Ce matin, je me suis réveillée comme d'habitude et suis descendue dans la
cuisine afin de prendre un petit déjeuner. Aujourd'hui étant un jour de
congé, il fallait bien commencer la journée.
Je suis arrivée dans la cuisine, regardant l'immonde pile de vaisselle sale
qui trônait majestueusement dans l'évier, je me suis dirigée vers le
réfrigérateur. Malheureusement, il était vide. Impeccablement vide. J'ai
soupiré et me suis rabattue sur le placard à biscuits. Excepté un vieux
citron, il était tout aussi vide que mon estomac.
De toute façon, il aurai bien fallu que cela arrive un jour ou l'autre :
les provisions ne sont pas éternelles. J'ai enfilé un pantalon de jogging
et un pull qui traînait et, à contre c?ur, ai pris le chemin du
supermarché.
Le supermarché de la ville, grande étendue d'allées de carrelage blanc,
une vraie jungle d'étales où tout semble étrange lorsque égarée entre le
rayon fruits et légumes et celui de papeterie, on se dit que l'on ne
trouvera jamais ce que l'on cherche. Qui sait ? C'est vrai que dans un
supermarché, tout peut arriver .
« Bon, voyons, confiture . » ai-je murmuré. Je détestais vraiment faire les
courses ! Je me trouvais dans le rayon dentifrice et donc il me fallait
traverser tout le magasin .
« La fin est proche . murmura une voix sombre derrière moi.
- Ben voyons ! ai-je grogné en me retournant d'un air maussade. La fin du
monde, il ne manquait plus que cela !
Encore un gourou qui n'a que cela à faire ! »
Pourtant, je ne vis personne, j'était seule dans l'allée. Qu'importe, la
ville était peuplée d'énergumènes qui essayaient tant bien que mal de se
tailler une réputation de nouveau Saint George alors ; pour le moment ce
qui m'intéressait le plus c'était la confiture. Le reste, on verra plus
tard !
Je me trouvais dans le rayon hygiène, lorsque cela recommença :
« Ta fin est proche . recommença la voix.
- Hein ? Où êtes vous ? ai-je balbutié en jetant des regards apeurés sur
les autres clients.
- Je t'ai choisi .dit-elle encore.
- Qui êtes vous ? Montrez vous ! Ce n'est pas drôle ! clamais-je, tout à
fait paniquée.
- Je t'ai choisi . Tu ne peux pas fuir ! »
Et puis, plus rien. Mon dieu ! Que ce passait-il ? Qui était cet agresseur
invisible ? Saint George ? Un psychopathe ? Un tueur en série ? Un
fantôme ? Non ! C'était impossible ! Je devenais folle, cette voix sortait
de nulle part !
Il ne fallait en aucun cas que je reste là. Je me suis mise à courir en
bousculant les vieilles dames avec leurs caddies. Je courais, les rayons
défilaient sous mes yeux, je n'y faisait pas attention, il fallait que je
sorte de là, quelqu'un m'en voulait, je ne sais pas qui, ni pourquoi . il
fallait juste que je sorte de là !
Je suffoquais. Ce n'était pas parce que je portais un pantalon de jogging
que j'étais une fille sportive, loin de là ! A bout de souffle, je du
reprendre ma respiration.
« Tu ne peux pas fuir . »
Non ! Il m'avait retrouvé ! Que fallait-il que je fasse ? Qu'allait-il me
faire ?
J'étais arrivée dans le rayon confiture où des rangées impressionnantes de
bocaux m'entourait. J'étais arrivé. Comme le terminus d'une ligne
d'autobus. C'était fini. Je le savais, il l'insinuait en moi, petit à
petit, la peur me gagna. Refuge glacé qui m'engloutit.
Des larmes, chaudes, encore vivantes en moi coulèrent longtemps sur mes
joues. Je saisis le pot de confiture que j'étais venu chercher. N'importe
lequel. Ca n'avait plus aucune importance.
Je le serai. Très fort dans ma main puis, le froid devint glacial dans mon
corps. Ma main s'ouvrit et le bocal alla s'exploser contre le sol, en même
temps que moi, avec un impact violent.
Le carrelage impeccable est maintenant recouvert d'un liquide rougeoyant
mais je ne sais pas si c'est de la confiture ou si c'est du sang. Mon sang.
Je suis en train de mourir. Je le sais. Je le sens. Tout s'éteint dans mon
corps comme si quelqu'un abaissait des interrupteurs les uns après les
autres. Clac. Clac. Clac. C'est un peu ça, et à chaque fois un nerf cesse
de fonctionner, un muscle d'exister. La journée avait si bien commencée !
Et je suis là, étendu sur le sol dans la confiture. J'entends encore les
autres parler. Je ne comprends plus ce qu'ils disent. Ils s'affairent
autour de moi, se demandent ce qu'il m'est arrivé. Ils ne savent pas. Moi,
moi je le sais ! C'est la voix qui m'a emportée !
Eux, ils ne croiront jamais à cela, même si c'était moi qui leur disait !
Non, il ne le croirait pas, il trouverai sûrement encore une explication
dite scientifique alors que la réalité, si amère soit-elle, est là, juste
sous leur nez.
J'aimerais éclater de rire. Oh ! oui comme j'aimerais leur rire au nez, et
je le ferai -sûr- si seulement je n'étais pas déjà morte .