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- Non.
- Fait un effort !
- Je vous ai déjà tout dit, mais seulement vous ne voulez pas entendre.
- Essaye un peu de nous comprendre ! C'est tout de même difficile à avaler
ton histoire !
- Pourtant, c'est la vérité . »
Oui.
Oui, c'est la vérité. Amy était allée chez Hilary dans la matinée. La veille, elle l'avait vue au coin de la rue qui souriait, il lui arrivait souvent d'envier à Hilary ce sourire magnifique qu'elle portait tout le temps en guise de carte de visite. Un sourire qui voulait toujours dire « salut je suis Hilary ! Heureuse de te rencontrer ! ».
Heureuse.
Oui, Hilary semblait heureuse. Mais il allait s'avérer que non. Et Amy se demanderait plus tard, comment ? comment elle n'avait pu rien voir ? Elle qui était sa meilleure amie . Amy est arrivée devant l'immeuble de chez Hilary, elle a sonné et son amie lui a dit de monter par l'interphone. Amy n'a décelé à ce moment-là rien d'étrange ou d'inhabituel dans le ton de sa voix. Elle a poussé la porte vitrée. Renonçant à attendre l'ascenseur avec la file de vieilles dames chargées de commissions, elle commença à monter quatre à quatre les marches des escaliers. Hilary habitait au sixième étage. Lorsqu'elle est arrivée sur le palier du sixième, elle a d'abord posé les mains sur les genoux afin de reprendre son souffle, puis en levant les yeux c'est là qu'elle la vit.
Hilary avec ses grands cheveux noirs.
Hilary avec son rire éclatant.
Hilary avec son grand sourire magnifique.
Mais Amy ne vit rien de l'Hilary qu'elle connaissait et qui était sa meilleure amie dans l'Hilary qui se trouvait devant elle. Elle ne savait pas quoi dire. Hilary portait une chemise noire et un jean, elle était pied nue. Elle se tenait assise sur la barrière de la cage d'escalier, son regard était vide et sa bouche ouverte asséchait ses lèvres devenues grisâtres. Amy ne disait rien, car rien des mots qu'elle connaissait ne pouvait s'adapter à la situation, d'ailleurs aucun ne voulu sortir de sa bouche. Elle remarqua les marques sur les poignets de son amie, les cernes qu'elle avait sous les yeux et les traînées salées que les larmes avaient tracées sur ses joues. Plus tard, Amy penserait que si elle avait pu dire quelque chose à ce moment-là, Hilary ne l'aurait peut être pas fait, elles auraient pu aller s'asseoir chez elle, sur le canapé, boire des chocolats et raconter tous leurs malheurs. Mais Amy ne disait toujours rien. Hilary tendit vers elle deux grands bras décharnés. Amy s'approcha de son amie, elle se plaça dans l'ouverture de ses bras. Si elle s'était blotti contre elle, si elle lui avait enserré la taille . Hilary renifla une larme, Amy ne comprit pas tout de suite mais son amie se laissa basculer à la renverse dans la cage d'escalier. Au moment où Hilary perdait l'équilibre et basculait, elle voulu attraper sa main pour la retenir. Mais elle n'était pas assez près, elle la manqua. En une fraction de seconde, Amy eu la vision de son amie faisant une chute mortelle dans la cage d'escalier, une chute de six étages. Elle la voyait aller se fracasser en bas sur le marbre, au beau milieu des vieilles dames et de leurs provisions. Elle la voyait s'écraser dans un fracas immense. Mais la chute de Hilary s'arrêta dans un claquement, et il y eu un soupir. Le détail que Amy n'avait pas vu, qu'elle venait subitement de remarquer et le fait que ce détail était le comble de son horreur la pétrifia. Hilary avait passé une corde autour de son cou, une corde qu'elle avait nouée à une marche de l'escalier montant vers le septième étage. Amy ne disait toujours rien, et hormis le claquement, et aussi le soupir, tout cela s'était déroulé dans le silence. Ce fut également dans le silence que Amy perdit connaissance et glissa inanimée sur le palier.
Bam !
Toi aussi tu tombes !
Paf !
Le voilà ton fracas !
Ouf .
Tu n'as pas été assez forte pour parler !
Lorsqu'elle reprit connaissance, elle pensait être dans son lit, mais son genou lui faisait mal. Elle réalisa qu'elle était par terre, couchée sur sa jambe droite qui en était engourdie. Elle vit d'abord la porte de chez Hilary, le numéro 215, elle souhaita que tout cela fut un rêve, que le Bam ! Paf ! Ouf . n'était qu'un songe morbide. Puis elle leva de nouveau les yeux, de l'autre côté, vers la cage d'escalier. Elle pensa plusieurs choses en même temps. Premièrement, elle se dit que quelqu'un devait déjà être passé, qu'il avait appeler l'hôpital, que le claquement qu'elle avait cru entendre n'était pas si fatal. Deuxièmement, elle se demanda combien de temps elle était restée évanouie. Et troisièmement, elle se maudit intérieurement, s'injuriant de tous les noms.
Pourquoi n'as-tu rien dit Amy ?
Hilary était ta meilleure amie !
Amy ! Amy ! Amy !
Lorsqu'elle pensa ces trois choses, elle n'avait pas encore vu le cadavre d'Hilary qui pendait dans la cage d'escalier, les orteils bleuit par l'afflux de sang, les ongles des mains arrachés par les dents, les poignets cisaillés et les yeux grands ouverts. Les yeux morts, perdus et la bouche aux lèvres sèches et grisâtres figée en un dernier soupir. Elle ne l'avait pas encore vue parce qu'elle était allongée par terre, dans un instant ses yeux chercheront à regarder plus haut, même si elle avait très peur de se relever pour voir, ses yeux le feront tout de même parce que c'est un réflexe, parce que la peur est parfois contrôlée par ces réflexes. Elle la vit, et seulement là, elle se mit à hurler.
Oui.
C'est maintenant que tu hurles Amy ?
Voilà, c'est malin mais maintenant c'est finit pour Hilary !
Oh Amy ! Comme tu as été bête Amy !
En hurlant, son esprit jetait à la trappe, dans l'endroit noir du cerveau, le paradis des idées absurdes, les trois choses auxquelles elle avait pensé quelques secondes avant. Personne n'était passé, l'hôpital appellerait plutôt la morgue maintenant. Amy se releva, elle tendit les bras au dessus du vide et secoua Hilary -plutôt le cadavre d'Hilary- par les épaules. Elle la secoua de toutes ses forces, sans toutefois s'arrêter de hurler.
Bon sang Amy ! Tu perds les pédales ?
Tu n'as pas entendu le craquement ?
C'est finit ! C'est finit pour Hilary !
Hi hi hi ! Amy, Amy, Amy !
Juste un Bam ! Paf ! Ouf . est c'en est finit d'Hilary !
La mère d'Hilary accoura, manquant de s'étaler dans les escaliers lorsqu'elle avait entendu Amy hurler. Elle jeta son sac à main, en arrivant sur le palier, elle mis quelques secondes à contempler Amy secouant Hilary qui se balançait au bout de sa corde.
Oh mon dieu !
Faites que cela ne soit pas vrai !
Dites moi que cela n'est pas possible !
Oh mon dieu !
Je vous aime !
Comment cela est-il possible ?
« Tu dis qu'elle s'est suicidée donc ? reprit l'inspecteur de police.
- Oui.
- Elle t'a invitée chez elle, ouvert la porte juste pour que tu la voit
mourir ?
- Comment c'était ces derniers temps entre vous ?
- B-b-bien .
- C'était ta meilleure amie n'est-ce pas ?
- Oui.
- L'autopsie révèle des marques sur les avants bras et des bleus sur le
dos.
- J-je ne sais pas .peut être .
- Il y a aussi la corde.
- Oui.
- Il n'y a pas d'empreinte d'Hilary dessus.
- M-m-m-mais ? Qu'est-ce que vous pensez ? ?
- Ecoute petite, je ne sais pas ce qu'il se passe dans ta petite tête et je
ne veux pas le savoir ! A mon avis, tu es un cas psychologique car le
toubib m'a recommandé de ne pas te brusquer, mais là, il faut que tu
comprennes ! Ton histoire ne tiens pas debout ! Il y a des preuves ! Et
même des témoins !
- Je n'ai rien fait !
- Ecoute, la mère d'Hilary t'a vue la pousser dans le vide .
- Non ! Je ne la poussais pas ! Je n'ai pas touché cette c-c-corde !
- C'est possible que tu n'y sois pour rien, petite, mais c'est tout de même
toi qu'il l'a fait ! Sûrement que tu ne te souviens plus de rien comme
ces tueurs amnésiques ou je ne sais quoi ! Les preuves sont les preuves
alors si tu veux un conseil : tu t'en tirera mieux avec des aveux !
- Quoi ? NON ! Je n'ai pas tué Hilary !
- Il se trouve que si . »
Comment cela est-il possible ? ? Comment cela a pu arriver ?
Juste un Bam ! un Paf ! et puis un Ouf .
Amy !
Amy !
Amy .