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Ai-je commis un crime en venant au monde ?
Le crime de ma vie ? Ma vie elle-même est un crime.
En existant, je mets en péril la vie de ceux qui m’aiment, qui m’entourent.
Mais m’aime t’on ? J’en doute…
Le doute ronge mon existence. Existence n’est pas une vie.
Une vie est faite d’amis, d’amours, d’amants.
Je n’ai rien de tout cela.
Mais cela ne m’intéresse pas…
Peut-être, si j’avais voulu…
Si je n’avais pas refusé de vivre, j’aurais pu avoir une vie…
Mais je suis morte.
Morte depuis toujours.
Morte à l’intérieur.
Aucune émotion n’attendrit mon cœur.
Aucune émotion de fait se mouvoir les muscles de mon visage.
Aucune once de vie n’émane de ma personne.
Poids pour l’humanité.
Fardeau pour mes relations.
J’arrive, ils soupirent, se forcent à rester.
Je pars, ils sont soulagés.
Un poids pour les autres.
Un poids pour moi.
Un poids sur mon cœur.
Une lassitude envahissante.
Ni envie de « vivre », ni envie de mourir.
Ni envie de pleurer, ni envie de vivre.
Mon seul crime est celui d’exister.
Mon seul crime est celui d’être née.
Mon crime est d’exister.
Ce crime. Mon crime. Mon châtiment.
Il a donc fallu que j’aie été un monstre pour mériter cette vie.
Poids pour l’humanité.
Poids pour moi-même.
Et je perds la joie que je n’ai jamais eue.
Je sème ma peine aux quatre vents.
Je sème ma douleur. Mais personne ne s’en occupe. Ils l’entretiennent, sans le vouloir.
Ils l’alimentent, sans le savoir.
Douleur, de l’intérieur… Douleur, à l’intérieur.
Douleur qui brûle, douleur qui ronge.
Ronge mes entrailles, ronge, ronge.
Dévore tout, dévore ce qui pèse sur le monde.
Dévore ce dont tout le monde se moque.
Dévore ma vie.
Douleur indicible.
Douleur incomprise.
Peine qui fait couler le sel.
Peine qui fera couler le sang.
Colère qui gronde, doute qui ronge, mort qui rôde.
Le noir est ma couleur,
Le sang est mon parfum,
Ma vie est ma douleur,
Encore ce crime impuni.
Et je perdure, quand je souhaiterais disparaître.
Et on m’oublie quand j’aimerais exister.
On m’ignore quand je voudrais renaître.
J’ai envie de saisir une lame, et de couper le mince fil qui me rattache à ce monde.
Envie de voir couler mon sang, que je sais noir.
Pourri.
Comme mon existence.
Crime d’existence.
Condamnée à la vie.
La vie à perpétuité, jusqu’à ce que dans sa grande mansuétude mon créateur se décide à me rappeler à lui.
Envie de rien.
Besoin de me vider.
Vider ce qui coule en moi.
Peine. Sang. Douleur. Larmes.
Morte de l’intérieur.
Vivante en apparence.
Poupée désarticulée.
Poupée désabusée.
Poupée aux baisers salés.
Aux baisers ensanglantés.
Est-il possible qu’une existence heureuse existe ?
Dans un endroit où l’on ne vous ignore pas.
Dans un endroit où l’on vous aime pour vous, et non par intérêt.
Dans un endroit où l’on ne vous blesse pas pour le plaisir de vous voir à terre, abattue.
Un endroit qui n’existe pas pour mon âme.
Un endroit qui n’est pas fait pour moi.
Et j’ai besoin d’ouvrir cette veine saillante.
Veine qui me nargue.
Veine où coule ce sang noir.
Veine d’où suinte ma peine.
Veine d’où suinte ma mort.
Après moi, le froid.
Tout comme en moi.
J’ai peur de libérer mon esprit.
Confinée dans ma douleur, et si je ne voyais pas l’essentiel ?
Et si j’exorcisais mes craintes, mes peines, mes douleurs.
Si je décidais de me ressusciter ?
Peut-être quelqu’un voudra t-il de moi…
Si j’ouvrais-les yeux, aurais-je encore plus mal ?
Aurais-je moins mal ?
La peur, ma sœur.
En moi, elle me ronge également.
Mes peurs, ma douleur.
Mes peines, mes terreurs.
Ma vie, mon erreur.
Ma mort, mon recours.
Les yeux fermés, je sentirai le sang couler.
Les yeux fermés, je rejoindrai peut-être enfin une nuit éternelle, étoilée.
Enfin flotter dans les airs, où enfin brûler en enfer.
Quoiqu’il advienne, ce sera mon choix.
Mon choix. Ma fin.
Pour réparer mon crime.
Faire disparaître mon existence.