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Chapitre Six
Kesga
Un jour, alors qu’il regardait tristement le paysage par une de leur fenêtre, à l’aide de son unique œil, une forme noire fondit sur lui et le fit basculer en arrière. Hedon se releva prestement et fit face au corbeau qui s’était perché sur une commode.
— Qu’est-ce que tu fais là, espèce de piaf ?!!
— Je suis le roi des Corbeaux, croassa l’oiseau sous l’œil médusé de l’homme. J’ai l’âge de me marier et c’est parmi tes filles que je veux choisir. Les rumeurs ont circulé, disant qu’elles étaient les plus jolies. Donne m’en une !
— Une petite minute ! Vous m’agressez et ensuite vous voulez que je vous donne une de mes filles chéries comme si je vendais un tas de linges sales ?
— Refuses-tu mon offre ?
— Bien entendu ! Et puis on n’a jamais vu un être humain se marier avec un ridicule animal.
A ses mots, le corbeau se jeta sur le malheureux et lui lascéra le visage, le rendant encore plus monstrueux qu’auparavant, avant de s’envoler par la fenêtre. Hedon se soigna rapidement, espérant que ses filles ne remarquent rien. En effet, celles-ci, tellement concentrées sur le mariage de l’aînée, ne firent pas attention au pauvre père.
Le lendemain, à la même heure que la dernière fois, le roi des corbeaux se pointa à la fenêtre et croassa gaiement :
— Je suis le roi des corbeaux. Donne-moi une de tes filles à marier. Sinon, je pourrais très bien être moins clément que la fois dernière.
— Très bien... Je... je vais aller leur demander.
Il alla rapidement près de ses filles les plus âgées :
— Nous avons un invité de marque : le roi corbeau. Il est très riche et veut faire d’une de vous deux sa femme. Qui acceptera sa proposition ?
— Père ! As-tu déjà oublié que je suis mariée ?! Mon mari est d’ailleurs plus riche et plus beau que n’importe quel autre ! Pourquoi changerais-je de destinée ? Que ton prétendant aille chercher ailleurs que dans mes affaires !
— Père ! Voyons, je suis fiancée. Et même si changer ne me dérangerait pas, pourquoi le ferais-je avec un stupide corbeau ? C’est tout à fait ridicule ! M’imagines-tu avec un animal plumé ? Je croyais valoir plus !
Un peu embêté, Hedon revint voir le roi des corbeaux, ignorant d’en parler à sa plus jeune qu’il prenait en pitié.
— Alors, demanda impatiemment l’oiseau. Qui sera ma promise ?
— Seigneur, je crains qu’elles ne soient déjà prises par un autre homme.
Le corbeau ne sembla l’entendre de cette oreille, car encore une fois, il vola jusqu’à l’homme et lui creva son unique œil. Fou de douleur, il hurla, rameutant ses filles, tandis que l’oiseau croassait de contentement, s’envolant à tire-d’aile.
— C’est de votre faute, rugit le père, repoussant les mains secourables de ses filles. Vous avez refusé l’offre du roi des corbeaux et voilà qu’il me nuit ! J’ai pourtant interféré pour que vous soyez toujours choyées et aimées !
— Père, interrompit sa plus jeune. Je n’étais au courant de rien. Je veux, moi, me marier avec ce roi ! Il est puissant et original. Et s’il affirme qu’il est riche, alors j’accepte sa proposition.
Ses sœurs la charrièrent un peu. Le lendemain, le corbeau de malheur revint et réitéra sa question. Cette fois-ci, Hedon présenta Kesga. L’oiseau ne dit rien pendant un moment, scrutant sa promis sous tous les angles, puis croassa son accord. Soulagé, Hedon laissa faire une multitude de corbeaux entrer dans la pièce et emporter sa fille dans les cieux.
Celle-ci s’amusa beaucoup durant le voyage, mais fit triste mine en voyant le paysage désolé où ils atterirent. Les plantes étaient rabougries, quand elles avaient encore un souffle de vie, la terre était sèche. Kesga sentit qu’elle avait fait une erreur et que ce fameux roi avait menti effrontément. Ses sœurs devaient bien rigoler à l’heure qu’il était. Les corbeaux la laissèrent en plan devant un immense château. Bien.
Elle le visita toute la journée, sans rencontrer âme qui vive. Le soir, elle découvrit pourtant dans une immense salle, une imposante table où y était disposés des couverts et des plats. Soupirant, la jeune femme s’assit et mangea tranquillement, essayant de voir qui pouvait bien vivre dans ces conditions-là. Pourtant, alors qu’elle attendait que quelqu’un débarasse, elle ne vit personne et, fatiguée, se résolut à monter se coucher dans un immense lit vide. A minuit, pourtant elle se réveilla par un bruit aux carreaux. Elle allait allumer une bougie, mais une voix sèche la retint :
— Laisse éteint, tu n’as pas le droit de me voir. Tu n’as pas encore la majorité, alors je ne peux pas encire t’épouser. Aujourd’hui, tu n’as que 14 ans, attends d’en avoir 18 pour pouvoir vivre heureuse avec moi.
— Et pouquoi donc ? Quand on aime, on ne compte pas !
— Là n’est pas la question. Un puissant mage est venu un jour dans mon royaume et nous a tous changé en corbeaux, mon peuple et moi. La nuit, je peux redevenir moi-même mais tu n’auras pas le droit de voir ce que je suis vraiment. Ce mage rompra le charme une fois que nous serions mariés, sinon un terrible malheur s’abbattra sur nous.
— Qui est cet horrible individu ?
— Je ne sais pas. Il était habillé d’une longue cape noire et je ne l’ai vu qu’à travers un brouillard. Je crois bien que dix autres personne du même accabit que lui était derrière lui... En tout, il doit y avoir onze de ces monstres près de chez nous.
— Oh... Je comprends.
Elle était tout de même très déçue. Au bout d’un moment, elle entendit les pattes de l’oiseau sur le plancher. Presque tout de suite après, des bruits d’os qui craquent, de plumes qui volent, se firent entendre dans le silence inquiètant de la chambre. Kesga resserra la couverture sur elle. Au bout d’un moment, des pas retentirent sur le placher, mais cette fois-ci, ils étaient humains. La jeune reine, le cœur battant la chamade, sentit la couverture se lever un peu pour laisser place à un corps et entendit le frôlement de tissus. Après quelques minutes de silence pesant, Kesga tendit doucement sa main et rencontra la lame d’une épée.
— N’essaye même pas.
— Mais comment se connaître alors ?
— Attendons le mariage.
— Ne pouvons-nous discuter ?
— Il fait nuit.
— Et alors ? C’est le seul moment de la journée où nous nous voyons.
Silence.
— D’accord.
Kesga sourit. Elle s’installa plus confortablement et ils parlèrent toute la nuit, dans le noir le plus total. Un peu avant l’aube, le roi se releva, ses os craquèrent à nouveau et la jeune femme l’entendit s’envoler pour la journée. Elle en profita pour dormir profondément toute la matinée.
Deux yeux effrayés, voir peinés, lui firent face. L’homme qui se tenait devant elle était tout simplement beau. C’en était presque une horreur sans nom de l’avoir maudit en corbeau. Cela revenait presque au sacrilège de simplement regarder toute sa beauté. Elle revint à la réalité, par sa douce voix :
— Femme, qu’as-tu donc fait ? N’avais-tu pas assez de patience pour attendre l’aube ? A présent, mieux vaut pour toi que tu partes ; il va se passer certainement des choses horribles ici. Ne discute pas : suis n’importe quel chemin et aime un autre homme que moi. Adieu.
Elle allait discuter, mais une nuée de corbeaux s’engouffra dans la pièce et lui fouetta le corps. Elle partit en courant, quittant ce château maudit. Au bout de plusieurs heures, elle revint dans un paysage normal et fit la rencontre d’une vieille femme, profitant du solei lavec son chien blanc aux longs poils.
— Bonjour, Madame, fit-elle poliment. Quelle est la direction de Garéna, je vous prie ?
— Vas-tu abandonner ton mari ? Il attend, enchaîné par des bourreaux. Tu es liée à lui, cherche l’herbe bleue qui chante jour et nuit, et qui brise le fer, alors tu seras près de celui que tu aimes. Pour vérifier cela, je t’offre ces sabots de fers : ils se briseront à la voix de cette plante.
Kesga la remercia et partit en voyage. Au bout d’un an, elle atterrit dans un pays où le soleil brillait de jour comme de nuit. Sur une petite colline, elle trouva une herbe bleue. Fouillant frénétiquement ses poches, la jeune femme en sortit un petit couteau piqué dans le château de son mari, et s’apprêta à trancher, lorsque l’herbe chanta doucement :
— Reine, je ne suis pas l’herbe qui chante jour et nuit, et qui brise le fer.
— Comment en être aussi sûr ?
— Regarde tes sabots.
En effet, ils étaient intact. Kesga pleura, puis se remit en route. Une fois une autre année passée, dans un pays où la lune assistant au jour ainsi qu’à la nuit. Une voix mélancolique chantait alors. Elle se dirigea précipitemment vers cet endroit et trouva de l’herbe bleue, chantant. Le couteau sortit fut près de cette fine tige, mais l’herbe fut plus rapide et fit :
— Reine, je suis l’herbe qui chante jour et nuit, mais je ne brise pas le fer.
— Pourquoi donc ?
— Je n’ai pas ce pouvoir.
— Où dois-je alors aller ?
— A l’est. Va toujours à l’est. Ne t’arrête pas. N’abandonne pas.
Kesga pleura une nouvelle fois, mais repartit, comme la dernière fois. Elle suivit les instructions de la dernière herbe bleue et une nuit, elle entendit chanter, clair dans la plaine sombre :
— Je suis l’herbe qui chante jour et nuit ! Je suis l’herbe bleue qui brise le fer !
Les sabots de la reine se brisèrent. Elle en pleura de joie et alla cueillir cette providence. Mais une fois fait, où devait-elle aller ? L’herbe allait-elle fâner ? En tout cas, le ciel s’ombrageait dangereusement vite... Elle courut pour échapper à... à quoi déjà ? A ce ciel ténébreux ? Que se passait-il ? Pourquoi sentait-elle la peur lui nouer le ventre ?
Elle courut jusqu’à une montagne escarpée et aperçut son amour en forme humaine, le visage flétri. Une fois là-bas, elle dut faire face à onze formes informes endiablées. Elle trembla et voulut s’enfuir, mais l’herbe bleue se mit à chanter :
— Je suis l’herbe qui chante jour et nuit ! Je suis l’herbe bleue qui brise le fer !
Bercés par la douce voix de la plante, les monstres tombèrent sur le sol, endormis. Kesga, à moitié apeurée, courut vers l’homme et toucha ses liens avec l’herbe qui se flétrit, rendant toute sa beauté au roi des corbeaux. Des quatre coins du ciel apparurent des milliers de corbeaux qui, en se posant sur le sol de la montagne, redevinrent des êtres humains. Les apparitions disparurent sans demander leur reste, tandis que tous les champs désolés se transformaient en champs de fleurs bleues, chantant gaiement.
Le roi prit sa femme dans ses bras :
— Merci, femme. Grâce à toi, nous sommes tous libres. Veux-tu toujours de moi comme époux ?
La réponse ne se fit pas attendre et le peuple libéré les acclama. Une vieille femme regarda tout ça de loin.
— J’ai gagné cette fois-ci, sourit-elle, regardant d’un autre côté onze formes aux yeux rageurs. Soyez bons perdants.
— Kesga avait deux sœurs... la malédiction continue !
Tiré d’un conte gascon.
Merci beaucoup à ceux qui me lisent. Car je remarque que, parfois, je fais beaucoup de fautes de frappe... Je suis en train de corriger comme je peux, ne vous en faites pas.
Mydaya