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Chapitre
I
Londres,
19xx
Le
soleil commençait à disparaître à
l'horizon, englouti par le corps
noir
et visqueux de la Tamise comme si elle s'appropriait
cette
lumière
aux hommes, les laissant dans les ténèbres. Les becs de
gaz
s'illuminèrent
un à un, éclairant les rues sombres pour les
ouvriers
fatigués
et les prostituées. Les bars s'emplirent d'autant de
monde
que de bière
pouvant couler des pistons à pression.
Mais
plus loin, hors de cette agitation de débauche, dans
les
quartiers
résidentiels où les cabs faisaient un ballet avec les
capes
et les
fourrures, où les hauts de forment croisaient les diamants
et
autres saphirs
et rubis, se déroulait le dernier acte d'un
drame.
Dans
l'hôtel particulier de la famille Kellington, grand
monument
d'art
nouveau aux magnifiques vitraux travaillés,
encerclés
d'arabesques
aux formes pleines et harmonieuses, qui abritait ces
discrets
membres et dont l'ancêtre pionnier, Edmund Lion
Kellington,
avait
réussi à se hisser dans la bourgeoise montante et à
y imposer
son nom
dans des investissements judicieux tels que
l'industrie
métallurgique
et cotonnière.
Chacun de ses fils et petit-fils,
ainsiqu'arrière-petits-fils,
firent prospérer au mieux les investissements
de
leur précurseur, s'assurant et renforçant leur
influence sur les
transactions
boursières. La famille Kellington était une
grande
famille,
présente dans tous les prestigieux événements,
affichant la
sérénité
de leur puissance et l'assurance de leur image. Les
mariages,
bien
sûr, avaient pour codes de précieuses alliances que les
familles
respectives
pouvaient souhaiter à leurs enfants. Ainsi
donnaient-ils
l'apparence
d'une famille bien en vue et respectables dans
leurs
engagements.
Seulement ce soir-là, toute la famille Kellington
était
réunie
dans leur somptueux salon aux lourdes tentures de velours
qui
cachaient aux
yeux extérieurs leur intimité. Tous réunis à
la mine
grave et
inquiète, autour d'un jeune homme brun, tout juste sortie
de
l'adolescence,
mais dont les yeux gris jaune vous perçaient l'âme.
Il
y avait aussi
un gros bonhomme en imperméable sombre et moustachu
un
peu à
l'écart du cercle, accompagné de trois policiers en
uniforme. Il
semblait
attendre, comme tout le monde dans la pièce, le dénouement
de
cette réunion
improvisée.
-
C'en est assez ! Pourquoi vous nous avez fait réunir ici ?
S'écria
une
femme entre deux âges qui se releva d'un bond de son
fauteuil,
excédée.
-
Comme je vous l'ai expliqué, Madame Kellington, commença
lentement
le jeune
homme brun, si je vous ai tous réuni ici c'est que je
connais
la vérité
sur ce drame qui vous a touché récemment : je veux dire
la
mort de votre
mari, Clive Kellington !
-
Mais il s'agissait d'un accident voyons, cher monsieur
Stone,
déclara
Henry Kellington, frère du défunt, d'un ton mal assumé
comme
s'il voulait
rassurer l'assistance et se persuader de ses
propres
paroles.
-
Au regret de vous décevoir, monsieur Kellington, ainsi que
vous
tous, il ne
s'agit pas d'un accident... répondit Rowan Stone d'un
ton
égal,
mais d'un meurtre !
Des
« Oh » d'exclamations s'élevèrent dans la
pièce et les visages se
partageaient
entre l'indignation et l'horreur.
-
Comment peux-tu en être aussi sûr Rowan ? Demanda Allan
Kellington à
son
ami.
- J'en
suis sûr Allan et je vais vous le démontrer. C'est la
raison
pour
laquelle je vous ai réuni, répondit avec douceur Rowan
à son ami
en
souriant. Et que j'ai demandé au talentueux inspecteur Wallace
de
venir.
Tous
les regards se portèrent sur le petit bonhomme moustachu
qui
exerça
une courte révérence à l'assistance.
-
Mais en quoi la présence de la police est réquisitionnée
sur la
demande
fantaisiste d'un jeune étudiant en doctorat à
l'imagination
trop
débordante ! Répliqua Eléonora Kellington,
soeur excentrique et
dite
de mauvaise vie de la victime.
-
Tout simplement, Miss Eléonora, parce que le meurtrier est
parmi
nous ! Ici
même dans cette pièce !
Une
deuxième vague de « oh » d'indignation s'éleva
et les visages
étaient
marqués par l'odieux outrage que leur avait infligé ce
jeune
homme
présomptueux. Seul Allan resta stoïque en attendant la
réponse
de
son ami.
-
Cette fois vous avez dépassé les bornes, monsieur Stone
! s'écria
Eléonora.
Quelle prétention pouvez-vous avoir à vous mêler
de ce qui
vous ne
regarde pas et d'accabler davantage une famille en deuil
par
vos
élucubrations grotesques !
-
Allons calmez-vous, Miss Eléonora, loin de moi l'idée
de vous
infliger
des supplices superflus. Je ne cherche que la vérité
!... Et je
vais
tout de suite vous révéler l'identité du
meurtrier !
Un
lourd silence suivit les paroles de Rowan, tous les
Kellington,
malgré
leur incrédulité, étaient suspendus à ses
lèvres. Il se permit
une
pause avant l'inéluctable révélation, où
il savoura pleinement
l'effet
de sa mise en scène sur son auditoire. Puis pour ne plus
le
faire attendre
davantage, surtout que Rowan voyait du coin de
l'oeil
l'impatience
de l'inspecteur Wallace, il décida de laisser tomber
le
couperet.
-
Messieurs, Mesdames, le coupable est… Vous ! Madame Kellington
!
Déclara
Rowan en pointant le doigt vers elle.
Les
visages pâlirent tous d'un seul bloc et des cris
scandalisés
fusèrent
dans tous les sens en même temps que les bras. Madame
Sybile
Kellington
s'évanouit sur son fauteuil. L'inspecteur Wallace dut
faire
force de son
autorité pour calmer tout le monde et laisser
Rowan
continuer
ses explications. Celui-ci s'avança lentement vers
Sybile
Kellington
qui reprenait peu à peu ses esprits et
s'agenouilla.
- Monsieur. Au nom de quoi m'accusez-vous à tort ?
-
Au nom de la justice Madame, lui dit-il doucement en lui
prenant
délicatement
la main. Vous aviez découvert une liaison secrète de
votre
mari
n'est-ce pas ?
Sybile
Kellington ne répondit pas mais ses yeux s'agrandirent
de
désespoir,
regardant derrière Rowan puis revenant sur lui. Sans
même
se
retourner, le jeune homme sut sur quelle personne Sybile
avait
furtivement
poser son regard et cette preuve suffit à confirmer
ses
doutes et à
le persuader d'étouffer le plus possible ce
scandale.
-
Vous avez intercepté un de ses billets de rendez-vous. Sans
mystère,
je
pense que vous vous doutiez des nombreuses liaisons de votre
mari,
madame
Kellington. Mais apparemment cette liaison a été une de
trop.
-Mais
enfin de qui s'agit-il ? S'écria Henry Kellington. Qui est
cette
personne que
mon frère voyait !
-
Cela n'a pas d'importance ! Coupa Rowan d'un ton sans réplique
alors
qu'il allait
de nouveau protester. Madame Kellington. En regardant
vos
lectures de
près, excusez-moi d'avance d'avoir fouillé votre
chambre,
j'ai
retrouvé un manuel traitant de diverses médecines
indigènes. J'ai
cru
comprendre qu'avant votre mariage vous vous êtes intéressée
de
très
près aux études se rapportant aux indiens et que vous
rêviez
d'aller
les étudier dans leur pays. Vous avez gardé contact
avec Sir
William
Cosberry, n'est-ce pas ?
Sybile
Kellington frémit un instant en entendant ce nom en
relevant
vivement
son regard surpris sur le jeune homme qui s'était
relevé.
-J'ai
fait des recherches concernant votre entourage. Mais ne
vous
inquiétez
pas ! Sir Cosberry est resté un parfait gentleman et
m'a
gentiment mais
fermement congédié quand j'ai commencé à
devenir trop
pressant
sur ce qui vous concernait.
Rowan
marchait en cercle en disant ses paroles sous le regard
soutenu
et
halluciné de la famille Kellington. Puis il revient
s'agenouiller
auprès
de Sybile Kellington en posant ses deux mains sur chaque
bras
du
fauteuil.
- Il
est toujours aussi amoureux de vous, n'est-ce pas ? Murmura
Rowan
à
Sybile Kellington qui détourna vivement le visage en baissant
les
yeux.
Elle
semblait aux bords d'un précipice et les révélations
de ce jeune
homme
brun à la voix pourtant si chaude et compatissante
étaient
autant
de coups de couteau dans le coeur et qui l'empêchaient de
se
relever.
-
Un ancien ami de votre père, tous deux passionnés de la
civilisation
indienne.
Je me suis renseigné sur ses voyages en Amérique du
Sud.
C'était
la personne idéale pour vous fournir du curare, poison qui
ne
laisse pas de
trace dans l'organise et qui fait croire à une
mort
accidentelle.
C'est ce qui a tué votre mari d'après l'analyse
orientée
du
médecin suivant les symptômes. J'ai d'ailleurs trouvé
un flacon
dans vos
effets personnels madame Kellington.
Et
en joignant le geste à la parole, Rowan sortit l'objet en
question
et le
montra à la veuve qui s'effondra face à la preuve de
son crime.
-Oui
! Oui ! Je l'avoue ! C'est moi qui l'ai tué ! Je l'ai
tellement
désiré
que j'ai fini par le faire ! Cet homme m'a tout pris
sans
jamais rien
me donner ! J'ai tout quitté pour lui, mes
brillantes
études,
ma fortune, ma famille, tous mes prétendants, parce
que
j'étais
follement aveuglée par lui ! Et tout ce que j'ai reçu ;
RIEN !
Rien ! Il a
commencé à se lasser de moi puis il a cherché
ailleurs.
D'autres
aventures, des plus jeunes et des plus jolies que moi !
Il
m'enfermait
dans son carcan prestigieux pour l'apparence mais
son
intérieur
était noir ! Noir de vice et de cruauté ! Oui ! Je
l'ai
tué !
Et je ne le regrette pas !
Ainsi
se déversa Sybile Kellington, effondrée dans son
fauteuil de
velours
rouge aux broderies d'or, le visage inondé de larmes de
colère
amère.
Le somptueux décor du salon immortalisait ce drame familial
en
donnant à
cette femme vieillie à l'allure pitoyable malgré ses
riches
atours, la
dimension théâtrale de sa vie vaudevillesque qui
finissait
en
tragédie.
- Quelle démonstration tout à fait admirable !
-
Il n'y avait rien d'exceptionnel pourtant ! Répondit Rowan
d'un air
désinvolte.
-
Oh ! Mais si ! Vous avez fait preuve de dextérité en
prouvant que la
mort
de mon cher frère n'était pas un accident,
minauda-t-elle comme
une
chatte en s'approchant du jeune homme. Vous êtes talentueux,
Rowan
Stone,
malgré votre jeune âge. Elle lissa le revers en soie de
sa
veste. Je me
suis trompée sur vous. Comme vous êtes fort
!...
Elle se
serra davantage contre lui, penchant inexorablement la
tête
vers la
sienne.
- Je
suis flatté de tous ces compliments, Miss Kellington,
croyez-le
bien... Je
tenais juste à vous faire remarquer que...
Il sortit un mouchoir de sa poche et la tendit juste sous le nez de la jeune femme.
- Il est imprudent de laisser derrière soi des traces de son passage... Votre mouchoir, Miss !
-
Que... Balbutia-t-elle en balayant de la main le morceau de tissu
d'un
air
mi-indignée mi-gênée.
-
Parfum de bois de santal épicé avec un brin de jasmin
mélangé avec
de
l'essence d'opium : Votre parfum, Miss Eléonora, Souffre de
braise,
exclusivement
fabriquée pour vous comme vous vous en êtes
vantée...
-
Où l'avez-vous trouvé ? Suffoqua-t-elle en arrachant
l'objet
accusateur
des mains de Rowan.
-
Dans la garçonnière de votre frère, Clive
Kellington. Lui répondit-
il
en souriant de courtoisie.
- Vous... Vous...
Eléonora
bégayait de colère, ses yeux noirs jetaient des éclairs
à son
interlocuteur.
Tout son corps se raidit et son visage était à
tel
point rouge
qu'on l'on aurait cru qu'elle allait exploser. Elle finit
par
partir précipitamment en vociférant d'indignation entre
ses dents.
Rowan
ricana doucement de sa comédie de mauvais goût et il eut
une
pensée
éphémère sur la décadence de la
bourgeoisie mondaine et leurs
vices
cachés, et sur leur moralité de pacotille tout en se
dirigeant
vers la
porte au fond du jardin.
A
ce moment-là, un appel le fit se retourner, son ami Allan
courait
vers lui.
Quand il arriva à la hauteur de Rowan, son regard
trahissait
son
angoisse.
- Allan... commença le jeune homme brun peiné.
-
Rowan ! Ne te tracasse pas ! C'est moi qui t'ai demandé de
mener ton
enquête
sur l'accident de mon oncle ! Je te l'ai demandé
en
m'attendant au
pire, j'avais des doutes. Si je ne voulais pas
connaître
la vérité, je ne te l'aurais pas fait… le rassura
Allan en
lui
posant la main sur l'épaule.
-
Merci ! lui murmura-t-il en posant sa main sur la sienne. Je
suppose
que cela
te prendra beaucoup de temps afin de régler les affaires
de
succession.
-
Oui, répondit-il en baissant les yeux. Je risque d'être
absent
quelques
temps à l'université ! Mais je compte sur toi pour me
prêter
tes
notes !
- Ne t'inquiète pas ! Je passerai te voir !
Allan
se força à sourire. Rowan n'était pas dupe et
lui rendit un
sourire
chaleureux pour l'encourager dans sa pénible
épreuve.
-
Bien... Je dois partir au commissariat afin de faire une
déposition..
articula
difficilement Rowan.
Il avait du mal à prendre congé de son ami à ce moment-là.
-
Ah... Oui bien sûr... murmura Allan en souriant doucement, mais
ses yeux
reflétaient
la peine que lui infligeait ce départ. Je t'appelle
demain
matin. Si
tu veux bien...
- Bien sûr ! Appelle-moi sans hésiter Allan.
Et il serra son ami dans ces bras avant un ultime adieu.
Ce
soir-là, Rowan Stone élucida encore un mystère
et révéla une fois
de
plus la folie des passions humaines qui ravageait les
hommes.
-
Quelle expérience pour un jeune homme aussi brillant que vous
êtes,
Jeune
Stone ! S'exclama l'inspecteur Wallace.
-
Oui ! Je dois l'avouer ! Il me tarde de découvrir Paris et
sa
trépidante
vie ! M'enthousiasmais-je.
-
Oh ! Oh ! Je vous vois venir ! Ricana l'inspecteur Wallace dans
sa
moustache. Ne
vous laissez pas tenter par les strass parisiens…
Ou
devrais-je dire
parisiennes ! Me fit-il avec un clin d'oeil plein
de
sous-entendus.
Mon
pauvre inspecteur Wallace ! Si vous saviez ! Il était vrai que
de
part mon jeune
âge, la vie parisienne par sa frivolité et
sa
grandiloquence
me tenterait par bien des aspects ! Mais des bas
qui
virevolteraient
au rythme des french cancans, des décolletés
vertigineux
qui vous feraient loucher les yeux, des parfums entêtants
qui
vous feraient perdre la tête. Non désolé, ce
n'était pas pour moi
Par
contre, des moustaches bien coupées qui mettraient en valeur
les
lèvres
gonflées par le désir, la peau enivrante qui se
découvrait sous
les
pantalons, le sang bouillant du sexe viril qui pulserait sous
les
caresses. Oui,
ça c'était pour moi !
Sur
cette dernière et agréable pensée, j'arrivais en
bas de chez moi,
une
confortable garçonnière de deux pièces où
je vivais seul et
j'introduisis
la clef dans la serrure. Quelle ne fut pas ma surprise
en
me rendant compte que ma porte était ouverte ! Je tournais
alors
doucement la
poignée et entra silencieusement dans le
couloir.
Heureusement - ou malheureusement- , j'habitais dans un coin de rue
mal
éclairé,
aucune ombre n'alerta mon visiteur inconnu de ma
présence.
Tout
était éteint. Je me saisis d'un parapluie à
lourd pommeau et
m'avançais
lentement vers la porte de mon salon. J'y jetais un
rapide
coup d'oeil
qui m'informa que quelqu'un était allongé sur mon
canapé,
l'ombre
semblait dormir en observant sa lente respiration.
J'allumais
alors
l'interrupteur. Allan se réveilla en sursaut.
-
Allan ! Mais que fais-tu ici ? M'étonnais-je. Il est presque
2h du
matin.
Qu'est-ce qui t'a pressé à cette heure ?
Tout
en parlant je m'asseyais à côté de mon ami qui
finissait de se
réveiller
complètement.
- Mais comment es-tu entré ?
-
Ta logeuse a eu pitié de moi et m'a ouvert la porte... Me
répondit-il
en
souriant.
- Mais depuis combien de temps tu m'attends !
- Depuis 22h, je pense...
-
Mais quelque chose ne va pas ? Tu aurais dû venir directement
au
commissariat !
Dis-je un peu abasourdi par la surprise de sa présence
dans
mon appartement.
Allan
me regarda avec ses magnifiques yeux gris en souriant. Il
avait
l'air amusé
de ma sollicitude empressée que provoquait sa
visite
impromptue.
Il fallait aussi me l'avouer, j'étais troublé par
la
proximité
de son corps prés du mien.
J'avais connu Allan cette
même année
par des amis communs, je l'avais déjà remarqué
depuis quelques
temps
mais il ne restait pour moi qu'une ombre
lointaine,
inaccessible.
Jeune homme issu de la prestigieuse famille des
Kellington,
il m'avait interpellé par la beauté de son
allure
d'athlète.
Le corps souple et svelte avec une taille fine, des
jambes
musclées
et dynamiques. De plus, Il y avait une jolie tête aux
traits
fins où
étaient incrustés des yeux gris toujours rieurs, sur
lesquels
retombaient
des mèches de sa magnifique chevelure châtain foncé.
Nous avions très
vite sympathisé, ayant plusieurs goûts en commun, ce
qui
finit de me
conquérir fut la vivacité de son intellect et la verve
de
son langage.
Nous devînmes rapidement inséparables mais je
n'avais
jamais osé
lui déclarer mon vif intérêt pour sa personne,
par respect
pour
elle.
Alors trouver Allan m'attendant mon retour dans mon
salon,
me troubla
au plus haut point et me flatta de l'importance qu'il
me
procurait.
-
Je ne te dérange pas au moins ? Tu es sans doute fatigué…
s'enquit-
il en
continuant de sourire.
-
Je t'avouerais, un peu oui. Mais parle ! Je t'écoute ?
Qu'est-ce qui
t'amène
à cette heure si tardive ?
-
Tu vas partir à la fin du mois en France, Rowan...
commença-t-il un
peu
triste.
- Mais
nous aurons le temps de nous dire au revoir voyons,
Arthur
Goodman et
Lucy Coocking vont organiser une petite fête à
cette
occasion !
Murmurai-je touché de son attention.
- Non, il ne s'agit pas vraiment de cela, Rowan. Ce soir...
Il
buta sur ses mots, visiblement ému. Moi-même, j'avais du
mal à
contenir
mes émotions tellement je le sentais fragile. Au fond de
mes
entrailles, je
sentis une angoisse me les tordre. Une certaine
appréhension
me rendit les mains moites.
-
Ce soir... J'avais un doute sur l'accident de mon oncle et c'est
pour
cela que je
t'ai demandé de faire une enquête. J'ai
entièrement
confiance
en toi, Rowan et j'étais sûr que tu aurais trouvé
ce qui
n'allait
pas !
Je souris de convenance aux compliments qu'il me lançait.
- Tu as souvent démontré ton esprit brillant et intuitif...
- Allan, je suis gêné par...
-
Non ! Ne m'interrompe pas ! Et ne sois pas si modeste. La police
a
même
recours à ton ingéniosité et à ton flair.
Rowan tu nous as ébloui
ce
soir ! Par ta démonstration !
Je
souris intérieurement de ma mise en scène théâtrale
dans le salon
des
Kellington qui s'y prêtait à merveille.
- Et surtout, Rowan, tu m'as ébloui...
Mon
coeur s'arrêta de battre un instant. J'avais cru rêver ce
qu'il
m'avait dit,
mais ces yeux plongés dans les miens me convainquirent
de
la réalité
de ses propos.
-
Rowan, il y a maintenant si longtemps que je rêve de t'avouer
mon
attachement
profond pour toi. Mais j'avais peur que tu me rejettes,
que
je te dégoûte. C'est la première fois que je
ressens de quelque
chose
d'aussi fort pour une personne, surtout… Pour un homme...
finit-il
dans un
souffle.
Quelle
sensation exquise et irréelle, j'étais plongé
dans l'immensité
de
ses yeux et ses douces paroles nous enveloppaient et
nous
enivraient
jusqu'à la transe. Je me sentais inexorablement attiré
vers
lui, vers ses
lèvres qui m'appelaient.
-
Qu'est-ce qui t'a donc poussé à te déclarer ce
soir, Allan?... lui
murmurais-je
en lui caressant le visage avec le bout de mes doigts de
peur
de l'effrayer, ne croyant qu'à moitié ses
mots.
Il éclata soudainement de rire, un rire bref, un peu moqueur.
-
Rowan ! Chéri ! Je sais que tu vas chez le Baron De Cherencey
! Me
révéla-t-il,
ce qui me refroidit un tantinet.
En effet, le Baron dit De
Cherencey - qui n'avait de français que le nom -
recevait
discrètement
dans son hôtel particulier, tous les hommes en quête
de
plaisir viril
et organisait des rencontres avec de jeunes éphèbes
levés
pour l'occasion. Alors le fait qu'Allan ait été mis au
courant
de ma
préférence sexuelle par ce biais ne me réjouissait
pas trop.
- Qui... Qui te l'a dit ? Demandais-je déconfit et le rouge aux joues.
- Mais
ne t'inquiète pas, chéri, me rassura-t-il en souriant.
C'est un
ami très
discret qui m'a informé.
Il me passa ses bras autour de ma tête et continua :
- Pas de souci sur sa discrétion, si tu vois ce que je veux dire...
Il me
déposa un doux baiser sur ma joue, sur laquelle je sentis
qu'il
tremblait
légèrement, puis il s'éloigna en me
regardant
malicieusement.
Oh oui je voyais ce qu'il voulait dire : il y avait
là,
devant moi, les sentiments contradictoires des premiers
émois
amoureux,
partagé entre la peur et le désir, et il fallait que
je
prenne en main
la suite des manoeuvres, de part mon expérience
plus
avancée.
Je
l'enlaçais à mon tour par la taille et je sentis son
corps raidi se
tendre
vers le mien. Je lui chuchotais de se détendre et que cela
n'en
serait que
meilleur. Je lui déposais un petit baiser sur le cou,
sur
lequel j'en
profitais pour promener ma langue gourmande de cette
nouvelle
saveur. Allan gémit timidement sous ma caresse et sa chair
se
relâcha
dans l'étau de mes bras. Mes mains descendirent sur son
dos
pour se
faufiler sous son gilet, afin de chercher un contact au
plus
près
de la peau, tandis que je le piquais de baisers sur toute
la
chaude surface
découverte. Nos deux corps collés par la sueur
et
l'envie se
renversèrent sur le canapé, accompagnés par les
râles de
satisfaction
de mon amant. Tandis que je lui déboutonnais
lentement
les
habits, Allan me demanda timidement de sa voix enrouée par
le
plaisir
:
- Rowan, s'il te plaît, éteins la lumière...
- Non. J'ai envie de te voir jouir !