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*Auteur : Himitsu
*Genre : Fantasy, conte, retour aux sources, romance ? j'em tâââteu.
Choset : c'est pas bientôt fini ces con******s ? On le sait que tu peux pas t'en empêcher.
Himitsu : ^vv^
*Warning : shônen ai, et ça dégouline un peu le pastoral sur les côtés. mais ça reste supportable.
*Statut : Terminé (the first one !)
Chapitre 1 :
L'enfant né de la fleur.
Dans la nuit douce et épaisse, la neige tombait en de lents flocons qui se balançaient dans l'air immobile. Le silence régnait et le monde engoncé dans son plumage d'hiver s'éclairait lentement de la lueur bleutée d'une banquise tourmentée, que survolaient les lourds nuages obscurs. Et alors que tous dormaient, un esprit cherchait à échapper au sommeil.
Une fois de plus cela s'était produit ! Le phénomène l'avait d'abord surpris puis intrigué. A présent il l'effrayait. Allongé dans la pénombre de sa chambre, les mains crispées sur la bordure de la couette remontée jusqu'à son menton, il avait attendu le rêve avec crainte. Ses yeux avaient fini par se clore et ses doigts avaient relâché leur étreinte. Ses mains entrouvertes gisaient avec innocence des deux côtés de son visage. Son souffle s'était ralenti et alors que ses lèvres s'entrouvraient sur un soupir, un baiser fantôme était venu s'y poser sans troubler son rêve, se glissant entre ses dents et caressant son palais. La sensation brûlante qui montait en lui le réveilla.
Il ne put pas crier, l'air avait disparu de ses poumons, pourtant la chambre vibrait encore de sa peur. Peu à peu les meubles familiers se précisèrent. N'était-ce qu'un rêve ? Oui, juste un stupide rêve qui gagnait en précision à chaque fois et ne se manifestait que de façon aléatoire en ces lieux. Comme chaque fois, il sortit à contre c?ur de ses draps et s'habilla. Il aurait pu dormir ailleurs ou refuser de se lever, mais alors le mystère serait resté entier. Il coiffa ses boucles rousses d'un large bonnet qu'il enfonça jusqu'à ses yeux d'or et se vêtit en conséquence. Fin prêt, il ressemblait plus à un bibendum qu'à un courageux explorateur. Le temps manquait, déjà l'appel perdait de sa clarté. Non, cette fois il allait remonter la piste jusqu'à sa source sans se laisser distraire.
Dehors tout était blanc, calme et sinistre. Le large pré qui bordait la lisière ne portait pas une seule marque, pas jusque là. D'une course aérienne, faisant voler une fine écume de cristaux, il gagna la forêt qui étendait son ombre dense et menaçante à perte de vue. Il y avait un trésor caché en son c?ur, jamais qui que ce soit n'en avait seulement imaginé la nature, et aujourd'hui il l'appelait. Il ne savait pas exactement ce qu'il suivait, c'était comme une odeur, bien distincte de la senteur métallique de la neige. Il existe en chaque forêt, aussi modeste soit-elle, un centre magique. Il sentit comme un frisson brûlant lorsqu'il pénétra dans le sanctuaire.
Le lieu des légendes lui apparut, il en trébucha d'étonnement, se retrouvant à genoux dans l'eau tiède. La nuit était éclairée de lucioles qui s'élevaient au dessus de l'herbe détrempée en une lente lévitation languide, se balançant de façon monotone, hypnotisante. Un sentier de mousse semblait tracé à son attention, serpentant entre les trous d'eau où s'ébattaient sans façon des grenouilles bruyantes. Et là, au sommet de la butte d'herbe dense, au centre de la bulle de printemps éternel, l'Arbre Fael l'attendait. La pente glissante ne fut pas facile à escalader. L'Arbre Fael n'était pas si grand que la première impression l'aurait laissé croire. Torturé et noueux, il respirait silencieusement le poids des ères qu'il avait traversées. Les feuilles étaient sombres et brillantes, larges et éparses, l'écorce rugueuse, et ça et là, des fleurs éblouissantes aux pétales parfumés s'épanouissaient. Le magnolia était le premier arbre à fleur qui était apparu, l'Arbre Fael était-il ce premier arbre lui-même ? Il n'osait y croire, n'arrivant pas à imaginer une vie qui se rapprochait de si près de l'éternel.
Tendant timidement la main et sentant un encouragement tacite, il huma le parfum de la fleur la plus proche.
_Cela t'est-il agréable ?
Reculant brusquement, il manqua dévaler la butte de saisissement en entendant la voix qui résonnait directement dans sa tête.
_Tu es celui qui m'a appelé ?
_Il a besoin de toi, il t'a trouvé et guidé.
Sentant venir les ennuis avec une acuité qu'il ne se souvenait pas avoir jamais possédé, il regarda du coin de l'?il l'Arbre Fael.
_Qui ?
_Mon existence s'achève, mon héritier va bientôt venir en ce monde et je lui léguerai tous mes pouvoirs. Il en sera le gardien, il héritera du cadeau douteux de mon immortalité.
_Pourquoi meurs-tu si tu es immortel ?
_Je suis las et mon âme fuit déjà vers d'autres mondes. Toutes les fleurs que tu vois sont stériles, mais l'une d'entre elles a enfin donné un fruit. Les puissances de la Terre ont exaucé mon souhait. Elles m'ont donné un héritier. Seulement les esprits des limbes s'agitent depuis quelques temps, ils ont probablement senti mon déclin, ils vont le guetter et tenter de s'emparer de la graine d'éternité.
_N'est-il pas censé posséder tes pouvoirs ?
_La graine d'éternité seule ne permet pas de traverser les ères.
_Quoi alors ?
_Il devra le découvrir de lui même, l'heure est proche, tu as trop tardé.
_Il aurait tout de même pu trouver une manière plus explicite pour m'amener en ces lieux. On peut savoir le rapport entre un baiser et une convocation ? Pourquoi ?
_N'est-ce pas ainsi que l'on capture les c?urs humains ?
L'enfant avait pris une teinte rappelant d'autres fleurs, les pivoines mais il garda contenance. Son air buté ravit le vieil arbre qui abandonna tous ses soucis, libéré de sa trop longue servitude.
_Je te le confie car tu es celui qui saura le mieux l'épauler. Viens, il t'attendait lorsque les aubes ne s'étaient pas encore levées sur sa vie.
Les curieuses lucioles qui peuplaient les lieux sacrés du bosquet de l'Arbre Fael s'élevèrent de plus en plus vite, ne laissant bientôt plus qu'un rideau de traînées éblouissantes. Protégeant ses yeux de sa main libre, l'enfant s'agrippa au tronc et gravit le dernier mètre qui le séparait d'une énorme fleur immaculée encore en bouton mais sur le point d'éclore. Les uns après les autres, les pétales se libérèrent, tandis que la lumière se concentrait sur l'or étincelant du c?ur doré de la fleur, sur lequel reposait un être drapé dans une chevelure aussi éclatante que le soleil. Un visage au menton triangulaire en émergea, les paupières cillèrent et deux orbes de ciel pâle sans pupille le fixèrent immédiatement, provoquant en lui un trouble qu'il tenta en vain de maîtriser. L'être se redressa, révélant un corps harmonieux et élancé habillé d'un vêtement vert et ample qui bruissa lorsqu'il inclina son visage d'un côté en une mimique d'interrogation muette. Il ne pu s'empêcher de toucher la peau d'un or plus foncé de ses pommettes, des frissons naissant dans la pulpe de ses doigts et irradiant jusqu'à son épaule. Un sourire naquit dans les yeux de l'être et plissa ses pommettes si haut que la lueur bleutée qui émanait doucement de ses yeux disparut pratiquement.
La lumière de l'Arbre Fael s'était presque évanouie, laissant une pénombre glaciale dans laquelle semblait rayonner l'enfant né de la Fleur. Il le fixait toujours, empli d'une joie confiante et d'un plaisir simple. Une ombre passa entre leurs regards, brisant leur immobilité. Ils se tournèrent ensemble vers la cime de l'Arbre mort duquel tombaient les grandes feuilles sombres.
_Je suis le Fael, qui es-tu ?
La voix s'éleva comme un soupir du vent dans les feuilles qui tombaient de plus en plus nombreuses. L'enfant le fixa, hésitant. De tels êtres n'étaient-ils pas réputés pour voler les noms et les âmes. A bien le regarder, si, bien sûr que si ! Mais s'il avait vraiment voulu éviter les ennuis, il ne serait jamais sorti de sa chambre, et sûrement que le Fael en aurait choisi un autre.
_Eus, c'est comme ça qu'on m'appelle. Qu'est-ce qu'on doit faire ?
Le regard vide qu'il lui lança ne le renseigna sur rien d'autre que sur leur mutuelle ignorance. Le froid revenait à la charge et il frissonna lorsque le dernier résidu de douceur printanière disparut.
_Tu n'as pas froid ?
Le nouveau regard bovin que le Fael lui adressa ne le rassura pas sur sa santé mentale. Se redressant, il tendit la main pour que le Fael l'imite mais il se contenta de la saisir, diffusant une chaleur bien supérieure à la moyenne. Mais quelle moyenne ? Celle des entités végétales ayant une apparence quasi humaine promises à un avenir brillant? Il avait l'impression qu'il ne réussirait jamais à lâcher cette main. Tirant plus fortement, il finit par le faire lever. Il espéra qu'il ne continuerait pas à jouer les boulets comme cela, il ne se sentait pas la force de le ramener en le portant. Il gagna quelques degrés de plus en imaginant la scène.
Réussissant à éviter le regard curieux, Eus vit avec tristesse l'écorce s'assombrir, se craqueler, se tordre en un grondement sourd comme sous l'action accélérée qu'auraient du lui faire subir les ans. Finalement, il ne resta qu'un tronc difforme, plus noir que l'encre de la nuit la plus obscure, replié sur lui-même tel un vieillard frileux. Passant une main sur la surface poudreuse, le Fael provoqua l'effondrement de la fragile structure qui se réduisit en une poussière impalpable sous son regard pensif, lointain. Ils eurent le sentiment que tout était fini. Le vieux magnolia avait quitté cette terre pour enfin se reposer. L'ombre devint plus épaisse et soudain, ils ne furent plus en sécurité dans la clairière.
Il y eut d'abord un trouble de l'espace, une déformation circulaire qui laissa s'exhaler un souffle putride. Une griffe encombrée de lambeaux de chair agrippa l'ouverture et la força à s'agrandir plus vite, déchirant l'espace comme on perce une toile de tente. Une brume noirâtre filtra, une odeur de brûlé les noya. Le regard du Fael se fit plus fixe, Eus se rendit compte que son malaise était en grande partie dû à l'absence de ses pupilles. D'un mouvement fluide, le Fael s'interposa entre Eus et le monstre répugnant qui avait attendu la chute du Gardien Fael pour s'échapper. Garder les limbes closes était la tache de sa lignée. Il devait éliminer l'intrus.
Rassemblant tout son pouvoir, il lança sa première attaque, un souffle vint faire flotter les lambeaux qui pendaient du spectre. Un rire déchiré et cassé échappa à la loque.
_Quel mal comptes tu me faire petit féerique ? Ta caste s'éteint depuis. Des millénaires, pourquoi crois-tu que personne ne vient te seconder, les tiens sont totalement impuissants à ton stade. Mais qui sait, une fois tué, tu pourrais me servir, tu éventes aussi légèrement qu'un page des plus doués.
N'écoutant que son courage, Eus empoigna l'avant bras du Fael et s'enfuit, tentant de faire abstraction de l'effroyable raclement de gorge qui servait de rire au spectre et qui les accompagna bien plus longtemps qu'il n'était permis aux sons. La course hasardeuse les mena il ne sut comment à la lisière de la forêt alors qu'une aube vaillante courrait sur la neige, traçait avec douceur les reliefs en ombres bleues pales. Le cauchemar était fini. Un regard en arrière le détrompa : le cauchemar ne faisait que commencer. Il croisa les yeux d'un bleu encore plus clair dans la lumière matinale. Interrogatifs, il y avait comme un reproche dans l'expression adorable de son visage qu'encadraient les cheveux véritablement dorés et inextricablement emmêlés du Fael.
_Quitte à mourir, je préfère demain, je suis le seul à être sain d'esprit dans le coin et l'ancien Fael t'a confié à moi. Consignes de la maison : ne pose pas de questions idiotes et ne fais pas de bruit.
Suivant Eus jusqu'à la bâtisse austère qui trônait, solitaire dans la plaine, le Fael se demanda s'il n'aurait pas préféré le spectre finalement. Il n'y pensa pas sérieusement ; pas vraiment, pas trop longtemps. La démarche légère d'Eus faisait danser les boucles cuivrées libérées de la contrainte du bonnet et la chaleur des premiers rayons du matin lui avait fait quitter son anorak, révélant une silhouette qui inspirait au Fael des pensées lyriques. Entre autres choses...