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C'était un jour comme les autres. La nuit commençait à tomber en Plasméo, pays aux pouvoirs étranges. Un soldat marchait sur une des route menant à une petite ville, Garéna. Mais les portes de la ville se fermaient lorsqu'il faisait nuit. Et le soldat, ayant finit son service militaire, ne voulait pas dormir à la belle étoile. C'était pour cette raison qu'il pressait le pas autant qu'il le pouvait.
Il s'appelait Tesco et était orphelin, ses parents étant tués par la guerre. Il avait vingt-cinq et n'était toujours pas marié. Il n'avait pas de maison, il n'avait rien, à part son uniforme, un croûton de pain, du fromage, un peu d'argent et sa vie. Son rêve était de devenir riche, d'avoir un château à lui tout seul. Mais comment faire, lui qui démarrait avec presque rien.
Le soleil était à présent bien bas et il doutait arriver à temps. Cependant la route fut assez éclairée pour lui faire remarquer une petite vieille, portant des fagots et marchant avec lenteur. Tesco ralentit son pas à celui de la vieille et, curieux, lui demanda ce qu'elle venait faire par ici.
- Je vais à Garéna pour y vendre mes fagots. C'est ce qui me donne du pain car je suis trop vieille pour travailler.
- A Garéna ! Mais, moi-même, je ne suis pas sûr d'arriver à temps avant la fermeture des portes. J'ai une idée. J'ai ici de quoi faire un petit repas. C'est du pain avec du fromage. Prenez-les et retournez chez vous. Quant à moi, j'achèterais bien à manger sur place.
- Pourquoi pas. Mais avant que vous ne partiez j'aimerais vous dire que Garéna est hantée par des esprits maléfiques ! Pour vous protéger, allez devant le chêne qui se trouve à droite de la route dès que vous y entrez. Cet arbre est creux. A l'intérieur, il y a un violon, un sac et un jeu de carte. Si vous jouez du violon, tous ceux qui l'entendrons seront obligé de danser. Si vous jouez avec le jeu de carte, tous ceux qui jouerons contre vous perdrons. Si vous ouvrez votre sac, ceux qui ont un esprit maléfique seront obligés d'y rester enfermé jusqu'à ce que vous ouvriez le sac. Adieu.
- Comment vous appelez-vous, demanda le soldat alors qu'elle començait à partir.
- Tout le monde m'appelle Quima.
La petite vieille disparut sur la route au fur et à mesure qu'elle s'éloignait. Tesco continua sa route paisiblement et heureux d'avoir rendu service à Quima car s'il voulait être riche et avoir un château, il devrait se montrer poli, courtois et généreux. Il pouvait être fier de lui. Garéna fut bientôt à l'horizon, mais le soleil avait presque disparu. Tesco dut courir et réussit de passer avant que les portes ne se referment. Il vit le chêne et plongea sa main dans l'arbre pour y ressortir un sac, un jeu de carte et un violon.
Content de lui, il alla dans la première auberge qu'il remarqua, L'auberge du château hanté. Tesco ricana sous cape. Qui croirait à d'aussi grotesques hantises ? Certainement pas lui. Il avait vu trop d'horreur pour croire qu'un fait étrange était l'oeuvre du mal. Parfois c'était bien l'oeuvre d'un homme devenu fou, ou parfois qui voulait s'amuser ou se venger. La nature humaine allait loin dans ses crimes.
A l'intérieur de l'auberge toutes les tables de la salle commune était occupée. Tesco se demandait ce qui se passait. Le mal passionnait-il tellement de gens ? Allant au comptoir, il remarqua que c'était une femme qui était derrière. Voyant son étonnement, elle sourit.
- Mon mari est invité dans une autre auberge, alors ne pouvant pas laisser l'auberge sans personne, j'ai pris l'affaire en main. Enfin, je suppose que vous voulez une chambre ou un repas. Mais cela m'est impossible. Demain, c'est le mariage de la fille du maire. Presque tous les gens de la région sont venus de loin pour célébrer ce mariage. Mes chambres sont pleines et de même pour les écuries où les gens doivent cohabiter avec les chevaux. Et ce n'est pas la peine d'aller voir les autres auberges, elles sont toutes complètes.
Tesco était outragé. Avoir fait tant de kilomètres pour enfin dormir à la belle étoile l'énervait. Voyant son air exaspéré, l'aubergiste prit un air songeur. Finalement, elle le retint alors qu'il commençait à partir.
- Mon mari a un château non loin d'ici, mais il est hanté par des esprits maléfiques. Tous ceux qui y entrent deviennent à leur tour des esprits errants. Mon mari essaie de vendre ce château mais il n'a trouvé personne pour l'acheter. Si le coeur vous en dit, vous pouvez y passer la nuit.
- Je ne crois pas aux fantômes, sourit Tesco, trop heureux de dormir enfin sous un toit.
L'aubergiste appela une serveuse qui le conduisit jusqu'à un immense château abandonné. Une fois arrivés, la serveuse s'enfuit en courant sans demander son reste. Tesco renifla avec dédain. Les gens de Garéna était remplis de superstitions pueriles. Le soldat haussa les épaules. Si cela pouvait lui offrir un toit, alors il ne s'en plaindrait pas. Il fouilla chaque pièce mais, au comble du malheur, ne trouva pas de chambres. Trop fatigué pour trouver une réponse logique, il s'installa dans l'immense hall sur un long canapé assez confortable.
Malgré sa faim, il réussit à s'endormir. Ce qui le réveilla entre l'horloge qui sonnait minuit et des bruits inquiétants de sabots sur le marbre du sol, il ne saurait le dire. Tout ce qu'il sut, ce fut qu'il n'arrivait pas à se rendormir avec ces bruits de sabots puisque les coups de minuit s'étaient tus. Il bailla et s'assit lourdement, ouvrant avec peine les yeux.
Ce qu'il vit le fit se réveiller entièrement. Une immense table se dressait devant lui avec des mets alléchants sur une nappe blanche. Se passant la langue sur les lèvres, Tesco s'assit dignement au bout de la table. Il prit délicatement le premier plat qu'il vit et le mangea de la même manière. Puis, n'en pouvant plus, il empoigna la nourriture en main et dévora tout ce qui se trouvait sur la table. Rassasié, il se recoucha.
Mais il se réveilla une nouvelle fois avec le même bruit de sabots. Cette fois-ci, il ouvrit instantanément les yeux pour découvrir cinq personnes en train de desservir. Il allait les héler mais quelque chose le stoppa net. Les cinq personnes avaient à la place des jambes, des sabots. Leurs orbites étaient vides et dégoulinantes de sang. Leur peau se collait d'une façon assez macabre à leurs os et leurs cheveux blancs n'étaient que le spectre de ce qu'ils avaient été.
Après avoir été débarrassée, la table disparut et fut remplacée par une autre beaucoup plus petite. Six sièges se placèrent sans aide autour de la table. Les cinq apparitions s'assirent calmement et donnèrent l'impression d'attendre une sixième personne. Rassemblant son courage devant ce qu'il avait toujours nié, il s'assit sur la dernière chaise libre. Déglutissant avec peine, il vit les apparitions sortir des cartes et en distribuer un paquet à chacun.
- Nous jouons exclusivement à la bataille, fit l'un d'eux. Si un de nous gagne, nous te dévorerons. Mais si tu gagnes, nous danserons ensemble pour ta victoire.
Tesco déglutit encore avec peine mais opina de la tête. Puis il eut une idée. Alors que ses cinq adversaires prenaient en main leurs cartes, il les leur reprit de force et les regarda d'un air connaisseur.
- Vos cartes sont trop usées pour que des gens comme nous jouent avec. J'ai un jeu de carte neuf : il fera l'affaire. Puisque ma vie est en jeu, vous me devez bien ce petit caprice.
Les cinq apparitions ne protestèrent pas. Par contre, ils insistèrent pour distribuer les cartes. N'étant pas en mesure de contester, il les laissa prendre ses cartes. Il espérait fermement que ce que la vieille lui avait dit était vrai, car sinon il l'aurait à payer de sa vie. Il prit ses cartes en main sans les regarder et retourna sur la table sa première carte du paquet. Au fur et à mesure du jeu, il remarqua que les cartes étaient au nombre de trente-deux.
Les as étaient tous dans son jeu, ainsi que les sept. Grâce aux as, il fit perdre un premier joueur, puis un deuxième. Des dames entrèrent dans son jeu ainsi que des valets. Les petites cartes s'immisçait parfois mais lorsque la somme était minime. Il ne resta bientôt plus que Tesco et une apparition. Sa vie était en jeu.
Alors qu'il ne restait plus que trois cartes à son adversaire, il vit qu'une des cartes de l'apparition, posée sur la table, se révéla être un sept. Croyant gagner, il posa insouciant la prochaine carte qui se révéla être aussi un sept. Tous deux, ayant calculé leur jeu savaient que Tesco avaient de ses deux prochaines cartes, un as et un valet. Mais laquelle était la suivante ? Car son adversaire n'avait plus qu'un huit, mais aussi une dame. Si jamais Tesco retournait le valet et que lui retournait sa dame, il récupérerait un as et la partie serait dure à gagner.
Priant avec ferveur que Quima ne s'était pas trompée, il posa sa prochaine carte face contre table sur son sept. Son adversaire fit de même, puis il posa aussi l'autre carte de la même façon, faisant durer encore plus le suspens. Tesco déglutit mais imita l'apparition en ne laissant pas voir la face de sa carte. Son adversaire ricana et retourna sa carte qui se révéla être une dame de trèfle. Suant malgré tout, Tesco prit sa carte en tremblant. Il faillit s'évanouir en découvrant... un as. Il bénit Quima.
Sifflant de frustation les apparitions dégagèrent la table et de la musique sortit de nulle part. Les moitiés d'humains se mirent à danser avec entrain autour de Tesco en poussant des petits glapissements. La tête de celui-ci devint vite trop lourde à supporter. Il s'effronda sur le sol, se retenant de justesse par les genoux, les mains sur ses oreilles. Mais cela ne suffit pas à ramener le calme dans sa tête. Devinant que les apparitions étaient en train de l'envoûter pour le forcer à devenir comme lui, il se traîna vers sa couche et prit son violon. Il s'installa comme il put et joua.
Le son se révéla être horrible. Il ne savait absolument pas jouer de cet instrument. A la guerre, on ne lui avait appris que l'harmonica. Mais cela dut suffire car les appparitions dansèrent autre chose qu'un envoûtement. Elles furent bientôt épuisées et supplièrent Tesco d'arrêter de jouer tant pour leurs tympans que pour leur pieds. Faisant la sourde oreille, il continua à jouer même si le son ne lui faisait pas non plus du bien. Les créatures tombèrent d'épuisement et Tesco en progita pour les faire entrer dans son sac.
- Laisse-nous sortir, supplia une des créatures emprisonnées. N'en as-tu vraiment pas assez fait de tous nous martyriser ? N'as-tu pas trouver le bonheur en nous voyant se tortiller lamentablement ? Pourquoi nous enfermer dans ce sac ?
- N'essayez pas de m'avoir par vos paroles, rugit Tesco en frappant le sac avec une tige de fer qui se trouvait près de la cheminée. Vous avez essayé de me piéger mais je ne me suis pas laissé faire ! Vous aviez promis de ne pas me dévorer !
- C'est ce que nous avons fait, geignit la créature. Mais nous promettons de ne plus jamais revenir hanter dans ce château. Nous ne dévorerons plus d'humains, ni ne les piégerons.
Satisfait de la réponse, Tesco ouvrit le sac face à une fenêtre qu'il ouvrit auparavant. Les cinq créatures s'envolèrent au loin. Il alla se rendormir fatigué par sa longue nuit blanche. Il se réveilla tard mais assez tôt pour retourner à L'auberge de la maison hantée pour rassurer l'aubergiste. Celle-ci fut tellement étonnée de le voir encore en vie qu'elle en informa son mari qui lui donna le château pour presque les habitants furent dans la matinée au courant de la nouvelle et allèrent le féliciter. La fille du maire en personne vint le trouver. Elle lui serra la main cordialement et sourit de gratitude.
- Je ne saurais comment vous remercier, monsieur. Alors que vous venez à peine de débarquer. J'aimerais tant que mon mari ait votre courage, mais mon père veut absolument que je l'épouse car il est riche. Mais ce n'est pas mon goût.
- Alors pourquoi ne m'épouseriez-vous pas ?
La future mariée fut soufflée par tant de gentillesse exprimée dans cette simple phrase qu'elle accepta tout de suite. Ils allèrent, main dans la main, chez le maire qui tiqua en voyant leur attachement. Mais il dut s'incliner car quelques citoyens avaient tout entendu et hurlèrent à tout vent que ce serait une bénédiction que la fille du maire l'épouse. Cependant, il ne serait jamais maire à son tour car le maire actuel avait un fils qui devait lui succéder. Sur ce fait, Tesco ne les contredit pas.
Sa femme s'appelait Géma. Tesco ne revit jamais Quima, mais pensait à elle chaque jour. Avec sa femme il trouva enfin les chambres. Les jours passèrent et Géma attendit un enfant. Ce fut une jeune fille qu'ils baptisèrent Lyfe. Géma fut de nouveau enceinte et les parents prièrent pour que ce fut un garçon. La peur que les créatures du mal reviennent disparut.
Mais, une nuit, alors qu'ils somnolaient paisiblement et qu'il était minuit, un bruit de sabots leur parvint. Ils se levèrent en hâte et virent avec horreur que les cinq créatures étaient revenues et qu'elles avaient en main le violon, le sac et le jeu de carte.
- A présent essaie de nous chasser d'ici, ricana une des créatures. Nous allons te laisser la vie sauve. Nous voulons que tu vives dans le désespoir car nous prenons ta femme et son enfant.
Prise de panique Géma courut vers la porte de sortie, mais le son d'un violon se fit entendre et elle se mit à danser contre sa volonté. Son mari était dans la même situation sauf que les cinq créatures se dirigeait vers elle et non vers lui. Elle hurla lorsque l'une des apparitions la toucha. Elles lui déchirèrent le ventre pour lui montrer son enfant encore mal formé et le déchiqueter d'une façon des plus sadiques. Les créatures lui arrachèrent tout ce qu'elle avait tout en la laissant en vie jusqu'au dernier moment où elles lui arrachèrent le coeur.
Laissant le carnage bien en évidence, les créatures disparurent dans la nuit. Tesco resta une heure à regarder le triste spectacle. Puis comme sortant d'un rêve, il courut jusqu'à la chambre de sa fille et fut soulagée de la voir paisiblement endormie. Il la réveilla, l'habilla et la fit prendre toutes ses affaires rapidement. Ils quittèrent Garéna alors que les portes de la ville commençaient à peine de s'ouvrir.
Il se remaria à une fille assez riche qui s'appelait Doné. Ils eurent une autre fille qu'ils baptisèrent Benane. Lyfe et elle s'entendirent bientôt comme larrons en foire. Tesco ne devint plus que l'ombre de lui-même, s'enfermant dans un silence perturbant. Bientôt Doné fut jalouse de Lyfe qui était nettement plus belle que Benane. Elle en vint à ne plus la supporter, mais sa fille l'aimait tellement qu'elle n'eut pas le coeur de la chasser de chez elle.
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Fin du premier chapitre.
Tiré d'un conte de Grimm.
J'espère que ça vous a plu ^__^.
Faites-moi savoir ce qui n'allait pas aussi !!
Mydaya