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I
Le ciel était dégagé pour une journée en automne, mais les deux soleils n'apparaissaient pas à l'horizon, ce qui était assez inhabituel. Farrah Ayd se tenait sur une petite colline, dans une grande plaine. Elle attendait depuis un long moment et savait qu'elle attendrait peut-être quelques temps encore.
Enfin, une petite lumière timide apparut à l'horizon et elle descendit enfin de sa dune. C'était le signal qu'ils avaient décidé. Elle courut jusqu'à la limite du Désert pour y entrer, ses cheveux d'un blanc neiges flottant au gré du vent, ornés de fleurs rouges et orange.
Ses yeux étaient de couleur dorée, luisant dans l'obscurité complète comme tous les autres elfes. Quatre anneaux étaient accrochés à une oreille ; ils étaient tous en argent car elle n'aimait pas l'or qui était très lourd. Deux fines mèches tressées de part et d'autre de son large front se rejoignaient derrière sa tête en passant largement sous ses oreilles. Deux autres mèches identiques, mais un peu plus bas, se laissaient porter par le vent avec les autres cheveux détachés.
Elle ne portait comme simple vêtement qu'une simple robe jaune clair, qui lui arrivait jusqu'aux cuisses et tenue par une large ceinture marron où un fourreau était suspendu, usé à cause d'une utilisation presque quotidienne. Le bas de sa robe volante avait de larges fentes disposées régulièrement sur les bords du tissu pour se mouvoir plus facilement ; c'est pourquoi ses dessous faisaient partie intégrante de sa robe. Elle se déplaçait toujours pieds nus pour faciliter sa prise sur le sol. Elle portait aussi un petit gilet marron clair qui avait les manches retroussées.
Au bout d'un moment, elle entra enfin dans un petit village, tellement insignifiant qu'il était inconnu des autres races. Zalybs était à des kilomètres et même ses habitants ne connaissaient pas l'existence de ses petites habitations. Ils l'avaient prévenu que ses maisons étaient en fait un décor et que si quelqu'un entrait dans une de ses maisons, il y trouverait la mort. Ils lui avaient indiqué la seule vraie maison qui n'était pas piégée. C'était là où ils s'étaient donnés rendez-vous car d'après ses informations, c'était là où se déroulait le conseil des Sages. Farrah arpentait les rues sinueuses qui d'ailleurs, étaient mal entretenues.
Puis elle se mit à penser à la chance qu'elle avait d'être autorisée par les Sages, à assister à l'une de ses réunions. Chaque année, les Sages se réunissaient pour parler de choses et d'autre. Personen ne savait de quoi il en retournait. Et ceux qui avaient essayé d'assister à une de ces réunions s'était retrouvé amnésique. Heureusement pour elle, Farrah avait reçu une autorisation.
Elle avait reçu au petit matin, alors qu'elle allait chasser pour nourrir sa famille, une lettre des Sages la conviant dans cet endroit perdu avec toutes les informations nécessaires pour arriver saine et sauve jusque là. Elle se revit, heureuse de cet honneur exceptionnel, sautant dans sa cuisine. Puis elle s'était arrêtée car elle avait réfléchit sur ce que cela impliquait. Ses parents étaient malades et son frère, Gence, ne comptant qu'un anneau, était trop jeune pour participer à la chasse. Elle ne pouvait donc pas partir.
Heureusement pour elle, un ami qu'elle aimait beaucoup était arrivé. Il s'appelait Conrad Coe et avait deux années elfiques de plus qu'elle mais cela ne signifiait rien pour elle. Ses cheveux noirs et bouclés avaient été coupés la veille presque au raz de la tête, à la mode des garçons. Ses yeux étaient clairs et froids, mais ils voyaient plus loin que n'importe qui. Il avait été habillé en tenue de chasse car il avait voulu lui tenir compagnie pour chasser. Lui aussi, il l'aimait beaucoup.
Farrah lui avait sauté au cou et l'avait remercié chaleureusement. Elle avait mangé rapidement tout en lui expliquant assez vaguement qu'elle allait partir assez longtemps. Elle ne lui avait rien précisé comme les Sages lui avaient recommandé. Après ça, elle était allée à l'écurie, suivie de près par Conrad, pour seller sa jument préférée, Tutia. Puis elle était partie. Laissant là son fiancé en lui disant rapidement au revoir et en se pressant autant qu'elle put. Sa malheureuse jument n'avait pas supporté tant de kilomètre et Farrah avait dû la laisser à un palefrenier pour qui s'occupe d'elle jusqu'à son retour. Elle avait donc dû continuer à pieds marchant aussi vite que ses pieds pouvaient le supporter.
Mais maintenant qu'elle était arrivée, elle hésitait. Pourquoi les Sages l'avaient-ils choisie ? Elle était assez bonne à l'épée, mais n'était pas la meilleure ! Elle n'était pas non plus la plus jolie et n'avait pas de caractéristiques particulières ! Elle respira profondément et s'arrêta quelques instants pour sortir de sa veste, un bout de papier froissé par le voyage. C'était la lettre des Sages avec toutes les indications importantes. Farrah parla tout haut en raillant, comme pour calmer son anxiété :
- Bon, au boulot ! Il faut que je trouve la maison où a lieu la réunion. Evidemment, ils ont compliqué les choses, pour changer ! Il faut que je donne comme mot de passe, le nom du seul Sage que j'ai rencontré. Je sais que c'est Baldic Sherr, mais si je ne m'en étais pas souvenue ? Ils ne m'auraient probablement pas laissé entrer et je serais venue pour rien ! J'aurais en plus laissé une belle occasion !
Tout en parlant, elle avait continué sa marche, regardant alternativement la lettre et les maisons autour d'elle. Cela ne ressemblait même pas à des maisons. C'était simplement des cubes des pierres collés les uns aux autres. Elle soupira profondément, presque bruyamment, et s'arrêta. Elle lança sa tête en arrière en fermant les yeux pour calmer sa tension nerveuse qu'elle savait grandissante. Mais elle ne put songer à autre chose qu'aux Sages.
Les gens de son village n'aimait pas trop les humains ; elle était la seule à les admirer en cachette. Elle avait étudié tout ce qui pouvait avoir de rapport avec eux. Ils étaient parfois corruptibles, ni bons, ni méchants. Rusés et diaboliques, c'était leur nature dangereuse et en même temps, ingénieuse. D'implacables combattants, n'ayant aucune pitié pour les femmes et les enfants s'il le fallait. Son peuple répugnait de tuer des femmes et des enfants, ce qui leur faisait souvent défaut.
Farrah soupira une seconde fois et rouvrit les yeux, sans pour autant bouger la tête. Dans le ciel bleu, il y avait maintenant des nuages s'amoncelant. Farrah fronça les sourcils car elle ne voulait pas être trempée quand elle se présenterait aux Sages. Elle reprit donc prestement sa marche, s'activant malgré la douleur à ses pieds. Enfin, ses efforts aboutirent sur un cube de pierre banal. La porte semblant n'avoir jamais été ouverte, ni utilisée, Farrah regarda une nouvelle fois la lettre, ainsi que la porte, pour s'assurer que c'était bien la maison qu'elle cherchait.
Elle fronça discrètement les sourcils comme pour montrer à des fantômes son scepticisme. Le bois était mouillé malgré la tiédeur de l'air quand elle y posa sa main. Tout à coup, un ?il bleu apparut derrière un petit panneau coulissant. Farrah enleva immédiatement sa main, comme s'il s'était s'agit d'un cseron. L'?il la dévisagea ouvertement et Farrah se sentie rougir jusqu'à la racine des cheveux. L'?il dit enfin trois mots, les mâchant presque, d'une voie dure et implacable, typiquement humain :
- Mot de passe !
Farrah déglutit péniblement. Elle voulut dire le mot de passe mais aucun son n'en sortit ; elle l'avait oublié ! Comment avait-elle fait ? Elle se l'était répété durant tout le trajet ! En plus, ce n'était pas une phrase compliquée mais juste un mot, un nom ! Au bout d'un moment, elle remarqua que l'?il ne clignait jamais des paupières. Maintenant, il lui faisait peur. Elle aurait voulu crier et se retourner pour courir, échappant à ce monstre, mais son honneur et sa fierté l'en empêchait. Elle inspira et expira lentement, ce qui lui permit de se calmer et de trouver enfin le mot de passe tellement attendu.
- Baldic !
- Lente, trop lente.
Ce fut la seule remarque acerbe qu'il prononça avant d'ouvrir la porte qui grinça. Le bruit était trop strident pour les fines oreilles de l'elfe. Elle recula instinctivement d'un pas en se bouchant les oreilles et en grimaçant au passage. Une autre remarque claqua comme un fouet.
- Sensible, trop sensible.
La porte fut ouverte et laissa enfin place à un jeune homme qui n'était par contre pas un Sage. Farrah ne réussit pas à dissimuler son vif étonnement assez tôt et eut un bruyant hoquet de surprise. Un autre propos cingla.
- Emotive, trop émotive.
N'allait-il jamais finir ? Farrah commençait à le trouver antipathique ! De plus, elle avait la nette impression qu'il ne connaissait que ce type de phrase !
La pièce dans laquelle elle était entrée était très sombre, mais elle voyait distinctement, grâce à sa vision elfique, les personnes qui s'y trouvaient. C'est-à-dire elle et l'humain. Les Sages n'étaient pas présents ! Serait-elle tombée dans un piège ? Et pourquoi la piéger, elle ? Sa famille n'était pas riche et elle-même n'était pas exclusivement belle ! Une horreur lui traversa l'esprit mais elle la chassa rapidement car elle ne voulait pas céder à la panique aussi facilement !
Ses muscles se raidirent, prêts à tuer si nécessaire. Mais l'humain ne fit rien, à part fermer la porte derrière elle. Farrah était une elfe ! Elle avait donc des pouvoirs et pas lui ! Donc elle n'avait rien à craindre ! Mais malgré son raisonnement qui ressemblait plus à de l'hystérie plutôt qu'à autre chose, elle tremblait. S'ils étaient nombreux, elle pourrait en tuer quelques-uns mais pas tous.
Elle se ressaisit difficilement, se convainquant qu'ils ne pourraient pas se cacher dans une pièce aussi petite. Elle reprit du cran mais quand l'humain la dépassa pour aller dans un coin, elle eut un frisson d'horreur en voyant son énorme carrure. Puis l'humain disparut après être entouré d'un halo bleu.
Farrah ouvrit de grands yeux pour voir quelque chose, un indice. Mais elle ne trouva rien. Elle s'approcha craintivement du coin de la pièce et s'affola quand elle ne trouva rien. Elle se ressaisit une nouvelle fois et mit en marche sa perception elfique. Au bout d'une minute, elle visualisa un carré de bois, posé sur le sol et gribouillé de runes elfiques.
Un klayes ! Il servait à la téléportation, le seul problème qui restait était que son passager ne pouvait aller qu'à un seul endroit. Et cela lui faisait peur ! Qui sait ce qui l'attendait si elle y allait ? Elle se morigéna et se dit qu'il ne fallait pas avoir peur à ce point. Elle prit une grande bouffée d'air et se plaça sur le klayes en fermant les yeux. Elle devait juste penser au bois qu'elle sentait sous ses pieds. Sentir toutes les imperfections et les trous du carré, et ne penser qu'à ça.