| Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search | Login Register Extras |
Titre : Nuits blanches
Genre : POV, insomnie, présence d'un couple homosexuel (masculin).
Auteur : Meanne77
Notes :
1) Typiquement le genre de truc qui n'a absolument aucun intérêt (n'est-ce
pas Shakes, lol) ; mais
j'ai pris un abonnement, faut bien que je l'utilise ! ;
2) J'ai eu l'idée dans le métro, je sais plus à quoi je pensais (et non, j'ai
pensé à la chanson après, pas avant) mais bon, je cherche plus à comprendre… Et
pour une fois, je me suis dit que j'allais l'écrire sitôt rentrée, avant
d'avoir la flemme de m'y mettre. Comme beaucoup, beaucoup trop souvent… vv
Claimer : Bin, à moi puisque finalement c'est une originale. Au départ, dans ma tête, c'était du Gundam Wing 12 POV Heero mais en me relisant, j'entendais de moins en moins la voix de Heero et voyait de moins en moins le visage de Duo, donc… j'en déduis qu'il s'agit de deux autres personnes, lol. Wow ; ils m'appartiennent, alors ? Wow…
Nuits blanches
J'achève de me brosser les dents, je me rince la bouche puis me nettoie le
visage. Je m'apprête à me mettre au lit.
Je t'ai accompagné à l'aéroport tout à l'heure, parce que je n'aime pas te voir
partir. C'est illogique, je sais. Remarque, je n'aime pas tellement te voir
revenir non plus, parce que ça veut dire que tu t'es absenté.
Je me passe rapidement un coup de gant humide sur le torse et le reste du corps
; toilette sommaire puisque je me douche le matin. J'enfile ce qui va me tenir
lieu de pyjama, un t-shirt et un caleçon large, pour être à l'aise. C'est
devenu une sorte de rituel que moi-même je ne comprends pas. Je ne sais
vraiment pas pourquoi je fais ça, je dors nu depuis que je dors avec toi.
Je n'y arrive pas lorsque tu n'es pas là.
Etrange sens de la pudeur, que d'avoir l'impression que ma nudité n'est réservée
qu'à toi et que je dois me couvrir lorsque tu n'es pas là. Etrange, vraiment,
puisqu'il n'y a personne pour me voir dans cet appartement. Mais je me sens mal
à l'aise, sinon, et la nuit va être déjà suffisamment longue et pénible comme
ça, alors je ne me pose plus la question et je me couvre, voilà tout.
Je me couche, ou plutôt je m'allonge. Dire " je me couche "
donnerait l'impression que je vais dormir.
J'éteints la lumière et j'attends, je me prépare à penser… Et je vais en avoir,
des heures, pour penser ! Tu es parti pour une semaine, soit pour ce qui
m'importe, six nuits. Six nuits blanches en perspective, six nuits durant
lesquelles je ne vais pas dormir, même si je vais fermer les yeux. C'est un peu
comme lorsque l'on change de sommier ou de matelas, il faut un certain temps
d'adaptation avant de se sentir de nouveau dans " son lit " et de
pouvoir dormir vraiment, pleinement, sereinement. Dormir, quoi.
Je ne sais pas quel est mon temps d'adaptation à ton absence, mais je sais que
six nuits, ce n'est pas suffisant.
Ce n'est même pas une question de présence qui manque, c'est une question de
toi. Il m'est arrivé, depuis qu'on est ensemble, et pour des raisons de place
ou de commodité, de partager un matelas avec quelqu'un qui n'est pas toi : je ne
dors pas pour autant. Tu es un peu comme mon somnifère, dans le bon sens du
terme. On dort ensemble depuis trop longtemps pour que je puisse dormir lorsque
tu n'es pas là.
Tu bouges, la nuit, tu marmonnes, souvent. Régulièrement, je me prends un coup
de coude, ou un coup de pied. Tu me tiens chaud, tu t'enroules dans les
couvertures, tu me prends pour ton oreiller ou tu me tournes le dos. T'es
chiant, au lit, tu sais ?
Tu ne ronfles pas, mais tu respires, fort. C'est un souffle chaud qui vient
souvent me chatouiller la peau. Ça a une irrégularité régulière, ça a un rythme
qui est toi. Dans l'obscurité, il est difficile d'entendre autre chose. Lorsque
tu n'es pas là, j'entends les autres bruits de la maison. J'ai l'impression
d'être chez quelqu'un d'autre, d'être chez un étranger.
J'ai essayé de m'étaler, la première fois que tu es parti comme ça. Ça ne
marche pas, le lit est trop grand, les draps trop vastes, je me perds dedans.
J'ai essayé de dormir de ton côté, me disant que peut-être ton odeur me donnerait
l'illusion de ta présence, que tu es là mais juste pas encore couché. Que ça ne
va pas tarder mais que je me serai endormi avant, comme ça nous arrive de temps
en temps.
Ça ne marche pas non plus. Ce n'est pas mon côté. Ça me perturbe, j'ai
l'impression d'être à l'envers.
Finalement, je suis revenu à ma place à moi. Ce n'est pas ce qui me fait dormir
mais il y a au moins un sentiment de normalité dans notre chambre. Bien sûr, si
je tends le bras, je tombe dans le précipice de ton absence.
Je ne tends pas le bras.
Je ferme les yeux et j'essaye d'oublier le fait que j'ai l'impression de dormir
au bord d'un gouffre. Ton trou est énorme, béant, j'ai peur de faire le moindre
geste et de tomber… dans le matelas.
L'autre jour, ils ont passé de vieilles chansons françaises à la radio. Il y
eut " La chanson des vieux amants " de Jacques Brel. On est pas assez
vieux pour que ça nous concerne, mais j'espère qu'un jour ce sera nous (enfin,
les infidélités en moins, bien sûr).
Mais ce soir, alors qu'encore une fois tu n'es pas là, je ne peux pas
m'empêcher de me demander si être de vieux amants, ce n'est pas tout simplement
de ne pas pouvoir dormir sans l'autre.
(fin)
Juste pour le plaisir (ou pour la culture des moins vieux que moi, lol) :
La chanson des vieux amants
(Jacques Brel / Jacques Brel - Gérard Jouannest ;
1967)
Bien sûr, nous eûmes des orages
Vingt ans d'amour, c'est l'amour fol
Mille fois tu pris ton bagage
Mille fois je pris mon envol
Et chaque meuble se souvient
Dans cette chambre sans berceau
Des éclats des vieilles tempêtes
Plus rien ne ressemblait à rien
Tu avais perdu le goût de l'eau
Et moi celui de la conquête
Refrain:
Mais mon amour
Mon doux mon tendre mon merveilleux amour
De l'aube claire jusqu'à la fin du jour
Je t'aime encore tu sais je t'aime
Moi, je sais tous tes sortilèges
Tu sais tous mes envoûtements
Tu m'as gardé de pièges en pièges
Je t'ai perdue de temps en temps
Bien sûr tu pris quelques amants
Il fallait bien passer le temps
Il faut bien que le corps exulte
Finalement finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes
Refrain
Et plus le temps nous fait cortège
Et plus le temps nous fait tourment
Mais n'est-ce pas le pire piège
Que vivre en paix pour des amants
Bien sûr tu pleures un peu moins tôt
Je me déchire un peu plus tard
Nous protégeons moins nos mystères
On laisse moins faire le hasard
On se méfie du fil de l'eau
Mais c'est toujours la tendre guerre
Refrain