froide statue de bois verni, à l'allure pathétique. Pourtant j'aimais cette position faussement pieuse : elle me donnait une paix intérieure dont je m'enivrais de tout mon soûl.
- Que Dieu vous garde, mon fils !...
Surpris, je tournais la tête vers la voix criarde et tremblante qui avait prononcé ces paroles. Je vis un vieillard sec et secoué de spasmes qui essayait de venir jusqu'à moi en s'aidant de sa canne.
Il s'agissait du Père Anathaüs, fondateur de cette église à une lointaine époque, et qui maintenant, de part son âge avancé et de l'effet des nombreuses drogues qu'il ingurgitait quotidiennement, avait complètement oublié son rôle primaire en ces lieux.
Du fervent et fidèle serviteur débordant d'énergie de la foi, il ne restait plus qu'un semblant d'être humain dont la chair pourrie par les médicaments toxiques, collait littéralement sur les fins os de son squelette. De plus, son crâne chauve était parsemé de quelques touffes de cheveux blancs hirsutes et il était fagoté dans une robe de bure à la couleur indéfinissable, qui était deux fois plus grande que lui et usée jusqu'à la maille. Cela lui donnait une allure aussi miséreuse et repoussante que la plupart des mendiants qui agonisaient sur les bancs délabrés de cette lugubre église ; à ce moment-là, je fus convaincu que cet asile n'était pas un point de salut éternel mais bien un tombeau et la fin pour ces rebuts d'humanité.
Je me décidais tout de même à aller à la rencontre du vieil homme avant qu'il ne se vautre par terre, et tout en le soutenant, je l'emmenais vers un banc où je l'aidais à s'asseoir. Il fallait dire que je fus assez étonné de le voir : d'habitude, il était toujours enfermé dans sa sinistre petite chambre, prostré dans un monde de chimères que lui créaient ses « mort aux- rats ».
- Que Dieu vous bénisse, mon fils !... Dit-il en agitant ses deux doigts tendus de façon désordonnée.
- Oui, oui. Fis-je impatiemment en le forçant à reposer sa main tremblante. Père Anathaüs, que faites-vous donc ici ?
- Dieu est grand… et si bon !
Ses yeux éteints regardèrent des papillons imaginaires dans l'air, ce qui lui fit étirer sa bouche édentée en une grimace idiote. Je soupirais bruyamment d'agacement.
- Avez-vous pris vos médicaments, mon père ? Vos petites pilules de toutes les couleurs ?
Il eut un petit rire bête.
- ... Je vois... Attendez un instant…
Je me levais pour me dirigeais vers la petite porte se trouvant à droite de l'autel. Une fois à l'intérieur, j'allais prendre dans le tiroir supérieur fermé à clef du bureau un morceau de tissu usé. Je le déroulais afin de découvrir une boîte en métal puis je l'ouvris pour en vérifier le contenu. Satisfait, je revins vers le vieux prêtre débile et je lui tendis l'objet.
- Bien mon père, voici pour vous des remèdes. Il faut en prendre un par jour ! Vous m'avez compris ? Quand l'obscurité arrive. Hop !... Vous en avalez un !
J'imitais le geste pour lui faire comprendre ce que je lui disais. Le vieux sénile me répondit en ricanant et en se balançant d'avant en arrière mais je ne vis aucune lueur de compréhension dans ses pupilles troubles. Je le ramenais tout de même au pied du petit escalier menant à sa chambrette, tout en me disant qu'il fera ce qu'il fallait faire au moment où il sera en manque. Puis je retournais à ma paisible méditation.
- Ce dieu pourra-t-il redonner la paix à mon âme ?
C'était un homme élancé et de belle corpulence, entièrement vêtu de noir. Des chaussures cirées, un imperméable noué à sa taille étroite et un feutre rabattue sur son visage à la peau diaphane lisse et sans défaut. Ses cheveux blancs aux reflets or étaient plaqués en arrière.
- Dieu est miséricordieux envers toutes ses ouailles, sans distinction de sexe, d'âge et... de classe, mon fils…
L'homme resta silencieux. Je me relevais lentement tout en le dévisageant avec délectation : il était rare que je reçoive un hôte de cette qualité. Je lui désignais alors de ma main tendue le confessionnal et nous y pénétrions silencieusement.
- Mon père, j'ai pêché…
- Je vous écoute mon fils…
- De part ma nature, je suis supérieur aux communs des mortels, mon père. Et j'en suis même certain, supérieur à votre dieu suspendu sur sa croix de pénitence…
Je perçus un sourire moqueur dans sa voix.
- Nul ne me dicte ma voie et toutes mes actions ne servent qu'à satisfaire mes caprices. Je méprise les gens de basses extractions et les faibles : ils ne servent qu'à assouvir mes bas instincts comme exécutoire…
Les mots qui s'écoulaient de la bouche de mon interlocuteur me glaçaient le sang, tant par le sens de ses dires que par le ton calme et séducteur employé.
- Il m'arrive de venir me promener ici. Histoire de changer d'environnement ! Parfois il est inutile de partir si loin pour se dépayser. Je crois que vous me comprenez mon père…
Oh oui ! Je le comprenais. Mon autre univers, loin de cette vermine, se trouvait de l’autre côté d'une porte de chambre.
- Vous permettez que je fume ?
Avant même que je ne m'en rendis compte, il alluma un briquet dont le métal précieux étincela à la lumière de la flamme. Une fumée grise bleutée s'insinua entre les mailles grossières du grillage, dont l'odeur de tabac épicée vint piquer mon nez.
- Je me rappelle. Lors d'une de mes vadrouilles, au détour de ces ruelles sombres et insalubres, j'ai entr'aperçu quelque chose de blanc. Je me suis dirigé vers cette source inhabituelle de clarté. Et là mon père. Je n'ai pas l'habitude d'être étonné ici-bas, surtout dans ces bas-fonds, mais j'ai vu un ange descendu du ciel - à supposer qu'il y en ait un !-. En tout cas il devait s'agir d'un ange déchu car il racolait ! Ria-t-il. Mais quelle splendeur ! Un halo de lumière émanait de lui. Je suis resté cacher à l'épier pendant un moment, observant le manège de ses clients, les passes éphémères dans une alcôve sombre, le dégoût surmonté pour recommencer de nouveau, encore et encore, jusqu'à ce que le corps ne puisse supporter davantage et qu'il ne se fasse plus que douleur.
Comme sa voix sensuelle m'envoûtait ! Il pouvait dire les pires insanités de l'univers et m'injuriait de tous les noms, cela me ferait toujours le même effet ! Une douce chaleur monterait toujours en moi puis s'épanouirait dans tout mon être, et je sentirais toujours cette obsession malsaine me vrillait le coeur à faire trembler mes mains moites d'excitation. Une seule grille nous séparait mais le souffle de ses mots me chatouillait le creux de mes oreilles. Chaque syllabe me pénétrait et ce fut à chaque fois un délice renouvelé quand il me parlait.
- Mon père ?... Avez-vous déjà partagé ?
Je restais silencieux dans ma jouissance. Je devinais dans la pénombre son sourire moqueur à sa fausse question.
- Je n'ai pas résisté à l'envie de goûter à cet ange déchu. Ma foi. Ce fut un de mes plus beaux souvenirs de ces bas-fonds !
Son rire cristallin sans joie me fit frissonner.
- J'aurais aimé m'amuser plus longtemps…
- …
- Mon Père. J'aurais besoin de vos services…
Il s'était rapproché du grillage, un petit papier carré jauni se glissa entre le bois et le fer rouillé. Mes yeux le fixaient longtemps avant que mes doigts ne se posèrent dessus. Le papier était épais et semblait plastifié en dessous. Une certaine appréhension me rendit la gorge sèche et un noeud d'angoisse se forma au niveau de mon ventre. Je le retournais ; cela me sembla durer une éternité.
Et je découvris, alors, le plus bel ange qui puisse exister.
MON ange.