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Titre : Yugure no Hikage ni – Chapitre 1
Auteur : Lakesis
Note : Je commence à réécrire les premiers chapitres de la fic. Ca viendra peu à peu…
Yûgure no Hikage ni
A l’ombre du crépuscule
Chapitre 1
Akihito s’échappa de la douche à reculons, tentant de gagner tu temps, et retarder au maximum ce qu’il savait être le début d’un infini calvaire. Il se frotta les cheveux avec une serviette énergiquement et se battit avec sa tignasse emmêlée. Les mèches noires collaient à son front, gouttant sur ses joues. Il tendit la main vers le radiateur, où il avait posé ses vêtements et enfila sa chemise blanche à manche courte, d’uniforme, puis passa en sautillant un instant sur une jambe son pantalon noir. Il boutonna le col et noua sa cravate sombre, s’y reprenant à deux fois avant d’y parvenir.
Il retourna dans sa chambre, fit son lit et ouvrit les volets puis remplit son cartable en cuir. Il descendit les escaliers et retrouva sa mère, dans la cuisine, qui préparait déjà son petit-déjeuner. Le jeune garçon s’installa après avoir déposé sa sacoche au pied de la chaise.
« Bonjour, maman.
-Oh, bonjour, Aki ! Tu as bien dormi ? Il fait plutôt beau pour ta rentrée, tu ne trouves pas ? »
Elle essayait par tous les diables de remonter le moral de son plus jeune fils. Elle lui beurra une tartine et reprit :
« Je sais bien que ça t’ennuie, mon chéri. Mais ce n’est qu’une seule année, après, tout sera terminé, et tu pourras faire ce que tu veux.
-Je sais bien, maman. Il ne s’agit pas de ça, en fait. »
Akihito soupira et trempa le bout de pain dans son chocolat, après s’être versé un verre de jus d’orange. Son supplice ne tenait pas dans l’école en son principe, il était bon élève, studieux et intéressé. Mais la vie estudiantine ne lui faisait aucune cadeau, il n’avait jamais vraiment eu d’amis et le seul avait lequel il partageait presque tout l’avait abandonné pour déménager avec ses parents à Tsushima. Akihito avait parfaitement conscience que l’éloignement finirait d’enterrer leur amitié. Son isolement, parfois plus ou moins volontaire – il l’admettait, découlait de sa gentillesse qui passait pourtant pour de la faiblesse auprès de ses camarades.
La voix de sa mère mit fin à sa silencieuse et monotone complainte, pour lui demander, en posant une autre tasse en face de celle de Akihito :
« Qu’est-ce que fabrique ton frère ? Il a repris ses cours depuis mars, déjà, et il continue de flemmarder dans son lit. »
Akihito haussa les épaules et reçut une petite tape derrière la tête. Un autre jeune homme, plus âgé que lui, rit un peu bêtement et s’installa à sa place, en saluant sa mère, qui s’empressa de le satisfaire.
« Comment tu vas, Kotarô ?
-Très bien, très bien ! Je suis en retard ! »
Il attaqua son petit déjeuner de bon appétit et Akihito réprima une plainte, qui lui brûlait malgré tout les lèvres. Son frère avait trois ans de plus que lui, il venait de souffler sa vingtième bougie et entamait sa dernière année universitaire, dans une grande école, dont le prestige faisait la fierté de ses parents. D’un naturel ouvert et charmant, Kotarô cumulait sans vergogne ce que Akihito peinait à toucher du doigt, ne fut-ce qu’une seule seconde. Il réussissait chaque chose qu’il entreprenait, s’entourait d’un réseau d’amis fidèles et avec lesquels il passait le plus clair de son temps. Kotarô était beau, grand et élancé, des gestes gracieux, une voix chaude et douce. Ses yeux caramel, ornés de fins sourcils, pétillaient de malice, sa bouche s’offrait toujours sur un sourire. Ses vêtements se fondaient dans son apparence androgyne, qu’il forçait systématiquement. Ses cheveux qui chutaient sur ses épaules avaient délaissé leur ébène naturelle pour un blond agressif. Il portait aujourd’hui un jeans à la coupe soignée, et un pull léger à col roulé qui embrassait son buste.
Akihito se consumait parfois de jalousie, Kotarô s’accaparait beauté, intelligence, l’éloquence, et ne lui octroyait qu’une bribe de ce qu’il espérait obtenir. Il n’était qu’une pâle et vulgaire copie, qui ne marchait même pas.
« Akihito, dépêche-toi !
-Excuse-moi, je pensais à autre chose. »
-Très bien, très bien ! répondit joyeusement son fils en s’asseyant près de son frère et en attaquant tout de suite après son repas avec appétit »
Il engloutit la fin de son bol à la va-vite, attrapa la boîte que lui tendait sa mère et qui contenait son repas de midi et décrocha sa veste du portemanteau. Il prit ses clés et sortit, s’engageant dans l’allée qui menait au portail et à la rue. Des pas précipités accoururent à lui et Kotarô lança :
« Akihito, attends ! Je vais faire un bout de chemin avec toi. Jusqu’à l’arrêt de bus, d’accord.
-Comme tu veux. »
Un maigre silence tomba entre eux et Kotarô le balaya, quelques secondes plus tard :
« Une petite année, Aki et après, tu es libre ! Tu as une idée de projet ?
-Non. Je ne vois pas mon avenir plus que ce soir.
-Bah, c’est normal, tu as le temps. Même moi, je ne sais pas ce que j’ai l’intention de faire et je suis en fac…
-Mouais.
-Bon… J’espère que tu vas faire un petit effort pour t’intégrer. Il faudrait que tu aies quand même un bon souvenir de la fin du lycée, c’est important !
-C’est plus facile à dire qu’à faire… répliqua Akihito, sèchement.
-Je sais bien, mais tout serait tellement plus facile, comme ça. Ca ne tient qu’à toi !
-Je n’ai pas envie, tu peux comprendre ça ?
-Tu es désespérant, dans le fond. Tu te rends bien compte qu’aujourd’hui, tu n’auras vraiment personne ? Que Makoto n’est plus là pour te tenir compagnie ?
-Merci de me le rappeler, Kotarô. Tu en as d’autres, comme ça ?
-Désolé, mais tu dois en prendre conscience. C’est…
-J’ai du mal à me faire des amis, le coupa Akihito. Mais je ne suis pas comme toi, tu comprends. Je ne suis pas charismatique, je ne suis pas brillant, je ne suis rien ! Tu me le rappelles vraiment bien. Je m’excuse de ne pas être toi !
-Mais attends, Aki, ce n’est pas ce que…
-Le bus arrive, j’y vais. A ce soir. »
Akihito s’enfuit sans un mot de plus, et Kotarô demeura abasourdi par cette réaction qu’il n’escomptait d’aucune manière. Il avait simplement tenter de l’aider, et non de se montrer désagréable et mauvais comme il avait paru le croire. Il n’avait pas choisi la meilleure des manières, mais l’intention était là et pour Kotarô, cela suffisait à effacer sa culpabilité. A force de se préoccuper des autres, il en avait oublié sa montre et il courut jusqu’à la voiture de sa mère, qui la lui avait donnée quand il avait obtenu son permis.
Akihito s’assit au fond du véhicule, là où il y avait peu de monde. Des larmes s'amassaient dans ses yeux et à force de volonté, il les ravala. Derrière la vitre tailladée, un paysage citadin défilait, des voitures, des passants, venaient le décorer. Il se tassa sur son siège quand le car s’arrêta pour prendre d’autres passagers mais il tendit la nuque pour reconnaître certains élèves de son lycée. Machinalement, il avait cherché Makoto, qui montait d’habitude ici, mais il avait trop vite oublié son abandon et sa fuite. Akihito préférait se répéter cette maigre consolation pour atténuer sa peine. Son chemin de croix sonnait don début à ses instants et il savait le chemin long et pénible jusqu’à son Golgotha maudit. Un mouvement d’air près de lui et on s’assit à ses côtés. Un coup d’œil discret lui en apprit un peu plus, il s’agissait aussi d’un élève de son lycée, il portait le même uniforme. Il avait été deux fois dans sa classe par le passé mais il n’en gardait aucun bon souvenir. Jamais il ne l’avait humilié, ni insulté, encore moins frappé, mais il l’avait regardé avec mépris et indifférence, le jugeant comme s’il n’avait aucune valeur. Akihito le savait déjà depuis longtemps, mais le constater par-delà le regard des autres lui faisait du mal.
Cet élève établissait son contraire, il était populaire – bien qu’Akihito n’aimait pas ce mot, il n’avait que des amis, aucune opposition. Il avait une allure frêle, un tantinet féminine. Il arborait aussi fièrement les marques de sa rébellion puérile, ses cheveux devenus couleur acajou, tirant au roux quand il était au soleil et ses oreilles percées de plusieurs anneaux d’argent et d’or. Il n’avait jamais reçu de blâme, pas même un avertissement, son père était un homme d’affaire important, qui finançait l’école dans sa majeure partie.
Akihito implora tous les dieux pour rester transparent, il se trouvait déjà dans un état pitoyable et il n’avait aucune envie d’être enfoncé encore un peu plus dans ses tourments déjà bien profonds. Il fut exposé aux prunelles inquisitrices de ce jeune homme, qui haussa les épaules, insensible. Il était d’un banal affligeant, ses cheveux noirs, en bataille, ses grands yeux sombres effrayés.
Le bus freina enfin et Akihito s’extirpa sans attendre, sautant au sol, un pincement au cœur, la peur au ventre. Seul pour affronter ses douleurs, il s’avança vers le panneau des effectifs, sa classe s’annonçait dure.
Kotarô se gara anarchiquement dans le parking de la faculté, et, essoufflé, il traversa les couloirs, fendant la foule d’étudiants. Il entra dans un grand amphithéâtre, gravit quelques marches, puis s’assit près d’un de ses amis, qui lui sourit et lui demanda gentiment :
« Panne d’oreiller ?
-Non. Une simple discussion avec mon frère. On s’est un peu discuté.
-C’est rare, dis-moi.
-Oui. Puis je n’ai pas bien compris quelle mouche l’a piqué. Je lui ai juste conseillé de faire des efforts au lycée. Après tout, c’est un peu de sa faute, cette situation.
-Kotarô. Tu manques de tact. »
Kotarô baissa la tête, honteux, et sortit une feuille et un crayon. Un éclat de rire lui vrilla les oreilles et Kotarô s’indigna, en croisant les bras :
« Ce n’est pas drôle, Aoshi. Je n’aime pas être en froid avec mon petit frère.
-Bon, eh bien, parle-lui et excuse-toi, pour changer.
-Mouais. »
Le professeur avait fait son apparition depuis déjà dix minutes, il n’était pas inintéressant mais il lui manquait cette verve, qui pouvait captiver l’attention de ses élèves, retenir leur passion. A l’heure du repas, l’endroit se vida rapidement et beaucoup d’élèves prirent la direction du réfectoire. Kotarô et Aoshi s’installèrent à une table déjà occupée, à laquelle les attendaient cinq personnes, occupées à discuter.
« Salut ! s’écria une jeune femme survoltée, à l’allure délurée.
-Comment tu vas, Kasumi ? interrogea Aoshi en s’asseyant.
-Ca va ! Et toi ?
-Bien, bien ! On ne peut dire la même chose de tout le monde ! dit-il en désignant Kotarô »
Kotarô lui donna un coup de coude bien ajusté et souffla d’agacement.
« Qu’est ce qu’il se passe ?
-Ce n’est rien, Shô, je me suis un embrouillé avec mon frère ce matin. Bon, je n’ai pas envie de parler de ça. Au fait, je voulais vous remercier tous de m’aider.
-On s’amuse nous aussi, tu sais, Kotarô ! le rassura Aoshi. Il nous manque malgré tout un bassiste, pour que le tout soit concluant.
-Vous arriverez, je vous fais confiance ! s’écria Kasumi, en mâchonnant un bout de pain.
-Ce n’est pas pour nous qu’on le fait, mais pour Ko, sourit Aoshi. On peut aussi remercier Shô et Tôru. »
Aoshi jeta un coup d’œil tendre à un jeune homme chétif, en face de lui et Tôru piqua du nez, en rougissant, prenant conscience du monde autour de lui. Il but une gorgée d’eau pour faire tomber la rougeur de ses joues.
Kasumi termina son yaourt et cria presque que ses cours reprenaient dans dix minutes et qu’elle n’était pas prête. Elle appela une jeune fille à la suivre et s’enfuit vers la poubelle, puis la sortie, traînant derrière elle ses suivantes. Aoshi secoua la tête, diverti par sa joie de vivre et sa spontanéité.
« On joue quand même ensemble depuis un temps, quand même, reprit Aoshi. Shô, tu as acheté une nouvelle cymbale ?
-Oui, oui. Elle est chez moi, je l’amènerai la prochaine fois. Et pour le bassiste ?
-On finira par le trouver. Ecoutez, on verra ça plus tard, ordonna Kotarô. Shô et moi avons aussi un cours, pas comme certains. Votre prof est absent, il n’y a pas de quoi être fier.
-Oui, mais en attendant, nous sommes libres ! Bonne fin de journée ! Moi, je vais me promener avec Tôru à Shibuya. »
Ils disparurent et abandonnèrent Kotarô à Shô, qui souriait, gentiment.
« Ne sois pas si jaloux, Kotarô, remarqua-t-il, en captant la jalousie qui avait flambé un instant dans les pupilles de Kotarô.
-Tu rêves.
-Allons, je ne suis pas bête. Je suis observateur. Aoshi ne t’est pas indifférent ! »
Shô marchait à présent aux côtés de Kotarô, qui esquivait habilement ses questions et ses constatations.
« Kotarô, ne me dis pas non. Tu es sorti avec Aoshi, il y a quelques temps. Mais tu sais, c’est terminé, maintenant. J’espère que je ne te vexe pas, Kotarô.
-Bah, tu as raison. »
Il se mordit la lèvre, Shô avait touché juste, comme souvent. Aoshi était son meilleur ami et avait été son meilleur amant pendant quelques mois. Mais d’un commun accord, leur relation avait pris fin, comme elle avait commencé, aussi discrètement. Pas de cris, pas de pleurs, mais Kotarô n’avait pu effacer ses sentiments et il se prenait souvent à regretter amèrement ces moments qu’ils passaient dans les bras l’un de l’autre, plus que de simples amis.
Pour chasser cette idée pesante de la tête, il se tourna vers Shô, pour l’observer, tranquillement. Il n’était pas très grand et comme lui, sa tignasse avait égaré sa couleur pour se parer de roux. Il connaissait Shô depuis plus deux ans à présent, il s’entendait bien avec lui, mais il le jugeait souvent trop perspicace à son goût.
Les yeux du jeune homme avaient cette particularité qui l’avait frappé dès leur première rencontre. Shô était métis, son père était français, mais il ne le voyait plus. Sa peau était plus clair, et une de ses prunelles étaient vertes, l’autre bronze. Il était beau, possédait un charme troublant, par la force de ses origines.
« Ko, il y a quelque chose ?
-Non, ce n’est rien. Tiens, nous sommes arrivés ! »
Mais il n’avait plus la tête à rien, les paroles de Shô lui demeuraient réalistes et il ne parvenait à se défaire de cette idée.
A suivre…