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Fiction » General » Opium font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Aqing
Fiction Rated: M - French - General/Mystery - Reviews: 42 - Published: 03-23-04 - Updated: 08-07-06 - id:1559032

Coucou tout le monde ! ! Désolée de vous avoir fait attendre aussi longtemps, mais comme je vous avais prévenus, quelques petits problèmes avec mon écran d’ordi et une très grosse panne d’inspiration mêlée à tout ça m’ont fait m’absenter pendant ses longs jours. Donc voilà enfin le chapitre 16 d’Opium. Le chapitre suivant sera le dernier des aventures de Peter et Kaël. Mais j’espère vous retrouver après ça avec ma nouvelle fic. Allez, bonne lecture ! !

CHAPITRE 16

La nuit fut courte pour moi. Mes tourments étaient venus me chercher jusque dans mes rêves, m’arrachant au sommeil et me plongeant dans cette agitation désagréable qui vous oblige à garder les yeux ouverts dans un ennui des plus totales. Je passai donc cette nuit blanche à me retourner dans le lit, agacé par l’impossibilité à me rendormir, les révélations de Kaël au sujet du « Dragon Noir » me poussant à l’insomnie. Las, je me calmai finalement en contemplant l’asiatique qui partageait le matelas avec moi, me remémorant ses premiers aveux amoureux à mon égard. Cette pensée m’apaisa un peu, et ma rétine imprimant son image endormie à mes côtés se fatigua bientôt. Le ciel sombre de la nuit commençait à s’éclaircir légèrement sous les pâles lumières du jour lorsque mes paupières lourdes se fermèrent enfin.

A mon réveil, le soleil était déjà bien levé, exposant fièrement ses rayons chauds dans la chambre. Kaël n’était plus là. Probablement s’activait-il dans l’une des pièces de l’appartement. Je paressai pendant quelques minutes encore sous les draps, et m’extirpai finalement du lit, le corps accablé par la fatigue causée par l’insomnie de la veille. J’enfilai mon pantalon et me dirigeai comme un automate hors de la pièce, allant à la recherche de l’androgyne. La chaîne hi-fi dans le salon diffusait faiblement une mélodie aux sonorités asiatiques, comme chaque matin. Je fis une rapide inspection des lieux, et finis par localiser Kaël sur la terrasse. Je m’y rendis, m’étirant les bras au passage, et me soumettant à une irrésistible envie de bâiller.

- Bonjour, lançai-je, la voix encore endormie.

- Bonjour, m’accueillit à son tour Kaël, se retournant légèrement dans ma direction.

J’avançai vers lui, et le rejoignis près de la rambarde. Je glissai furtivement ma main sur sa taille, le temps de lui voler un baiser à la dérobée, et m’affalai sur la balustrade ajourée. Je soupirai et fermai les yeux en laissant une brise légère me lécher le visage.

- Mal dormi ? me demanda Kaël.

- Insomnie, répondis-je.

- C’est à cause de notre discussion d’hier soir ? continua-t-il.

- Hum... sortis-je.

L’asiatique se contenta de s’accouder à la rambarde, les mains suspendues dans le vide, ne donnant suite à la conversation. J’ouvris difficilement un œil pour constater sa réaction, le soleil tapant directement dans notre direction. Je me redressai, m’approchai de lui et l’enlaçai. Je le vis me fixer avec un air interrogateur, ne comprenant pas mon affection soudaine. Je lui souris.

- Mais j’ai fini par trouver le meilleur des tranquillisants, repris-je. Rien que le fait de repenser à tes sentiments à mon égard, et en te regardant dormir, cela m’a apaisé.

Son visage se détendit, et un timide sourire l’habilla. Son regard s’abaissa, confus par cette évidence maintenant dévoilée : il m’aimait. Je souris de nouveau, et lui embrassai le front. L’Amérasien m’enlaça à son tour, posant sa tête contre mon torse.

- Moi aussi je me sens apaisé de vous avoir dit la vérité, fit-il.

- A propos du « Dragon Noir » ? Ou de tes sentiments ? soulignai-je.

- Les deux, conclut-il, resserrant son étreinte autour de moi.

- Je suis content que tu m’aies enfin parlé, lui avouai-je.

Un silence s’installa, et nous restâmes pendant un moment ainsi. Puis nous décidâmes de rentrer, le soleil nous brûlant la peau. Il ne restait plus rien de l’averse d’hier soir.

Après m’être douché et avoir pris mon petit déjeuner, je décidai de me pencher sur ces preuves que m’avait fournies Kaël sur le « Dragon Noir ». J’avais suffisamment cogité là-dessus hier soir, et n’étais pas en mesure d’attendre encore plus longtemps pour lire ses informations. Voilà déjà un an que ma patience avait été mise à rude épreuve, et l’inspecteur que j’étais ne pouvait contenir l’envie de découvrir qui se cachait derrière cette organisation. La mallette posée sur le bureau de Kaël était toujours ouverte, comme l’asiatique l’avait laissée la veille. J’y plongeai ma main et me saisis de quelques copies qui s’y trouvaient. J’y jetai un coup d’œil. Les noms de nombreuses personnes y étaient inscrits, des chiffres les accompagnaient juste à côté, ainsi que des adresses de différents ports et des dates.

- Qu’est-ce que c’est ? demandai-je à Kaël, tout en m’asseyant sur la chaise près de moi.

Celui-ci se rapprocha de moi et se pencha sur les copies que j’avais placées sur le bureau devant moi, afin de mieux les examiner.

- Ce sont les noms des personnes qui ont eu affaire avec le « Dragon Noir », m’éclaira-t-il. Les chiffres qui sont inscrits près de ces noms sont les numéros de compte personnel de ces personnes. Les adresses sont celles des ports où ont accosté les navires contenant l’opium, et les dates sont celles des jours où est arrivée la cargaison.

Je levai les yeux sur Kaël, impressionné par ses recherches fructueuses. Celui-ci fouilla dans la mallette pour en retirer d’autres copies, un air concentré se lisait sur son visage. Il déposa les feuilles devant moi. Je les observai attentivement.

- Voici l’historique des comptes bancaires des associés du « Dragon noir », m’indiqua-t-il. Vous pourrez constater les différentes transactions qui ont été faites, de grosses sommes versées directement sur le compte de Mr Long.

Je laissai mes yeux parcourir les feuilles marquées de l’existence de ce trafic d’opium, absorbé par les preuves accablantes à l’encontre du « Dragon Noir » que je cherchais depuis si longtemps.

- Comment as-tu réussi à te procurer ces informations ? questionnai-je Kaël, intrigué par l’efficacité dont il avait fait preuve.

- Il m’a suffit d’infiltrer l’ordinateur de mon père, me renseigna-t-il. Grâce aux données auxquelles j’ai pu accéder, j’ai remonté jusqu’aux personnes qui travaillaient avec lui sur ce trafic d’opium.

- Tu aurais fait un excellent inspecteur, le complimentai-je.

Je le vis sourire sans conviction, avant d’aller s’asseoir sur le lit. Je rangeai les feuilles dans la mallette et allai le rejoindre sur le matelas.

- Et cette disquette ? repris-je. Que contient-elle ?

- Des informations du même genre, articula-t-il.

Je laissai le silence s’installer pendant quelques secondes, réfléchissant à toutes les données que mon cerveau avait emmagasiné jusqu'à maintenant sur le « Dragon Noir ».

- Ces Empereurs dont tu nous as fait part sur le site de la police... me rappelai-je. Qui sont-ils ? Tu as parlé d’Empereur de L’Ouest, d’Empereur de l’Est, de Tigre Blanc et de Dragon Bleu. J’ai essayé de faire quelques déductions à ce sujet, mais je t’avoue que jusqu'à maintenant tout ça est resté assez flou pour moi. J’aimerais que tu m’aiguilles là-dessus.

Kaël leva les yeux sur moi, puis reprit sa contemplation du sol.

- Ces Empereurs sont au nombre de cinq, commença-t-il. Les cinq griffes représentant le Dragon Céleste. Je suppose que c’est en honneur à la mythologie chinoise que ces titres ont été choisis. Les Chinois sont assez attachés à ce genre de légende. Il y a donc l’Empereur de l’Ouest, de l’Est, du Nord, du Sud, et le plus important : l’Empereur du Milieu, celui qui régit tout, en l’occurrence mon père.

Kaël soupira avant de reprendre :

- Chaque Empereur a son emblème, un animal qui le représente. Pour le Nord c’est un animal Mi-Serpent/Mi-Tortue de couleur noire, pour le sud : un Phénix Rouge, pour l’Ouest : un Tigre Blanc, pour l’Est : un Dragon Bleu, et enfin, pour le Milieu c’est le Dragon Noir qui a été choisi.

J’écoutai l’asiatique avec attention, stockant toutes ces informations au fur et à mesure que je les entendais.

- Tu as dit une fois que mon père et McKinley formaient l’Empereur de l’Ouest, sortis-je. Alors qu’est-ce que ça veut dire ? Pour chaque point cardinal il y a une personne qui représente un pays, ou quelque chose dans ce genre ?

- C’est bien ça, me confirma Kaël.

- Dis-moi, est-ce que tu sais quelle est l’identité de ces autres Empereurs ?

L’Amérasien me fit un léger signe affirmatif de la tête pour me préciser jusqu’où allaient ses connaissances sur ce sujet.

Je posai ma main sur la sienne et la pressai doucement.

- Dis-le moi, s’il te plaît, le priai-je.

Je le vis sourire légèrement.

- J’en avais bien l’intention, me dit-il.

Je souris à mon tour et le remerciai. Celui-ci reprit ensuite le fil de la conversation.

- Comme vous l’avez dit, chaque Empereur représente un pays. Votre père et McKinley occupaient le territoire américain, à l’Ouest. Mon père, lui, est au centre et occupe le territoire chinois. Au Nord, c’est le politicien Lawrence Petrovitch qui domine la Russie. Au Sud, les propriétaires d’une grosse firme pharmaceutique, Shankar Kapoor et sa fille Priyanka Kapoor, gèrent le territoire indien. Et pour finir, Caïn Wu est le bras droit de mon père et l’aide dans ses affaires en Chine. Il extrapole ses activités jusqu’au Japon, étant lui-même à moitié Japonais. Ses affaires s’étendent donc jusqu’à l’Est.

Je relevai la tête en entendant le dernier nom. Caïn était donc lui aussi dans le coup. Je me rappelai soudain d’un des messages « d’Omega » qui mettait en garde au sujet du « Dragon Bleu », signifiant à la police que celui-ci était dangereux. Je comprenais mieux l’avertissement.

- C’est pour ça que tu as affirmé que « l’Empereur de l’Est » était le plus proche du « Dragon Noir » ? demandai-je à Kaël pour en avoir la confirmation.

- Hum... fit-il. Etant donné que Caïn est le bras droit de mon père, tout s’explique. Il le suit partout dans ses déplacements. Mon père le considère comme son fils, et met en lui une confiance totale. Vous comprendrez mieux l’importance que cet « Empereur de l’Est » peut avoir au sein de cette organisation. Cela ne m’étonnerait pas que Caïn devienne le prochain « Empereur du Milieu » lorsque mon père ne sera plus de ce monde.

Je laissai mes yeux se promener sur le visage fermé de l’Amérasien, et glissai ma main dans ses cheveux, les ramenant derrière son oreille.

- C’est parce que tu avais découvert la double identité de Caïn que tu as rompu avec lui ? m’aventurai-je à lui demander.

- Hum... répondit simplement Kaël.

- Tu le regrettes ? continuai-je après une courte pause.

Kaël tourna la tête vers moi, me considérant, les sourcils légèrement froncés.

- Pourquoi me posez-vous cette question ? lâcha-t-il enfin sur son ton calme habituel.

- Si Caïn n’avait pas été mêlé à toute cette histoire, vous seriez toujours ensemble, constatai-je.

- C’est votre jalousie qui parle ? lança Kaël.

Je souris piteusement face à sa remarque.

- On dirait... articulai-je, les yeux fixés au sol.

- Vous doutez de mes sentiments ? me demanda l’androgyne.

Je relevai prestement la tête et posai mon regard sur lui.

- Loin de moi cette idée, me défendis-je. Ne va pas croire que je pense que tu n’es pas sincère envers moi. Je n’ai jamais voulu dire ça.

- Alors pourquoi imaginez-vous de telles choses ? Au fait que Caïn et moi serions toujours ensemble si cette affaire n’avait jamais eu lieu.

Je baissai la tête, devenant pendant un court instant silencieux, cherchant mes mots.

- Savoir que tu éprouves des sentiments à mon égard, c’est juste irréel pour moi, lui avouai-je. J’ai attendu ce moment depuis si longtemps, qu’aujourd’hui j’ai l’impression que mon imagination a tout inventé. Je n’arrive tout simplement pas encore à réaliser le fait que tu m’aimes, finis-je, penaud.

J’entendis Kaël soupirer.

- Et pourtant... dit-il avant de se laisser tomber en arrière sur le lit.

La pièce devint silencieuse pendant un instant, puis Kaël reprit :

- Même si Caïn n’avait pas été « l’Empereur de l’Est », je pense que j’aurais tout de même rompu. Ce fait a en effet joué un rôle dans cette rupture, mais aujourd’hui nous ne serions probablement plus ensemble, et ce, pour la bonne raison que ce que j’éprouvais pour Caïn n’a rien de comparable avec ce que j’éprouve pour vous. Cette simple constatation m’a prouvé que je n’étais pas amoureux de lui.

Je souris, soulagé par les paroles de Kaël, par le sens et l’ampleur qu’il leur avait données, puis me retournai vers lui. Je me penchai ensuite au dessus de lui.

- Merci, lui murmurai-je.

- Vous êtes rassuré maintenant ? me fit-il, passant une main dans mes cheveux.

- Entièrement, répondis-je en souriant avant de poser mes lèvres sur les siennes, l’embrassant tendrement.

J’appréciai la douceur que Kaël y mettait aussi, révélant le romantisme du premier amour, apaisant ainsi cette angoisse que j’avais de le perdre. Je rompis tout de même le baiser, et plaçai ma tête sur son épaule, le laissant glisser ses doigts à loisir dans ma chevelure lisse. Je fermai les yeux sous la sensation agréable que cela me procurait. J’aurais pu m’endormir ainsi. J’entendis Kaël soupirer, et sentis sa poitrine se soulever et s’abaisser sous cet effort.

- A quoi penses-tu ? lui demandai-je.

- Je me disais que mon père avait rétabli une sorte de « bourgeoisie compradore », fit-il.

- Qu’est-ce que c’est que ça ?

- Avant les guerres de l’Opium, les Compradors étaient des Chinois servant de fondés de pouvoir et d’intermédiaires aux commerçants européens et firmes étrangères qui n’avaient pas le droit d’entrer en contact direct avec la clientèle locale. Aujourd’hui, ce sont ces différents Empereurs qui semblent avoir revêtu ce rôle. Chaque territoire a son Comprador qui est relié directement au « Dragon Noir », et qui agit en son nom.

Je repensai à tout ce que Kaël m’avait dit jusqu'à présent.

- Pourquoi n’as-tu pas donné toutes ces informations directement aux forces de police chinoise ? l’interrogeai-je.

- Il est dit dans le code pénal de notre pays que toutes personnes s’adonnant au trafic d’opium est condamnable à la peine de mort, me renseigna-t-il. En sachant cela, je ne pouvais pas me résoudre à être la personne coupable de la mise à mort de mon père. Ma conscience ne l’aurait pas supporté.

- Je comprends, lui dis-je, le serrant un peu plus contre moi.

- ... Mais il ne pourra pas resté impuni éternellement, reprit Kaël. Le commerce auquel il s’adonne doit être éradiqué.

- Dois-je prendre ce que tu viens de dire comme le feu vert pour que j’arrête ton père ? lui demandai-je.

- N’est-ce pas là votre devoir d’inspecteur ? me dit-il. D’arrêter les trafiquants...

Je me redressai et le fixai. Lui aussi posa à son tour le regard sur moi.

- De toute façon, ça a toujours été votre souhait de démanteler cette organisation, vous n’allez pas passer à côté de cette occasion.

- Ton avis compte aussi, lui fis-je comprendre. Ce n’est pas comme si tu étais étranger à tout ça. C’est tout de même ton père qui va se retrouver en prison.

- Alors quoi ? Vous voulez ma bénédiction ? C’est cela ?

Je le regardai sans rien dire.

- Ne faites pas cette tête, articula Kaël, ses doigts m’effleurant la joue.

Il m’observa pendant un court instant.

- Je veux que vous fassiez cesser ce commerce nuisible, me confia-t-il. Mon père a fait assez de mal comme ça, il doit payer pour ses actes. Il faut que cette histoire s’achève.

Je balançai la tête affirmativement pour signifier à Kaël que j’étais de son avis.

- Je voudrais passer les menottes au « Dragon Noir » sur mon territoire, dis-je. Ici, je suis impuissant. Je suis seul, je ne pourrai rien faire.

Je passai à mon tour mes doigts sur la joue pâle de celui que j’aimais.

- Il va falloir que je rentre aux Etats-Unis. Rentreras-tu avec moi ? lui demandai-je, quelque peu inquiet de sa réponse.

Je le vis sourire légèrement.

- Pensiez-vous que j’allais rester ici ? fit-il. Evidemment que je rentre avec vous.

Je lui souris en retour et lui gratifiai d’un baiser qui s’éternisa, les bras de Kaël venant m’enlacer, m’offrant un peu plus la chaleur de son corps.

--

Le « Dragon Noir » sortit de la voiture accompagné de son plus fidèle allié, « l’Empereur de l’Est ». Tous deux se dirigèrent vers l’un des restaurants dont Mr Long était le propriétaire, le « Parfums d’Asie ». Ils devaient retrouver un invité de marque ici même, dans ce lieu. L’homme à la chevelure cendrée avait pris soin de recommander à son personnel de s’occuper de son convive de la meilleure manière qui soit jusqu'à son arrivée, retenu par un contretemps. Les deux hommes foulèrent enfin le sol de l’établissement décoré à la mode traditionnelle, et coloré d’un ton rouge dominant. Le son lancinant d’instruments chinois se faisait entendre sur une musique qui jouait en sourdine. L’ambiance était reposante. A peine nos deux Dragons étaient-ils entrés, que le personnel du restaurant vint les accueillir en les gratifiant de courbettes respectueuses. Une fois ces salutations terminées, une serveuse les accompagna jusqu'à la table de « l’invité », un homme d’un petit peu plus d’une trentaine d’année, dont l’allure juvénile lui donnait pourtant à peine vingt ans. Un visage frais orné de petites lunettes à monture fine derrière lesquelles se cachait l’esprit vif d’un petit génie. Mr Long et Caïn le saluèrent. Puis le chef du « Dragon Noir » s’excusa de son retard et pria l’homme de le suivre dans un cadre plus intimiste. Tous les trois quittèrent la salle de restauration. Ils passèrent par la cuisine et traversèrent un couloir jusqu'à ce qu’ils arrivent à une grande porte qu’ils franchirent. Ils s’engouffrèrent alors dans une atmosphère flottante, dans une pièce légèrement enfumée par une exhalaison opiacée. Le « Parfums d’Asie » abritait une arrière-salle secrète qui dissimulait une fumerie d’opium. Certains habitués des lieux s’y trouvaient déjà, occupés à inhaler les vapeurs délectables anesthésiant agréablement leur corps, une sorte de calumet coincé entre les dents. Tel était le loisir reposant des bons petits cobayes que ces personnes étaient devenues. Nos trois nouveaux arrivants prirent place autour d’une petite table basse ronde. Une hôtesse vint rapidement les prendre en charge, proposant à chacun d’eux les tasses de thé vert qui ornaient son plateau en argent, avant de disparaître. Mr Long souhaita alors la bienvenue à son hôte, et décida de rentrer immédiatement dans le vif du sujet. Il lui fit part de son commerce. Mais sa réputation dans le milieu n’était plus à faire, et son vis-à-vis connaissait parfaitement son recruteur, faisant lui aussi partie du monde de la pègre. Les affaires pouvaient alors commencer.

- J’ai entendu beaucoup d’éloges à votre sujet, aborda Mr Long. Vous semblez faire un excellent travail.

- Vous m’en voyez flatté, fit l’invité, honoré par de tels propos.

- Des amis à moi ont déjà eu affaire à vous, et ont été satisfaits de vos services, continua le quinquagénaire. Ils m’ont conseillé de faire appel à vous pour l’affaire que j’ai à traiter en ce moment. C’est pourquoi j’ai pris le soin de vous inviter aujourd’hui afin que nous puissions faire connaissance.

- En quoi puis-je vous aider ? demanda l’homme aux fines lunettes.

- J’ai quelques petits problèmes avec un habile farceur depuis quelques temps, annonça le «Dragon Noir ». Ce plaisantin qui se fait appeler « Omega » s’amuse à détourner les fonds de mon commerce, et pousse la farce jusqu'à dénoncer à la police mes partenaires les plus fidèles. Je ne sais pas ce qu’a en tête ce justicier des temps modernes, mais toujours est-il que nous n’avons toujours pas pu mettre la main sur lui.

- Cette personne semble vous causer beaucoup d’ennuis, constata le convive.

- En effet, confirma Mr Long. Notre inconnu est de la même trempe que vous, un hacker de haut niveau, alors il était tout à fait logique de lui confronter quelqu’un du même niveau, en l’occurrence vous.

L’homme à l’apparence juvénile sourit devant la remarque, heureux qu’on ait pensé à lui et à ses talents pour affronter ce petit génie.

- J’aimerais que vous mettiez votre intelligence et votre ruse à mon service afin de localiser ce gêneur, reprit l’homme à la chevelure cendrée. Telle est ma requête.

- Il serait idiot de ma part de refuser une telle opportunité, affirma le trentenaire. Mettre mes capacités aux services d’un homme de votre carrure s’avérera être très gratifiant, et me frotter à un concurrent aussi talentueux que ce « Omega » est un challenge qui me plaît. J’accepte votre demande.

L’homme que l’on surnommait dans le milieu « l’Invité Noir », savait de quoi il parlait. S’associer au « Dragon Noir » serait très bénéfique pour lui. Faire affaire avec une organisation d’une telle ampleur le propulserait très vite au plus haut sommet, et son ascension serait vite faite. Réussir à coincer ce « Omega » lui ferait la meilleure des publicités. Il avait vite fait le calcul. Et le fait que son rival était aussi rusé que lui, ne faisait que rajouter du piment au jeu. La chasse allait bientôt commencer pour le redoutable « Invité Noir ». L’homme qui appartenait à n’en plus douter à la prodigieuse intelligentsia chinoise s’apprêtait de nouveau à mettre son talent en œuvre. Il serra la poignée de main que Mr Long lui offrit, scellant ainsi leur accord. Les deux hommes n’avaient pas parlé du prix que ce service allait coûter. Il était totalement inutile de le faire puisqu’ils savaient parfaitement que la note allait être élevée.

--

Nos vacances furent écourtées. Kaël et moi avions décidé de quitter le pays au plus vite pour mettre enfin un terme à cette affaire. Dans les jours qui suivirent, nos bagages furent bouclés et nous prenions l’avion pour regagner les Etats-Unis, non sans avoir fait nos adieux « temporaires » à Mr Long. Kaël avait démissionné de son poste. J’étais parti avec lui visiter l’immense bâtiment où il avait fait ses débuts professionnels, les locaux où sont père avait pris ses marques, un établissement moderne et doté des nouvelles technologies adéquates. J’avais examiné ce lieu avec attention, contemplant la réussite flagrante de mon pire ennemi. Puis nous en avions pris congé, laissant derrière nous l’homme que j’avais toujours voulu coincer, faisant taire l’impatience qui m’habitait de pouvoir lui passer les menottes. Je fis bonne figure pour l’instant, attendant notre prochaine rencontre. A présent j’avais retrouvé le confort de mon appartement de New York, l’atmosphère familière qui s’y dégageait. Une odeur de renfermé flottait dans la pièce. Je repris mes repères rapidement, mes habitudes me revenant aussitôt. Finalement, retrouver son chez-soi était toujours apaisant. Kaël m’avait accompagné pour aujourd’hui. Nous avions convenu de passer chez lui demain, avant de nous rendre au commissariat. Nous déposâmes nos valises dans l’entrée, et nous nous laissâmes tomber dans le canapé. La fatigue causée par le trajet en avion faisait toujours son effet.

Le lendemain, après un rapide saut chez Kaël pour vérifier l’état des lieux, nous allâmes au commissariat comme nous l’avions décidé la veille. Je saluai quelques connaissances au passage et me rendis directement au bureau de Jack. Celui-ci m’accueillit

chaleureusement, surpris néanmoins de mon retour prématuré. Je lui expliquai les faits, lui confiant ce que Kaël m’avait avoué au sujet du « Dragon Noir ». Je ne lui cachai rien, mis à part le fait que ce « Omega » que nous avions cherché à localiser sans relâche était aujourd’hui juste devant lui, dans cette même pièce. Non pas que je ne lui faisais pas confiance. Jack avait été mon confident jusqu'à maintenant, et ce depuis le jour où j’étais entré dans la police. Mais Kaël était plus important que tout pour moi aujourd’hui, et je ne pouvais laisser aucun doute planer au-dessus de lui. Je ne savais pas si Jack allait me suivre sur ce terrain-là, en m’aidant à couvrir Kaël, et je ne voulais de toute façon pas faire courir ce risque à mon collègue. Mais c’était sans compter sur sa bonne intuition, et son esprit aiguisé d’inspecteur.

- Je trouve cela quand même un peu surprenant toutes ces coïncidences, commença-t-il, dubitatif.

- Quelles coïncidences ? cherchai-je à comprendre, feignant la naïveté.

- Le fait que Mr Wild ait des liens de parenté avec le chef du « Dragon Noir », et qu’il le découvre justement lors de votre voyage en Chine. Tu es inspecteur de police Peter, et ton ami sait parfaitement que tu veux coincer cette organisation depuis votre première rencontre. Lui-même a eu affaire à deux reprises à des histoires liées à ce trafic d’opium. Et tu me dis qu’un de ses amis est même mort en fréquentant ce milieu. Je trouve ça seulement étrange que Mr Wild ait décidé de découvrir la vérité concernant cet ami justement à ce moment-là. Mais ce ne sont simplement que des suppositions de flic, conclut-il. La chance a dû jouer en votre faveur, semble-t-il.

- Allez au fond de votre pensée, lui suggéra Kaël, toujours aussi flegmatique.

Jack s’affaissa un peu plus dans son fauteuil, le faisant légèrement balancer de droite à gauche, puis se redressa. Il reprit :

- Votre ami qui dealait de l’opium vous a confié juste avant sa mort que son supérieur était votre père. Et depuis tout ce temps vous n’avez pas essayé de chercher à savoir s’il disait vrai. Moi si j’étais à votre place, j’aurais tout fait pour tenter de dissiper ce doute qui m’animerais en apprenant une telle nouvelle, et ça le plus tôt possible.

Jack soupira avant de se renfoncer dans son siège.

- Mais ce ne sont que des suppositions comme je l’ai dit, affirma-t-il de nouveau. Et puis cette réaction serait la mienne. Personne ne réagit de la même manière.

- Que voulez-vous insinuer par là ? Que moi aussi je fais partie de ce trafic ? demanda l’asiatique sur un ton placide.

- Je n’ai rien dit de tel, le rassura Jack.

- Ne vas pas t’imaginer des choses qui ne sont pas vraies, Jack, m’empressai-je de dissiper le malentendu.

- Je n’imagine rien, me dit-il. Mais j’essaie de comprendre toute cette histoire. Je pense simplement que ton ami savait que son père était le « Dragon Noir », et ce bien avant que vous ne vous rendiez en Chine. C’est l’impression que j’ai. Sinon je ne vois pas comment quelqu’un qui vient d’apprendre que son père est le chef de la plus grande industrie d’opium du moment puisse garder un tel sang-froid, et décide de le faire mettre derrière les barreaux comme ça, sans cas de conscience. Je ne suis pas psychologue, mais je suis assez lucide pour penser que découvrir une telle vérité puisse provoquer une petite révolution dans l’esprit de quelqu’un.

Je soupirai tout en regardant Jack. Il ne servait à rien de lui mentir davantage, il avait déjà tout compris. Je détournai la tête et fixai un point vague.

- Alors maintenant vous allez tout me dire, l’entendis-je prononcer. Je peux concevoir qu’une personne ne sache plus où elle en est lorsqu’une telle révélation lui tombe dessus et qu’il soit dur pour elle de dénoncer son père, d’où le temps que Mr Wild ait mis à nous avouer la vérité. Mais pourquoi essayez-vous de cacher le fait que Mr Wild avait découvert le trafic de son père bien longtemps avant de retourner en Chine ? Où est le problème ?

Il y eut un court moment de silence. Puis j’entendis soudainement Kaël annoncer :

- Je suis « Omega ».

Je relevai la tête vivement et la tournai dans sa direction. Je le vis fixer Jack franchement, il ne sourcillait pas. Mon regard se posa à son tour sur mon collègue.

- Je comprends mieux, fit-il. Tout s’explique.

L’inspecteur croisa ses bras sur son torse tout en s’adossant un peu plus à son fauteuil.

- Je saisis à présent quelles étaient les motivations d’Omega, et pourquoi il laissait ces messages de dénonciation à l’encontre du « Dragon Noir », dit-il.

Puis il jeta un coup d’œil tour à tour à Kaël et à moi, avant de reprendre :

- Je comprends également pourquoi tu voulais le couvrir, Peter. Dénoncer les méfaits du « Dragon Noir », c’est tout à fait honorable, mais là où ça coince, c’est le fait d’infiltrer le site de la police.

Jack se gratta la tête avant de river les yeux sur moi.

- Pourquoi voulais-tu me cacher ce fait là, Peter ? Que Mr Wild et « Omega » ne sont qu’une seule et même personne.

- Je ne voulais pas te mêler à tout ça, lui avouai-je. J’ai pris seul la décision de couvrir Kaël en omettant de dire qu’il est « Omega », et je tiens à maintenir ce choix. Je n’ai pas l’intention de révéler à la police qu’il est « Omega », fis-je, résolu.

- Et tu voulais me le cacher même à moi, lança Jack.

- Je te l’ai dit, je ne voulais pas te mêler à tout ça, répétai-je. Je suis désolé.

Jack me fixa pendant encore quelques secondes, puis sembla réfléchir. Un demi sourire finit par étirer ses lèvres.

- Bon, fit-il. Disons qu’Omega court toujours dans la nature.

- Quoi ? lâchai-je, interloqué.

Je le fixai à mon tour, cherchant à comprendre. Puis je tournai la tête dans la direction de Kaël qui lui aussi riva ses yeux sur moi, tentant de trouver une réponse à ce que nous venions d’entendre. Nous posâmes de nouveau le regard sur Jack. Celui-ci souriait toujours.

- J’accepte de vous aider, annonça-t-il. Je vais faire comme si je n’avais rien entendu à propos d’Omega.

Je souris à mon tour.

- Et si nous prenions la déposition de Mr Wild à présent ? nous suggéra Jack.

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Quelques semaines s’étaient écoulées depuis le témoignage de Kaël à propos de la culpabilité de son père. « Omega » continuait ses petites visites sur le site de la police. Il avait été convenu qu’il ne cesse pas d’envoyer ses messages, afin que les soupçons ne se tournent pas vers lui. Ainsi, pour l’instant il restait la personne qui avait découvert le trafic de son père, sans pour autant être le hacker de haut niveau qui menait à bien sa vengeance. La police n’y avait vu que du feu, mis à part Jack que nous avions mis au courant. Entre-temps nous avions élaboré un plan où Dick était venu nous prêter main-forte. Heureusement que je pouvais compter sur lui quand il le fallait. Apparemment le service était réciproque, puisque cet ancien major profitait du fait que je lui fasse participer à mes missions comme un passe-temps à sa retraite parfois monotone. Il prenait donc ici pleinement part à la tâche que je lui avais confié, jouant son rôle à merveille pendant les jours qui avaient défilé. Une nouvelle identité lui avait été attribué. Dick se faisait ainsi passer pour un nouveau client du « Dragon Noir », un gros bonnet de la drogue qui voulait s’associer à cette organisation mystique, admiratif de sa réussite fulgurante. Il était tellement bien rentré dans la peau de son personnage, que notre Dragon avait mordu à l’hameçon. Pendant ces longues semaines, il s’était immergé dans leur monde qu’il avait étudiait consciencieusement, apprenant leurs codes et leurs règles. J’avoue que j’avais été impressionné par ce rôle de composition qu’il avait su s’approprier. A présent, il nous restait plus qu’à attendre le bon moment afin de mettre la main sur cet animal. Je voulais le prendre sur le fait. Dick s’était mis dans ses bonnes grâces. Il suffisait maintenant qu’il l’attire dans ses filets. Nous devions faire en sorte que notre fameux Dragon vienne nous rendre visite sur notre territoire. Le sol américain n’attendait qu’à être foulé par Mr Long en personne.

Fin du chapitre 16...



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