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Fiction » Romance » La boîte de Pandore de Rowan Stone font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: unknown sinner
Fiction Rated: M - French - Romance/Mystery - Reviews: 5 - Published: 03-10-04 - Updated: 04-20-04 - id:1547234

Chapitre I

Londres, 19xx

Le soleil commençait à disparaître à l'horizon, englouti par le corps
noir et visqueux de la Tamise comme si elle s'appropriait cette
lumière aux hommes, les laissant dans les ténèbres. Les becs de gaz
s'illuminèrent un à un, éclairant les rues sombres pour les ouvriers
fatigués et les prostituées. Les bars s'emplirent d'autant de monde
que de bière pouvant couler des pistons à pression.

Mais plus loin, hors de cette agitation de débauche, dans les
quartiers résidentiels où les cabs faisaient un ballet avec les capes
et les fourrures, où les hauts de forment croisaient les diamants et
autres saphirs et rubis, se déroulait le dernier acte d'un drame.

Dans l'hôtel particulier de la famille Kellington, grand monument
d'art nouveau aux magnifiques vitraux travaillés, encerclés
d'arabesques aux formes pleines et harmonieuses, qui abritait ces
discrets membres et dont l'ancêtre pionnier, Edmund Lion Kellington,
avait réussi à se hisser dans la bourgeoise montante et à y imposer
son nom dans des investissements judicieux tels que l'industrie
métallurgique et cotonnière.

Chacun de ses fils et petit-fils, ainsiqu'arrière-petits-fils, firent prospérer au mieux les investissements
de leur précurseur, s'assurant et renforçant leur influence sur les
transactions boursières. La famille Kellington était une grande
famille, présente dans tous les prestigieux événements, affichant la
sérénité de leur puissance et l'assurance de leur image. Les mariages,
bien sûr, avaient pour codes de précieuses alliances que les familles
respectives pouvaient souhaiter à leurs enfants. Ainsi donnaient-ils
l'apparence d'une famille bien en vue et respectables dans leurs
engagements.

Seulement ce soir-là, toute la famille Kellington était
réunie dans leur somptueux salon aux lourdes tentures de velours qui
cachaient aux yeux extérieurs leur intimité. Tous réunis à la mine
grave et inquiète, autour d'un jeune homme brun, tout juste sortie de
l'adolescence, mais dont les yeux gris jaune vous perçaient l'âme. Il
y avait aussi un gros bonhomme en imperméable sombre et moustachu un
peu à l'écart du cercle, accompagné de trois policiers en uniforme. Il
semblait attendre, comme tout le monde dans la pièce, le dénouement de
cette réunion improvisée.

- C'en est assez ! Pourquoi vous nous avez fait réunir ici ? S'écria
une femme entre deux âges qui se releva d'un bond de son fauteuil,
excédée.

- Comme je vous l'ai expliqué, Madame Kellington, commença lentement
le jeune homme brun, si je vous ai tous réuni ici c'est que je connais
la vérité sur ce drame qui vous a touché récemment : je veux dire la
mort de votre mari, Clive Kellington !

- Mais il s'agissait d'un accident voyons, cher monsieur Stone,
déclara Henry Kellington, frère du défunt, d'un ton mal assumé comme
s'il voulait rassurer l'assistance et se persuader de ses propres
paroles.

- Au regret de vous décevoir, monsieur Kellington, ainsi que vous
tous, il ne s'agit pas d'un accident... répondit Rowan Stone d'un ton
égal, mais d'un meurtre !

Des « Oh » d'exclamations s'élevèrent dans la pièce et les visages se
partageaient entre l'indignation et l'horreur.

- Comment peux-tu en être aussi sûr Rowan ? Demanda Allan Kellington à
son ami.

- J'en suis sûr Allan et je vais vous le démontrer. C'est la raison
pour laquelle je vous ai réuni, répondit avec douceur Rowan à son ami
en souriant. Et que j'ai demandé au talentueux inspecteur Wallace de
venir.

Tous les regards se portèrent sur le petit bonhomme moustachu qui
exerça une courte révérence à l'assistance.

- Mais en quoi la présence de la police est réquisitionnée sur la
demande fantaisiste d'un jeune étudiant en doctorat à l'imagination
trop débordante ! Répliqua Eléonora Kellington, soeur excentrique et
dite de mauvaise vie de la victime.

- Tout simplement, Miss Eléonora, parce que le meurtrier est parmi
nous ! Ici même dans cette pièce !

Une deuxième vague de « oh » d'indignation s'éleva et les visages
étaient marqués par l'odieux outrage que leur avait infligé ce jeune
homme présomptueux. Seul Allan resta stoïque en attendant la réponse
de son ami.

- Cette fois vous avez dépassé les bornes, monsieur Stone ! s'écria
Eléonora. Quelle prétention pouvez-vous avoir à vous mêler de ce qui
vous ne regarde pas et d'accabler davantage une famille en deuil par
vos élucubrations grotesques !

- Allons calmez-vous, Miss Eléonora, loin de moi l'idée de vous
infliger des supplices superflus. Je ne cherche que la vérité !... Et je
vais tout de suite vous révéler l'identité du meurtrier !

Un lourd silence suivit les paroles de Rowan, tous les Kellington,
malgré leur incrédulité, étaient suspendus à ses lèvres. Il se permit
une pause avant l'inéluctable révélation, où il savoura pleinement
l'effet de sa mise en scène sur son auditoire. Puis pour ne plus le
faire attendre davantage, surtout que Rowan voyait du coin de l'oeil
l'impatience de l'inspecteur Wallace, il décida de laisser tomber le
couperet.

- Messieurs, Mesdames, le coupable est… Vous ! Madame Kellington !
Déclara Rowan en pointant le doigt vers elle.

Les visages pâlirent tous d'un seul bloc et des cris scandalisés
fusèrent dans tous les sens en même temps que les bras. Madame Sybile
Kellington s'évanouit sur son fauteuil. L'inspecteur Wallace dut faire
force de son autorité pour calmer tout le monde et laisser Rowan
continuer ses explications. Celui-ci s'avança lentement vers Sybile
Kellington qui reprenait peu à peu ses esprits et s'agenouilla.

- Monsieur. Au nom de quoi m'accusez-vous à tort ?

- Au nom de la justice Madame, lui dit-il doucement en lui prenant
délicatement la main. Vous aviez découvert une liaison secrète de votre
mari n'est-ce pas ?

Sybile Kellington ne répondit pas mais ses yeux s'agrandirent de
désespoir, regardant derrière Rowan puis revenant sur lui. Sans même
se retourner, le jeune homme sut sur quelle personne Sybile avait
furtivement poser son regard et cette preuve suffit à confirmer ses
doutes et à le persuader d'étouffer le plus possible ce scandale.

- Vous avez intercepté un de ses billets de rendez-vous. Sans mystère,
je pense que vous vous doutiez des nombreuses liaisons de votre mari,
madame Kellington. Mais apparemment cette liaison a été une de trop.

-Mais enfin de qui s'agit-il ? S'écria Henry Kellington. Qui est cette
personne que mon frère voyait !

- Cela n'a pas d'importance ! Coupa Rowan d'un ton sans réplique alors
qu'il allait de nouveau protester. Madame Kellington. En regardant vos
lectures de près, excusez-moi d'avance d'avoir fouillé votre chambre,
j'ai retrouvé un manuel traitant de diverses médecines indigènes. J'ai
cru comprendre qu'avant votre mariage vous vous êtes intéressée de
très près aux études se rapportant aux indiens et que vous rêviez
d'aller les étudier dans leur pays. Vous avez gardé contact avec Sir
William Cosberry, n'est-ce pas ?

Sybile Kellington frémit un instant en entendant ce nom en relevant
vivement son regard surpris sur le jeune homme qui s'était relevé.

-J'ai fait des recherches concernant votre entourage. Mais ne vous
inquiétez pas ! Sir Cosberry est resté un parfait gentleman et m'a
gentiment mais fermement congédié quand j'ai commencé à devenir trop
pressant sur ce qui vous concernait.

Rowan marchait en cercle en disant ses paroles sous le regard soutenu
et halluciné de la famille Kellington. Puis il revient s'agenouiller
auprès de Sybile Kellington en posant ses deux mains sur chaque bras
du fauteuil.

- Il est toujours aussi amoureux de vous, n'est-ce pas ? Murmura Rowan
à Sybile Kellington qui détourna vivement le visage en baissant les
yeux.

Elle semblait aux bords d'un précipice et les révélations de ce jeune
homme brun à la voix pourtant si chaude et compatissante étaient
autant de coups de couteau dans le coeur et qui l'empêchaient de se
relever.

- Un ancien ami de votre père, tous deux passionnés de la civilisation
indienne. Je me suis renseigné sur ses voyages en Amérique du Sud.
C'était la personne idéale pour vous fournir du curare, poison qui ne
laisse pas de trace dans l'organise et qui fait croire à une mort
accidentelle. C'est ce qui a tué votre mari d'après l'analyse orientée
du médecin suivant les symptômes. J'ai d'ailleurs trouvé un flacon
dans vos effets personnels madame Kellington.

Et en joignant le geste à la parole, Rowan sortit l'objet en question
et le montra à la veuve qui s'effondra face à la preuve de son crime.

-Oui ! Oui ! Je l'avoue ! C'est moi qui l'ai tué ! Je l'ai tellement
désiré que j'ai fini par le faire ! Cet homme m'a tout pris sans
jamais rien me donner ! J'ai tout quitté pour lui, mes brillantes
études, ma fortune, ma famille, tous mes prétendants, parce que
j'étais follement aveuglée par lui ! Et tout ce que j'ai reçu ; RIEN !
Rien ! Il a commencé à se lasser de moi puis il a cherché ailleurs.
D'autres aventures, des plus jeunes et des plus jolies que moi ! Il
m'enfermait dans son carcan prestigieux pour l'apparence mais son
intérieur était noir ! Noir de vice et de cruauté ! Oui ! Je l'ai
tué ! Et je ne le regrette pas !

Ainsi se déversa Sybile Kellington, effondrée dans son fauteuil de
velours rouge aux broderies d'or, le visage inondé de larmes de colère
amère. Le somptueux décor du salon immortalisait ce drame familial en
donnant à cette femme vieillie à l'allure pitoyable malgré ses riches
atours, la dimension théâtrale de sa vie vaudevillesque qui finissait
en tragédie.


Tandis que les policiers et l'inspecteur Wallace escortaient Sybile
Kellington vers leur voiture de service, garée discrètement derrière
la maison, Eléonora Kellington rejoignit Rowan sur le seuil de la
porte de la véranda.

- Quelle démonstration tout à fait admirable !

- Il n'y avait rien d'exceptionnel pourtant ! Répondit Rowan d'un air
désinvolte.

- Oh ! Mais si ! Vous avez fait preuve de dextérité en prouvant que la
mort de mon cher frère n'était pas un accident, minauda-t-elle comme
une chatte en s'approchant du jeune homme. Vous êtes talentueux, Rowan
Stone, malgré votre jeune âge. Elle lissa le revers en soie de sa
veste. Je me suis trompée sur vous. Comme vous êtes fort !...

Elle se serra davantage contre lui, penchant inexorablement la tête
vers la sienne.

- Je suis flatté de tous ces compliments, Miss Kellington, croyez-le
bien... Je tenais juste à vous faire remarquer que...

Il sortit un mouchoir de sa poche et la tendit juste sous le nez de la jeune femme.

- Il est imprudent de laisser derrière soi des traces de son passage... Votre mouchoir, Miss !

- Que... Balbutia-t-elle en balayant de la main le morceau de tissu d'un
air mi-indignée mi-gênée.

- Parfum de bois de santal épicé avec un brin de jasmin mélangé avec
de l'essence d'opium : Votre parfum, Miss Eléonora, Souffre de braise,
exclusivement fabriquée pour vous comme vous vous en êtes vantée...

- Où l'avez-vous trouvé ? Suffoqua-t-elle en arrachant l'objet
accusateur des mains de Rowan.

- Dans la garçonnière de votre frère, Clive Kellington. Lui répondit-
il en souriant de courtoisie.

- Vous... Vous...

Eléonora bégayait de colère, ses yeux noirs jetaient des éclairs à son
interlocuteur. Tout son corps se raidit et son visage était à tel
point rouge qu'on l'on aurait cru qu'elle allait exploser. Elle finit
par partir précipitamment en vociférant d'indignation entre ses dents.
Rowan ricana doucement de sa comédie de mauvais goût et il eut une
pensée éphémère sur la décadence de la bourgeoisie mondaine et leurs
vices cachés, et sur leur moralité de pacotille tout en se dirigeant
vers la porte au fond du jardin.

A ce moment-là, un appel le fit se retourner, son ami Allan courait
vers lui. Quand il arriva à la hauteur de Rowan, son regard trahissait
son angoisse.

- Allan... commença le jeune homme brun peiné.

- Rowan ! Ne te tracasse pas ! C'est moi qui t'ai demandé de mener ton
enquête sur l'accident de mon oncle ! Je te l'ai demandé en
m'attendant au pire, j'avais des doutes. Si je ne voulais pas
connaître la vérité, je ne te l'aurais pas fait… le rassura Allan en
lui posant la main sur l'épaule.

- Merci ! lui murmura-t-il en posant sa main sur la sienne. Je suppose
que cela te prendra beaucoup de temps afin de régler les affaires de
succession.

- Oui, répondit-il en baissant les yeux. Je risque d'être absent
quelques temps à l'université ! Mais je compte sur toi pour me prêter
tes notes !

- Ne t'inquiète pas ! Je passerai te voir !

Allan se força à sourire. Rowan n'était pas dupe et lui rendit un
sourire chaleureux pour l'encourager dans sa pénible épreuve.

- Bien... Je dois partir au commissariat afin de faire une déposition..
articula difficilement Rowan.

Il avait du mal à prendre congé de son ami à ce moment-là.

- Ah... Oui bien sûr... murmura Allan en souriant doucement, mais ses yeux
reflétaient la peine que lui infligeait ce départ. Je t'appelle demain
matin. Si tu veux bien...

- Bien sûr ! Appelle-moi sans hésiter Allan.

Et il serra son ami dans ces bras avant un ultime adieu.

Ce soir-là, Rowan Stone élucida encore un mystère et révéla une fois
de plus la folie des passions humaines qui ravageait les hommes.


Ce soir-là je rentrais très tard chez moi. Après une longue déposition
au commissariat, je restais quelques instants avec le taciturne
inspecteur Wallace où je pris des nouvelles de la petite famille et
des affaires en cours. Puis nous en venions à parler de mon voyage sur
le Vieux Continent : en effet, mon père, célèbre chercheur en
archéologie et apprenti chimiste à ses heures, avait reçu une
invitation la part de l'institut Pasteur pour enseigner son art, là-
bas même, dans leur université. Prestigieuse invitation que mon père
s'empressa d'accepter et toute ma famille : moi-même, mon père et ma
mère, devait embarquer à la fin du mois.

- Quelle expérience pour un jeune homme aussi brillant que vous êtes,
Jeune Stone ! S'exclama l'inspecteur Wallace.

- Oui ! Je dois l'avouer ! Il me tarde de découvrir Paris et sa
trépidante vie ! M'enthousiasmais-je.

- Oh ! Oh ! Je vous vois venir ! Ricana l'inspecteur Wallace dans sa
moustache. Ne vous laissez pas tenter par les strass parisiens… Ou
devrais-je dire parisiennes ! Me fit-il avec un clin d'oeil plein de
sous-entendus.

Mon pauvre inspecteur Wallace ! Si vous saviez ! Il était vrai que de
part mon jeune âge, la vie parisienne par sa frivolité et sa
grandiloquence me tenterait par bien des aspects ! Mais des bas qui
virevolteraient au rythme des french cancans, des décolletés
vertigineux qui vous feraient loucher les yeux, des parfums entêtants
qui vous feraient perdre la tête. Non désolé, ce n'était pas pour moi
Par contre, des moustaches bien coupées qui mettraient en valeur les
lèvres gonflées par le désir, la peau enivrante qui se découvrait sous
les pantalons, le sang bouillant du sexe viril qui pulserait sous les
caresses. Oui, ça c'était pour moi !

Sur cette dernière et agréable pensée, j'arrivais en bas de chez moi,
une confortable garçonnière de deux pièces où je vivais seul et
j'introduisis la clef dans la serrure. Quelle ne fut pas ma surprise
en me rendant compte que ma porte était ouverte ! Je tournais alors
doucement la poignée et entra silencieusement dans le couloir.
Heureusement - ou malheureusement- , j'habitais dans un coin de rue mal
éclairé, aucune ombre n'alerta mon visiteur inconnu de ma présence.
Tout était éteint. Je me saisis d'un parapluie à lourd pommeau et
m'avançais lentement vers la porte de mon salon. J'y jetais un rapide
coup d'oeil qui m'informa que quelqu'un était allongé sur mon canapé,
l'ombre semblait dormir en observant sa lente respiration. J'allumais
alors l'interrupteur. Allan se réveilla en sursaut.

- Allan ! Mais que fais-tu ici ? M'étonnais-je. Il est presque 2h du
matin. Qu'est-ce qui t'a pressé à cette heure ?

Tout en parlant je m'asseyais à côté de mon ami qui finissait de se
réveiller complètement.

- Mais comment es-tu entré ?

- Ta logeuse a eu pitié de moi et m'a ouvert la porte... Me répondit-il
en souriant.

- Mais depuis combien de temps tu m'attends !

- Depuis 22h, je pense...

- Mais quelque chose ne va pas ? Tu aurais dû venir directement au
commissariat ! Dis-je un peu abasourdi par la surprise de sa présence
dans mon appartement.

Allan me regarda avec ses magnifiques yeux gris en souriant. Il avait
l'air amusé de ma sollicitude empressée que provoquait sa visite
impromptue. Il fallait aussi me l'avouer, j'étais troublé par la
proximité de son corps prés du mien.

J'avais connu Allan cette même année par des amis communs, je l'avais déjà remarqué depuis quelques
temps mais il ne restait pour moi qu'une ombre lointaine,
inaccessible. Jeune homme issu de la prestigieuse famille des
Kellington, il m'avait interpellé par la beauté de son allure
d'athlète. Le corps souple et svelte avec une taille fine, des jambes
musclées et dynamiques. De plus, Il y avait une jolie tête aux traits
fins où étaient incrustés des yeux gris toujours rieurs, sur lesquels
retombaient des mèches de sa magnifique chevelure châtain foncé.

Nous avions très vite sympathisé, ayant plusieurs goûts en commun, ce qui
finit de me conquérir fut la vivacité de son intellect et la verve de
son langage. Nous devînmes rapidement inséparables mais je n'avais
jamais osé lui déclarer mon vif intérêt pour sa personne, par respect
pour elle.

Alors trouver Allan m'attendant mon retour dans mon salon,
me troubla au plus haut point et me flatta de l'importance qu'il me
procurait.

- Je ne te dérange pas au moins ? Tu es sans doute fatigué… s'enquit-
il en continuant de sourire.

- Je t'avouerais, un peu oui. Mais parle ! Je t'écoute ? Qu'est-ce qui
t'amène à cette heure si tardive ?

- Tu vas partir à la fin du mois en France, Rowan... commença-t-il un
peu triste.

- Mais nous aurons le temps de nous dire au revoir voyons, Arthur
Goodman et Lucy Coocking vont organiser une petite fête à cette
occasion ! Murmurai-je touché de son attention.

- Non, il ne s'agit pas vraiment de cela, Rowan. Ce soir...

Il buta sur ses mots, visiblement ému. Moi-même, j'avais du mal à
contenir mes émotions tellement je le sentais fragile. Au fond de mes
entrailles, je sentis une angoisse me les tordre. Une certaine
appréhension me rendit les mains moites.

- Ce soir... J'avais un doute sur l'accident de mon oncle et c'est pour
cela que je t'ai demandé de faire une enquête. J'ai entièrement
confiance en toi, Rowan et j'étais sûr que tu aurais trouvé ce qui
n'allait pas !

Je souris de convenance aux compliments qu'il me lançait.

- Tu as souvent démontré ton esprit brillant et intuitif...

- Allan, je suis gêné par...

- Non ! Ne m'interrompe pas ! Et ne sois pas si modeste. La police a
même recours à ton ingéniosité et à ton flair. Rowan tu nous as ébloui
ce soir ! Par ta démonstration !

Je souris intérieurement de ma mise en scène théâtrale dans le salon
des Kellington qui s'y prêtait à merveille.

- Et surtout, Rowan, tu m'as ébloui...

Mon coeur s'arrêta de battre un instant. J'avais cru rêver ce qu'il
m'avait dit, mais ces yeux plongés dans les miens me convainquirent de
la réalité de ses propos.

- Rowan, il y a maintenant si longtemps que je rêve de t'avouer mon
attachement profond pour toi. Mais j'avais peur que tu me rejettes,
que je te dégoûte. C'est la première fois que je ressens de quelque
chose d'aussi fort pour une personne, surtout… Pour un homme... finit-il
dans un souffle.

Quelle sensation exquise et irréelle, j'étais plongé dans l'immensité
de ses yeux et ses douces paroles nous enveloppaient et nous
enivraient jusqu'à la transe. Je me sentais inexorablement attiré vers
lui, vers ses lèvres qui m'appelaient.

- Qu'est-ce qui t'a donc poussé à te déclarer ce soir, Allan?... lui
murmurais-je en lui caressant le visage avec le bout de mes doigts de
peur de l'effrayer, ne croyant qu'à moitié ses mots.

Il éclata soudainement de rire, un rire bref, un peu moqueur.

- Rowan ! Chéri ! Je sais que tu vas chez le Baron De Cherencey ! Me
révéla-t-il, ce qui me refroidit un tantinet.

En effet, le Baron dit De Cherencey - qui n'avait de français que le nom - recevait
discrètement dans son hôtel particulier, tous les hommes en quête de
plaisir viril et organisait des rencontres avec de jeunes éphèbes
levés pour l'occasion. Alors le fait qu'Allan ait été mis au courant
de ma préférence sexuelle par ce biais ne me réjouissait pas trop.

- Qui... Qui te l'a dit ? Demandais-je déconfit et le rouge aux joues.

- Mais ne t'inquiète pas, chéri, me rassura-t-il en souriant. C'est un
ami très discret qui m'a informé.

Il me passa ses bras autour de ma tête et continua :

- Pas de souci sur sa discrétion, si tu vois ce que je veux dire...

Il me déposa un doux baiser sur ma joue, sur laquelle je sentis qu'il
tremblait légèrement, puis il s'éloigna en me regardant
malicieusement. Oh oui je voyais ce qu'il voulait dire : il y avait
là, devant moi, les sentiments contradictoires des premiers émois
amoureux, partagé entre la peur et le désir, et il fallait que je
prenne en main la suite des manoeuvres, de part mon expérience plus
avancée.

Je l'enlaçais à mon tour par la taille et je sentis son corps raidi se
tendre vers le mien. Je lui chuchotais de se détendre et que cela n'en
serait que meilleur. Je lui déposais un petit baiser sur le cou, sur
lequel j'en profitais pour promener ma langue gourmande de cette
nouvelle saveur. Allan gémit timidement sous ma caresse et sa chair se
relâcha dans l'étau de mes bras. Mes mains descendirent sur son dos
pour se faufiler sous son gilet, afin de chercher un contact au plus
près de la peau, tandis que je le piquais de baisers sur toute la
chaude surface découverte. Nos deux corps collés par la sueur et
l'envie se renversèrent sur le canapé, accompagnés par les râles de
satisfaction de mon amant. Tandis que je lui déboutonnais lentement
les habits, Allan me demanda timidement de sa voix enrouée par le
plaisir :

- Rowan, s'il te plaît, éteins la lumière...

- Non. J'ai envie de te voir jouir !



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