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Le petit garçon regarda autour de lui et ne vit que désolation. Sa maison était en ruine. De ses pieds nus, il descendit les marches de sa grande maison qui avait autrefois été la plus belle de ce quartier. Les tableaux de ses ancêtres jonchaient le sol, en morceau. Seuls ceux qui n'avaient que des valeurs sentimentales étaient restés dans la maison. Les autres, ils avaient été emportés.
Le garçon fit un détour pour ne pas se couper avec les restes du grand miroir du salon. Les soldats avaient tout réquisitionné.
C'était à grand peine que Thibaut Buely était parvenu à se cacher. Il n'avait que huit ans, c'est pour cette raison que sa gouvernante avait réussi à le cacher sous le lit où il n'y avait pas beaucoup de place. A présent qu'il n'y avait plus personne, Thibault se sentit seul, abandonné.
Le soleil pointa à travers une fenêtre aux carreaux défoncés. Sa famille avait été emmenée en prison et les serviteurs devaient comparaître pour dénoncer les activités douteuses des Buely. Thibault n'avait pas tout compris mais tout ce qu'il savait était que sa gouvernante était entrée dans sa chambre en trombe et l'avait enlevé de force de son lit, puis l'avait obligé à se faufiler sous le lit de la gouvernante.
Des cris s'étaient poursuivis. Thibault avait plus deviné que vu qu'un serviteur avait voulu prévenir sa s?ur, Kelly et l'emmener en sécurité, mais un soldat avait tué le serviteur et avait tiré Kelly par les cheveux. Elle s'était tout de suite plainte et elle avait pleuré. Elle devait n'avoir que quinze.
Ses parents avaient tentés de s'enfuir, mais la maison était cernée. Le reste, Thibault l'avait deviné par les pleurs hystériques des servantes. Après quelques instants, d'autres soldats étaient venus et avaient embarqué tout le monde.
Thibault prit machinalement la petite photo qui les représentait tous les quatre. Elle devait être avec un beau cadre ; il n'en restait rien : les soldats l'avaient pris avant de rouler en boule la photo. Thibault la laissa sur la cheminée, en faisant attention de ne pas marcher sur des échardes provenant du bois éparpillé.
Sur la photo, ses parents avaient été installés sur deux chaises et sa s?ur et lui les encadraient. Le fond était neutre. Le jeune garçon installa confortablement sa photo dans sa poche puis partit du reste de son enfance.
Il parcourut la ville tranquille, qui commençait à peine à se réveiller. Presque personne n'avait entendu la descente des soldats. Ils avaient dû bâillonner Kelly pour avoir la paix.
A peine un vêtement sur sa peau blanche, Thibault commençait à ressentir le froid après la peur. Son haleine n'était pas loin de se transformer en petit nuage. Ses membres tremblèrent. Instinctivement il se recroquevilla sur lui-même pour se préserver du froid, tout en marchant.
Ses pas le dirigèrent vers une enseigne : un bar. Une fois, sa gouvernante avait été malade et son père avait été obligé de l'emmener avec lui dans ses affaires. Il avait parler de tout et de rien avec des gens que Thibault ne connaissait pas.
Pourtant, un vieil homme avait retenu son attention. On lui avait dit qu'il s'appelait Perroquet. Evidemment, Thibault avait regardé autour de lui pour apercevoir un oiseau, mais on s'était moqué de lui. Le jeune garçon ne savait pourtant pas plus pourquoi on le surnommait ainsi.
La porte bougea difficilement. Il faut dire que Thibault n'avait rien fait pour se muscler. De nature un peu malade, il lui fallait toujours son médicament à proximité. A son entrée, des répliques fusèrent :
- Eh, gamin, la crèche c'est de l'autre côté !
- T'as perdu ton chemin ? T'as fait dans ton froc ?
- Ou serais-tu devenu subitement un homme ?
Sur ce, les buveurs éclatèrent de rire. Personne ne daigna se lever pour l'aider, mais tout le monde regardait dans sa direction, le sourire aux lèvres. Thibault voulait les ordonner d'arrêter, mais une main se posa sur son épaule.
- Mais ce ne serait pas le fils de Barbichette ?
Thibault se retourna et vit Perroquet. Celui s'esclaffa sur la bonne providence et invita le jeune garçon à s'asseoir à sa table. Quelqu'un lança une moquerie sur une histoire de génération et de progéniture. Thibault ne compris pas tout.
Perroquet lança un caillou à la tête de l'homme qui venait de parler, en le manquant. L'autre parla d'un grand-père usé et inutile. Perroquet soupira et sourit au jeune garçon :
- Et bien, que se passe-t-il ? Barbichette aurait envoyé son fils pour nous dire quelque chose ?
- Barbichette, bredouilla Thibault.
- Barbichette, souffla Perroquet. Bah, c'est ton père. Comment s'appelle- t-il déjà. Ah oui, Jérôme Bluely. T'a-t-il donné un message à nous donner ou tu veux simplement nous revoir ?
- C'est que mon papa et ma maman ont été emmenés en prison et ma maison est saccagée, je ne sais pas où aller.
- En prison, répéta-t-il stupidement, puis plus haut. Ecoutez-moi, tous ! Barbichette a été capturé ! Le capitaine de Morticia ne peut plus venir nous aider. Que chacun fasse une minute de silence.
A la surprise de Thibault, le bar, une seconde avant agité, devint silencieux comme la mort. Ceux qui en avaient retirèrent leur chapeau, d'autres sortirent leur sabre du fourreau et le pointèrent vers le ciel. Tous fermèrent les yeux.
Puis dès que la minute fut passée, chacun reprit sa place, mais les conversations reprirent sur le valeureux capitaine Barbichette. Thibault devina qu'il s'agissait de son père dont il était question, mais ne voyait pas pourquoi tout le monde l'appelait ainsi.
- Comment avez-vous connu mon père ?
- Ton père, réitéra Perroquet. C'était un valeureux homme, un pirate. Il portait le nom de Barbichette. Il avait un équipage et tout et tout. Son bateau, Morticia, était sa fierté. Il faut dire que c'est le plus beau que j'ai jamais vu. Je faisais parti de son équipage, je faisais à manger. Maintenant, je suis trop vieux et le capitaine s'est trouvé une petite épouse riche. La belle histoire, quoi.
- Et tout le monde ici est un pirate ?
- Un pirate ? Plus ou moins. Pas les femmes. Elles portent toutes malheur. C'est bien à cause d'une d'entre elles que le capitaine Barbichette s'est retiré de la piraterie. C'est pas que j'ai quelque chose contre la dame, mais certains ici auraient préféré naviguer encore.
- Alors vous allez vous venger et aider mon papa ?
- Le venger ? Ça va pas la tête ! On est tous des pirates, mais on tient à notre peau. Et n'essaye pas nous persuader, c'est peine perdue. Les soldats ici sont redoutables. T'as bien vu ce qu'ils ont fait à ton père, non ?
- Non.
- Non, s'exclama Perroquet. Alors il va falloir que tu vois la fin d'un pirate. C'est pas que je veux que tu souffres et que tu te sentes mal, mais vois-tu, gamin, ton père a besoin de savoir que t'es là, que tu sais tout et tout. T'as compris ?
- Ils vont le tuer ?
- Le tuer, non. le pendre, oui, fit Perroquet en crachant ensuite aux pieds de quelqu'un qui passait, qui ne s'en aperçut heureusement pas. Les autorités et tout ce qu'il y a derrière trouvent que ça nous fait honte, de pas toucher, ni le sol, ni la mer. Tu vois, gamin, un pirate préfère crever sur son foutu bateau pour son capitaine.
- Ce n'est pas beau de jurer, ma maman me l'a dit.
- Ta maman, elle est pour l'instant en train de pourrir au fond d'un cachot parce qu'elle a abrité un pirate, ce dont nous lui sommes tous reconnaissants, d'ailleurs.
- Pourquoi ?
- Pourquoi, répéta encore une fois Perroquet. Mais parce que ce n'est pas parce que le capitaine est sorti de la piraterie qu'il a arrêté d'en être un. Il pouvait plus partir en mer à cause de la comtesse Bluely, mais il voulait aider ses confrères. Alors il nous a fait parvenir, avec l'accord de sa dame, des provisions pour de longs voyages et des munitions. Des gens généreux, je dois dire. Tu peux être fier de tes parents.
- Où vais-je dormir, s'enquit Thibault.
- Dormir ? Mais, gamin, c'est le matin. Que tu n'aies pas dormi de la nuit, n'est pas mon problème. Va falloir que tu restes éveiller jusqu'à se soir. Tu penses pouvoir tenir ?
Les présentations faites, la journée ne se déroula qu'au bar. Le soir vint et Thibault n'avait pas vraiment quitté sa chaise. On ne lui avait donné qu'un peu d'eau de robinet, puis un peu de viande, et c'est tout. Habitué à de mets plus raffinés et à plus de quantité, il fit la grimace.
- C'est tout ce que t'auras, répliqua Perroquet. Alors si t'es pas content, va voir ailleurs si j'y suis. On a pas besoin d'un mioche en train de nous courir dans les pattes.
Thibault avait donc été obligé de manger. Le lendemain, Perroquet l'emmena en dehors du bar. Il le conduisit jusqu'à une place de marché et le fit asseoir sur un tonneau. Thibault eut beau poser des questions, Perroquet, d'habitude loquace, ne lui répondit pas et lui dit même de se la fermer.
Midi approcha et une foule se regroupa autour du centre de la place. A une heure pétante, une garnison de soldats se posta autour d'une estrade de bois au milieu de la place. Puis on amena deux prisonniers.
Le premier était un homme grand, à forte carrure. De la barbe commençait à s'emparer de son visage. Ses mains calleuses étaient entravées dans un pilori. Malgré sa situation précaire, son regard était tellement fier que la foule n'osa pas lui jeter des pierres ou des fruits pourris.
Le deuxième était une femme à l'aspect fragile. Sa santé semblait défaillante, mais son maintien était droit et aussi fier que l'autre. Ses yeux exprimaient la peur, mais aussi la détermination. Par contre, on ne la ménagea pas. On lui jetait ce qu'on trouvait à portée de main et on essayait de lui tirer les cheveux.
Thibault, reconnaissant ses parents, se leva d'un bond et alla à leur rencontre. Une main cagneuse, mais ferme l'en empêcha. Il mit sa main devant sa bouche pour l'empêcher de parler et du même coup se faire remarquer.
Le couple monta sur l'estrade et affronta les deux cordes qui se balançaient au rythme du vent. La femme regardait dans le vague, tandis que l'homme osait défier la foule du regard. Son regard passa un instant sur Perroquet et s'arrêta sur Thibault. Son expression s'adoucit.
Un homme cagoulé patientait à côté d'eux, légèrement en retrait. Il tenait ses mains croisées, manifestant son impatience. Il était torse nu et ne portait qu'un pantalon rouge. La fraîcheur du vent ne semblait l'inquiéter outre mesure.
Un soldat un peu mieux habillé que les autres monta à son tour sur l'estrade et déroula un parchemin. Il le lut à voix haute.
- Jérôme Bluery, capitaine du bateau Morticia sous le surnom de Barbichette ; étant donné que vous avez été accusé devant témoin d'avoir pillé et massacré d'honnête marchands.
Thibault perdit le fil de la déclaration mais son sang bouillait en lui. Il voulait aller aider son père et tuer tous les autres. Puis vint le jugement de sa mère.
- Marguerite Bluery, fille du comte Bluery ; étant donné que vous avez été accusée devant témoins d'avoir hébergé consciemment un pirate et de ne pas en avoir référé à.
Le tout continua des heures, sembla-t-il au jeune garçon. Quelque chose retint son attention et il en fit part à son vieil ami :
- Pourquoi ma s?ur n'est-elle pas avec eux ?
- Avec eux. le peuple ne le supporterait pas vraiment, même si c'est la fille de traîtres. Ils vont l'enfermer dans un orphelinat et peut-être la marier. On ne sait jamais ce que deviennent les filles une fois qu'elles y sont entrées. Oublie-la.
Thibault allait répliquer, mais Perroquet lui fit tourner de force la tête, vers l'estrade. Les soldats obligèrent le couple à avancer et le bourreau leur passa la corde au cou. La comtesse ferma les yeux et sembla adressé une prière muette à un Dieu. Au contraire, le comte affrontait la foule. Au dernier moment, il leva les yeux vers un point d'un toit d'une maison.
Tout d'un coup, la tête des prisonniers explosa et alla se disperser sur la foule. Ce fut la panique. Les corps tombèrent, sans tête. Thibault hurla avec tous les autres. Perroquet le quitta et alla jusqu'à l'estrade, malgré son âge. Tandis que c'était la panique parmi les soldats car ils essayaient de savoir d'où provenait le coup de feu.
L'ancien pirate emporta le corps des deux malheureux et courut un peu plus loin, allant aussi vite qu'il pouvait. Thibault le suivit malgré sa répugnance. A présent, les soldats avaient remarqué la disparition des prisonniers et se lançaient à la poursuite du vieil homme.
Ils le rattrapèrent, mais pas avant qu'il n'est déchargé ses épaules au bord d'un précipice. Les corps tombèrent du haut de la falaise et vinrent percuter les rocher en contrebas avant d'être engloutis par la mer.
Perroquet profita de la stupéfaction des soldats pour courir à travers les rues, suivi de près par Thibault, qui ne savait plus où donner de la tête. Tout d'un coup, une corde se matérialisa et d'un geste rapide et précis, Perroquet grimpa dessus. Sans réfléchir aux conséquences, Thibault le suivit.
Une main jaillit comme un éclair et le poussa en arrière. Thibault hurla alors qu'il tombait en arrière. En dessous de lui, il pouvait voir les soldats qui ne manqueraient pas de lever la tête dès qu'il irait s'écraser sur les pavés de la ruelle.
- C'est le fils de Barbichette, lança Perroquet.
A une vitesse incroyable, une main le rattrapa par le col. Il arrêta de hurler. On le hissa sans aucune difficulté sur le toit. De là, Thibault reprit son souffle. Perroquet lui adressa un petit sourire en coin.
A côté de lui était assis deux hommes. Le premier était très grand et très fort. Ses traits étaient durs lorsqu'il plongea son regard froid sur le jeune garçon. Il était habillé un peu trop légèrement, vu la saison fraîche.
Un autre rangeait correctement ses pistolets dans une de ses nombreuses poches. Il était habillé plus chaudement, mais sa tenue était constellée de poches d'où sortait différentes armes. Il fit un rictus à Thibault lorsqu'il remarqua que celui-ci le regardait.
Perroquet fit de brèves présentations. Le premier, celui qui l'avait poussé avant qu'il ne se rende compte que Thibault était un ami, se nommait Garderie. Il voulut savoir, mais Perroquet lui fit signe de se taire. L'autre s'appelait Élite. Thibault n'eut le droit à aucune explication.
- C'étaient aussi des hommes du capitaine Barbichette, ton père.
Ils rentrèrent seuls au bar, tandis que Élite et Garderie partaient de l'autre côté. Une fois rentrés, Thibault voulut tout savoir sur ces deux hommes. Il posa tellement de questions que Perroquet fut contraint d'abandonner :
- Nous lui avons donné ce nom parce qu'il était le fils d'un soldat, un garde. Il a de son père, la patience d'un garde, leur force et leur vigilance. C'est lui qui montait en haut du mât : il montait la garde. Quant à l'autre, c'est un as des armes. C'est comme un pirate d'élite. T'as compris ?
- Et pourquoi mon père s'appelait Barbichette ?
- Barbichette lui vient de celle qu'il portait toujours. Une très jolie, d'ailleurs. Il était né capitaine, il avait ça dans le sang. Mais on n'allait quand même pas l'appeler Capitaine ! On aurait toujours à dire capitaine Capitaine, ça fait cloche, alors on a choisi Barbichette.
- Ce sont les autres qui choisissent le nom de pirate ?
- De pirate. ouais, gamin. C'est qu'ils sont les seuls à savoir ce que tu vaux et ce qui t'irais le mieux. Mais dis-moi, à me poser toutes ces foutues questions, c'est que tu veux en devenir un ? Un pirate ?
- Peut-être.
Voilà. Première fic de ce genre-là. J'espère qu'elle vous a plu si vous avez eut le courage de la lire jusqu'au bout J'ai hésité où la mettre : action ou fantasy ? Mais finalement, étant fan de fantasy, j'ai plutôt opté pour cette solution- là ! Vous m'en direz des nouvelles.