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Qui suis-je ?
Tout est si sombre… Il fait noir…
Pourquoi suis-je réveillée en pleine nuit ?… Mais… je ne suis pas sur mon lit… Je ne suis pas dans ma chambre… Ou suis-je ? Si je me pince, me réveillerai-je ? Non, ce n’est même pas la peine d’essayer… Je suis bien éveillée si je pense cela. Il serait peut-être temps que je me lève si je veux savoir où je suis…
Je me relève difficilement. Je titube, mais reste debout. Et a présent ? Je ne vois rien ! Comment ferais-je pour savoir où je dois aller ?
Comme en réponse à ma question, un déclic se fait entendre derrière moi. Je me retourne… Je vois un tunnel… si je vois, c’est qu’il y a de la lumière !… Et si c’était un piège ?… Oh et après tout, qu’ai-je à perdre ? Même ma vie n’a plus d’importance tellement elle est devenue banale et lassante…
Je commence à marcher. Mon premier pas sur le sol résonne tout autour de moi. Les suivants n’engendrent aucun bruit. Plus j’avance, et plus une crainte monte en moi. Malgré moi, je commence à chanter. C’est toujours ce que je fais dans ces moments là : je chante ma peur.
J’entends une voix… Quelqu’un parle… Non… quelqu’un chante. Je m’arrête pour l’écouter. La voix semble venir de la fin du tunnel. Je n’en suis qu’au début. Je continue d’avancer tout en écoutant. Cette voix est enfantine et rassurante. La mélodie est triste. C’est une chanson d’enfant, mais pourtant, elle est douloureuse. Les mots sont simples, mais ont un sens complexe.
A présent je suis au milieu du tunnel. Une forme floue se tient assise à quelques mètres de moi. Il fait toujours aussi sombre, et j’éprouve quelques difficultés à savoir ce qu’est cette forme. Je m’approche. Le chant s’arrête. Cette voix venait du milieu du tunnel et pas à la fin… La silhouette se recroqueville sur elle-même. Je me baisse pour être à sa hauteur. Une faible lumière fait son apparition. Je peux à présent voir ce qu’est la forme. C’est une petite fille. Elle est terrorisée. Elle n’a aucune peluche ou quoi que ce soit d’autre. Pas de doudou… Rien pour se réconforter…
" Bonjour, lui dis-je. Comment t’appelles-tu ? "
L’enfant semble hésitante. Elle tend sa main vers mon visage, puis, enfin, se décide à me parler :
" Je m’appelle Florine… Tu ressembles à ma sœur… "
Je suis déconcertée. Florine… c’est mon nom, c’est moi. Je regarde la petite fille. La ressemblance est plutôt frappante ! Pourquoi n’avais-je rien remarqué ? Cette petite fille… c’est… c’est moi… C’est ce que je suis, ce que je ressens. C’est moi.
" Que fais-tu ici ? "
Je lui demande cela en craignant qu’elle me renvoie mes questions. Si elle me demande qui je suis, que lui répondrai-je ?…
" Je suis le "moi" intérieur d’une adolescente du même nom que moi, mais elle m’a délaissée. Elle a préféré un "moi" garçon. Mais elle reste une petite fille… au fond d’elle. "
Je baisse les yeux… Oui, c’est bien moi… J’avais l’imagination d’une enfant, et la sensibilité d’une petite fille. Mais j’avais choisi d’avoir le caractère d’un garçon. C’est cela qu’elle voulait dire. C’est de cela que je dois prendre conscience. C’est sûrement pour cela que je suis ici…
" Et toi, comment tu t’appelles ? "
Forcement… elle devait me la poser cette question… Je prends une grande respiration pour lui dire qui je suis, mais soudain, je ne sais plus… Oui, cela peut paraître étrange, mais je ne sais plus. Qui suis-je ? Suis-je Florine ? Suis-je une adolescente ? Suis-je une petite fille ? Suis-je une autre ? Ou bien suis-je un autre ? Je ne sais plus… La petite fille me regarde. Elle attend une réponse. Dans le doute, je dis…
" Flo. "
Elle semble comprendre. Elle semble comprendre qui je suis, mon désarroi…tout. Rien ne semble lui échapper.
Je me relève et lui tends la main. Cette fois, elle n’hésite plus. Elle la prend, la serre fort et se dresse. Elle ne me lâche pas la main, et nous continuons de marcher dans ce long tunnel. Nous finissons par en voir son extrémité, et à cet endroit, il y a une salle blanche, très claire. Soudain, j’ai un flash… cette salle… elle est comme dans mes cauchemars… mes pires cauchemars… J’hésite alors à continuer. Je m’arrête. L’enfant me regarde, puis me pousse vers l’intérieur. Le premier pas est dur…
Il y a un homme devant moi. Il tient dans ses mains ces chemises dont on vous habille lorsqu’on est fou. Mon "moi" me tient encore la main, mais ne bouge plus. Elle a le visage complètement neutre. L’homme avance vers moi. Je recule, me retourne, prête à prendre la petite fille pour courir, mais il y a, à présent, une vitre à la place du tunnel. Derrière, des gens qui m’observent.
Je regarde mon "moi". Elle m’a trahi autant que je l’ai fait. Mais avais-je mérité ceci ? J’en doute…
" Ce n’est pas ton destin… Du moins, c’est ce que je pense. Tu dois affronter ta peur… "
C’est ce qu’elle me dit. Mot pour mot. Je regarde l’homme. Il est tout près de moi. Il pourrait me toucher. Je suis collée contre la vitre, et je tremble. Je tremble de tout mon corps. On se sent comme une feuille sous le vent, et on comprend alors tout le sens de l’expression "trembler comme une feuille". Il ne me touche pas, il ne me met pas cette chemise, mais je peux déjà la sentir. Sa texture, son odeur… tout.
La petite fille m’a lâché la main. Elle n’est plus là. Elle est derrière la vitre. Je peux l’entendre…
Affronte ta peur… Assume toi…
Mais je ne suis pas folle ! Tu me l’as dit… Ce n’est pas mon destin…
" Tu es ce que tu es. Ce que j’ai dit est ce que tu penses. Mais il y a une autre voix en moi… elle dit de te dire…Assume toi… "
Non… non… pas cela… non.. pitié… tout mais pas cela… Je ne suis pas folle…
Elle rit… elle m’a trahie…
" Tout ? Vraiment tout ? Dis-moi, tu veux en savoir plus sur toi ? "
Pourquoi dit-elle ceci ? Je ne comprends pas… Que va-t-il se passer ?
L’homme met un masque. Je me recroqueville sur moi-même en glissant contre la vitre. Je suis dans la même position qu’était la petite fille lorsque je l’ai rencontrée. Je tremble toujours autant. Un sifflement dans la pièce me fait comprendre qu’un gaz l’emplit. Ma dernière vision avant de fermer les yeux est l’homme s’avançant vers moi avec sa chemise…
Je me réveille. Je préfère ne pas ouvrir les yeux… Je me sens flotter… étrange… Ou ai-je encore atterri ? J’ose, j’ouvre les yeux. Je… je suis en train de flotter dans les airs ! Quelque chose m’entoure. Une bulle d’air… je suis enfermée dans une bulle d’air ! Pourquoi ? Quel rapport entre cette bulle et moi ?
Une chanson me vient aux oreilles. C’est un air que tous les enfants connaissent. Un air qu’ils ont inventé…
Tu es dans ta bulle… Tu vis dans ta bulle… Tu es dans ton monde…
Je comprends… Le monde que je me suis inventé, jour après jour, est représenté par cette bulle… C’est là où j’aime passer le plus clair de mon temps… C’est ma bulle.
Qui t’en sortira ?…
Sur les parois de la bulle se dessinent les visages de mes amis, puis tout vibre… soudainement, la bulle éclate. Je fais alors une chute faramineuse.
Qui te rattrapera ?…
Je cherche autour de moi… je suis seule. Les paroles de mon "moi" prennent alors un sens. Mes amis me sortent de mon monde. Essayant de me faire vivre la vraie vie, et non une que j’aurais inventée, mais j’essaye d’être seule, de rêver davantage. Alors je continue ma chute en me construisant une nouvelle bulle, un nouveau monde.
Tu as tout compris…
Le bruit d’un petit rire enfantin. Puis, la chanson reprend…
Tu es dans ta bulle… Tu vis dans ta bulle… Tu es dans ton monde…Qui t’en sortira ?… Qui te rattrapera ?… Tu es seule dans ta bulle… Tu vis seule dans ta bulle… Tu vis seule dans ton monde…Toujours quelqu’un pour te faire sortir… Personne pour te rattraper…
De nouveau ce petit rire… cette fois il résonne dans ma tête… A présent, il n’y a personne pour me rattraper… Je suis seule… Une idée me vient alors. Je repense à mon monde…
Il est tellement loin… l’endroit que tu chéris… que tu ferais mieux… de le faire sombrer dans l’oubli…
Je n’écoute plus… Je me concentre alors sur ce monde que j’ai inventé. Je sens alors le parfum des fleurs… j’arrive à ressentir la chaleur du soleil, et la froideur de la nuit. J’arrive à pressentir les dangers de mon monde. Ma chute est terminée. Je suis de nouveau dans une bulle. Je ferme les yeux… La chute est finie.
Tu sombreras avec lui…
Non… ça recommence… je me sens de nouveau tomber. Je préfère ne pas rouvrir les yeux. Je préfère ne pas repenser à mon monde. Après tout, je ne pourrais pas me sauver continuellement de cette manière.
Je heurte le sol… Il y a un fond ? J’ouvre les yeux. Je suis dehors. En pleine nature : dans une clairière. Qu’est-ce que je fais ici ? Cette fois, je ne suis pas dans une bulle, mais j’en aperçois ; Des bulles se baladent tout autour de moi. Je préfère ce paysage. On dirait qu’aucun danger ne peut nous atteindre…
Les bulles se promènent. C’est une vision décontractante. Je suis fatiguée. Je m’allonge dans l’herbe. C’est juste un repos. On ne sait jamais ce qui se passera si je m’endors… après tout, ce cauchemar n’est pas fini.
Cauchemar ?… Je n’en sais rien…
Voir toutes ces bulles… cela détend tellement… C’est quand même étrange. Les bulles mettent du temps avant d’éclater. Bizarrement, il y en a une qui attire mon attention ; Elle se dirige vers moi et finit par éclater sur mon genou. Je ressens alors une vive douleur au niveau de la poitrine. Comme si mon cœur se faisait poignarder… Les mains sur ce dernier, je respire difficilement. De nouveau cette chanson, mais avec des paroles différentes…
Les rêves des autres…
Je ne dis rien, j’écoute malgré la douleur.
…peuvent faire très mal… mais c’est ainsi, lorsque l’on n’est pas accepté…
Oui, mais surtout …
Lorsque l’on est différente…
Je le sais…
Pourquoi t’acceptes-tu ? Pourquoi ne veux-tu pas être comme les autres ?
Parce que ce ne serait pas moi.
Pourquoi m’as-tu délaissé ?
Parce que tu n’étais plus moi.
Je ferais toujours partie de toi.
Je ne sais pas prédire l’avenir.
Moi je peux… je peux te montrer si tu veux. Je peux te montrer ton avenir. Leur avenir…
Leur ?… Qui ?
Un rire d’enfant…
Alors tu veux ? Viens…
Non… dis-moi qui avant ! Explique-moi !
La douleur s’arrête. Mes yeux se ferment.
Non… Je ne veux pas !
C’est trop tard…
Encore un nouveau décor… Quand est-ce que tout cela sera fini ?…Je ne supporte plus tout ce cinéma.
Je suis dans un village. Il me semble le connaître. Il n’y a personne devant moi, aucune voiture, aucun signe de vie. J’avance. Plus loin, il y a un clocher. Quelle heure est-il ?… Trois heures… du matin ou de l’après-midi ? De l’après-midi à en juger par le soleil qui tape.
Les minutes passent, et rien ne vient. Je regarde de nouveau le clocher, il indique toujours trois heures. Bravo, le clocher est arrêté. Cela peut toujours servir… Tout d’un coup, l’aiguille avance et fait un bond de deux heures, il est à présent cinq heures. Oui, à présent… Je ne sais pourquoi, mais j’ai compris que le temps était arrêté et qu’il venait tout juste de reprendre son cours normal.
Maintenant, il y a du monde dans la rue, mais personne ne me voit. Je ne me fais pourtant pas bousculer. Il y a deux femmes dans la rue. Je sais qui elles sont. Ce sont mes deux sœurs. Elles sont toutes les deux habillées de noir, et elles plaisantent.
Sais-tu pourquoi elles sont habillées ainsi ?
Encore cette petite fille…
Non, je ne sais pas…
Parce que tu es…
Morte ?
Exactement. A cet instant tu es déclarée morte… Si tu es morte, alors, pourquoi plaisantent-elles ?
Elles ne m’ont jamais aimée ?
Je lui demande ceci avec beaucoup d’inquiétude. Mes sœurs, je les aime de tout mon cœur. Je ne supporterais pas qu’elles m’aient trompée.
Au contraire. Elles t’ont toujours aimée. Tu es leur petite sœur après tout… même si tu es différente d’elles…
Nous sommes tous différents. Explique-moi pourquoi elles sont aussi joyeuses.
Après ce que tu es en train de vivre, tu seras portée disparue, morte. Ensuite, tu ne seras plus qu’un souvenir. Et pour finir, plus rien. Elles ne penseront même plus à toi.
Ce qui veux dire qu’à leurs yeux je ne suis rien.
Non. Nous leurs ferons tout simplement oublier. Tu sais, les gens de ce monde sont différents. Leurs esprits peuvent être maniés avec beaucoup de facilité. C’est en cela que tu es différente. Ton esprit est tellement fort que nous n’arrivons pas à le manier. Par contre, les gens de ce monde le peuvent… C’est très étrange.
Pourquoi me montres-tu tout ceci ?
Pour que tu prennes conscience…
Je ne dis rien. Je l’écoute, mais elle s’est arrêtée de parler.
De quoi dois-je prendre conscience ?
…De tout… de toi.
Je suis étonnée. Je n’ai jamais ressenti le besoin de me connaître plus. Elle, elle arrive, et me fait comprendre ce que je suis… une petite fille…
Tu n’es pas que cela.
Que suis-je d’autre ?
Tu es… étrange. Je te l’ai dis lorsque nous nous sommes rencontrées. Tu as choisi un "moi" garçon. C’est avec cette particularité que tu parcours ces terres.
Tu ne peux pas m’éclairer plus ?
Non. C’est à toi de savoir. Ce n’est plus à moi.
Il y eu un moment de silence. Je suis encore dans ce village, mais peu à peu, la vision s’estompe. Tout devient plus… blanc, mais doucement.
Dépêche-toi… le danger est grand ! Hâte-toi !
A faire quoi ? Quel est ce danger ?
Comprends ! Hâte-toi !
Non, je ne comprenais rien. Mais je me doutais d’une chose : le blanc qui apparaissait peu à peu… c’était de nouveau cette salle. Cette salle que je vois dans mes pires cauchemars. Cette salle qui me hante jours et nuits.
Je suis allongée. Cela pourrait être mon lit, ma chambre, mais ce n’est rien de tout ceci… Je suis dans cette salle blanche, vêtue de cette chemise… La camisole.
Je l’ai dit… camisole… Ce n’est pourtant pas difficile à dire. Pourquoi ne voulais-je pas le nommer ? Ce n’est pas le moment de me poser ce genre de questions ; L’homme est toujours là, à me regarder comme si j’étais un animal de cirque. Il m’injecte un produit. Je ne peux pas tourner la tête, elle est bloquée. Je ne peux pas voir le produit, mais je sens la dureté de l’aiguille, et le froid du produit entrer peu à peu en moi. Le liquide se dirige vers mon cœur. Je sens ce dernier ralentir la cadence.
Je hurle. Je ne suis pas folle ! Qu’il me laisse en paix ! Je ne veux être le cobaye d’une expérience ! Qu’il arrête, sinon, ce sera mon cœur qui le fera…
Une larme coule sur ma joue ; J’ai une pensée pour mes amis, eux que j’aime tellement…L’homme récolte ma larme, et m’injecte un deuxième produit. Il est plus chaud que l’autre, et, lorsqu’il arrive au cœur, il le fait redémarrer au tout dernier moment.
L’homme sort. Je le vois derrière la vitre qui est en face de moi. Il parle avec d’autres personnes. Avant que je n’aie pu me rendre compte de quoi que ce soit, je me retrouve dans une cellule, sans camisole, mais pas seule. Il y a de nouveau cette petite fille.
Je te l’avais dit, comprends, le danger est proche.
Le danger, c’est… cela ?
Oui, c’est, pour toi, le plus grand danger.
Je me rends compte qu’elle ne m’a pas trahie. Elle voulait simplement me montrer tout ceci. Mais que dois-je comprendre ?… Tout ceci m’énerve ! Cette énigme reste sans réponse. C’est frustrant. J’ai l’impression de me retrouver dans une boucle sans fin.
Je m’assieds, adossée contre un mur, et réfléchis… une pièce sans lumière… un tunnel…une petite fille étant mon "moi"… une pièce blanche… des bulles… une clairière… un village… ma mort… un asile… tout ceci doit bien avoir un rapport… à moins que ce rapport ce soit moi… attends… récapitulons.
La petite fille est assise en face de moi. Elle me regarde.
Une pièce sans lumière… Quelle est la relation ? Je n’ai pas d’arrières pensés noires, donc ce ne peut être ceci. Que s’est-il passé à ce moment ?… J’essayais de fuir. Oui, mais de fuir quoi ?… Le noir…
Tout d’un coup, j’ai une étrange impression : la sensation d’être encore dans cette salle. Celle qui est blanche et très éclairée… d’être sur cette chaise… Je ne peux plus bouger : Je suis attachée, mais surtout, je suis pétrifiée. Mon cœur bat plus vite que jamais : la peur est trop grande.
Il y a plusieurs personnes qui sont penchées sur moi.
Elle est consciente. Ne la laisse pas se rendormir !
Hâte-toi !
Je reviens à la réalité. Je suis dans cette cellule. Qu’était-ce ?
Hâte-toi !
La petite fille devient soudain impatiente.
Oui, oui…
Après ce fut le tunnel… C’est là mon issue et j’ai toujours du mal à en sortir. Puis, il y eu cette lumière, c’est là la sortie du tunnel, là, la réussite.
De nouveau cette sensation…
Ne commettez plus cette erreur ! Nous pouvons dominer cet esprit et le soumettre comme les autres.
Hâte-toi !
Non ! Elle recommence ! Maintenez la réveillée !
Retour à la cellule. Je saisis enfin, ils veulent me déconcentrer pour que tout s’accomplisse comme mon "moi" l’avait prédit. Je me rends compte de ceci, mais je ne discerne pas tout.
Comprends !
Je regarde la petite fille. Son regard implore ma rapidité.
Une pièce blanche… Celle de l’asile… Pourquoi le tunnel doit se terminer ainsi ?… Non, c’est simplement ma peur. C’est ce que je crains au plus profond de moi.
Vite, elle reprend conscience ! Ne la perdez pas encore !
Elle recommence à…
Viennent ensuite les bulles. Ce sont mes mondes, c’est moi, mon imagination. Je m’enferme dans mes bulles, dans mes rêves, pour ne plus souffrir dans cet univers qui m’est hostile.
On recommence ! Vite ! Elle comprend de plus en plus ce qui se passe au fond d’elle… Si elle comprend, tout espoir sera écarté !
Vous ne me déconcentrerez pas ! Vous ne me déconcentrerez plus…
Cette clairière… Beaucoup de personnes veulent ma mort. J’ai des ennemis, beaucoup, et je ne m’en rends pas compte.
Pourquoi as-tu des ennemis ?
Elle ne le sait pas ? La petite fille ne le sait pas ? Ou n’est-ce qu’un test ?
Je n’ai pas la même façon de penser qu’eux.
Tu es différente !
Nous sommes tous différents !
Elle revient ! Dépêchez-vous de lui injecter…
Non, vous ne m’injecterez rien !
Après, il y eut un village… le village où j’ai grandi. Le village ou j’ai passé la plus grande partie de mon temps. Celui dans lequel j’ai souffert pour diverses raisons… C’est dans ce même village que je suis destinée à mourir ? Qui sait ?… Après tout, c’est fort possible.
Vous allez le lui injecter ce produit ?!
Et pour finir, il y a l’asile… enfin, tout paraît clair… Je n’ai pas tellement peur de me retrouver seule, que l’on détruise mes rêves, ou même de mourir… j’ai peur… que l’on me prenne pour une folle, que l’on me mette à l’asile. C’est ceci ma plus grande peur. Je n’ai pas peur d’être oubliée, délaissée, j’ai peur d’être prise pour une folle.
Je regarde l’enfant. Elle sourit. La sensation ne revient pas, et je pressens qu’elle ne reviendra pas avant longtemps. L’étrange sentiment de sécurité envahit tout mon corps, bien que je sois toujours dans cette cellule. Peu à peu, la petite fille semble se dissiper. Mon cœur reprend un rythme normal.
La pièce devient de plus en plus sombre. Lorsque tout est noir, j’entends une voix qui résonne autour de moi :
Tu as compris. Tu sais ce qu’est ta peur. Tu sais quel est ton point faible. Tu es sauvée.
Sauvée de quoi ? Je sens que je ne le saurai pas avant longtemps, très longtemps… Et maintenant, que va-t-il se passer ?
En dépit de moi, je ferme les yeux…
Je me réveille en sursaut. Il fait moins noir, et c’est un environnement que je connais qui me vient aux yeux… ma chambre.
Je me rallonge. Alors tout ceci n’était qu’un…cauchemar ?… au moins, celui-ci m’a appris quelque chose…mais il avait l’air tellement vrai…
Il y a une voix qui semble venir au plus profond de moi-même…
A présent, nous sommes deux pour te guider…