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« Titre : Yûgure no Hikage ni – Chapitre 60
Auteur : Lakesis
Yûgureno Hikage ni
Chapitre 60 :
Le meuble trembla violemment, et un verre alla même se briser au sol. Junpei fronça les sourcils, pressé contre la table de la cuisine, prisonnier de ce baiser. Sa main tirait sur les courtes mèches noires de Hiroki, non pas pour le repousser mais pour lui demander plus. Junpei finit par passer ses bras autour de son cou et suivit Hiroki, sans le lâcher, jusqu’au salon, où il tomba sur le canapé quand ses genoux touchèrent le bord. Il étouffa un gémissement quand il dut supporter le poids de Hiroki, puis sourit quand la bouche de celui-ci cajola sa gorge. Sa langue descendit lentement, arrachant un gémissement à Junpei, qui bascula la tête en arrière.
« Hiro, murmura Junpei. »
Hiroki sourit alors qu’il déboutonnait la chemise de Junpei, qui se mordit la lèvre. Mais le père de Takahashi suspendit son geste, et tira Junpei vers lui, pour qu’il se relève. Une nouvelle fois debout, Hiroki le plaqua contre lui, avec possessivité. Junpei sourit, ravi, et se laissa entraîner jusqu’au l’escalier, toujours sans lâcher ses lèvres. Prudemment, Hiroki passa ses mains sous les genoux de Junpei, le souleva du sol, et entreprit de monter les marches, à reculons.
« Hiro, on va tomber, souffla Junpei, contre ses lèvres.
-Si on tombe, je serai là pour amortir ta chute de toute façon…
-Ce n’est pas une raison. »
Hiroki buta sur la dernière marche, malgré tout, et tomba sur les fesses, Junpei dans ses bras.
« Je te l’avais dit…
-Je sais, sourit Hiroki, en mordillant la lèvre de son compagnon.
-Tu n’as quand même pas l’intention de faire l’amour au beau milieu du couloir, plaisanta Junpei.
-Et pourquoi pas ? »
Mais Hiroki se releva tranquillement, alors que Junpei s’était déjà redressé et le père de Takahashi ouvrit la première porte, sur sa droite.
« La chambre d’ami ?
-La mienne est trop loin.
-Obsédé… »
Hiroki sourit et serrant Junpei contre sa poitrine, il s’allongea sur le lit, écrasant son amant de son poids.
« Hiro, tu veux me tuer ?
-Oh, non, crois-moi. »
Hiroki roula pour faire passer Junpei par-dessus lui, mais sa tentative se solda par un cuisant échec, alors qu’ils venaient tous deux de se retrouver par terre.
« Aouch… Hiro, me dis pas qu’on vient de tomber comme deux débutants…
-Désolé, je me croyais dans ma chambre, là où le lit est deux fois plus grand… »
Junpei éclata de rire, imité par Hiroki, puis retrouva son sérieux et le regardant dans les yeux, il lui dit :
« Merci de t’être enfin ouvert à moi. Je n’aurais pas supporté encore que tu m’ignores… »
Pour toute réponse, Hiroki piqua ses lèvres d’un baiser et le porta de nouveau jusque sur le lit, cette fois-ci, avec tendresse. Doucement, il finit de déboutonner la chemise de Junpei, alors que les mains de ce dernier s’attaquaient à son nœud de cravate. Un « je t’aime », soufflé à l’oreille de Junpei, tomba comme une plume sur le cœur de ce dernier, et il ferma les yeux, préférant imaginer les gestes tendres de Hiroki plutôt que de les voir. Il continuait pourtant à déshabiller le père de Takahashi, tirant sur la boucle de la ceinture pour la retirer. L’objet chuta au sol avec un bruit métallique. Junpei arqua le dos quand Hiroki planta ses dents dans son cou, puis se leva légèrement, pour se séparer définitivement de sa chemise. Celle de Hiroki subit le même traitement et bientôt leurs peaux se touchèrent enfin. Junpei se défit de son pantalon, tout comme Hiroki, et contempla le ventre plat de son compagnon, se mordillant la lèvre. Hiroki allait revenir vers lui Junpei secoua la tête et lui demanda de rester où il était. Interloqué, Hiroki allait protester mais les yeux luisants de son amant le convainquirent d’obéir. Et il ne regretta absolument pas. Pire, il ne parvenait plus à détourner le regard de Junpei, qui s’était allongé sur le lit, cette fois-ci entièrement nu. Le bout de sa langue dansait au coin de sa bouche, puis passa sur sa lèvre supérieure, lentement.
« J’ai l’impression que tu aimes ce que tu vois, Hiro, murmura Junpei, amusé. »
Hiroki fut incapable de faire autre chose que de hocher la tête. Satisfait, Junpei écarta tranquillement les cuisses et ses doigts remontèrent vers son torse. Il roula un téton entre son pouce et son index, gémissant. Junpei ne lâchait pas Hiroki des yeux. Il s’appuyait désormais sur son coude et ses jambes, repliées, se séparèrent encore. Ses doigts, après leur petite promenade sur sa poitrine, dévalèrent vers la peau de ses cuisses, effleurèrent son sexe, avant de commencer à se caresser, lascivement. Il gémit et murmura :
« Non… Ne bouge pas. Pas encore. »
Après avoir réveillé son désir, sa main reprit le chemin de sa bouche. Il lécha ses doigts, puis les fit redescendre, laissant une trace de salive derrière eux, avant de faire pénétrer un, puis deux d’entre eux en lui. Il bascula la tête en arrière, et il eut bien du mal à retenir ses plaintes contentées, malgré ses efforts.
Hiroki s’approcha lentement, Junpei trop occupé pour lui ordonner de rester à distance. La main de Hiroki rejoignit celle de Junpei, toujours entre ses cuisses. Junpei cria franchement quand Hiroki lui saisit le poignet, pour écarter sa main et il s’allongea complètement, gémissant, alors que la langue de Hiroki avait pris le relais. Cela dura quelques minutes, le temps pour Hiroki de torturer Junpei à sa guise, par pur esprit de vengeance. Le père de Takahashi s’arrêta, le laissant souffler et Junpei se redressa puis plaqua Hiroki sur le matelas, avec un sourire prédateur. Il prit son visage entre ses mains, et l’embrassa, d’abord avec tendresse et chasteté puis avec plus de férocité. Sa bouche descendit, doucement, mâchonnant les mamelons un instant, avant de poursuivre plus bas. Il se pencha enfin vers le sexe de Hiroki, qu’il titilla consciencieusement, avant de le prendre dans sa bouche, presque en entier. Les mains de Hiroki se glissèrent dans la chevelure de Junpei et arrivant finalement à la limite du supportable, le père de Takahashi poussa la tête de Junpei, qui eut un geignement agacé. Mais la promesse de la suite suffit à le consoler et il se tourna docilement, se mettant à quatre pattes, la tête contre l’oreiller. Hiroki le regarda faire, subjugué par son impudeur.
« Tu as un préservatif ?
-Jun, on… Enfin… Ca fait…
-Je préfère… Désolé, on verra plus tard. »
Hiroki se gratta la nuque, puis se leva précipitamment et Junpei se laissa retomber sur le ventre, en attendant. Hiroki revint deux minutes plus tard, et Junpei ne put retenir une moquerie :
« T’as chouré une capote à ton fils, là.
-Ca va bien, hein, répliqua Hiroki, en rougissant un peu.
-Je plaisante, sourit Junpei, en relevant le bassin. »
Hiroki s’installa derrière lui, et ses mains se posèrent sur les fesses de Junpei, les écartant légèrement. Le bout de son sexe se posa contre son intimité et Junpei se mordit la langue, puis souleva le bassin, encore une fois. Il eut un long soupir, quand Hiroki le pénétra. Sa main remonta sur la cuisse du père de Takahashi. Il n’y avait personne d’autre qu’eux dans cette fichue maison et il laissa son inhibition au placard. Ses gémissements percèrent bientôt la nuit, geignant, suppliant.
« Hiro… Hiro… S’il te plaît… »
Sa requête fut portée aux nues et sa gorge se déchira sur des cris puissants. Son bassin allait à la rencontre de celui de Hiroki, presque surpris par l’ardeur de Junpei. Ses ongles s’enfoncèrent dans ses flancs puis brutalement, il se retira, et le retourna sur le dos, pour pouvoir le voir. Hiroki l’embrassa avec tendresse, caressant son visage, tandis qu’il le pénétrait de nouveau. Il lui murmura qu’il était beau, déposant ses lèvres sur ses joues, son front, sa gorge. Les mains de Junpei se crispèrent sur le dos de Hiroki, sur ses muscles, percevant les lignes de son tatouage. Puis ses doigts se glissèrent dans les cheveux de Hiroki, qui geignit quand Junpei tira dessus. Leurs bouches se scellèrent encore et Hiroki glissa à l’oreille de Junpei :
« Je t’aime.
-Je t’aime aussi, Hiro. »
Les mouvements se firent plus affirmés, plus brutaux, et Junpei arqua le dos, son bras droit replié vers l’oreiller, ses doigts refermés sur le drap. Il partit le premier, avec un long soupir agonisant et Hiroki explosa quelques minutes plus tard puis retomba lourdement sur lui, sur sa peau moite. Junpei fronça les sourcils quand Hiroki se retira et le regarda s’échapper vers la salle de bain, admirant ses fesses musclées au passage. Junpei attrapa la serviette tombée près du lit, et essuya son ventre, maculé de sa semence, puis se tourna ensuite. Hiroki se rallongea en soupirant, sur les tissus froissés. Junpei eut un petit rire et s’exclama :
« Comment j’ai pu oublier ça !
-Ravi de te l’avoir rappelé, répondit Hiroki.
-Bon sang, je ne pensais pas que c’était possible de prendre son pied à ce point-là.
-Je dois me vexer, là ?
-Je dis juste que c’est l’une des meilleures fois de ma vie.
-Et pourtant, dieu sait combien il y en a eu !
-Dis tout de suite que je couche facilement, ça sera plus simple.
-Avec moi, oui, en tout cas ! »
Junpei cogna gentiment Hiroki sur le torse mais appuya sa tête contre son épaule, passant sa jambe par-dessus les siennes, souriant tandis que Hiroki avait posé la main sur sa cuisse, la caressant légèrement. Serrés l’un contre l’autre dans ce petit lit une place, ils laissaient au silence le soin de dire, à sa manière, tout ce qui avait besoin d’être dit. Hiroki finit par tendre la main pour éteindre la lampe de chevet, plongeant la pièce dans la pénombre.
« Dis, tu reviens habiter avec moi ? demanda enfin Hiroki, en embrassant ses cheveux.
-Hiro… Je…
-Je sais bien que cette maison est attachée au souvenir d’Anko, je sais bien que ça te fait de la peine, mais si je te propose de déménager, tu ne voudras jamais…
-C’est vrai. Puis tu l’aimes, toi, cette maison.
-Oui, peut-être. Mais ça fait si longtemps que je t’impose le fantôme de ma femme, et je voudrais tellement nous trouver une place, rien que pour nous deux, là où il n’y aurait pas notre passé ou l’ombre de mon père. Je veux être avec toi, Jun, même si notre couple doit être caché, même s’il est illégal dans la morale des autres. Je veux un nouveau départ, tout recommencer…
-Hiro… Je n’aurais jamais cru t’entendre dire ça un jour…
-Et je n’aurais jamais cru les dire… Mais, je t’aime…
-Je sais… Mais moi, je t’aime plus, répliqua Junpei, avec un petit sourire.
-Certainement pas ! rétorqua Hiroki, en éclatant de rire. »
Il obligea Junpei à passer sur lui, puis le dévora de baisers, avant d’enfin se calmer et de reprendre :
« Je suis sérieux, Jun. On aurait une autre vie, sans nos disputes, sans mes erreurs…
-Tu sais que je vais te céder, Hiro…
-Et tu essaies de résister ?
-Pour la forme, simplement. »
Junpei posa son front sur celui de Hiroki et murmura :
« Et pour Taka ?
-Quoi, Taka ?
-On lui dit quand ?
-Je sais pas… A mon avis, cette petite punaise est déjà au courant.
-Tu parles de ton fils comme ça ? railla Junpei.
-Ah ah, non, mais Taka attend son heure pour se foutre de moi et claironner qu’il avait raison…
-En parlant de Taka, j’ai vu Akihito hier soir, au restaurant ?
-Junpei, tu as l’intention de casser l’ambiance ou quoi ?
-Non… Mais en fait, il m’a dit qu’il dînait là avec son nouvel ami.
-Ah, il va enfin laisser mon fils tranquille…
-Hiro… Tu le fais exprès, ou tu es stupide pour de vrai ? se moqua gentiment Junpei. Takahashi était là aussi.
-Ils ont passé la soirée ensemble ? Mais pourq… Oh… Oh ! Je vois… Mon fils m’espionne…
-On dirait bien…
-Ca mérite une leçon, sourit Hiroki. »
Il se pencha à l’oreille de Junpei et lui murmura quelques mots, qui le firent éclater de rire.
« Tu crois qu’il va gober ça ?
-Aucune idée, mais ça vaut le coup de le tenter, juste pour voir la tête qu’il va faire.
-Tu es un démon, soupira Junpei, en fermant les yeux. Je suis fatigué, Hiro, je voudrais dormir…
-Excuse-moi… »
Hiroki lui embrassa la joue, se tourna un peu sur le côté, et accéda au souhait de son compagnon.
Pour son premier nouveau matin auprès de Hiroki, Junpei se réveilla bien seul. Il grogna et attrapa l’oreiller de Hiroki pour le serrer contre lui, en lâchant un soupir. On était dimanche pourtant, alors pourquoi Hiroki avait-il tant besoin de se lever à une heure pareille. Il ne parvint malgré tout pas à se rendormir et s’assit sur le bord du lit, en se mordant la lèvre. Hiroki n’y était pas allé de main morte hier et il grimaça en passant son boxer. Il sortit de la chambre et descendit les escaliers, se tenant à la rampe. Il trouva Hiroki dans la cuisine, où il s’assit sur une chaise. Hiroki eut un petit sourire en le voyant se mordiller la lèvre et ne put se retenir :
« Un problème ? Une nuit difficile ?
-Va te faire voir.
-Un peu de brutalité n’a jamais tué personne, mais ça en a empêché plus d’un de s’asseoir. »
Junpei décocha une petite tape derrière la tête de son ami et lâcha :
« Sois un peu plus romantique, je t’en prie…
-C’est toi qui me parles de romantisme ? Alors qu’hier soir, tu ne te gênais pas pour te laisser aller ?
-Tu sors ça du contexte…
-C’est ça, c’est ça. En attendant, j’ai fait à manger.
-Ca tombe bien, je meurs de faim.
-Hm… Pas très digne comme tenue…
-Ca te déplait ?
-Non… Ca me distrait. »
Junpei lui tira la langue et ferma les yeux quand les mains de Hiroki tombèrent sur ses épaules et que sa bouche vint caresser sa nuque.
« Je ne travaille pas aujourd’hui… Si tu veux, on passe la journée ensemble.
-Je l’espérais bien… Bon, le temps que tu finisses, je vais prendre ma douche et m’habiller… »
Junpei quitta Hiroki à peine un quart d’heure et retrouva une table mise et le repas servi.
« Jun, tu viendrais avec moi dîner chez ma mère, samedi prochain.
-Euh, si tu veux, mais, tu ne crois pas que… enfin, c’est un peu déplacé…
-Pourquoi ?
-Parce que c’est ta famille et que, je…
-Je vais le lui dire.
-Quoi ? Qu’est-ce que tu vas lui dire ?
-Pour nous deux.
-Mais, Hiro ! Tu as perdu l’esprit ou quoi !
-Absolument pas. Quoi ? Ca ne te fait pas plaisir que je veuille prouver aux autres que c’est avec toi que je partage ma vie ?
-Si, si, bien sûr… Mais justement, Hiro. Je ne veux pas que tu souffres inutilement, et l’intention me suffit juste.
-L’intention, c’est bien mais ce n’est pas assez. Je n’ai plus envie de reculer.
-J’ai peur que tu te fasses du mal, Hiro… »
Les mains de Junpei se posèrent sur les bras de Hiroki, noués autour de son cou, et continua :
« En ces quelques jours, tu as fait bien plus qu’en vingt ans. Et pour ça, je t’en remercie. Mais je ne désire pas non plus que mes exigences te blessent et contraignent à faire des choses dont tu n’as pas le souhait. »
Hiroki lui souffla à l’oreille « je le veux » et Junpei ferma les yeux.
« Hiro, réfléchis bien, malgré tout. A tout ce que ça va impliquer. Il sera trop tard pour faire marche arrière ensuite.
-Je n’en ai pas l’intention. Les mensonges et les secrets ont trop duré.
-J’espère que tu ne regretteras pas. Tu sais, même si ça fait mal, il faut mieux savoir se taire, parfois. C’est toi-même qui me l’as dit, il y a des années.
-J’avais tort. Je me moque du reste, Junpei. Bon… On va parler longtemps ou manger ? sourit Hiroki, pour briser cette gêne et cette tristesse qui leur étaient tombées dessus.
-Si tu veux. Et on fait quoi, après ?
-Rien… On va rester ici à buller. Ou autres, rajouta Hiroki, avec un petit sourire en coin.
-Autres, choisit Junpei, sans hésiter, avant d’éclater de rire. »
Hiroki s’assit en face de Junpei, et après avoir essayé de chaparder dans l’assiette de son compagnon, par jeu, et ils finirent par se donner la becquée, s’amusant comme deux gamins. Ils ne prirent même pas le temps de ranger la cuisine et se retrouvèrent dans le salon, sur le sofa, dans les bras l’un de l’autre. Junpei ferma les yeux en soupirant de soulagement, la tête contre l’épaule de Hiroki. Il souriait, simplement, se contrefichant du silence.
« Dis, Hiro, tu t’étais déjà demandé ce que tu ferais, si je partais ?
-Ces derniers mois, oui. Je voyais que tu t’éloignais, que tu devenais distant, exactement comme moi, je le faisais avec toi. Alors, oui, je me posais des questions, me disais que je pouvais me passer de toi, que, puisque tu te détournais de moi, j’allais me détourner de toi tout autant. Mais j’avais tout faux et je n’ai pas réussi.
-Tant mieux. Je peux te faire une confidence ?
-Vas-y.
-J’avais envie que tu sois jaloux, que tu te rendes compte que je pouvais regarder d’autres hommes, que tu n’étais pas le seul sur terre…
-Tu as réussi ton coup.
-Hiro, j’aimerais quand même que tu repenses à Naoki…
-Pourquoi ? Pourquoi tu veux que je pense à ce type ? Pour me remettre en tête tout ce que vous avez dû faire ensemble ?
-Non… Pas sur cet aspect-là, sur l’autre aspect.
-Tu connais parfaitement ma méthode de fonctionnement à ce sujet. Je ne peux pas tolérer qu’on vienne fouiner dans mes affaires.
-Hiro, il a deux enfants…
-Et alors ?
-Tu en as un, aussi. Imagine-toi Takahashi si tu n’étais pas là, si tu te faisais tuer.
-Taka connaît cette éventualité. »
Junpei serra le poing et frappa la poitrine de Hiroki, qui eut un gémissement étouffé.
« Ne recommence pas. Tu peux bien mettre ton masque de président d’une grande compagnie ou d’une organisation de yakuzas, mais je te connais trop bien. Je connais l’homme, je connais le père. Tu es tellement plus sensible que tu veux bien le faire croire. Alors penses-y.
-Même si je le voulais, je n’aurais pas d’autre solution.
-Mais… Pourquoi ne pas simplement l’intimider, le menacer…
-Tu es bien concerné…
-Je l’aime bien…
-Tu oses me dire ça ? souffla Hiroki, mi-sérieux, mi-amusé.
-J’ose et j’affirme. »
Junpei piqua les lèvres de Hiroki d’un baiser. La main de Hiroki joua avec ses cheveux et sourit, soudain apaisé.
« Je vais devoir rentrer, Hiro.
-Hm, pourquoi ?
-Taka m’attend.
-Tu vas lui dire quoi ?
-Que j’avais un rendez-vous.
-Avec moi ?
-Tu veux qu’il le sache ?
-Non…
-On fait comme on a dit, alors ?
-Eh oui.
-Tu es resté un gamin, Hiro. »
Junpei se serra contre Hiroki, les bras attachés autour de son cou.
« Je te ramène ?
-Non, ne t’inquiète pas. Tu m’appelleras ?
-Tu peux être sûr que je le ferai.
-Bien. »
Junpei embrassa une dernière fois Hiroki et sortit, avec un grand sourire. Quand il rentra chez lui, Takahashi l’attendait, et Junpei retint un rire, devant l’expression suspicieuse du jeune homme. Il se prépara à un interrogatoire en règle, et alors qu’il s’avançait dans la cuisine pour se servir un verre d’eau.
« Pourquoi tu rentres si tard ?
-J’étais occupé.
-Ah oui ?
-J’avais un rendez-vous après ma réunion…
-Oh… »
Même s’il lui tournait le dos, Junpei savait que Takahashi souriait.
« Avec qui ?
-Un collègue. Très mignon, très gentil, bref, parfait… Je te le présenterai à l’occasion.
-Comme tu veux.
-Tiens, j’ai croisé Akihito.
-Et ? demanda Takahashi, avec une voix un peu tremblante.
-Il m’a dit qu’il était avec son nouveau copain.
-Quand ?
-Il n’y a pas longtemps… Tu étais au courant ?
-Evidemment ! Puis qu’est-ce que ça peut me faire ?
-Rien… Bon, tu permets, je vais me faire un petit truc à manger. »
Junpei eut un sourire quand Takahashi lui tourna le dos. Avec amusement, il constata que le jeune homme n’avait pas tant de distance vis-à-vis de Akihito, et qu’il était prêt à croire un mensonge aussi gros et aussi improbable. Sa logique avait pris un coup d’arrêt pour une chose qui n’avait pas lieu d’être. Takahashi quitta la cuisine et alla s’enfermer dans sa chambre, s’installant devant son ordinateur. Il lança son logiciel de messagerie et envoya un message instantané à Akihito :
« Hé, Aki.
-Salut, Taka. Qu’est-ce qu’il y a ?
-Paraît que tu as un nouveau copain.
-Hein ? Mais…
-Junpei t’a vu avec lui, aux dernières nouvelles.
-La seule fois où j’ai vu Junpei, c’était hier, avec toi…Qu’est-ce que tu voulais que je lui réponde, moi ? Que j’étais avec toi pour espionner ton père. Je lui ai dit que j’étais là avec mon mec, et alors ? C’était un restaurant homo, donc il a dû me croire. Je vois pas en quoi ça devrait te poser problème.
-J’ai aucun problème.
-T’es jaloux ?
-Aucune raison pour ce que je le sois. J’espère juste que tu m’en parleras.
-Oh, bon…Tant pis.
-Tant pis quoi ?
-Rien…J’étais content d’être avec toi, hier. Ca va mieux, ta lèvre ?
-Oui, oui. Ta mère n’a rien dit quand elle t’a vu ?
-Elle m’a posé des questions, mais bon…On se voit demain en cours ? Je pense que je vais aller dormir. Je m’étais juste connecté pour demander à Kei ce qu’il fallait faire pour demain. Puis c’est la dernière semaine avant les examens…J’ai pas envie de me planter.
-Moi non plus. A demain, Aki.
-Bye bye. »
Takahashi ferma le logiciel puis éteignit son ordinateur, avant de s’étirer et de s’allonger sur son lit. Takahashi ne prenait pas Junpei pour un crétin et savait parfaitement qu’il avait eu tôt fait de faire le rapprochement entre la présence de Akihito dans ce restaurant, celle de Hiroki et la sienne, et celle de Takahashi. Pour résumer, Junpei savait qu’il savait, et lui maintenant, savait que Junpei savait qu’il savait. Un brin compliqué mais Takahashi allait s’en sortir.
Lundi, Kotarô patienta toute la matinée. Bizarrement, et peut-être parce que le destin était avec lui, Kirai était venu seul. Kotarô était resté près de Tôru et quand vint la fin des cours, juste avant midi, il s’excusa auprès de lui avant de courir à la suite de Kirai, qui se tourna vers lui, surpris de le voir si pressé.
« Tu fais quoi là, Kirai ?
-Euh, comme je déménage, j’allais à mon ancien appart, pour prendre le reste de mes affaires.
-Tu déménages ? Et c’est maintenant que tu me le dis !
-Désolé, ça a été rapide.
-Je vais venir t’aider.
-Euh, mais…
-Ne discute pas.
-Bon, bon. C’est à toi que ça va prendre du temps. »
Kotarô ouvrit la portière et lança son sac sur la banquette arrière.
« Tu es sûr que ça ne te dérange pas ? redemanda Kirai, en démarrant.
-Mais non, je te dis, au contraire. »
Kirai ne posa plus de question et trente minutes plus tard, il rentrait dans l’ascenseur, avec Kotarô. Ce dernier s’appuya contre la paroi et croisa les jambes puis prit la parole :
« Kirai, tu comptes me le dire quand, les yeux dans les yeux ?
-Quoi ? Mais… »
Kotarô, avec rapidité, appuya sur le bouton qui stoppa la cabine et Kirai se figea quand le jeune homme continua :
« Tu avais peur de me l’avouer ? Je pouvais comprendre, tu sais.
-Mais euh…
-Shô et toi, vous êtes ensemble.
-Mais… »
Kotarô appuya de nouveau sur le bouton et l’ascenseur repartit. Kirai ne parvenait plus à articuler un mot et ce fut Kotarô qui s’en chargea pour lui, alors qu’ils rentraient tous deux dans l’appartement.
« Je ne t’en veux pas, si tu veux tout savoir. Mais simplement, je ne te demande que la vérité.
-Ko, je… Je pensais vraiment à te le dire. Je déménage pour vivre avec lui, et…
-En effet, je risquais de m’en rendre définitivement compte, sourit Kotarô. Depuis combien de temps ?
-Oh, de manière tout à fait claire, seulement deux semaines. Mais pour être honnête, ça fait bien quelques mois déjà. »
Kirai passa sa main dans ses cheveux en soupirant et Kotarô reprit :
« Ne te torture pas avec ça, Kirai. Ce n’est pas comme si ça me tombait dessus comme ça. J’ai eu le temps de le voir venir.
-Depuis quand ?
-Deux bons mois, déjà. Mais dis-moi, pourquoi Shô n’est pas venu aujourd’hui ?
-Il s’est « foulé la cheville », répondit Kirai, en mimant les guillemets. Et il est aussi totalement insupportable, donc, sourit-il, pour conclure.
-Ah, finalement, j’ai échappé au pire ! plaisanta Kotarô. Il est où en fait ?
-Chez mon père. Je suis retourné là-bas comme je te l’avais dit puis comme il habitait déjà avec moi…
-Hein ?
-Oui, en fait, il a eu des soucis alors je lui ai proposé de venir chez moi, puis j’ai dû aller chez mon père et il est venu avec moi. Ca fait presque six mois qu’on ne se quitte plus.
-Tu es amoureux ?
-Oh oui, reconnut Kirai. Fou amoureux. C’est con, hein ?
-Non, c’est mignon. C’est drôle, je ne pensais pas que ce genre de romantisme t’irait, mais en fait, si, ça te va comme un gant.
-Franchement, j’étais de ton avis, avant. Enfin, plus ou moins. Puis voilà. Les faits sont là. »
Kotarô passa un bras par-dessus les épaules de Kirai et, voulant le réconforter, il reprit :
« Si cela s’était passé il y a plusieurs mois, tu peux être sûr que je t’aurais au moins mis mon poing dans la tronche.
-Tu l’aurais fait une seule fois, remarqua Kirai, avec un petit sourire.
-Oui, ça, je veux bien croire que tu m’aurais éclaté ensuite ! Mais de toute façon, ce n’est pas ce qui va se passer. Parce que Shô ne représente rien de plus pour moi qu’un ami, à présent. Et que je suis trop égoïste pour lui. Je sais qu’il a besoin de beaucoup d’attention et je ne pense pas en être capable. C’est mieux comme ça. »
Kotarô tapota l’épaule de Kirai une dernière fois puis s’exclama qu’il serait peut-être temps de préparer ses affaires.
« Dis, le nouvel appart, il est où ?
-A Ginza.
-Quoi ? Eh, bah, tu t’embêtes pas, toi, répondit Kotarô, en s’emparant d’une pile de cds.
-Il faut ce qu’il faut. Puis Shô est tellement content. Tiens, donne-moi ça s’il te plaît. »
Kirai déposa les cds dans un carton, qu’il ferma ensuite avec du scotch.
« Pourquoi tu demandes pas à des déménageurs ?
-Je ne prends que mes affaires personnelles. Mon père va louer cet appart, donc je laisse les meubles.
-Ah, je t’envierai presque d’avoir une nouvelle vie !
-Ca t’arrivera à toi aussi.
-J’espère bien. ! »
A une heure, le ventre creux mais la tâche accomplie, Kirai et Kotarô descendirent la dizaine de cartons et les deux valises jusque dans la voiture du jeune homme, garée devant.
« On ne peut pas dire que je sois resté longtemps ici, mais j’aimais bien, quand même. J’y ai des bons souvenirs.
-Tu t’en feras d’autres !
-Tu veux passer voir Shô ? Je suis sûr que ça lui fera plaisir.
-Pourquoi pas ! Histoire de voir s’il est encore vivant malgré la douleur qui le terrasse.
-Ne te moque pas ! le réprimanda Kirai, en riant. »
Kotarô ignorait, si dans le fond, il serait capable d’affronter le bonheur de Shô et de Kirai, alors que sa vie tombait en morceaux, malgré ce qu’il martelait avec force. Il regarda les rues défiler, observant les grandes maisons du quartier dans lequel ils venaient de s’engager. Kotarô ne se souvenait pas être déjà venu ici, et il jeta un regard de haut en bas à la demeure, alors qu’il sortait de la voiture. Il emboîta le pas à Kirai, traversa la cour, et entra. Il avança avec calme le long des engawa et se tint derrière Kirai, alors que celui-ci faisait couler un des panneaux qui fermaient sa chambre.
Shô, en t-shirt et en boxer, qui avait entendu des pas, éteignit rapidement l’ordinateur, et se leva de la chaise sur quel il était assis. Il s’allongea vivement sur lit, arrangeant un oreiller derrière son dos. Il reposa son pied droit, bandé, sur le petit coussin, au bout du lit, et attrapa un magazine, adoptant une expression douloureuse. Il avait aussi mal qu’il était bonne sœur, mais simuler sa souffrance lui permettait d’avoir Kirai à son service, rien que pour lui. Shô releva la tête pour croiser le regard de Kirai et il eut un grand sourire, jetant son magazine au sol.
« Tu vas mieux ? demanda Kirai.
-J’ai mal.
-Je sais bien. Tiens, je t’ai amené de la visite. »
Kirai s’écarte et Shô ouvrit de grands yeux, soudain abasourdi et quelque peu paniqué. Il interrogea Kirai qui lui sourit, encourageant, et Kotarô s’exclama :
« Bonjour, Shô.
-Euh… Ko… Je…
-Ne t’inquiète pas, Shô. Je sais.
-Que… quoi ?
-Pour Kirai.
-Kotarô, je suis désolé…
-Tu n’as pas besoin. J’avais compris il y a longtemps, comme je l’avais dit à Kirai. Je suis là pour te passer un petit coucou et voir si tu allais bien.
-Euh… Oui, ça peut aller. »
Les yeux de Kotarô tombèrent sur la cheville de Shô, et il hocha la tête.
« Kotarô m’a aidé à emballer les affaires qui étaient restées à l’ancien appart. Il ne reste plus que celles ici et on pourra partir.
-Enfin !
-Je vous aiderai à tout déplacer si vous voulez.
-Ko, c’est gentil, mais, commença Shô, avant qu’il ne soit interrompu par Kirai.
-Génial ! On ne sera pas de trop, puis on pourra se voir comme ça ! »
Shô eut une petite moue, mais retrouva presque le sourire quand Kotarô annonça qu’il allait les laisser.
« Kirai, où tu vas ? s’étonna Shô en le voyant sortir à la suite de Kotarô.
-Je raccompagne Ko.
-Tu m’abandonnes encore ? Alors que je suis blessé et que je ne peux pas bouger…
-T’en fais pas, Kirai, je prendrai le métro.
-Bon… Je te raccompagne jusqu’à la porte, quand même. »
Shô dut capituler et attendit sagement Kirai dans leur chambre. Le jeune homme marcha près de Kotarô, qui dissimula un petit rire et quand Kira s’en offusqua, il ne put que répondre :
« Je te souhaite bien du plaisir. Je vais presque ne pas regretter en fait.
-Je te permets pas, plaisanta Kirai, en lui donnant un petit coup de poing sur la poitrine.
-Je suis content pour vous deux. Vous m’inviterez pour la pendaison de crémaillère, j’espère !
-Promis ! »
Kotarô salua Kirai, non sans se moquer gentiment de lui une dernière fois, et partit, marchant à vive allure. Kirai soupira et retourna près de Shô qui l’attendait, toujours sur le lit.
« Kirai, je n’ai pas mangé de la journée, comme je ne pouvais pas me lever, commença Shô, d’une voix plaintive.
-Je vais te chercher ça, d’accord. Repose-toi bien en attendant que je revienne. »
Kirai se pencha vers Shô et l’embrassa tendrement, avant de repartir. Satisfait, Shô attrapa son chat, le serrant contre lui, le caressant avec amusement. Il commençait à s’impatienter, quand enfin, Kirai revint avec un plateau, qu’il posa sur le lit.
« Merci.
-Pas de quoi. »
Kirai s’assit près de Shô et passa sa main dans les cheveux bruns de son compagnon, lui déposant un baiser sur la tempe, avant de s’allonger près de lui. Shô repoussa le plateau quand il eut terminé, puis vint se blottir contre Kirai.
« Tu es sûr que tu ne veux pas voir un médecin.
-Ca va passer. Tant que tu restes avec moi, je ne vais pas y penser. Dis…
-Oui ?
-Quand est-ce qu’on part ?
-J’ai tout réglé avec le notaire et l’agence. Je pense que d’abord, on devrait passer nos exams, partir en voyage, puis revenir et s’installer…
-Oui… Mais j’ai tellement envie ! Ca me torture de devoir attendre. Kirai…
-Oui ?
-Tu veux bien me faire couler un bain ?
-Bien sûr, pas de souci. »
Kirai s’arracha à Shô, qui protesta même si c’était de sa faute, et partit dans la salle de bain. Alors qu’il tournait le robinet pour faire couler l’eau chaude dans la baignoire, la voix de Shô s’éleva de nouveau :
« Tu me porteras, hein, Kirai, s’exclama Shô, sans même poser la question.
-Ne t’en fais pas, mon cœur. »
Kirai regarda la baignoire se remplir jusqu’à la moitié puis retourna dans la chambre, s’asseyant sur le bord du lit, attirant Shô vers lui. Il passa son bras sous ses genoux, alors que le jeune homme s’accrochait à son cou. Traité comme un roi, Shô en profitait honteusement, prenant les attentions de Kirai comme des présents qui lui étaient dus.
« Voilà. »
Kirai déposa Shô au bord de la baignoire, passa ses deux mains dans les cheveux bruns, et déposa un baiser sur ses lèvres, avant de lui dire :
« Prends ton temps. Je vais ranger et aller chercher mes affaires dans ma bagnole.
-Tu restes dans la chambre, après hein.
-Pas de souci. Appelle-moi quand tu auras besoin de moi. »
Kirai lui fit un petit clin d’œil et le laissa seul, sans refermer la porte, la laissant entrouverte. Shô se déshabilla, retira le bandage de sa cheville et s’alanguit dans la baignoire. Avec un soupir ravi, fermant les yeux, il savait qu’il avait gagné. Gagné sur toute la ligne. Il était mal parti, au départ, enchaînant les galères, les mauvaises rencontres, s’égarant vers des chemins dangereux, qui avaient manqué plus d’une fois de lui coûter la vie. Il avait aussi mené une existence forcée dans la luxure et la débauche. Puis, sur sa route, il avait croisé celle d’un jeune homme, un jeune homme qui n’aurait certainement fait jamais attention à lui s’il n’y avait pas eu toutes les circonstances qu’il connaissait. Kotarô, son secret, Akimine… Puis, malgré tout, Kirai s’était attaché à lui comme lui-même l’avait fait avec lui. Au début, il avait juste voulu quelqu’un pour être à ses côtés, quelqu’un qui pourrait l’aimer, puis il avait vite compris qu’au-delà de son amour, Kirai avait d’autre chose à donner, notamment une vie bien différente de la sienne, celle d’avant. Une vie où tout était plus simple, où il avait tout ce qu’il voulait, au moindre mot et au moindre geste, où Kirai était à ses pieds, exauçant ses moindres souhaits. Oui, Kirai était un idéal devenu réalité. Il était beau, intelligent, gentil et surtout, entièrement dévoué à sa cause. Essayait-il de racheter les deux années misérables que Shô avait menées auparavant ? Finalement, Shô s’en fichait, lui, il savait que Kirai l’aimait, qu’il ne chercherait jamais à le blesser, et ça lui suffisait. Mais Shô commençait aussi à nourrir un vice, qu’il ne maîtrisait pas. Avec consternation, il apprenait à connaître la jalousie, qui lui faisait perdre ses esprits. Cette traîtresse lui faisait tourner la tête, il la voyait partout et n’arrivait pas à la combattre, elle était bien trop forte. Shô manquait de confiance en lui, depuis toujours et Akimine et le reste n’avaient pas arrangé les choses. Avoir Kirai à côté de lui le faisait remonter dans sa propre estime, mais ce n’était pas suffisant, pas assez, pas encore. Il reportait toutes ses peurs de se voir abandonné de nouveau sur cette jalousie.
Il lâcha un soupir et se redressa légèrement, avant d’appeler Kirai, deux fois. Le temps que le jeune homme arrive, Shô était sorti de la baignoire et avait passé son boxer, puis s’était assis sur le bord en marbre.
Kirai lui sourit et le reprit entre ses bras, pour le ramener dans sa chambre.
« On va bosser un peu, hein, déclara Kirai, en attrapant son sac de cours.
-Hmm, grogna Shô. Tu veux bien me refaire mon bandage, s’il te plaît ?
-Tout de suite. »
Kirai alla chercher la bande strap posée sur le bureau et se rassit au bout du lit. Il se saisit délicatement de la cheville endolorie de Shô et la banda doucement, avant de la reposer et de revenir vers Shô, s’allongeant près de lui. Sa bouche partit vers celle de son petit ami et il l’embrassa tendrement. Les bras de Shô se serrèrent autour du cou de Kirai et répondit à ce baiser avec ardeur.
« Je t’aime, murmura Kirai à l’oreille de Shô, avant d’en mordiller le lobe.
-Je t’aime aussi… »
Ne me quitte jamais… Menace ou supplique ? Shô s’écarta, mais laissa sa tête reposer contre l’épaule de Kirai, se focalisant à présent sur les feuilles bardées de notes que le brun venait de sortir d’un classeur.
Avec la chance qu’il avait, il s’était mis à pleuvoir alors qu’il marchait à grandes enjambées. Kotarô pesta rageusement contre le mauvais temps et se réfugia bien vite dans un immeuble pour se mettre à l’abri. Il grimpa les escaliers et frappa à la porte avant d’entrée sans même attendre qu’on vienne lui ouvrir. La mère de Tôru lui avait dit de ne pas s’embêter avec ça et il faisait presque comme chez lui, à présent. Il retira ses chaussures et posa son sac sur le canapé, avant de se diriger directement vers la chambre de Tôru. Il trouva ce dernier endormi sur son lit, tourné sur le ventre. Kotarô eut un sourire et poussa les livres, les envoyant par terre, sans y faire attention. Il s’assit près de son ami et se pencha au-dessus de lui, jouant avec une mèche de ses cheveux, qu’il utilisait pour lui chatouiller la joue. Tôru maugréa dans son sommeil et tenta d’enfouir sans tête dans sa couette, avant que Kotarô ne décide de s’affaler sur lui, le secouant pour le réveiller. Tôru geignit et essaya de l’écarter d’un bras, se tournant sur le dos. Il ouvrit les yeux en jurant et repoussa Kotarô, qui s’allongea près de lui, reprenant son souffle.
« Excuse-moi de t’embêter, s’exclama Kotarô, avec un grand sourire.
-Tu n’en penses pas un mot, saleté. Je te déteste.
-Menteur.
-Ouais, sûrement. Il est quelle heure ?
-Trois heures trente. T’étais encore en train de bosser ?
-Oui, enfin, j’en donnais l’illusion. Je me suis endormi.
-J’ai cru remarquer.
-Tu viens d’où, toi ?
-De chez Kirai. On a parlé.
-A propos de… ça ?
-Ouais… Hmm, continua Kotarô, en se redressant sur un coude. J’aurais cru que ça me ferait plus de peine que ça, mais en fait… J’ai juste un pincement au cœur, mais plus par rapport au fait qu’ils sont l’air si heureux et que moi… Ben… Je suis plutôt neutre, côté bonheur et joie de vivre.
-Tu te débrouilleras bien pour trouver… Et avec Shô, ça s’est bien passé ?
-Ouais, plutôt. Et tu sais quoi ?
-Non ?
-Eh bien, finalement, je crois que Shô ira très bien avec Kirai…
-Comment ça ?
-Je n’aurais pas eu les nerfs pour le supporter, en fait. Je ne sais pas si c’est le temps, l’amour qui aveugle, ou juste parce qu’il a changé en six mois, mais bon dieu… Un vrai gamin capricieux. « Kirai, fais ça, fais ci, ne me laisse pas tout seul, etc, etc… »
-Ah, j’ai remarqué aussi, parfois. Je crois que c’est surtout depuis qu’il connaît Kirai… Il obtient tout de lui, et crois-moi, dans sa vie, ça n’a pas toujours été facile. Alors, il se rattrape comme il peut. Je ne pense pas qu’il faille lui en vouloir, ce serait injuste.
-Je n’ai pas dit le contraire. Juste que ça me tape sur les nerfs, voilà. Même toi, tu n’es pas aussi chiant. Tu imagines, un peu ? »
Tôru laissa échapper une exclamation faussement outrée et attrapa son oreiller dont il se servit pour maltraiter joyeusement Kotarô, jusqu’à ce que celui-ci rende les armes, implorant son pardon, alors qu’il était pris d’un fou rire.
« T’as mangé ?
-Non, répondit Tôru, en se calmant. J’ai dû m’endormir avant.
-Ca tombe bien, j’ai pas encore déjeuné. Et tu n’oublies pas que je devais t’inviter, pas vrai ? Donc, cette fois-ci, plus moyen que tu te défiles, hein !
-Si ça peut te faire plaisir, sourit Tôru.
-Tu te forces ?
-Non. »
Tôru s’étira alors que Kotarô s’était redressé, et rejoignit son ami, attrapant sa veste au passage.
« Merci, Ko.
-Pour quoi ?
-Pour t’occuper de moi comme ça. Pour ne pas me laisser tout seul. Pour être avec moi, quoi. Si on m’avait dit, il y a six mois, qu’on deviendrait presque inséparables, j’aurais ri ou alors, je me serais mis en colère.
-Comme quoi, rien n’est jamais joué ! Allez, viens ! Je vais finir par tomber, tellement je crève la dalle. »
Tôru laissa un petit mot à sa mère, au cas où, et partit avec Kotarô, ravi.
Akihito mordilla son crayon puis le posa sur la tablette, massant son poignet. Il ne pouvait plus écrire un mot à moins de se déchirer un muscle. Il ne lui restait plus que trois jours avant de passer ses examens et il ne savait même pas s’il était prêt. Il avait plutôt intérêt à l’être, il le savait bien, mais il restait incertain. Voulait-il réellement faire ce qu’il avait choisi, n’était-ce pas un autre moyen de rester avec Takahashi ? Il soupira et griffonna dans un coin de sa feuille. Un sourire éclaira son visage quand il pensa à son ami et il tourna légèrement la tête vers la droite, pour le voir.
Depuis lundi, il lui semblait que tout allait déjà mieux. Ses amis paraissaient moins tendus en sa présence, les regards se faisaient moins lourds et les paroles moins dures. Il demeurait l’ombre de Maki et son aura mauvaise n’était jamais loin de lui. Mais pour le moment, il se tenait tranquille, préparant peut-être sa vengeance dans son coin. Tant qu’il ne s’en prenait pas à Takahashi pour l’atteindre, il s’en fichait. S’il touchait au jeune homme, alors, Akihito changerait immédiatement de politique. La guerre de position n’était pas un problème pour lui et il s’en sortait très bien. Il ouvrit son livre d’histoire à la page demandée et jeta un œil distrait aux différents textes. A midi, Mayu le traîna dehors, malgré la neige et le froid, et ils s’installèrent sous un porche, à l’abri du vent, retrouvant Takahashi, Takuya et Yuki.
« Tu vas le finir, ça, Aki ? demanda Takahashi en pointant un onigiri.
-Non, tiens, prends-le si tu veux.
-Merci.
-Sale goinfre, Taka, plaisanta Takuya.
-J’ai faim. Pas eu le temps de préparer un repas digne de ce nom, et Junpei est parti tôt. J’aurais pu demander à Natsu… si j’avais eu envie de mourir jeune. »
Akihito esquissa un sourire en voyant Takahashi s’emparer d’une partie de son repas. Takahashi avait enfin cessé d’afficher l’apparence maussade qu’il avait gardée durant trop de temps. Le joli sourire enfin retrouvé lui faisait regretter amèrement ses moments de trouble et de méchanceté. La disgrâce qu’il avait subie n’en était que légitime mais elle faisait mal.
« Aki ! »
Takahashi venait de poser les deux mains sur ses épaules et s’était appuyé contre lui, sa bouche à quelques centimètres de son oreille. Pourtant, Takahashi ne chuchota pas et lui dit calmement :
« On rentre ! Il fait trop froid ! »
Akihito soupira, puis se leva. Ses jambes engourdies tremblèrent sous le froid puis le jeune homme suivit ses amis pour retourner dans la salle de classe.
« Je vais chercher des mines de critérium dans mon casier, j’en ai pour deux secondes… »
Akihito abandonna les autres et marcha, le pas lent, vers les rangées de casiers, plus loin. Alors qu’il farfouillait en jurant à la recherche de ses crayons. Il sursauta pourtant quand une boule de papier heurta son épaule, et il laissa tomber un cahier.
« Hé, Aki ! Comment ça va, aujourd’hui ? »
Le ton était trop amical pour être honnête et Akihito soupira en refermant brutalement son casier.
« Qu’est-ce que tu veux, Maki ? »
L’autre croisa les bras sur sa poitrine. Il était étonnamment seul, trop seul, peut-être.
« Qu’est-ce que tu veux ?
-Je viens voir un ami, j’ai pas le droit ?
-On n’est pas amis…
-Ah oui, c’est vrai. Tu as retourné ta veste il n’y a pas longtemps. Enfin, j’ai entendu dire que c’était ta spécialité. En plus d’être pédé… »
Akihito éclata d’un rire moqueur et répliqua :
« Ouh, tu m’as fait mal, là… Ecoute, je me fous de ce que tu peux me faire, dire aux autres, ou quoi. Ecris-le sur mon casier, hurle-le dans toute l’école, de toute façon, je me barre dans une semaine. Après, ça sera fini, tu resteras dans ta médiocrité compulsive tandis que moi, je vais aller à la fac, à Waseda, et tu ne pourras rien contre ça.
-Ton point faible, c’est Takahashi et…
-Oh, Takahashi ? le coupa Akihito, ironiquement. Tu en as déjà assez de la vie ? Ca te fatigue, ton existence creuse ? Tu oublies son nom de famille ? Tu es prêt à braver les hommes qui l’entourent ? Prêt à braver son père ? Il te tuera de ses mains si jamais tu fais du mal à Takahashi… Ca fait quoi de se sentir impuissant et stupide ? Inutile et indésirable, hein, Maki ? »
Les prunelles noires de Maki flamboyèrent de colère et il se jeta presque sur Akihito, le plaquant contre son casier. Akihito baissa les yeux, dominant Maki d’au moins quinze centimètres. Les mains du jeune homme étaient serrées sur le col de sa chemise de lycéen. Akihito lui attrapa les poignets et avec autorité, il les écarta de lui, sans se départir de son sourire mauvais.
« Ca blesse à ce point, la vérité ? continua Akihito. Tu n’auras rien, tu es fini. »
Akihito repoussa Maki brutalement et ce dernier hurla presque :
« Tu ne perds rien pour attendre ! Tu regretteras ce que tu m’as dit, tu le paieras très cher ! Tu prieras pour ne jamais t’être foutu de moi ! »
Akihito, qui lui tournait le dos, leva la main et lui fit un signe moqueur. Cause toujours. Akihito n’avait pas peur, il n’y arrivait même plus. Ce qu’il avait dit à Maki s’appliquait à lui aussi. Tellement à lui. Lui aussi était bête, inutile et creux… Il n’était rien, rien de ce qu’il voulait être, rien de ce qu’il pourrait être. Et Maki avait raison, Takahashi était son point faible, dans bien des situations. Il était son point faible en amitié, son point faible en amour, son point faible en tout.
Akihito rentra dans la salle de classe, les sourcils froncés. Il n’entendit pas la question que lui posa Mayu et posa son front contre sa main, le coude posé sur la tablette. Il était si fatigué, il fallait que tout s’arrête. Vite. Il sortit de sa catatonie quand Mayu le secoua.
« Aki, tu es sûr que ça va ?
-Euh, oui. Je suis crevé, faut que je dorme, je crois.
-Ah, bientôt, tu pourras ! J’ai trop hâte !
-Oui, moi aussi… »
Mais l’empressement de Akihito à changer d’atmosphère était presque gâché par la nostalgie qu’il ressentait à abandonner ce qu’il avait gagné, durant sa dernière année de lycée. Tristement, il se voyait presque revenir au début, quand il n’avait rien. Il allait devoir tout recommencer, tout refaire, et en avait-il la force ? Il désirait simplement rester avec Takahashi, il était la représentation du changement et de tout ce qu’il entraînait. Sans lui, il n’était pas certain de pouvoir continuer à poursuivre sa quête du renouveau.
Quand il rentra chez lui, le soir, il dîna à peine et préféra s’enfermer dans sa chambre, avec cette irrépressible envie de pleurer, comme si finalement, il n’était encore rien que l’enfant qu’il avait voulu mettre de côté, il y a quelques mois.
Enfin en vacances. Takahashi sautillait dans la cuisine, tout content d’avoir enfin la paix. Il ne lui restait plus que le test terminal et il pourrait profiter d’un bon mois avant de reprendre les cours à la faculté, pour sa première année. Junpei était absent, et il avait reçu un appel de son père, qui lui demandait de venir le voir à la maison, pour « régler un problème », parait-il. De bonne humeur, Takahashi avait d’abord décidé de grignoter un peu de profiter de sa première heure de vacances, tranquillement. Il savait qu’au bout, il allait dire adieu à beaucoup de choses, et surtout à quelqu’un. Le départ de Takuya ne quittait pas un coin de sa tête et il cherchait à profiter par tous les moyens du jeune homme, avant qu’il ne le laisse pour partir vers l’Australie. Il pourrait aller le voir, quand il le souhaiterait, mais rien ne serait plus pareil, et Takahashi en était blessé. Il franchissait une nouvelle étape dans sa vie, avec empressement mais aussi réticence mêlée.
Takahashi se débarrassa de son uniforme qu’il jeta en boule dans un coin de sa chambre, il fouilla dans son sac pour trouver ses clés de voiture, et sortit de l’appartement, en sifflotant.
« Tu sais quoi, Hiro ?
-Non… »
Hiroki sourit et déposa un baiser sur les lèvres de Junpei, tous deux assis sur le banc, en face du piano.
« Tu es un vrai gamin.
-Oh, vraiment ? C’est vrai que je m’amuse rien qu’à l’idée de la tête qu’il va faire.
-Franchement, que diraient tes employés et tes hommes s’ils te voyaient ?
-Aucune idée et je m’en fiche complètement. »
Les doigts de Hiroki caressèrent les touches blanches et une douce mélodie enveloppa Junpei, qui se serra contre Hiroki, déposant un baiser sur sa joue, avant de mordiller son oreille.
« Hallelujah ?
-Tu n’aimes pas Leonard Cohen ?
-Si… J’aime ta façon de le jouer… »
La musique cessa et Hiroki murmura quelques mots à l’oreille de Junpei, avant de se lever et de revenir sur le divan.
« Je m’occupe de Takahashi et ensuite, on dîne tous les deux…
-Hmm, d’accord…
-Je crois que je l’entends…
-En clair, il faut que je te laisse tout seul pour le moment ?
-Tout à fait.
-Ne le fais pas pleurer.
-Ca dépendra de mon humeur. »
Junpei plissa le nez et embrassa Hiroki une dernière fois, avant d’aller dans la cuisine, se chercher de quoi manger.
Takahashi grimpa les escaliers rapidement et déboula dans le salon.
« Papa !
-Tiens, Taka. Comment tu vas ? »
Takahashi sauta sur son père qui rit doucement, avant de le repousser gentiment.
« Je vois que sortir du lycée te ravit au plus haut point.
-Ben, ça veut dire que je vais être tranquille pendant un mois, à pouvoir me lever super tard, et tout… Mais sinon, pourquoi tu m’as appelé ?
-Il fallait que je te parle de quelque chose… Tiens, assis-toi, là, d’accord ? »
Takahashi se laissa tomber sur le divan et Hiroki s’installa à côté de lui, lui attrapant la main.
« Voilà… Je pense qu’il est temps pour toi que tu saches. »
Takahashi se mordit la lèvre pour ne pas sourire et écouta son père, qui poursuivit :
« Tu sais que depuis que Junpei est parti, je suis seul…
-Moui…
-Tu m’as conseillé d’essayer de refaire ma vie, de trouver quelqu’un d’autre.
-Oui, mais…
-Au début, le coupa Hiroki, je ne voulais pas, je crois que je n’étais pas prêt, que j’avais besoin de temps. Mais finalement, je crois que je ne peux plus supporter ma solitude.
-Mais, Junpei et… Et tout ! Je t’ai vu et…
-Tu m’as vu ?
-Oui, tu étais avec lui, et… les coups de téléphone et… »
Takahashi avait presque envie de pleurer mais Hiroki continuait impassible :
« Il y a une personne qui partage ma vie depuis quelque temps. Une personne à laquelle je tiens beaucoup, que j’aime. »
Toutes les théories de Takahashi paraissaient voler en éclat, sous les yeux satisfaits et un peu sadiques de Hiroki. Celui-ci poursuivit sur sa lancée :
« Et je pense qu’à présent, il est temps pour toi que tu la voies et que tu saches. »
Hiroki se leva du canapé, laissant un Takahashi complètement amorphe. Il sortit du salon et retrouva Junpei dans la cuisine, qui commençait à s’impatienter.
« Tu verrais sa tête, ça n’a pas de prix !
-Tu es cruel, sourit Junpei.
-Penses-tu ! Allez viens, il attend de voir qui est ce suppôt de Satan qui corrompu son père !
-Je devrais avoir honte. »
Hiroki éclata de rire et l’entraîna avec lui, lui demandant d’attendre un instant, derrière lui, alors qu’il était sur seuil du salon.
« J’espère que tu l’accueilleras bien, Taka. »
Takahashi avait surtout envie de lui arracher les yeux. Hiroki prit la main de Junpei et avec un grand sourire, il le fit passer devant lui, en annonçant :
« Voilà, sois bien gentil avec lui, Takahashi, hein ! Je crois que Jun le mérite bien.
-Papa, sale traître ! »
Takahashi sauta du divan et se jeta sur son père, en pleurant à moitié. Junpei le serra dans ses bras, éclatant de rire et lui ébouriffa les cheveux.
« C’était pour la petite soirée d’espionnage de samedi et aussi parce que je trouvais ça marrant, remarqua son père.
-Tu trouves ça drôle ? bouda Takahashi.
-Et oser pister ton pauvre père ?
-Vous n’étiez pas discrets et vous ne me disiez rien…
-On était tellement pas discret que tu as cru que j’avais remplacé Jun… »
Takahashi grogna et Junpei s’exclama :
« Allez, Taka, nous sommes désolés. Tu ne nous en veux pas, quand même ?
-Je sais pas… Si vous vous rattrapez, ça ira… »
Junpei sourit et proposa à Takahashi de rester avec eux, le temps du dîner. Le jeune homme hocha la tête, retrouvant le sourire, qu’il n’avait en fait jamais réellement perdu.
« Dites, vous allez revivre ensemble ?
-Euh… Ce n’est pas à l’ordre du jour pour le moment…
-Pourquoi ?
-Il faut encore un tout petit peu de temps…
-Mais ne t’en fais pas, Taka. Tu auras mon appart, va. »
Takahashi lui tira la langue et alla mettre la table dans la salle à manger. Après dîner, il partit rejoindre Takuya, laissant les deux adultes ensemble.
La bonne humeur de la veille avait fait place à une atmosphère bien maussade. Ce soir, ils avaient rendez-vous avec la mère de Hiroki, et ce dernier semblait sur le point de changer de couleur, presque blanc comme un linge. Junpei l’avait senti tendu et soucieux, durant tout le trajet en voiture. Il savait pourquoi, Hiroki n’était pas revenu sur sa décision de lever le voile sur leur relation et à l’avance, il avait conscience que cela n’allait pas être une partie de plaisir. Sa mère était attachée à la tradition, et ne tolérait pas les écarts. Après tout, elle n’avait pas épousé Hirofumi Fukimashi pour rien et elle le montrait souvent, avec aplomb. Asahi et Mayumi dînaient avec eux également, histoire de faire le tampon. Hiroki avait prévenu son frère de son impensable idée et malgré les mises en garde de Asahi, il avait refusé de faire marche arrière. Takahashi était resté à la maison, refusant de voir sa grand-mère, et préférant de loin s’amuser avec ses amis.
Hiroki sortit de la voiture, claquant la portière en tremblant. Junpei le couvrait de son regard amoureux et inquiet, lui qui savait son homme en pleine détresse. Bien sûr, il se réjouissait du choix de Hiroki, qui lui donnait enfin la légitimité de leur amour, le sortant de cette ombre où il l’avait laissé durant tant d’années. Il serra sa main une seconde avant d’entrer dans la maison typiquement japonaise où vivait la mère de Hiroki. Akiko Fukimashi, Asahi et Mayumi étaient déjà là, et Hiroki ne put retenir le regard anxieux qu’il lança à son frère, qui n’était pas en meilleur état, pressentant la catastrophe. Seule Mayumi affichait un sourire de circonstance, forcé et crispé.
Hiroki soupira et prit place à son tour. Il avait presque quarante ans mais ne s’assumait toujours pas. Au contraire, Junpei, lui, avait mis ses parents au courant dès le départ, et c’était d’ailleurs bien pour cela que les ponts avaient été coupés.
Hiroki salua sa mère, qui lui répondit, l’air rigide. Akiko jeta un coup d’œil en biais à Junpei, se demandant bien ce qu’il faisait là, après tout, il ne faisait pas partie de la famille. Elle ne fit malgré tout aucun commentaire et demanda des nouvelles de son petit-fils, déplorant son absence. Où était donc passée la piété filiale ? Hiroki ne dit rien et tenta de dévier la conversation vers Asahi et Mayumi. Akiko restait méfiante face à cette dernière, la considérant encore et toujours comme une étrangère, alors qu’elle allait être, à double titre, la belle sœur de Hiroki. Heureusement, pensait-elle, qu’elle n’avait pas jeté son dévolu sur celui-ci. Akiko refusait que son fils aîné se remarie, par pur principe. Vers vingt-trois heures, et après avoir repoussé l’échéance jusqu’au maximum, Hiroki se racla la gorge et choisit d’aborder le sujet de manière détournée :
« Je suis vraiment impatient de voir naître mon neveu et mes deux nièces.
-Certes, avoir trois autres petits enfants ne sera pas un luxe. Bien que j’aurais préféré qu’ils viennent de toi, même si je refuse tout nouveau mariage te concernant. »
Mayumi encaissa en silence pour cette remarque désobligeante sur ses bébés et serra les dents, alors que Hiroki continuait :
« A ce sujet… J’aimerais, mère, que tu saches que je ne vis pas seul.
-Allons bon ? Qu’est-ce que c’est encore que ça ?
-J’ai quelqu’un dans ma vie, répéta Hiroki.
-Oui, j’ai bien compris. Mais depuis quand cette comédie dure-t-elle ?
-Depuis assez longtemps pour savoir que c’est sérieux.
-Sérieux ? Je n’en crois pas un mot. C’est encore une histoire, sans lendemain.
-Un lendemain de plus de vingt ans, répondit Hiroki, sans pouvoir se retenir, alors que Junpei détournait les yeux, que Asahi prenait son inspiration et que Mayumi tortillait ses doigts.
Akiko cligna des yeux sans comprendre, jusqu’à ce que son regard impitoyable s’arrête sur Junpei, qui voulut disparaître dans le sol.
« Qu’es-tu en train de me chanter, Hiroki ? Qu’est-ce que ce type a à voir là-dedans ?
-C’est lui… C’est lui, mon histoire sans lendemain…
-Oh, mon dieu ! s’écria Anko. C’est une plaisanterie ? J’espère que c’est une plaisanterie, j’espère.
-Mère, je…
-Aucun de mes enfants ne sera un déviant.
-Mère, écoute-moi…
-Si ton père avait été encore vivant, il t’aurait tué. Si je n’étais pas une femme, je t’aurais tué aussi, lança-t-elle, calme, mais glaciale, telle une statue. Mais comment oses-tu me faire ça ? Tu salis le nom de notre famille. Et tout ça pourquoi ? Pour ça, compléta-t-elle en désignant Junpei. Pour un sale pédé qui t’a tourné la tête avec ses histoires malsaines.
-Je t’interdis de le traiter de la sorte !
-Hiroki, calme-toi…
-Vous, vous feriez mieux de vous taire. A votre place, j’aurais déjà eu la présence d’esprit de m’éloigner de lui, par respect de sa famille, de son rang, de sa femme ou de son fils. N’avez-vous donc aucune honte à pervertir un homme tel que mon fils ?
-Je ne te permets pas de lui parler sur ce ton, mère ! Junpei est bien plus important pour moi que n’importe quoi d’autre. De toute façon, je ne te demande pas ta bénédiction. »
La main de Akiko claqua violemment sur la joue de son fils. Elle était vibrante de colère, scandalisée, fulminante. Asahi, qui s’était tu jusque lors, prit la parole :
« Mère, j’ai eu la même réaction que toi, mais…
-N’essaie pas de le défendre, Asahi. Ton frère est devenu complètement fou. Tu déshonores ta femme, Hiroki. Comment oses-tu m’avouer l’avoir trompée ? Et avec un homme, qui plus est ? Et ce n’est pas tout, il me demande aussi de le comprendre et de l’accepter ! continua-t-elle, le ton ironique. Mais que puis-je y dire ? Votre père est mort et lui seul aurait pu laver l’affront. Je n’ai pas mon mot à dire, je ne suis que ta mère, un personnage de second plan. Mais je ne te pardonnerai pas, Hiroki. Jamais. Pour moi, tu n’es qu’un monstre, tu n’es plus mon fils, tu n’existes plus. »
Dignement, sans un éclat de voix, elle se leva, épousseta son kimono avant de sortir de la pièce. Asahi n’osait pas parler, Mayumi était atrocement mal à l’aise et Junpei se sentait coupable. Hiroki lâcha un soupir douloureux et annonça qu’ils allaient partir. Asahi hocha la tête et préféra s’en aller lui aussi, sans aller voir sa mère. Les deux frères se saluèrent et Hiroki se retrouva seul avec Junpei, dans la voiture.
« Hiro, tu n’avais pas à faire ça.
-C’est mieux comme ça.
-C’est ta mère pourtant.
-Je pourrais dire la même chose pour toi. Ecoute, je veux rentrer, être avec toi, j’ai besoin de ta présence. »
Junpei sourit et se pencha vers Hiroki pour l’embrasser avec chasteté.
De retour, Hiroki s’assit dans le salon et prit sa tête entre ses mains. Junpei s’installa à ses côtés et posa ses mains sur ses épaules.
« Hiro, je suis désolé, tu as fait ça à cause de moi.
-Non. J’aurais dû le faire bien avant. J’ai été stupide.
-Tu as fait ce qu’il fallait. Tu t’es protégé, Hiro, et tu m’as protégé aussi. Si ton père avait encore été là, ta mère aurait eu raison. Il nous aurait tués, sans se poser de questions… »
La tête de Hiroki vint échouer au creux du cou de Junpei et il souffla :
« Sans doute… Jun… Tu reviendras avec moi, ici ?
-J’y réfléchis, je te promets… »
Hiroki allait embrasser Junpei avec plus d’aplomb quand le téléphone du père de Takahashi se mit à sonner. Hiroki, agacé, fouilla dans la poche de sa veste, sans lâcher Junpei et il décrocha, répondant froidement :
« Oui ?... Quoi ? Comment ça ?... Comment est-ce que c’est possible ?!... Je vous jure que ça va très mal aller si jamais il manque ne fut-ce qu’une parcelle de fichier… »
Hiroki raccrocha et composa un numéro, sans répondre à la question muette de Junpei.
« Takeda, viens me chercher immédiatement. »
Hiroki fut si bref et si cassant que Junpei fronça les sourcils.
« Il y a un problème ?
-On a forcé la défense informatique de la société. Et tu sais très bien qu’il n’y a pas que les études de marchés et les prévisions pour l’année prochaine dans les disques durs… Je vais aller voir ce qui manque et si on peut y faire quelque chose.
-Tu veux que je vienne ?
-Pas pour le moment. Puis, tu n’es plus censé bosser chez moi, pas vrai. »
Hiroki esquissa un sourire et piqua les lèvres de Junpei d’un baiser. Il s’excusa puis partit quand Natsuhiko sonna à la porte. Il était désolé de laisser son ami ainsi mais d’un autre côté, et de manière beaucoup plus égoïste, il trouvait là un moyen de se changer les idées.
Il débarqua vingt-cinq minutes plus tard, le visage sombre.
A suivre…
Réponses aux reviews :
Onarluca : Voilà la suite ;D Toujours pas en temps et en heure lol mais je m’améliore non ?XD J’espère que ça t’a plu !
Yaoi GraviGirl : On en a beaucoup parlé aussi ;D J’espère que tu es contente, on voit Junpei partout XDDD
Serenity444 : j’espère que ce chap t’a plu aussi ;D On voit Hiroki et Taka et les deux ensemble :p Etoups :x on revoit Shô et Kirai (aime bien écrire sur eux et rendre Shô imbuvable) Merci encore :D
MissLoona : Voilà, j’espère que tu as bien aimé le petit passage sur Hiro et Jun. Et la confrontation entre Kirai et Kotarô était calme, je voulais pas un truc dans le sang :p Pour Kotarô, je continue à rabâcher mon « deux, c’est mieux que un » et pour la fin, en fait, tout le monde meurt dans d’atroces souffrances… :p (je plaisante bien sûr) XD