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Une nouvelle fic, très peu de commentaires... Je voulais faire quelque chose de plus vrai que ce que je fais d'habitude... Certains penseront que les choses vont un peu vite au début mais je l'ai voulu comme ça... lol
Bonne lecture !
COMME UN JOUR D'HIVER
- 1 -
Et la neige tombe, encore.
J'aime la neige, c'est vrai, j'aime cette blancheur qui purifie tout, j'aime
cette fraîcheur, cette délicatesse. Certains n'aiment pas la neige, le froid les
ennuie, ils préfèrent le soleil. Après tout pourquoi pas, chacun est libre
d'aimer ce qu'il veut… comme il veut… Je me rappelle des hivers qu'on passait à
la maison avec tout le monde. En ce temps là, je croyais que tout allait
toujours rester comme ça l'était mais… les choses changent, n'est-ce pas ? Oui,
elles changent, et pas toujours bien, je crois.
Si un jour je devais
refaire ma vie, je ne sais pas ce que je changerais. Peut-être deux ou trois
choses que je referais, quelques autres que j'éviterais, oui, ça c'est certain,
Mais il y a une chose que je ne changerais jamais, pour rien au monde. Moi.
Suis-je narcissique parce que je me plais ? Suis un égoïste qui s'ignore parce
que je sais faire ce qui me plaît et me rend satisfait ? Peut-être, oui…
Pourtant, j'aime les autres, les contacts impromptus, la chaleur d'un sourire
dans la rue, les regards qui se croisent d’un trottoir à l’autre, dans un café.
Ma mère m'a dit un jour
que je ne serais jamais heureux si j'aimais un homme. Je devais avoir treize ans
et mon meilleur ami m'avait embrassé. Innocemment, je crois. Finalement,
aujourd'hui, je n'en suis plus très sûr. Il avait plus de quinze ans à l'époque,
il devait savoir ce qu'il faisait. Moi non. Mais aujourd'hui oui. Je crois. Cela
me rappelle la première fois que je rencontrais mon premier véritable petit ami.
Alexandre, lorsque je l'ai rencontré, Alex, lorsqu'il m'a embrassé. Alex a été
d'une douceur sans pareil, un exemple parfait du premier que tout un chacun a le
droit d'espérer.
Notre rencontre est ce qui
reste de plus clair en moi. C'était au mois de juillet, oui, vers la fin du mois
de juillet. J'étais parti à cette petite fête en bord de mer. Mes vacances avec
ma famille venaient à peine de commencer, il y avait une sorte d'ébullition au
sein de notre petite communauté et même mon père, qui n'avait pas pour habitude
d'être joyeux, y trouvait son compte. La petite ville où nous avions l'habitude
d'aller chaque année me paraissait toujours nouvelle, je lui trouvais toujours
une chose changée, une nouvelle maison, un nouveau quartier. Ce n'était pourtant
pas une grande ville côtière, pas plus de deux cents âmes n'y vivaient en hiver,
mais l'été, les quelques rues qui la formaient regorgeaient de monde.
Un soir, alors que mes
parents et mon petit frère étaient de sortie, je décidai de me séparer d'eux et
d'explorer à nouveau cette ville que je connaissais pourtant bien. J'avais
quinze ans à l'époque et les sorties avec la famille n'étaient plus au goût du
jour. Je n'étais pas un enfant rebelle, je crois même que je ne l'ai jamais été,
mais le code de l'adolescence veut que l'on se plie à plusieurs règles à
respecter en public. Alors me voici en ville, sans mes parents. L'odeur des pins
sur mon chemin, les maisons provençales autour de la ville, les touristes, les
habitants, l'odeur de la mer, une odeur que j'aime tant, des beignets frits, des
glaces, des couples d'amoureux. Des couples d'amoureux… Mon corps d'adolescent
me rappelait souvent à l'ordre alors que je regardais les autres vivre ce que je
ne connaissais pas encore.
Je décidai d'aller à la
petite place de la ville, ou plutôt du village. Pratiquement chaque soir, un
petit spectacle musical y était donné, quelques groupes, de la musique pour
tous, les gens dansent toujours un peu et les bars ont un bon rendement. Je
voyais des groupes de jeunes, se connaissant sans doute pour la plupart, et
l'envie de faire connaissance avec l'un d'entre eux me prit soudainement. Mais
c'était sans compter que le jeune Demian, haut de ses quinze années, était un
jeune garçon très timide. Alors je les regardais de loin, tentais de comprendre
ce qui les faisait rire, ce qu'ils se racontaient alors que l'ambiance semblait
plus calme, ce que les garçons murmuraient aux oreilles des filles.
Cet été-là, les trois
premiers jours se passèrent sans compagnie. J'errais dans les rues à la
recherche d'un simple contact, d'une simple amitié. Puis, le troisième soir, je
décidai d'entrer dans un pub. Je ne comptais pas consommer, de toute façon, j'ai
toujours fait mon âge et je le faisais cruellement à cette époque. J'entrai dans
l'établissement et l'odeur d'alcool me piqua le nez. Je n'aimais pas l'alcool,
pour le peu que je connaissais. Il y avait aussi la fumée de cigarette, les
regards insistants alors que vous franchissez la porte et qui ne vous lâchent
pas même lorsque vous êtes assis, les discussions mêlées, les rires, les bruits
de verre… Et la musique. Un petit groupe jouait une chanson rock connue mais il
ne semblait pas vraiment attirer l'attention. Je m'assis au bar, ayant eu la
chance de trouver une place libre compte tenu que le petit endroit était
quasiment plein.
Je réalisai tout à coup
que nous ne devions pas être plus de quatre adolescents dans la salle. La
chaleur me monta au visage. J'étais mal à l'aise et le seul fait que le barman
me demandât ce que je prenais comme boisson me fit sursauter.
— Et pour le jeune homme ?
— Euh… un cocktail sans
alcool ?
Je me détestai. Evidemment
sans alcool ! Et pourquoi poser la question ? Mes oreilles surchauffaient et le
t-shirt que je portais me prit soudainement à la gorge. Pourquoi étais-je entré
dans ce genre d'endroit ? Puis finalement, je suis resté. Le coin était sympa,
la musique me plaisait et je me fis vite au fait que j'étais le seul adolescent
au bout d'une heure ou deux. Le barman n'avait fait aucune allusion à mon âge,
même pas une petite remarque comme quoi j'aurais dû être accompagné d'un adulte.
Les places se vidèrent
vite autour de moi, les personnes préférant les petits fauteuils dans des coins
plus sombres du pub. Le barman se planta devant moi, une bouteille à la main.
— T'es pas avec tes petits
copains ?
— Eh bien… en fait, je
n'en ai pas vraiment ici.
— Nouveau ?
— Non, ça fait longtemps
que je viens mais je n'avais pas eu besoin d'amis jusqu'à maintenant.
— Les parents, hein ? Ah,
les vacances en famille, j'ai arrêté à treize ans !
— Treize ans ?
— Ouais. Je me suis bien
amusé, j'ai profité de tout et je ne regrette rien !
— Treize ans, c'est jeune
quand même, non ?
— Tu as quel âge toi ?
— Quinze.
— Eh ! Mais tu perds du
temps pour draguer des petites minettes là ! Faut pas rester enfermer ici, y'a
que des soûlards et des couples qui viennent écouter la musique de ce groupe à
dix sous !
Le barman rit franchement
ce qui me mit encore plus mal à l'aise. Sans compter que la musique venait de
s'arrêter pour laisser place à de la musique d'ambiance diffusée par une chaîne.
Je replongeai mon nez dans le verre, tactique de l'autruche alors que je me
sentais éléphant dans un trou de souris. J'entendis des pas derrière moi, à côté
de moi, et un tabouret bougea, à ma gauche.
— Comme tous les soirs,
s'il te plaît.
Ce fut ce que j'entendis.
Le barman acquiesça de la tête et posa un verre sur le bar, à une cinquantaine
de centimètres du mien. Il versa le contenu de plusieurs bouteilles et sourit
largement.
— Alors, la soirée ?
— Je suis mort, j'en peux
plus.
— Et quoi ? Tu fais rien
de tes journées !
— Comment ça je fais rien
! Et je bosses où moi, la journée, hein ?
Le barman rit à nouveau.
— Bah ! C'est qu'un petit
boulot, ça !
Mon voisin soupira. Il
prit son verre et l'avala cul sec, d'après ce que je vis de son verre une fois
qu'il l'eut reposé sur le comptoir.
— Eh, petit, ça te dirait
de connaître un peu mieux la ville ? me demanda le barman en se penchant sur
moi.
— Mais je la connais bien
! C'est juste que…
— Tu es tout seul ?
Mon voisin. A qui
parlait-il ? A moi ?
— Il cherche des amis !
lança l'homme aux bouteilles.
— Des amis ? Ici c’est pas
ce qui manque, des jeunes, surtout en été ! Tu ne connais vraiment personne ?
— Non, je…
— C'est sa première sans
ses parents ! ajouta le barman.
Je rougis, je ne sais pas
pourquoi, mais je rougis violemment. Mon voisin rit doucement et me tapa
gentiment sur l'épaule.
— Allez, ce soir, c'est ma
soirée, je vais te présenter des gens sympas !
Je ne savais plus quoi
faire. Je me tournai vers mon voisin et fut plus que surpris de constater qu’il
s’agissait de la même personne qui avait été sur la petite scène dans la soirée,
jouant avec le micro.
— Ben quoi ? Fais pas
cette tête, on va pas te manger !
Je devais avoir une tête à
faire peur. Mon premier réflexe fut de me trouver une excuse, qu'il était tard,
que je devais rentrer, mais pourtant, quelque chose m'en empêcha. Les jeunes de
mon âge devaient paraître plus rebelles, ils devaient être contre la discipline
parentale et les heures imposées se devaient d'être dépassées. J'acceptai.
— D'accord.
Je ne savais pas encore ce
qui m'attendait cette nuit mais même aujourd'hui, je ne regrette pas mon choix
une seule seconde.
— Alors suis-moi !
Il sauta de son tabouret
et me fit signe de le suivre. Je jetai un dernier coup d'œil au barman, seule
personne que je connaissais plus ou moins de l'endroit. Le chanteur du groupe
ouvrit une porte et entra dans un couloir.
— Au fait, je m'appelle
Alexandre. Mais tu peux m'appeler Alex, tout le monde le fait.
— Moi c'est Demian.
— Tiens, c'est joli,
Demian.
Je voulus dire merci mais
une question me revenait toujours dans ce cas-là. Pourquoi dire merci lorsque
quelqu'un trouve votre prénom à son goût ? Je m'abstins et sourit, réaction
qu'il ne vit pas puisqu'il me précédait dans le couloir. Puis il ouvrit une
porte et nous entrâmes dans une salle aux fenêtres grandes ouvertes. Une odeur
étrange flottait dans l'air, beaucoup de fumée et le reste du groupe était
littéralement affalé sur deux sofas fripés.
— Voilà, eux c'est le
reste du groupe. Il me montra un blond aux yeux pratiquement fermés. Alors là tu
as Jimmy à la batterie, à côté de lui c'est Duo, lui c'est la guitare mais il
sait faire de la basse aussi. Euh… là c'est Scarface, le bassiste attitré du
groupe. Il a ce nom parce qu'il a une cicatrice sur la joue, tu vois ?
Je hochai doucement la
tête. Duo me sourit en me saluant à la manière militaire et Scarface maugréa.
— C'est un souvenir de
guerre ! lança-t-il.
— De guerre ?! répliqua
Alex. Dis-lui la vérité, dis-lui que tu t'es lamentablement vautré en vélo quand
t'avais six ans, voilà la vérité !
Scarface se leva d'un bond
et sauta sur Alex qui para le coup en se protégeant avec ses bras. S'en suivit
une petite bagarre comme les bons amis en connaissent souvent, ponctuée de mots
crus mais pleins d'amitié.
— Et moi c'est Le Croqueur
de Cœur, pour te servir…
Un autre garçon. Il passa
un bras autour de mes épaules et me colla à ses côtés. Je vis alors Alex mettre
court à la dispute amicale et s'approcher de nous pour visiblement nous séparer.
— Eh là, mec, t'approche
pas de lui comme ça, tu veux ?
Alex nous sépara et
m'emmena vers l'autre côté de la pièce.
— Lui c'est Red, c'est un
dragueur né et il fait des ravages. De vraies ravages, si tu me suis. Et lui
c’est le clavier.
Je hochai à nouveau de la
tête. Un dragueur ? Red ? Mais je n'étais pourtant pas une fille ! Je crois que
c'est à ce moment là que je me rendis compte que ce que j'éprouvais en croisant
un beau garçon dans la rue n'était pas une erreur ou un disfonctionnement chez
moi. Je n'étais donc pas le seul à aimer les autres garçons. Non, évidemment, je
savais que je n'étais pas le seul, il y avait tous ceux que l'on voyait à la
télévision, ce qu'on entendait à droite, à gauche, mais jamais je ne m'étais
retrouvé devant… un semblable.
Je me sentis soudainement
encore plus mal à l'aise. Alex me tenait par une épaule et me montra une chaise
où je pourrais m'asseoir, ce que je fis sans attendre une seconde de plus, mes
jambes de coton ne me tenaient plus. Alex me quitta quelques minutes en me
disant qu'il devait " voir quelque chose avec le groupe". Il revint pas plus de
dix minutes plus tard, un verre de soda à la main.
— Tiens, ça te fera du
bien, tu as l'air d'avoir chaud.
Je rougis, je le sentais
sur ma peau. Et j'étais déjà rouge à en juger par la remarque d'Alex.
— Merci, murmurai-je.
C'est étrange, je pensais
me souvenir de beaucoup moins de détails mais en y pensant bien, les choses me
reviennent. Je bus maladroitement mon verre d'une seule traite et j'entendis le
rire mélodieux de mon nouvel ami.
— Eh bien, c'était peu
dire de dire que tu avais soif !
Je lui souris, un sourire
qui me parut affreux sur mon propre visage mais je le vis me sourire encore. Ça
allait.
— Moi je suis le chanteur,
tu le savais, je crois. Il prit une chaise et la mit en face de moi avant de
s'asseoir dessus. Donc, tu n'es pas nouveau ici, Demian.
— Euh, non, en fait, ça
fait même longtemps que je viens.
— Et c'est ta première
soirée sans tes parents ?
— En fait, non, ça fait
trois jours que je ne reste plus avec eux le soir.
— Trois jours ? Et tu es
encore seul ?
— Je crois que je ne suis
pas très doué pour me faire des amis.
— Eh bien ce n'est pas
vrai, tu en as un juste devant toi !
Il me tendit la main et je
la serrai.
— Bienvenue parmi nous !
Il me sourit. Le beau
sourire d'Alexandre… Ensuite, nous sommes sortis. Juste lui et moi. Les autres
baignaient encore dans leur aquarium et je n'étais pas mécontent d'être sorti de
cet endroit suffoquant. Alex m'emmena au bord de la mer. Ce n'était pas
compliqué, quelques pas devant le pub et nous étions au bord de la plage. Il
passa par-dessus la murette qui bordait le banc de sable et je le suivis. Nos
traces de pas foulaient le sable encore vierge de ce coin de la plage et nous
nous rapprochions de la mer.
Quelques bateaux avaient
été tirés jusque sur la plage, des canots principalement, de petits voiliers,
des barques de pêcheurs. Il me proposa de m'asseoir et nous nous arrêtâmes.
— Alors, ça fait longtemps
que tu viens ici ?
Je bafouillai.
— Euh… eh bien… je crois
que j'étais un enfant quand nous sommes venus pour la première fois.
— Un enfant ? Il n'y a
donc pas si longtemps ! dit-il sur un ton rieur. Quel âge as-tu ?
— Quinze.
— Vingt et un. Et moi je
viens là depuis toujours. Mes parents venaient souvent ici avant qu'ils ne
divorcent. Après, j'ai dû me débrouiller pour venir. Je me suis trouvé une bande
de potes, on a monté un groupe et chaque année, on est embauchés dans le pub.
— C'est super !
— Ouais, ça l'est, tu peux
le dire.
Je remarquai alors qu'il
ne cessait de me fixer. Au début, j'évitais maladroitement son regard, le posant
à droite, à gauche, regardant le sable dans mes mains alors que je jouais
inconsciemment avec, fixant un point sur l'horizon. Puis sa voix me fit
sursauter.
— Je suis désolé, me
dit-il.
— Pourquoi ?
— Parce que je te mets mal
à l'aise à te regarder comme ça.
— Non, non, ça va.
— J'ai un problème de vue,
je n'y vois pas bien dans le noir alors il faut que je me concentre sur ce que
je veux regarder pour pouvoir apercevoir les contours.
— Oh, je comprends, eh
bien, ce n'est vraiment pas grave tu sais.
— Mais dis-le moi si ça te
gêne.
— Non, ça va !
— Au fait, tu viens de
quel coin ?
— L'est, un petit bled.
— Moi je suis de Paris,
enfin, la périphérie.
— Je ne suis jamais allé à
Paris.
— Vraiment ? Alors il
faudra que je t'invite un jour !
Je lui souris. Je me
souviens de cette discussion parce que c'était la première fois que je
sympathisais aussi vite avec quelqu'un. Il s'allongea sur le dos, les mains
derrière sa tête.
— Tu restes longtemps ?
— Trois semaines.
— Vraiment ? Tout ce temps
? dit-il en se redressant.
— Je viens d'arriver il y
a à peine trois jours et je reste trois semaines, oui.
Il me fixait encore. Il
n'était pourtant pas bien loin de moi mais je pensais qu'il ne pouvait pas me
voir.
— Si tu veux, on peut
aller dans un endroit plus éclairé, tu forceras moins.
— Non, ça va,
murmura-t-il. Je te vois suffisamment.
Le plus beau souvenir de
vacances, non, pas exactement le plus beau, mais il fait parti d'un tout. Alex
m'embrassa soudainement. J'avais même gardé les yeux ouverts. En fait, je ne
savais pas vraiment quoi faire. Ses lèvres chaudes étaient collées aux miennes,
légèrement salées sous la petite brise qui nous rafraîchissait. Aujourd'hui, je
peux dire qu'il avait été un véritable gentleman, un exemple de douceur et de
prévenance. Il n'avait même pas essayé d'approfondir le baiser alors que
sincèrement, il aurait pu. Je me serais aisément laissé faire.
— Pardon…
Je ne compris pas vraiment
l'excuse sur le moment mais il s'expliqua.
— Je ne voulais pas te
forcer.
Lui avais-je donné cette
impression ? Et pour ne pas qu'il s'excuse, je répondit.
— Tu ne m'as pas forcé…
Un murmure, rien de plus.
J'étais assez doué pour dire ce que je ne voulais pas, non pas que je ne pensais
pas ce que je venais de dire, au contraire, mais je me sentis rougir à vue d'œil
et j'étais sûr que même dans le noir et malgré son problème de vue, il avait pu
me voir. Et je sentis ses lèvres se coller à nouveau aux miennes. En racontant
tout cela, j'ai l'impression de romancer tout ce qui s'est passé, sans compter
que le cliché est plus que facile : le jeune gamin de quinze ans qui tombe
amoureux du chanteur d'un petit groupe de rock.
Il se rapprocha plus de
moi et là je me sentis plus que mal à l'aise. Que voulait-il de moi en posant
ses mains sur ma taille ? Ma dernière expérience " amoureuse " remontait à deux
ans auparavant et s'était arrêtée à un simple baiser de la part d'Eric, mon
meilleur ami. Il m'allongea presque sur le sable, gardant ses lèvres sur les
miennes, ses mains me tenant fermement mais pas autoritairement. Je sentis mon
corps s'enfoncer doucement dans le sol meuble et son corps pesa de plus en plus
sur le mien. Il glissa une main sous le t shirt que je portais, remonta le long
de mon ventre et caressa doucement mon torse. Je crois que je n'avais jamais
autant paniqué de toute ma vie. Il se redressa alors au dessus de moi et se mit
à rire doucement.
— N'aie pas peur, je ne
vais pas te manger ! Mais… ah, je suis désolé, vraiment, peut-être que tu n'es
pas de ceux-là.
— De ceux-là ?
— Tu aimes les filles,
c'est ça ?
Alors voilà la question
pour laquelle je n'avais aucune réponse. Oui, j'avais quinze ans, tous ceux de
mon âge avaient une petite amie, sauf Eric, mais ça, je ne m'en étais pas
vraiment pas rendu compte. Et moi.
— Je ne sais pas.
— Ah… je vois, encore un
pauvre garçon qui ne sait pas s'il aime se faire toucher par un garçon ou une
fille. C'est un sacré problème, tu sais, me dit-il en souriant. Tu aimes quand
je te touche ?
— Euh… eh bien, ce n'est
pas que je n'aime pas mais…
— Mais ?
— C'est étrange.
— Et tu aimes quand je
t'embrasse ?
— Euh…
Son regard sur moi me
gênait et me privait de tous mes moyens. Je réussis à articuler quelques mots
inintelligibles et il se remit à rire.
— Ben laisse tomber alors,
je te forcerai pas. Il se redressa et se leva. On va marcher un peu ?
Je me levai et essaya de
me débarrasser du sable qui s'était immiscé dans tous mes vêtements, mes
chaussures, mes cheveux aussi, je déteste avoir du sable dans les cheveux ! Il
croisa les bras en me regardant me contorsionner en me passant les mains
partout.
— Si j'avais su, je
t'aurais amené autre part !
— Non, non, ça va !
Il me sourit et se mit en
marche. Je le suivis et nous retournâmes en ville. Nous passâmes aux abords du
minigolf qui était d'ailleurs fermé, puis nous dépassâmes le karaoké. Je
regardai ma montre et m'arrêtai de marcher.
— Euh, je crois qu'il va
falloir que j'y aille !
— Déjà ?
— Il est déjà onze heures
passées et mes parents m'ont demandé de ne pas dépasser minuit.
— Ah, les parents, oui.
Minuit c'est déjà pas mal à vrai dire. Tu habites où ?
— Y'a un petit quartier
juste à la sortie de la ville, c'est juste à dix minutes.
— Tu veux que je te
raccompagne ?
— Non, non, ça va ! Je le
fais tout seul depuis trois jours, y'a pas de problème.
— Bien, alors c'est toi
qui va me raccompagner ! Je suis dans une maison au coin là-bas, tu vois ?
— Oui.
— Allons-y !
Je le laissai marcher
devant. Je n'avais pas vraiment pris le temps de le détailler et je dus le faire
de dos. Il était bien plus grand que moi, peut-être un mètre quatre vingt, il
était plutôt fin, des cheveux courts, les mèches lui chatouillant la nuque, il
portait une chemise assez courte, près du corps, un pantalon droit et des
baskets de marque. Ses longues jambes avaient un beau mouvement naturel, il
avait une démarche souple.
Il dut sentir mon regard
insistant car il se retourna et me sourit.
— Ça va ? me demanda-t-il.
— Oui !
Nous arrivâmes vite à sa
maison. Il poussa un petit portillon et me fit signe de le suivre.
— Tu as jusqu'à minuit,
entre un moment !
Et là, tout ce qu'on vous
a dit lorsque vous étiez enfant ressurgit d'un seul coup. Ne jamais suivre un
inconnu, surtout pas chez lui, ne jamais faire confiance à une personne que vous
ne connaissez pas. Mais Alex était si… je ne sais pas, j'étais trop attiré pour
pouvoir tenir compte de tout ce qui fusait dans ma tête. Il ouvrit la porte de
la maison et alluma la lumière dans l'entrée.
— Fais comme chez toi. Je
vis ici avec les autres. C'est pas super propre ni très rangé mais je fais ce
que je peux pour tenir cet endroit un minimum présentable. Ils passent leur
temps à dormir la journée alors il faut que je m'occupe de tout !
— Mais tu travailles, non
?
— Je commence l'après
midi. Je suis chez le glacier à côté du minigolf.
— Ah oui, je connais, mais
je ne t'ai jamais vu là-bas.
— Alors passe me voir
demain !
— Je ne sais pas si je
pourrai, mes parents aiment bien que je sois avec eux l'après-midi.
— Tu as de la chance, les
miens se fichaient totalement de savoir où j'étais !
Alex me fit passer dans le
salon et me montra le canapé.
— Vas-y, assieds-toi, je
vais chercher quelque chose de frais pour boire.
Il me laissa seul dans la
pièce. Je ne me souviens plus bien de l'intérieur, du salon du moins, il y avait
des cendriers partout, des coussins sur le sol, des partitions éparpillées sur
la table basse, une guitare posée dans un coin. Alex revint vite, deux verres à
la main.
— Tiens, je crois que tu
ne bois pas d'alcool, c'est du coca.
— Merci !
Je pris soin de ne pas
vider le verre comme je l'avais fait au bar et bus à petites gorgées. Je sentais
à nouveau le regard d'Alex mais il n'était pas pesant, il avait quelque chose
d'attractif. Il me fallait trouver un sujet de conversation et vite.
— Euh… vous habitez tout
seuls ici ?
— On la loue à plusieurs,
oui. Et comme on revient chaque année, le proprio nous fait un prix. Finalement,
on a trouvé de bons tuyaux !
— Et tu chantes depuis
longtemps ?
— Ne rigole pas mais
j'étais dans une chorale quand j'étais petit… Je devais avoir cinq, non, six
ans. Il n'y avait pratiquement que des filles et les seuls garçons, nous étions
quatre, devaient se faire entendre parmi ces voix d'hirondelles, c'est moi qui
te le dis ! Ensuite, au collège, on montait un spectacle à la fin de chaque
année. Alors je me proposais pour chanter, j'aimais tellement ça. J'aime
toujours d'ailleurs ! Et puis il y a eu le lycée. C'est là que 180° s'est monté.
— 180° ? C'est le nom de
votre groupe ?
— Ouais. Une sacrée bande
de barjots ! On s'est bien amusé. Et puis on est tous venus ici une fois, on a
proposé nos services au pub et voilà. Et toi ? Une passion ?
— Non, pas vraiment.
— Mais il doit bien y
avoir une chose que tu aimes par-dessus le reste, non ?
— Mon petit frère, oui !
— Tu as un petit frère ?
— Il s'appelle Matthieu,
il a sept ans. Je l'adore !
— C'est bien d'avoir un
frère ou même une sœur. Moi je suis fils unique. Je m'ennuyais beaucoup quand
j'étais petit.
— C'est pour ça que
j'essaie d'être toujours là pour lui.
Alex posa son verre sur la
table en évitant les partitions et un petit silence s’instaura. Il s’amusa
quelques secondes avec la bague qu’il portait au majeur de la main gauche puis
se tourna plus vers moi.
— Ok, alors pour être
franc, tu me plais. Je m'attends pas à ce que tu me sautes dessus, je m'attends
pas non plus à ce que tu me trouves à ton goût mais… je voulais juste que tu le
saches, voilà.
Quoi ? Comment ? Pourquoi
? Je ne savais plus où j'étais. Le baiser, d'accord, mais la déclaration,
c'était bien trop. Je sentis mes mains trembler et je les camouflai comme je le
pus. Je posai mon verre à mon tour sur la table, si je l'avais gardé, il aurait
sûrement fini sur le sol, sans aucun doute, même. Mais peut-être que j'aurais dû
le garder, enfin, non, mais je ne savais pas encore que la nuit que j'allais
passer allait être mémorable.
Alex n'attendit pas une
seconde de plus et m'embrassa à nouveau, plus… fougueusement, oui. Et cette
fois-ci, il ne se contenta pas d'un simple baiser, non, il voulait me goûter,
semblait-il. Je ne bougeai pas, je ne savais pas quoi faire, en fait. Je voulais
me débattre et en même temps, je l'aurais serré dans mes bras en lui en
demandant plus. Il sentit mon hésitation et m'allongea sur le canapé en me
murmurant à l'oreille :
— Détends-toi, je ne te
ferai pas de mal.
Facile à dire mais c'était
pas lui qui se retrouvait sous le corps d'un inconnu, dans une maison inconnue,
avec des pulsions et des envies de plus en plus incontrôlables ! Il posa ses
lèvres dans mon cou et passa ses mains sous mon t shirt.
— Ne t'inquiète pas,
Demian, je ne suis pas un violeur, si tu ne veux pas aller plus loin, dis-le moi
simplement et je m'arrêterai.
Je voulu crier "stop !"
mais non. Après tout, pourquoi ne pas continuer ? Pourquoi ne pas vivre ce que
les autres vivent ? Un vent de révolte s'empara de moi et je posai mes mains sur
ses hanches en guise d'invitation à continuer. Je ne connaissais ni les gestes
ni les codes amoureux, je ne savais même pas si le geste que je venais de faire
avait une signification particulière, toujours est il qu'Alex le comprit comme
je l'avais voulu.
Son visage se fondit sur
le mien et il m'embrassa amoureusement, glissant sa langue entre mes lèvres,
caressant la mienne sensuellement. J'étais une parfaire marionnette entre ses
mains, je suivais ses mouvements, je mimais même sa respiration. Je le sentis
soudain se glisser entre mes jambes… Entre mes jambes… Mon Dieu, pourquoi
faut-il toujours que tout tourne autour du sexe ? J'avais bien quinze ans pour
penser une telle chose. Evidemment que tout tourne autour du sexe mais à cette
époque, le sexe était pour moi quelque chose de sale, d'interdit. Alors le sexe
entre garçons… Je n'y avais même jamais pensé, je crois.
Ses baisers se furent vite
demandeurs et il m'ôta mon t shirt aussi facilement que si je l'avais aidé, ce
qui n'avait pas été le cas. Son souffle glissa soudainement sur ma peau nue et
je frissonnai. De peur, de désir, d'envie, d'appréhension, il me chamboulait
totalement. Son sourire vint me rassurer et il me dit d'une voix enjouée :
— Je vois que finalement,
tu aimes ça, que je te touche…
— Je ne sais pas ce que
nous faisons, Alex…
— Alors laisse moi
t'apprendre.
— On ne devrait pas, je
dois rentrer et mes parents vont s'inquiéter.
— Reste encore un peu,
s'il te plaît…
Comment résister à une
demande pareille ? Et même pour moi, c'était impossible. Ses mains couraient sur
mon torse, son corps pesait de plus en plus sur le mien et j'eus soudainement
une réaction des plus embarrassantes. Mon pantalon devint tout à coup très serré
pour moi et Alex le sentit. Il se redressa au dessus de moi et me dit :
— Suis-moi à la chambre,
nous serons mieux…
La chambre… Les
avertissements de mes parents, de mes professeurs fusèrent dans mon esprit. La
chambre d'un inconnu était un lieu de torture et de souffrance et pourtant je le
suivis. Il me prit par la main et me tira à sa suite. Il dut sentir la moiteur
de la paume de ma main, j'étais mort de peur, je ne savais pas où j'allais, dans
quoi je mettais les pieds et je ne savais pas ce qu'il allait me faire. Si, je
le savais, évidemment. L'issue de tout cela était des plus prévisibles mais à
cette époque, tout ce qui se passait sous une couette à deux m'était totalement
inconnu.
Il ouvrit une porte dans
un couloir et j'eus l'agréable surprise de constater que la chambre était bien
plus propre et rangée que le reste de la maison. Il referma la porte derrière
moi et j'avançai de quelques pas.
— C'est bien ici ! dis-je
à demie voix.
— C'est ma chambre. Tu
vois, je suis quelqu'un de très rangé ! dit-il en riant.
Et j'entendis le verrou de
la porte.
— Non, non, ne t'en fais
pas, je ferme juste pour que les autres ne nous dérangent pas. Si tu veux
sortir, tu n'as qu'à l'ouvrir, tu vois, comme ça !
Il tourna la clé et ouvrit
la porte.
— Je ne compte pas
t'enfermer ici ou te séquestrer, tu es libre de partir, je te le rappelle.
Je ne répondis pas. Pour
dire quoi, de toute façon ? Je voulais savoir ce qu'il voulait me faire, je
voulais savoir ce que ça faisait d'être l'amant de quelqu'un, connaître l'amour,
sentir le corps de l'autre. J'étais toujours torse nu et il ne tarda pas à
prendre la même tenue. Sa chemise noire tomba sur le sol et il s'approcha de
moi. Je ne réalisai qu'il n'y avait pas de lumière uniquement lorsque je vis les
phares d'une voiture zébrer la chambre de leur lumière.
Alex me prit par la taille
et m'embrassa tendrement. Ah, les baisers d'Alex… Ils étaient si bons ! Je
sentis soudainement la chaleur de sa peau contre la mienne. Un violent frisson
me secoua le corps et Alex me prit contre lui.
— Tu es très sensible, je
ne devrais peut-être pas. Mais maintenant que nous en sommes là, j'aurais du mal
à faire demi tour, je te l'avoue. Sauf si tu ne veux pas que ça aille plus loin,
dit-il en me regardant dans les yeux.
— Je ne sais pas,
murmurai-je, je ne sais pas…
— Je pourrais te montrer
alors…
Il me fit doucement
reculer jusqu'au lit et me fit m'asseoir. Jusque là, je ne sentais aucune
menace, rien de ce qu'il faisait ne me faisait peur. Il se mit à genoux devant
moi et m'écarta doucement les genoux pour pouvoir m'atteindre. Il m'embrassa, à
nouveau, ça me rassurait en un sens, peut-être qu'il le savait. Peut-être aussi
que ça le rassurait lui aussi. Puis il défit ma ceinture, tirant sur le cuir et
défaisant la boucle. Il s'attaqua ensuite aux boutons de mon jean. Sa bouche
emprisonnait toujours la mienne alors que ses mains travaillaient plus bas. Mais
j'avais peur, je savais où il voulait en venir, je savais où ses mains allaient
et mon corps aimait ça. J'aimais ça.
Il tira sur mon pantalon
et le descendit jusqu'à mes genoux. Jamais je n'avais exposé mon corps à un
étranger et même mes propres parents ne m'avaient pas vu depuis mes treize ans.
Il n'y avait qu'à Matthieu que je me montrais puisqu'on prenait nos bains
ensemble. Alex quitta mes lèvres pour m'embrasser dans le cou en me murmurant
des mots doux, que je ne saurais retrouver mais je sais que je les avais
vraiment appréciés. Ses mains chaudes parcouraient mon corps, mes épaules, mes
bras, mon ventre, mes cuisses… mon entrejambe… Il me fit peur alors qu'il glissa
une main dans mon caleçon et je reculai sur le lit.
— Non…
Il retira sa main aussi
vite qu'il l'avait mise et se détacha de moi.
— Je suis désolé… Je vais
sûrement trop vite.
Je ne répondis pas. Il
allait trop vite pour moi mais pour lui ce n'était peut-être pas assez. Je
restai un moment sur les draps sans bouger jusqu'à ce qu'il monte lui-même sur
le lit, qu'il vienne me rejoindre et qu'il s'assoie près de moi.
— Rhabille-toi si tu veux,
je ne te force à rien.
— Mais… je ne sais pas.
— Tu ne sais pas quoi ?
Sa voix était si calme que
je me décidai. Il fallait que je lui pose une question.
— Pourquoi tu aimes les
garçons ?
Il me regarda, l'air
étonné, et me sourit.
— Pourquoi aimerais-je les
filles ? J'aime les garçons parce que… je ne sais pas, moi ! Mon premier amour
était une fille, ça oui, je m'en souviens. J'étais à l'école primaire et elle
s'appelait Julie. Mais c'est au collège que je suis réellement tombé amoureux,
et d'un garçon cette fois-ci. Il s'appelait Luc, il était en troisième et moi
j'étais en cinquième. Oui, j'étais un pauvre gamin sans espoir face à ce "grand"
! Il m'a brisé le cœur, je dois bien l'avouer, surtout le jour où je l'ai vu
embrasser sa petite amie à la sortie des classes. Ces mecs sont trop cruels !
fit-il en imitant grossièrement le ton féminin. Et un jour, moi aussi je suis
arrivé en troisième. Et je suis tombé amoureux d'un cinquième. Amusant, non ? Il
s'appelait Etienne, il avait de magnifiques yeux bleus et il était adorable. Je
suis resté avec lui presque un an. Enfin, disons qu'on se voyait
occasionnellement et jamais très longtemps. Ensuite mes parents ont divorcé et
j'ai changé de ville. Etienne ne m'en a jamais voulu, nous avions même gardé le
contact mais la distance est bien trop forte pour les sentiments et nous avons
fini par vivre chacun de notre côté.
— Et est-ce que… vous
aviez…
— Couché ensemble ? Oui,
mais juste sur la fin de notre relation.
— Et j'imagine que tu
étais son premier…
— Je l'étais, oui. Tu as
peur, n'est-ce pas ?
Je hochai de la tête. Bien
sûr que j'avais peur ! Mais pas de lui, la situation me faisait peur, la suite
me faisait peur. Faire l'amour avec un garçon me faisait peur.
— Mais tu sais, ça ne sert
à rien de faire quoi ce soit si c'est pour ne pas éprouver ne serait ce qu'un
peu de plaisir… Il se pencha sur moi et m'embrassa. Crois-tu que tu pourrais en
avoir avec moi ?
— Je ne sais pas…
Je n'étais pas très
convaincant. Je mourais d'envie d'avoir cette expérience avec lui, je le voulais
! Il m'allongea sur le lit, finit ce qu'il avait commencé en m'enlevant
complètement le pantalon et sa main se glissa le long de ma cuisse jusque dans
mon caleçon, par le bas. Oh mon Dieu… que de bonheur et de cruauté. Je sentais
chaque parcelle de sa peau sur cette partie si sensible de mon corps, je le
sentais me masser doucement, ses doigts allant et venant lentement, son souffle
presque réglé sur le mouvement alors qu'il déposait des baisers sur mon corps
tout entier. Mon esprit vacilla, assurément. Je n'étais plus que cette partie de
moi, ce membre de plaisir qui me trahissait pour la première fois et tout mon
corps fondit sous Alex et ses baisers.
Je sentis ses lèvres
passer mon nombril, glisser sur le bas de mon ventre et il tira sur le tissu de
mon caleçon. Qu'allais-je ressentir ? Qu'allait-il concrètement me faire ? Je
sentis son souffle sur mon sexe, velouté de plaisir me faisant gémir, cambrer
mon dos comme pour m'élever. Je m'agrippai aux draps frais, mon visage
s'enflammait et il me goûta. Je crus mourir, je n'étais plus, sa chaleur
m'envahissait, me brûlait de l'intérieur, je m'entendais gémir son nom alors que
ses lèvres travaillaient sur moi.
Je plongeai mes doigts
dans ses cheveux humides, la chaleur de la pièce nous faisait miroiter, des
dizaines de petites gouttelettes brillaient sur sa peau, sur la mienne, rendant
nos corps glissants. Il me libéra alors que je me tendais, je ne pouvais plus
tenir. La pièce me parut soudainement d'une froideur incroyable et je sentis
Alex grimper sur moi, son visage remontant vers le mien dans l'obscurité.
— Demian…
Il m'embrassa
fougueusement, je m'effondrais sous sa chaleur, sous les caresses de sa langue,
l'habilité de ses mains. Il avait encore son pantalon et le tissu rêche contre
la peau délicate de ma virilité me fit gémir. De plaisir, oui. Il se déshabilla
à son tour, se dénudant sans que je ne le voie, encore trop absorbé par les
sensations qu'il venait de me donner. Et ce n'était que le début. Je sentis son
corps sans artifice épouser le mien, se frotter contre moi, et je constatai son
excitation aussi grande que la mienne.
Il tendit le bras vers la
petite table de chevet près du lit, ouvrit un petit tiroir sans décoller ses
lèvres des miennes, et en sortit un tube. Un tube… Mes yeux pratiquement fermés
étaient incapables de distinguer l'objet plus précisément et je ne me doutais
pas à ce moment là que les choses commençaient vraiment à devenir sérieuses. Je
ne compris pas bien ce qu'il faisait dans le noir, j'entendais des bruits, il
avait toujours le tube dans la main puis finit pas le laisser tomber sur les
draps.
— Surtout n'aie pas peur,
ça ne te fera pas mal, il faut juste que tu te détendes…
Il me caressait
sensuellement la cuisse de sa main gauche et je sentis l'autre passer entre nos
deux corps.
— Détends-toi…
Il ne cessait de répéter
ces deux mots alors que sa main descendait toujours plus bas entre nous. Je la
sentis dépasser mon sexe. Où allait-il donc ? Le dos de sa main caressa mes
fesses et ses doigts effleurèrent la partie la plus secrète de mon corps. Je
reculai sur le lit.
— Non…, murmurai-je.
Je ne savais pas pourquoi
je refusais, peut-être parce que je ne savais pas ce qu'il voulait me faire. Il
se redressa un peu et me sourit.
— Ça ne va pas te faire
mal, je ne vais pas forcer, je t'assure. C'est juste pour… te préparer…
Me préparer ? A quoi ? A
quelle chose barbare devait-il me préparer pour être obligé de le faire ? Le
désir s'estompa et je commençai à m'asseoir. Je vis ses doigts luisants dans le
noir et je compris. Je n'avais jamais vu de lubrifiant à l'époque, je savais à
peine à quoi ça servait mais ce soir-là, je compris son utilité. Le regard
d'Alex était d'une douceur saisissante, même dans l'obscurité. Je me détendis un
peu, je voyais bien qu'il ne me voulait aucun mal, mais mon esprit contredisait
mon corps et je cédai vite aux nouvelles caresses d'Alex qui se repositionna au
dessus de moi. Cette fois-ci, la main resta entre nous et je le sentis entrer en
moi avec délicatesse. Je fermai les yeux, non pas par douleur mais par
appréhension.
— Regarde-moi, Demian…
J'ouvris les yeux, juste
un peu, et vis son visage tout proche du mien. J'avais oublié qu'il ne voyait
pas bien dans le noir aussi voulait-il peut-être mieux me voir. Je sentis ses
doigts bouger en moi ce qui me fit légèrement me tendre. Mais ce qu'Alex me
murmurait à l'oreille me faisait beaucoup de bien et je me détendis à nouveau.
Ce qu'il faisait en moi était étrange, je ressentais du plaisir mais je ne le
connaissais pas. Et il toucha un point en moi, un endroit qui me fit presque
sursauter mais surtout qui me fit gémir dans l'oreille d'Alex.
— Ça va aller, je crois
que tout va bien maintenant…
Ses mots coulaient
toujours dans mon oreille, sa voix rassurante me fit frissonner alors qu'il
retirait ses doigts. Qu'allait-il se passer ensuite ? Je me laissais aller aux
vagues de plaisir qui affluaient en moi et je fermai les yeux en soupirant
profondément alors qu'il se décollait de moi. J'entendais des bruits venant de
lui, quelque chose d'humide. Je ne voulais pas ouvrir les yeux, et lorsque je le
sentis à nouveau sur moi, je l'entendis me murmurer :
— Surtout, détends-toi,
Demian, tout va bien de passer… laisse-moi faire et ça ira…
Que je le laisse faire…
Evidemment, je ne savais même pas ce qu'il allait me faire ! Ses mains
caressaient inlassablement mes cuisses et je sentis un lent mouvement de va et
vient entre nous alors que ses baisers pleuvaient sur mes lèvres. Il me souleva
les genoux et se colla plus à moi. Je sentis alors quelque chose de froid contre
mon sexe, froid et mouillé. Je réalisai qu'il s'était enduit. Il allait vraiment
me faire l'amour. Cette fois-ci, ce fut bien moi qui me rappelai une règle d'or
: ne jamais avoir de rapports non protégés avec quelqu'un. J'ouvris les yeux en
grand et fixai le bas ventre d'Alex.
— Est-ce que…
Je bafouillai
lamentablement.
— Je me suis protégé,
Demian, si c'est ça que tu te demandes. Je sais que tu es vierge mais on ne sait
jamais…
— On ne sait jamais, oui…
Il se baissa sur moi et
m'embrassa amoureusement. Ah, je l'aimais déjà, Alexandre… Son corps se
rapprocha encore plus du mien et je sentis cette fois-ci autre chose voulant
entrer en moi, quelque chose de bien plus gros. Je serrai les dents et les
poings, je me tendis, je savais qu'il ne le fallait pas mais le corps se défend
toujours comme il peut. Et Alex me rassura, une fois de plus. Finalement, je
crois que j'avais besoin d'entendre sa voix. Je ne sais plus ce qu'il me dit,
tout ce que je sentis était cette… chose m'envahissant lentement,
douloureusement. J'avais mal, vraiment, et je le fis savoir bien malgré moi en
un gémissement des plus plaintifs.
Je crois qu'Alex paniqua.
Je ne le sentis plus bouger, il était parfaitement immobile et il ne cessait de
me caresser les cuisses et me murmurant de me détendre. Ce que je fis
immédiatement pour atténuer la douleur.
— Pardonne-moi, Demian, ça
ira mieux si tu respires, crois-moi…
Je ne voulais pas qu'il
s'excuse, je voulais juste avoir moins mal. Je respirais profondément et me
détendis peu à peu. Il bougea un peu en moi, s'enfonçant plus loin et je griffai
son dos, dans le creux des reins. Il était en moi, à n'en plus douter. J'appris
peu à peu à l'accepter et mes muscles se relâchèrent doucement, je savais qu'il
n'allait pas me faire mal.
Et la valse amoureuse
dura… je ne sais plus, bien trop longtemps pour moi qui devais rentrer avant
minuit. Je ne sais pas pourquoi mais aucun souvenir précis de cette union ne
m'est resté. Je me souviens juste de ce plaisir cruel de mon premier orgasme et
des larmes que j'ai versées ensuite. J'ai pleuré comme un petit enfant ! Je ne
sais pas pourquoi… Mais les bras d'Alex étaient là pour me rassurer.
Cette nuit-là, je rentrai
à deux heures du matin. Mes parents étaient morts d'inquiétude et je pris le
savon de ma vie ! Mais je ne regrettais rien, pas une seule seconde de cette
nuit. Avant de partir de chez lui, Alex m'avait donné rendez vous au pub, le
soir même. Mais c'était sans compter que mes parents m'avaient consigné pour la
soirée… Me voilà coincé chez moi, dans cette petite maison que je détestais plus
que tout ce soir-là, et je n'avais aucun moyen de joindre Alex. Que fallait-il
que je fasse ? Sortir en douce ou attendre le lendemain ? Non, je ne voulais pas
risquer de me refaire punir une seconde fois alors il fallait espérer que ma
bonne étoile était avec moi.
Je décidai de m'allonger
sur la petite terrasse, sur une chaise longue. Je repensai à la nuit précédente,
les caresses d'Alex, ses mots, ses baisers… il m'avait fait l'amour ! Je rougis
tout seul, je le sentais. Qu'avais-je donc fait ? Je me sentis soudainement
changé, étrange. La nausée me prit et je partis vider mon estomac dans les
toilettes. Bon sang, je venais de coucher avec un garçon ! Je n'étais pas
dégoûté, pas vraiment en fait, mais il y avait ce malaise en moi, cette
incompréhension de ce que j'avais fait. Il y avait surtout la peur que cela se
sache un jour, j'étais terrifié à la simple idée que mes parents découvre que
j'avais passé la nuit avec le chanteur d'un petit groupe de rock au lieu d'avoir
tout simplement "oublié" l'heure à discuter avec des jeunes dont je venais de
faire la connaissance. Après tout, c'était un peu vrai aussi. La nuit avançait
et j'avais de plus en plus envie de voir Alex, je voulais à nouveau sentir son
corps, je voulais ses baisers. Il me manquait, et c'était la première fois
qu'une personne s'intéressait à moi de cette manière. Je tournais en rond comme
un lion en cage, je frappais dans les ballons qui traînaient, je m'allongeais,
me relevais, je ne tenais pas en place. Il fallait que je le voie. Mais mes
parents arrivèrent et je dus oublier l’idée de fuguer pour la soirée.
Ma mère fut la seule à
remarquer que quelque chose n'allait pas. Bien sûr, j'avais clairement fait
comprendre à tout le monde que je n'étais pas content d'avoir été muré de la
sorte, mais ma mère vit autre chose. Avant d'aller se coucher, elle vint me voir
dans la chambre que je partageais avec Matthieu. Elle s'assit au bord du lit, de
mon côté, et soupira.
— Si tu voulais sortir ce
soir, tu aurais dû rentrer à l'heure hier.
— Je sais, merci.
— Il s’est passé quelque
chose hier ?
Ma tension monta en flèche
en moins de trois secondes. Evidemment qu’il s’est passé quelque chose, maman !
Comment lui mentir pour que ça ait l’air vrai ? Je me tournai un instant vers
Matthieu qui dormait comme un loir puis regardai ma mère.
— J’ai rencontré des
jeunes sympas et j’ai oublié l’heure, c’est tout ! Qu’est-ce que tu veux
d’autre ?
— Ils sont gentils ?
— Oui, ils sont gentils.
Ils ont un groupe de rock.
— Ah ?
Je sentis la crainte dans
l’exclamation de ma mère. Que croyait-elle encore ?
— Non maman, ce ne sont
pas des drogués…
— Tu sais, tu devrais
faire attention, ces jeunes ne sont peut-être pas ceux que tu croies.
— Mais puisque je te dis
qu’ils ne se droguent pas !
— Et tu ne les connais que
d’une soirée ! Ils peuvent t’avoir menti !
Je baissai le regard. A
vrai dire, ils auraient tous pu me mentir, Alex aurait pu me mentir pour passer
la nuit avec moi. Mais je ne voulais pas donne raison à ma mère.
— Il ne m’a pas menti.
— Il y en a un en
particulier ?
Idiot, idiot, idiot !
Comment avais-je pu faire une erreur si flagrante ?
— Euh… oui, il y en a un
qui est vraiment gentil. C’est le chanteur du groupe.
Pourquoi mentir tant que
la vérité est bonne à entendre ?
— Comment il s’appelle ?
— Alexandre.
— Mm… Tu l’aurais revu ce
soir si tu étais sorti ?
— Oui. On avait
rendez-vous.
— Où ?
— Maman ! Pourquoi toutes
ces question ? Je ne suis plus un gamin !
— Tu es encore mon enfant,
Demian, que tu le veuilles ou non, et il me semble que j’ai encore le droit de
savoir ce que tu fais le soir, surtout tant que tu n’es pas majeur.
Je ne répondis pas tout de
suite. Il y a des moments où les répliques cinglantes que vous aimeriez lancer
ne vous viennent pas. Je me contentai de soupirer et de me tourner dans le lit.
Matthieu dormait toujours malgré notre discussion à mi-voix.
— Il est gentil, maman. Ca
fait trois jours que je suis tout seul et maintenant que je trouve quelqu’un tu
voudrais que je laisse tomber ?
— Je ne te demande pas de
laisser tomber, Demian, je veux juste que tu fasses attention, c’est tout.
— Mais je fais attention.
— Bien, alors dans ce cas
tu pourras le revoir demain. Mais je te préviens, cette fois-ci tu dépasses
minuit et tu ne sors plus, ou uniquement avec nous.
Elle se leva sans que je
proteste et sortit de la chambre. Le bruit du ventilateur reprit soudainement
ses droits et il n’y eut plus que son ronronnement dans la pièce. Matthieu se
tourna vers moi dans son sommeil et je me pris à le prendre dans mes bras pour
pleurer contre lui. Qu’est-ce que j’avais fait ? Pourquoi avait-il fallu que
j’aille aussi loin avec Alex alors que je le connaissais à peine ?
Je m’endormis vite et mon
réveil le lendemain matin fut pénible pour mes yeux. J’avais l’impression d’y
avoir appliqué un buvard me privant de toute humidité. La vérité était que
j’avais trop pleuré la veille. Je me levai, j’étais seul dans la chambre, et je
pouvais entendre mes parents parler dans le petit salon juste à côté. Mon frère
devait être devant la petite télé. Je sortis de la chambre, traîna les pieds
dans la salle de bain et me réfugiai sous la douche.
Les matins étaient d’une
chaleur accablante et dès le levé, je ne pensais qu’à une chose : la mer. Je
sortis de la douche dix minutes plus tard, une serviette autour de la taille. Et
au moment où j’ouvris la porte, mon père s’arrêta devant moi.
— Ah, quand même debout !
Je ne répondais jamais à
ça. Il posa ses mains sur ses hanches et fronça les sourcils.
— Et ça, qu’est-ce que
c’est ?
Il posa son doigt sur une
marque que j’avais sur le ventre. Non, non, non ! Pourquoi fallait-il que pour
une fois, je ne mette pas de t shirt ? Pourquoi a-t-il fallu que j’oublie ?
Pourquoi ? Un beau suçon ornait la peau dorée de mon ventre et je me sentis suer
tout à coup. Et ma mère arriva pour couronner le tout.
Je vis à son regard
qu’elle voulait une explication.
— C’est… un bleu. L’autre
soir avec les garçons, on s’est amusés sur la plage et je suis tombé sur l’un
d’entre eux, j’ai pris son genou dans le ventre mais ça va, c’est rien.
Je m’échappai. Je me
glissais contre le mur pour sortir de la salle de bain et rejoignis ma chambre.
J’enfilai vite un t shirt, un caleçon et un bermuda et attendit. Mon cœur ne
voulait pas se calmer, mes mains tremblaient et je sentais tout mon visage
s’enflammer. Je n’avais jamais rien fait de mal dans ma vie mais en une nuit,
tout peu changer. Non, rectification, je n’avais rien fait de mal, même cette
nuit-là, aimer quelqu’un, faire l’amour avec lui n’a rien de préjudiciable, mais
pour mes parents, et surtout le fait que mon choix se soit porté sur un garçon,
le tout était une grave erreur. Impardonnable, même. La peur qui me tenait au
ventre était d’imaginer la réaction de mon père en apprenant que son fils était…
gay…
La porte s’ouvrit
soudainement et Matthieu entra. Mon rayon de soleil, mon ange. Il s’assit sur le
lit et me regarda finir de m’habiller.
— Papa dit que t’en a
profité pour faire des bêtises.
— Je n’ai pas fait de
bêtise.
— Mais il dit que t’en as
fait.
— Je n’ai pas fait de
bêtise ! Le ton de ma voix avait été agressif et je m’en voulus tout de suite.
Matthieu n’y était pour rien. Pardon, Matt, je voulais pas te crier dessus.
Mon petit frère était
vraiment tout pour moi. Je m’assis sur le lit, à côté de lui.
— Tu sais, je me suis fait
des copains. Ils ont un groupe de rock.
— Comme à la télé ?
— Non, pas comme à la
télé, lui dis-je en souriant. Mais ils jouent des chansons comme à la télé, oui.
— On pourra les écouter ?
Ils font des concerts ? Ils sont connus ?
— Non ils ne font pas de
concert et je ne crois pas qu’ils soient connus. Mais si tu veux, un jour, je
t’emmènerai les voir.
— C’est vrai ?
— Oui. Mais il faut que
les parents soient d’accords, tu le sais.
— Oui, mais je leur dirai
qu’ils sont gentils !
Je lui souris. Matt… Tu me
manques, tu sais… Je me levai du lit et sortit de la chambre en lui faisant
signe de me suivre. Mes parents finissaient de vider la table et je m’assis pour
prendre mon petit déjeuner. Du pain, du lait et un peu de beurre, je n’étais pas
difficile. Matt s’assit près de moi, jouant toujours avec ses figurines de
combat. Je sentais le regard de mes parents sur moi, je sentais l’énervement de
mon père. Ils savaient, j’en étais convaincu.
L’après-midi venu, nous
partîmes tous les quatre à la plage. Je suivais mes parents, tenant Matt par la
main. Il avait un bob bleu, un short vert et un débardeur blanc. Il était
adorable, mon petit frère. Ses sandales claquaient à chaque pas et rythmaient
notre chemin vers mon plaisir quotidien. La mer se profila devant nous, bleue
comme le ciel sans nuage, légèrement houleuse. J’aimais la mer mais j’avais une
sainte horreur des plages. Tout ce monde entassé, ces parasols, ces corps
exposés, cet étalage de chair… Je n’étais pas très à l’aise.
Matt me lâcha soudainement
la main et courut devant, dépassant mes parents et s’arrêtant sur un endroit
libre.
— Là ! cria-t-il.
Ma mère posa le sac près
de lui et mon père planta le parasol. Nous étendîmes chacun notre serviette et
je me cantonnai sous le parasol en attendant que ma mère eût fini d’enduire Matt
de crème. Je le pris par la main et l’entraînai vers la mer. Nous prenions
toujours les précautions nécessaires avant d’entrer dans l’eau, ma mère veillait
toujours à ce qu’on se mouille la nuque, les épaules et les bras avant de
plonger.
Matt riait toujours quand
je le prenais soudainement par la taille pour le jeter dans l’eau. Je me faisais
un plaisir de le regarder batifoler dans les vagues, me lançant de l’eau. Nous
jouions au ballon, aux raquettes de plage — jeu dans lequel il était peu doué —,
je m’amusais à lui mettre la tête sous l’eau mais jamais plus de quelques
secondes. Il y avait aussi ce matelas gonflable que nous emportions de temps en
temps et sur lequel nous voguions tous les deux, les bras et les jambes pendants
dans l’eau.
Au bout d’un moment, le
soleil me fatigua et je revenais sur la plage. Mon père prit le relais avec Matt
et je partis m’allonger près de ma mère sur ma serviette. Je sentis tout de
suite son regard, elle se posait encore des questions. Je fis mine un moment de
ne pas la remarquer mais finis par craquer.
— Qu’est-ce qui a ? lui
demandais-je sans agressivité.
— C’est bien un bleu ?
— Maman… qu’est-ce que tu
crois que ça pourrait être d’autre ?
— Eh bien, je ne sais pas,
ça pourrait être une fille qui t’a fait ça…
Moi qui croyait qu’ils
auraient pensé à Alex… Je fixai ma mère un instant et sourit.
— Mais je n’étais pas avec
des filles l’autre soir !
— Même pas une ?
— Non, il n’y a que des
garçons dans le groupe !
— Ah…
Je baissai le regard.
Peut-être aurais je dû dire qu’il y avait eu une fille avec nous ce soir-là. Ma
mère regarda un instant mon père et mon frère en train de jouer puis se tourna à
nouveau vers moi.
— Alors c’est un garçon
qui t’a fait ça.
Mon cœur tapa violemment
dans mes veines d’un seul coup, je crus que tout mon système sanguin allait
exploser sous la pression soudaine.
— Tu sais… tu pourrais me
le dire, Demian… si c’était un garçon…
Bon sang ! Il fallait que
je réponde quelque chose et vite ! Mon silence ne faisait que la conforter dans
l’idée que j’avais été avec un garçon. Le pire, c’est qu’elle avait raison et je
n’arrivais pas à la contredire. Je gardais le silence.
— Demian… qu’avons-nous
fait comme erreur pour que tu en viennes là ?
Une erreur ? Comment ça
une erreur ? Je ne tint plus et me levai d’un coup. Je n’avais jamais été un
garçon impulsif avant ça mais là, c’était trop pour moi. Je ramassai mes
quelques habits, les enfilai à la va vite et partis. Etrangement, ma mère ne dit
rien. Je passai entre les gens, slalomais entre les parasols et soudain, je
m’arrêtai. Alex… Il était au bord de la plage, les autres membres du groupe
jouant au volley ball sur le petit terrain prévu à cet effet. Il avait un t
shirt noir aux manches retroussées jusque sur les épaules, un bermuda rouge
foncé aux dessins étranges et une paire de lunettes de soleil obstruait son si
beau regard, encore caché sous une casquette elle aussi noire.
Que fallait-il que je
fasse ? Rien. Je n’eus rien à faire, il m’avait vu. Son regard camouflé me
fixait et je le vis lancer une phrase aux autres avant de marcher dans ma
direction. Il était censé travailler l’après-midi… Pourquoi était-il là ? Arrivé
à quelques pas de moi, il ralentit. Je me rendis alors compte qu’il avait un
tatouage sur l’épaule gauche, chose que je n’avais même pas remarquée lors de la
nuit que nous avions passée ensemble. Je baissai machinalement le regard, je me
sentais coupable.
— Salut, dit-il d’un ton
plat. On dirait que je ne t’ai pas manqué le lendemain.
Il était amer, acide. Il
était terriblement beau. Je levai le regard sur lui et inspirai un grand coup.
— Mes parents m’ont puni
hier soir, je n’ai pas pu venir. Je suis désolé.
Il ne dit rien pendant un
long moment puis se rapprocha de moi et me caressa la joue du dos de ses doigts.
— Ils sont là ?
— Plus loin, lui dis-je en
faisant un vague geste de la main en arrière.
— Alors suis-moi.
Il y avait toujours ces
bateaux sur la plage, comme oubliés par leurs propriétaires. Alex m’emmena au
milieu des coques abandonnées et me plaque le dos contre le bois vernis d’un des
bateaux. Me relevant le visage en passant ses doigts sous mon menton, il
m’embrassa… si tendrement, amoureusement, moment exquis dont je ne saurais
décrire la magie. Ses lèvres douces, salées, sa langue caressant la mienne, ce
mélange délicieux… J’aurais pu tout oublier à ce moment-là, tout.
Il se détacha lentement de
moi et glissa ses mains le long de ma taille en s’arrêtant sur mes hanches.
— En fait, c’est de ma
faute, j’aurais pas dû… enfin, pas le premier soir. Pour tout te dire, je ne
l’avais jamais fait.
— Jamais fait ?
— Coucher avec quelqu’un
le premier soir. Je sais pas pourquoi je l’ai fait avec toi, sûrement parce que
tu étais trop mignon ce soir-là. Tu l’es toujours, d’ailleurs…
Il se pencha à nouveau sur
moi et m’embrassa encore plus tendrement. Alex… mon plus beau souvenir de
vacances. Il se rapprocha plus de moi et je me retrouvai pris entre lui et la
coque du bateau. On aurait pu nous voir si quelqu’un était venu à s’aventurer
vers les bateaux mais peu m’importait à ce moment-là, j’étais avec Alex. Il
passa ses mains dans mon dos, sous mon t shirt et me caressa doucement la peau.
Je sentais son souffle sur mon épaule, je l’entendais soupirer alors qu’il se
laissait aller doucement contre moi. Je le pris dans mes bras et l’embrassai à
mon tour. Je crois qu’il fut tout autant surpris que moi, je n’avais jamais fait
ce genre de geste de toute ma vie mais il me faisait me sentir grandi, avec lui,
je n’étais plus le garçon de quinze ans qui ne connaissait rien de la vie, avec
lui, j’étais plus fort.
Il me rendit agréablement
mon baiser puis recula de quelques pas.
— Tes parents ne vont pas
te chercher ?
— Je me suis fâché avec ma
mère.
— Ah ?
— Elle croyait que c’était
une fille qui m’avait fait ça. Je lui montrai le suçon qu’il m’avait laissé.
Mais… je crois que je n’aurais pas dû dire qu’il n’y avait pas de fille dans
votre groupe…
— Alors tu lui as avoué…
— Non, elle l’a supposé
elle-même et je n’ai pas répondu. J’aurais dû mentir, je sais, mais sur le coup,
j’ai pas su quoi dire.
— C’est peut-être mieux
comme ça, crois-moi. Les miens sont au courant et depuis, ils ne veulent plus me
voir ! Mais au moins, ils le savent, je ne voulais pas me cacher, et surtout pas
d’eux.
— Mon père me tuera quand
ma mère lui dira… c’est certain…
Il passa une main dans mon
cou et s’arrêta sur ma nuque. J’avais horreur d’être faible et là, je commençais
à pleurer.
— J’irai les voir, si tu
veux, après tout, c’est de ma faute…
— Non ! Ne fais pas ça, je
t’en prie ! Je préfère tout prendre moi-même plutôt que de les voir s’en prendre
à toi.
— Mais tu ne peux pas tout
prendre sur toi comme ça !
— Et qu’est-ce que tu vas
leur dire ? « Bonjour, c’est moi qui aie dépucelé votre fils, enchanté de vous
rencontrer » ?
Je posai une main sur ma
bouche. Jamais je n’avais sorti de phrase aussi crue. Je vis Alex passer de la
pure surprise à un franc sourire et il se mit à rire.
— Je pourrais, oui !
Il me passa un bras autour
des épaules et nous sortîmes de notre cachette. Revenant sur nos pas, il ne me
lâcha pas. Ses amis se tournèrent alors vers nous et Red fut le premier à dire
quelque chose.
— Rapide le Casanova !
— La ferme, Red, rétorqua
Alex. Je vous laisse, j’ai à faire. Traînez pas trop à la plage, on a encore
tout le matos à installer pour ce soir.
— Ouais, ouais…,
maugréèrent les autres en retournant jouer.
— Nous, nous allons voir
tes parents, je n’aime pas que les choses tournent de cette manière.
— Non, Alex, je t’assure,
il vaut mieux en rester là, je crois.
— En rester là ? Il me
regarda fixement. Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tant que mes parents
croiront des choses, je crois que nous pourrons nous voir, alors que s’ils
savent, ce sera définitivement fini. J’ai quinze ans, Alex, je ne peux pas
encore faire ce qui me plaît.
Je le vis sourire et
secouer la tête.
— Tu m’as fait peur,
Demian ! Je croyais que tu parlais de notre relation quand tu disais qu’il
valait mieux en rester là ! Il soupira et je vis son sourire s’estomper
légèrement. Mais je ne veux pas que tu aies des ennuis à cause de moi. Si je
n’avais pas été aussi entreprenant, ça ne se serait jamais produis. Et puis… je
n’aurais pas dû te laisser de marque de ce genre, ou pas dans un endroit aussi
exposé, finit-il sur un sourire en coin.
— Je vais rejoindre ma
famille, je crois que c’est mieux. S’ils venaient à me chercher, je ne veux pas
qu’ils tombent sur toi, ils seraient capables de te faire la morale.
— Bien… alors va. Et ce
soir ?
— Je passerai à huit
heures au bar. Mais minuit est toujours l’heure en vigueur, tu sais !
— Ne t’en fais pas,
j’aurais un timing à toute épreuve…
Je rougis. Comptait-il
passer à nouveau la nuit avec moi ? L’idée me plut sur le moment. Je le quittai
à contre cœur et retournai vers mes parents. Ils étaient assis sur leur
serviette, Matt dessinant dans le sable. Mon père fut le premier à me voir
arriver.
— Alors ? Où étais-tu ?
— J’étais… parti marcher…
Ma mère ne lui avait
apparemment rien dit, elle m’aurait… couvert ? Non, impossible, mes parents se
disaient tout. Je m’assis près de Matt et il me tendit un coquillage.
— Tu m’aides à dessiner ?
— Et qu’est-ce que tu
fais ?
— Un monstre ! Comme ça,
les gens auront peur quand ils passeront devant nous !
— Mais Matt, c’est de toi
qu’ils auront peur, c’est toi le véritable monstre !
Il me lança du sable
dessus et je fis un bon par réflexe. Je me retrouvai à moitié allongé sur ma
serviette, le ventre exposé au regard de mon père.
— Tu nous la présenteras ?
— Qui ?
— La fille qui t’a fait
ça ! dit-il en souriant et en pointant la marque que j’avais sur le ventre.
Je lançai un regard à ma
mère mais elle ne semblait pas intéressée par la conversation.
— Euh… c’est pas une
fille, c’est quand on s’est batt…
— Allons, Demian ! Tu
deviens un homme maintenant, tu peux me le dire si tu as une petite amie ! Et
puis si vous êtes allés plus loin, on pourrait en parler, si tu veux.
Mon père en père modèle !
C’en était presque hilarant. Je me redressai et remis mes vêtements en place.
— Je crois que je vais
rentrer, j’ai mal à la tête à cause du soleil.
— Déjà ? demanda ma mère.
— Oui.
— Je viens avec toi !
lança Matt en se levant d’un bond.
— D’accord !
J’aidai mon petit frère à
se changer et prit quelques uns de ses jouets avec moi. Il embrassa mes parents
et nous partîmes main dans la main vers la maison. Matt était une véritable pile
électrique, il ne tenait pas en place. Nous passâmes à côté du glacier et je
réalisai soudainement qu’Alex n’y avait pas été et qu’il n’y était toujours pas.
— Matt, on va aller voir
un endroit mais je ne veux pas que tu en parles aux parents, d’accord ?
— On va où ?
— D’abord, tu me promets
que tu n’en parleras pas !
— D’accord, fit-il en
traînant sur le mot.
— On va voir le groupe de
rock dont je t’ai parlé.
— C’est vrai ? dit-il en
sautant une fois sur place.
— Je ne sais pas s’ils
sont déjà là, mais nous allons voir !
— Super !
Nous nous arrêtâmes devant
le pub et je poussai la porte. Le barman se tourna vers nous et me sourit.
— Salut, petit !
— Bonjour !
— Ah, tu es accompagné
d’un enfant, je ne peux pas te laisser entrer comme ça, tu sais.
— Je ne reste pas, je
voulais juste savoir si…
Alex était là. Il venait
d’entrer par la porte du fond, celle-la même que j’avais passé deux soirs
auparavant. Il s’arrêta quelques secondes, apparemment surpris de me voir et
s’approcha de nous.
— On est déjà le soir ?
dit-il avec un grand sourire.
— Je rentre avec Matt,
alors je me suis dit que je pourrais passer ici, je voulais lui montrer ton
groupe.
Alex se baissa sur mon
frère et lui sourit.
— Toi, je parie que t’es
Matthieu… Moi je suis Alex.
Matt sourit timidement et
recula de deux pas.
— Il est timide avec les
gens qu’il ne connaît pas.
— Mais moi je ne suis pas
un inconnu ! Je suis l’ami de ton frère !
— C’est toi le groupe ?
— Moi je suis le chanteur.
Tu veux voir les autres ? Il se redressa. On répète derrière, venez un instant !
Je le suivis. Je savais
que je risquais gros si mes parents l’avaient appris mais Matt avait l’air si
heureux… Et moi aussi ! Nous passâmes la fameuse porte et je retrouvai la pièce
dans laquelle j’avais fait la connaissance du groupe tout entier.
Duo jouait quelques notes
sur sa guitare électrique, Jimmy jouait quelques rythmes sur la batterie,
Scarface faisait courir ses doigts sur la basse en jouant des notes très graves
et Red s’arrêta de faire quoi ce que soit quand il me vit.
— Mon petit ange…,
lança-t-il en s’approchant de moi.
Alex se mit devant lui
pour lui barrer le passage.
— Laisse-le tranquille, tu
veux ?
— Ah, j’ai compris, chasse
gardé alors, c’est ça ? Le dernier, j’en avais quand même profité un peu plus
que ça…
Alex perdit son sang froid
et lui asséna un violent coup de poing. Matt poussa un cri et s’agrippa à ma
jambe.
— Je te préviens, Red, la
prochaine fois que tu sors une connerie, je te fais la peau.
— Dis-moi que c’est pas
vrai et je te laisserai tranquille ! Pff !
Red essuya le sang qu’il
avait à la commissure des lèvres et sortit en claquant la porte. Alex soupira
nerveusement et se retourna vers moi.
— Je suis désolé, Demian,
vraiment. Il baissa le regard sur Matt et s’accroupit. Eh, Matthieu, je suis
désolé. Faut pas avoir peur, tu sais, je suis pas méchant ! Mon ami a juste dit
quelque chose de méchant alors je l’ai puni. Tu comprends ?
Matt hocha doucement de la
tête.
— Demian, je sais pas
comment me faire pardonner…
Mais son regard suffisait
largement. Je lui fit comprendre que ce n’était pas si grave que ça et
m’excusai.
— Il faut que j’y aille,
on se voit ce soir alors ?
— Huit heures toujours ?
— Huit heures, oui.
— Et moi ? Je pourrai
venir ? demanda Matt d’une petite voix.
— Non, Matt, toi tu
resteras avec papa et maman, d’accord ?
— Mais… je voulais voir
comment c’est quand ils font la musique !
Alex me regarda et me fit
signe de ne pas bouger.
— Les gars ! dit-il à voix
haute.
Jimmy fit un rythme sur
les cymbales puis Scarface joua quelques notes sur sa basse et Duo se mit à
jouer. Alex sembla se concentrer le temps de quelques notes répétitives puis
saisit le micro.
Reflections
in my mind, thoughts I can't define
My heart is
racing and the night goes on
I can almost
hear a laugh, coming from your photograph
Funny how a
look can share a thousand meanings
Well-intended
lies, contemplating alibies
Is it really
you, or is it me I'm blaming
A distant
memory flashes over me
Even though
you're gone, I feel you deep inside
Dance beneath the light with that look in your eyes
J’étais épaté par sa prestation. Je ne l’avais entendu chanter qu’une seule fois, enfin, une seule soirée et encore, je n’avais fait qu’entendre. Mais cette fois-ci, tout était tellement différent ! Il avait une voix magnifique, comme la dernière fois, et je connaissais la chanson qu’ils jouaient mais le titre m’échappait. Jusqu’au refrain…
I can't stop loving you, time passes quickly and chances are fewJe rougis violemment. Pourquoi avait il fallu qu’il change ce mot des paroles ? Il me sourit en continuant à chanter.
There's a window in a heart, I've tried to look through from the start
I held it in
my hand, I did not understand
What lives
inside the wind that cries “his” name
Tried to
catch a shooting star, what seems so close can't be that far
I'm living in
a dream that's never ending
Dance beneath the light with that look in your eyes
Et ses yeux accrochaient les miens, j’étais envoûté. Aujourd’hui je ris de mon propre comportement, on aurait vraiment dit une collégienne devant sa plus grande idole.
I can't stop loving you, time passes quickly and chances are fewIl s’arrêta de chanter
mais les autres continuaient de jouer. Il laissa le micro et s’approcha de moi
et Matt en dansant légèrement. Se collant presque à moi, il posa une main sur
les yeux de Matt et m’embrassa tendrement. Mon premier réflexe fut de le
repousser en écarquillant les yeux.
— Alex…
— « Stop loving you » de
Toto. On est tous des fans de ce groupe !
Je souris, je connaissais
bien ce groupe. Matt se mit à applaudir alors que les autres avaient arrêté de
jouer. Ses yeux pétillaient de joie et il en demanda même encore.
— Ah, c’est mauvais, il
manque le clavier… Si cet abruti de première n’avait pas fait cette foutue
remarque, on t’aurait offert un show de première. Il se pencha sur moi et
plongea son regard dans le mien. Tu chantais, n’est-ce pas ?
— Euh… non…
— Si si, je t’ai vu
chanter… tu connais le groupe ?
— Oui, je connais Toto,
oui… J’aime beaucoup…
Il eut un grand sourire et
me caressa la joue.
— Je savais qu’on était
faits l’un pour l’autre.
Je reculai d’encore un pas
et pris la main de Matt.
— Je vais y aller, si mes
parents rentrent avant nous et que nous ne sommes pas…
— T’en fais pas, je vais
pas te retenir ici.
Il me salua et Matt et moi
sortîmes de la pièce. Nous repassâmes dans le bar, je saluai le barman et nous
rentrâmes. Mes parents n’étaient pas encore rentrés aussi Matt et moi en
profitions pour prendre un bain tous les deux. Je lui enlevai ses vêtements et
le fit entrer dans la baignoire. A mon tour j’enlevai mes vêtements mais la
marque me revint à l’esprit et j’hésitai.
— Tu viens pas ? me
demanda mon jeune frère.
— Si si, j’arrive tout de
suite.
Mon frère était bien trop
jeune pour savoir ce qu’était réellement cette marque et je me déshabillai
entièrement. Mais comment exposer mon corps à Matt alors qu’un garçon l’avait
touché si intimement deux nuits auparavant ? Je me sentis soudainement mal à
l’aise et fus même tenté de me rhabiller. Mais j’entendis l’eau couler dans la
baignoire et me précipitai sur Matt.
— Eh ! Tu ne sais pas te
servir des robinets correctement ! Tu vas te brûler !
— Mais je dois me laver !
— Ok, je m’en occupe,
d’accord ?
J’entrai dans la baignoire
et régla la chaleur de l’eau qui était en fait plus froide que chaude. Je plaçai
le diffuseur au dessus de sa tête et me mis à rire alors qu’il tentait de se
débarrasser de l’eau qui lui coulait sans arrêt sur le visage.
— Demi arrête !
Je fit couler de l’eau sur
son dos et le frottai légèrement. Il se tourna soudainement dans la baignoire et
posa son dos contre mon torse. Il s’amusait à lever les jambes et à les laisser
retomber lourdement dans le but de faire la plus grande éclaboussure et de
mettre de l’eau partout.
— Matt ! Arrête ça !
— On pourrait faire comme
la mer ici, non ?
— Non, on ne pourrait
pas !
— Et Alex c’est ton
amoureux ?
Je me raidis soudainement.
Matt !
— Pourquoi tu dis ça ?
— Il t’a fait un bisou
comme à la télé, je l’ai vu !
— Non, Matt… il… euh… Il
m’a chuchoté un secret, oui, un secret, il m’a dit quelque chose que je ne dois
pas répéter.
— Alors tu me diras pas ?
— Non, les secrets des
amis il faut savoir les garder, Matt, n’oublie jamais ça.
Sauvé… j’avais réussi à
trouver une excuse. Elle était très mauvaise en fait, seul un enfant de son âge
aurait pu l’avaler aussi facilement, mais je ne pouvais pas lui dire la vérité.
Je n’aimais pas lui mentir mais cette fois-ci, je n’avais pas eu le choix. Je
lui malaxai les cheveux avec le shampooing et frottai son corps avec le gant.
J’aimais m’occuper de lui, il était toujours si gentil avec moi. Je me mis moi
aussi du shampooing et m’apprêtais à poser la bouteille lorsque la porte
s’ouvrit d’un coup.
— Vous êtes là ?...
Ma mère s’arrêta d’un coup
en nous regardant.
— Maman !
Matt se leva dans la
baignoire et manqua de tomber en glissant. Je réussis à la rattraper et le fit
s’asseoir. Mais ma mère désapprouva la situation.
— Demian, sors de ce bain,
veux-tu ?
Je ne compris pas tout de
suite. Au regard qu’elle me lançait, il valait mieux que je me dépêche. Je me
rinçai rapidement, et entoura ma taille d’une serviette à peine sorti de l’eau.
Le regard de ma mère me gênait extrêmement mais je n’avais apparemment pas le
temps de faire des manières et elle me jeta presque hors de la salle de bain.
Mon père me regarda,
étonné, puis haussa les épaules en sortant sur la petite terrasse. Je me rendis
à ma chambre, me séchai rapidement et enfilai quelques habits.
— Mon Dieu, faites qu’elle
ne me prive pas de sortie ce soir…
Je ne croyais pas en Dieu,
et j’y crois encore moins aujourd’hui, mais lui demander de l’aide fut un
réflexe. Ma mère était croyante, peut-être que je tenais cela d’elle. J’entendis
Matt arriver en trottant et il ouvrit la porte, nu comme un ver.
— Demi ! dit-il en
chantant le surnom qu’il me donnait.
Il se jeta dans mes bras
et je fus obligé de le réceptionner pour ne pas qu’il tombe.
— Matt ! Reviens ici !
Ma mère s’égosillait dans
la salle de bain puis finit par venir chercher le fugitif. Elle arriva dans la
chambre et me jeta à nouveau un regard noir.
— Matt, dans la salle de
bain, tout de suite !
— Oui maman, répondit-il
en ondulant sa réponse.
Ma mère me fixa quelques
secondes.
— Ne fais plus jamais ça
avec lui, tu entends ? Je ne veux plus te voir dans le même bain que lui !
Elle partit sans attendre
une seconde de plus, je n’avais même pas eu le temps de lui demander pourquoi.
Etait-ce vraiment la peine, après tout ?... Elle avait interprété mon silence de
la plage comme une réponse affirmative à ce qu’elle m’avait demandé. Alors
quoi ? J’en étais soudainement devenu pédophile et incestueux ? La rage me fit
monter les larmes aux yeux et je me jetai sur le lit pour pleurer en enfonçant
mon visage dans mon coussin pour ne pas qu’on m’entende dans la maison.