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Author: Corbeau-Blanc
Fiction Rated: T - French - General/Supernatural - Reviews: 6 - Published: 06-07-04 - Updated: 06-07-04 - id:1630541

Titre : Fleurs et couronnes (titre d’un poème de Prévert qui m’a touchée)

Auteur : Shû, le corbeau blanc  à

Genre : yaoi, POV alternatif, triste vers la fin je pense, et sûrement lemon. Ah, et le vocabulaire peut vous paraître vulgaire, mais j’ai écris franco, Orion me ressemble à ce niveau là (sourire).

Base : originale

Couples : Sacha - Orion pour le moment. Will – Orion, mais c’est pas vraiment ça (plus de l’amitié qu’autre chose dirons-nous…). Et Orion louche dangereusement sur Sergeï.

Disclaimer : Je suis dans le bus pour rentrer chez moi, on est mercredi et il est 13h30. Je crève de faim. La radio crache du Eddie Mitchell. Mes potes dorment, entassés les uns sur les autres dans ce transport crasseux. Je lis Paroles de Prévert. Je déprime. Enfin, j’écris. Voilà.

Fleurs et couronnes

- chapitre premier -

- Amen.

La Bible est reposée.

Le cuir rouge de sa couverture est usé.

Le papier jauni est moisi par endroit.

Une chaîne d’argent oxydé où pend un crucifix richement ouvragé aux pierres dépolies est posée sur le livre sacré.

Le noir est complet dans la pièce lorsque la porte se referme.

Un long trench-coat noir et chaud est prit sur le portemanteau.

De fines mèches ébène volent alors que les escaliers sont descendus.

Un nuage de buée se forme quand une bouffée d’air est lâchée dans la nuit froide.

***

J’ai fini mon numéro.

Dans la loge surchauffée, je me recoiffe, me remaquille légèrement et change d’habits.

Je sors et rejoint Will derrière le comptoir.

Le night-club est plein à craquer.

J’entends les murmures admiratifs des clients qui ont assistés à mon strip-tease.

Je me force à sourire alors que Sacha, le patron, me regarde et applaudis doucement sans bouger de sa table.

Je hais ce gros lard puant.

D’autant plus que c’est mon amant…

Je me change les idées en vidant un coca.

Will est très absorbé par la confection d’un Blue Lagoon.

Je regarde à qui il sert ce cocktail aux tons de mer polynésienne.

Un type que je n’avais encore jamais vu.

Mais j’ai su à cet instant que je le verrai sans cesse, qu’il soit là ou pas.

C’est un corbeau.

D’habitude, je ris de ce genre de personnage.

Ceux qui se croient obligés de s’habiller uniquement en noir, de se maquiller en noir, et d’être fan de Manson.

Et qui n’ont au fond aucune idée de ce que peut être le mouvement gothique…

Cependant…

Ce n’est pas pareil.

Il n’est pas juste un blaireau qui se croit la réincarnation de Dracula.

Il y a quelque chose d’indéfinissable dans son aura…

Moi je crois à ces trucs.

Il a une peau d’albâtre.

Il brillerait presque dans la nuit… !

Ses cheveux sont longs jusqu’au dessous des omoplates, et marron foncés.

Il a des yeux…

Bleus.

Ou gris ?

Un regard pénétrant et triste…

Profondément, sincèrement triste…

Sinon, du peu que je vois, il est parfait.

Un de ceux qui naissent mannequin sans le savoir.

Il vide son verre d’une traite.

N’importe qui serait tombé raide mort.

Apparemment, ce n’est pas n’importe qui.

Will me regarde, certainement aussi ahuri que moi et la moitié des mecs accoudés au zinc.

Pourtant…

1/3 de vodka, 1/3 de curaçao bleu et 1/3 de jus de citron…

C’est fort quand même non ?

Bref…

Je me reprends et sert d’autres clients.

Sans trop savoir pourquoi, je tremble et j’ai envie de regarder l’homme au Blue Lagoon.

J’ai envie de lui parler.

C’est con.

J’attends patiemment que le temps passe.

Vers deux heures, je recommence à me trémousser sur scène.

Lui ne regarde pas.

Tout les autres, oui.

Lorsque je reviens, il n’est plus là.

- Où est-il, le type ?!!! » j’ai agressé Will plus qu’autre chose.

- Qui ?

- Le corbeau ! Celui qui s’est sifflé trente mille Lagoon !!!

- Oh… ! Partit. Un joli chèque en caisse ! » répondit l’écossais en souriant.

Je relâche la chemise de mon collègue.

Une sorte de déception s’empare de moi.

Jusqu’à quatre heures trente, je travaille comme un automate, les larmes aux yeux.

Quand je rejoins l’appartement au-dessus du club, je ris comme un malade.

C’est vraiment débile cette attitude !!!

Là, je peux le dire : oh – mon – dieu !

Je me sens tiré en arrière et mon dos butte contre un corps adipeux.

Là, je peux le dire : oh – mon – dieu…

Sacha ris doucement dans ma nuque et ses larges mains sales viennent sous mon pull.

***

L’aube se lève doucement.

Une brume flotte au-dessus du sol gelé.

Je resserre mon manteau autour de mon corps engourdi par le froid et l’insomnie.

J’ai des vertiges.

J’ai déjà beaucoup vomi, j’suis vidé…

J’arrive à mon banc préféré du parc.

Sous un cerisier séculaire, devant la baie.

La mer est calme.

On entend le port qui travaille.

Une église sonne six coups.

Je m’assied et frissonne.

Je suis tellement comateux que je ne m’aperçois pas tout de suite qu’un homme est assit à mes côtés et lis à voix haute un poème.

Sa voix est grave et douce, avec une intonation mélancolique.

- … Dans leur tête/ Pousse la fleur sacrée/ La sale maigre petite fleur/ La fleur malade/ La fleur aigre/ La fleur toujours fanée/ La fleur personnelle…/ …La pensée…[Shû1]

Il referme le livre et bascule la tête en arrière.

C’est le corbeau de cette nuit.

Sa gorge est pâle et élancée.

Ses cheveux sombres retombent en cascade derrière lui et sur son visage taillé dans du marbre.

- La pensée... » continue-t-il lentement. « Qu’est-ce que la pensée… Un amas de souvenirs douloureux et noirs… un interlocuteur imaginaire… la pensée…

Je soupire.

- C’est vraiment merdique de penser… » ai-je fait, la voix étouffée par mon écharpe. « Je pense à ma nuit avec Sacha, c’était horrible… et j’y pense, et j’y pense… plus je pense, plus j’ai mal… Mais parfois, ça sauve de penser. Quand je couche, je pense. Ca m’aide à pas crever.

Il se redresse et me fixe.

Moi, je regarde le lointain.

Je sens ses yeux sur moi et ça me fout mal.

Je tourne la tête vers lui, attiré comme un aimant.

Ses yeux sont en fait gris et bleus.

Le droit gris, le gauche bleu.

Son visage aux lignes parfaites, bien arrêtées…

Son nez fin, ses lèvres minces…

Un sourire amusé étire un côté de son visage.

Des dents blanches et luisantes, étrangement pointues…

- Oui… » une approbation rauque. « Oui, c’est cela… Sans pensées, le vide et la mort…

Il se lève.

Le froid m’envahit.

Il commence à marcher, ses pas crissent sur la glace et les graviers.

- Attendez ! » ai-je crié en me redressant. « C’est quoi votre nom, au fait ?

Il se retourne et me dévisage, impassible.

Il est grand…

Au moins un mètre quatre-vingt dix…

J’en fais un mètre soixante-treize…

Un vrai nain.

Je me rapproche doucement.

- La mort et la mélancolie, ça n’a pas réellement de nom. » lâche-t-il en repartant.

- Quoi ?!

- Sergeï Vladivovitch Kouranov. Monsieur Sergeï Vladivovitch Kouranov…

Il me laisse là, planté comme un con.

Mais je suis un con.

Je décide de rentrer, je me pèle trop.

Et j’ai faim !

Tant pis si je croise Sacha, qu’il aille au diable.

Et encore, pauvre Lulu…

Il ne mérite pas ce gros laid, pas plus que les n’anges.

Sacha Lloyd est juste bon pour faire du purin.

***

- La pensée aide à la survie. Mais puis-je réellement mourir ? Puis-je arrêter de penser ? Toi, tu n’en penses rien, bien sûr… Aujourd’hui, je te lis un Angélus puis le Pater Noster avant que j’aille dîner. J’aimerais te demander ton avis, Lucille…

Le crucifix tourne au bout de la chaîne et le soleil répercute ses rayons timides sur les pierres précieuses.

Des lueurs vertes, rouges et violettes jouent sur le cercueil de verre.

Il y a comme un sourire sur le visage endormi de Lucille.

Elle porte une robe rose ce matin.

Ses boucles blondes retombent souplement sur ses épaules.

- Je crois que je vais aller à l’église. Je ne penserais plus, je serais bercé… Et puis j’irai déjeuner.

Le livre de Cantiques est ouvert.

Un chant long et monotone est récité lentement.

Puis les rideaux sont tirés, la porte refermée.

***

- Sergeï Vladivovitch Kouranov… Sergeï Vladivovitch Kour…

La porte qui se ferme me fait sursauter.

Will s’assied sur l’accoudoir du fauteuil et me fixe.

- Orion, putain… Mais qu’est-ce que t’as depuis quinze jours ?! » demande-t-il, visiblement fâché.

Je hausse les épaules.

- C’est quoi ce nom de fou que tu répètes sans cesse ?! » continue-t-il en fronçant les sourcils. « Tu bosse comme une merde. Sacha est furax ! Tu fais une fixation sur les Blue Lagoon, tu marches comme un zombie, tu passes ta vie au parc… Mets sur pause cinq secondes et reprends-toi !!!

Je me colle à la vitre.

Mon nez fait des taches de buée dessus.

Je vois la ville.

Le gris du ciel et le bleu de l’eau.

Comme ses yeux…

- C’est la pensée, Will » ai-je fait en traçant le prénom du corbeau sur la fenêtre. « Tu peux comprendre ? La pensée, ça craint.

Je vois que mon collègue s’est levé et il s’arrête derrière moi.

Une main se pose sur ma hanche et son menton se cale dans mon cou.

- Tu dérailles complet, bébé… » murmure le rouquin. « Tu te fais du mal. Sacha va t’frapper, tu le sais. Arrête de faire la fixette sur ce Dark à deux balles et bosse. On te demande pas d’penser.

Je me retourne.

Je sais qu’il a raison.

Il me serre contre lui.

- Allez… Bientôt tu te tirera de là, t’inquiètes bébé… Je vais te faire une confidence. » un baiser est déposé sur mes lèvres. « Lloyd va de plus en plus souvent au médecin… Tu sais bien, cancer du foie et compagnie…

Je secoue la tête doucement.

Oh oui…

Je veux me tirer.

Orion Lloyd en a ras-le-bol de ce boulot  de drogue visuelle.

C’est de la prostitution en vitrine et en plus, être le toutou de cet enfoiré de Sacha, c’est trop.

Hein ?

Ah oui…

Sacha Lloyd et Orion Lloyd.

Non, on n’est pas mariés.

C’est pas encore permis, vous savez.

C’est pas non plus mon père [Dieu aie son âme, et qu’il se la garde].

Ni ma mère.

Ok, ce joke était pourri…

Non, c’est mon oncle.

Et oui, la vie n’est pas rose comme mes cheveux…

D’ailleurs je vais changer, soit en châtain, ma couleur naturelle ; soit en bleu argenté.

Comme les yeux hypnotisant de Monsieur Corbeau Sergeï Vladivovitch Kouranov.

Oh, ce rouquin de Will va me flinguer s’il apprend que je pense

Je l’ai lâché et il est partit.

Doit sûrement aller chercher son gosse à la garderie…

Quant il a ouvert la porte, Sacha est entré dans le salon.

L’écossais William McKain m’a fait un clin d’œil.

Je l’aurai étranglé si mes tripes n’avaient pas eu subitement envie de ressortir par le haut à la vue du costume jaune moutarde et de la chemise rose saumon du boss.

1 mètre/ 1 mètre/ 1 mètre = le mètre cube.

C’est Sacha.

Le crâne dégarni, une moustache blonde à la « Bel-Ami », le teint rougeaud, les yeux marrons m***e…

Enfin, le gros porc, comme vous pouvez vous l’imaginer.

Ah, je n’ai pas de chance, non…

Moi qu’on juge plutôt mignon, même carrément sexy…

Les cheveux courts jusqu’au bas de mes oreilles percées, un peu comme Trunks. Vous savez, le mec de Dragon Ball Z… Oui, c’est ça.

Un ptit visage angélique marqué par les poings de Sacha.

Un ptit corps d’Eros marqué par les poings de Sacha.

Bref. Voilà quoi.

Je me force à sourire alors qu’il me fixe en allumant un porte-avion.

Pardon, un cigare.

Ou « suppositoire à Troll ».[Shû2]

Marrant, je viens d’y penser.

Je suis vraiment bête.

Hey ! J’ai dix-sept ans à la fin !!!

Je me retiens d’éclater de rire.

Mon cher tuteur s’assied dans le canapé moelleux et tapote son genou.

Je viens m’y asseoir, en bon jouet.

Je pose ma tête sur son épaule et ferme les yeux.

Sa main joue dans mes cheveux et sur mon dos.

Malgré tout, j’aime son parfum.

Du CK, comme feu papa.

Je pense au gamin de Will.

Lui non plus n’a pas de mère.

Mais bon, pas de quoi s’inquiéter.

Son vieux est clean et il ne l’entraînerai jamais dans les bas-fonds de la ville.

Dire que sans ce putain d’accident de voiture, je serai dans une école de photo…

La voix de Sacha me sort de ma rêverie.

Penser ou ne pas penser, c’est ça hein ?

Crever ou ne pas crever, that is the question…

- Mon petit amour…

Oh…

Je déteste ça…

- Je suis très fâché contre toi… Tu fais de la peine à ton chéridoudou… » susurre-t-il en passant ses doigts brûlants sur la peau découverte de mes flancs.

C’est ça… et moi, je suis un débile mental…

Je hais ce ton.

Ou ce « thon » ???

Orion, vas te pendre…

- Pourquoi j’te peine ? » ai-je demandé en serrant les dents comme ses caresses allaient plus bas, vers mon nombril et le bouton de mon jean.

- Allez, dis tout à chéridoudou… » a-t-il fait en me forçant à le regarder. « Qui est ce Kouranov ?

Un frisson me parcours.

- Qui ? » je feins la surprise.

- Will m’a raconté. Que s’est-il passé après qu’il soit partit du club ?

Will ?

Le gars roux beau comme pas un avec un petit garçon de deux ans beau comme pas un ?

Sa tête est mise à prix.

- Rien. » ai-je répondu, peut-être un peu vite. « Je le connais pas. Je l’ai juste trouvé beau, voilà.

Une phrase de trop.

Sacha me pousse violemment au sol et me décoche un coup de pied à la mâchoire.

J’étouffe un cri.

Je me retrouve plaqué au mur en moins de temps qu’il ne faut pour le dire et me reçois une volée de postillons au visage.

- Mais tu ne dois pas !!!Tu ne dois pas !!! Tu m’appartiens !!! » hurle-t-il de sa voix suraiguë.

Il le répète comme un mantra et me renvoie au tapis par une paire de claque bien sentie.

Les insultes pleuvent autant que les coups.

Je reste prostré au sol et je pleure en gémissant.

Puis la ceinture est ôtée, et j’ai mal.

Je hurle des supplications.

Une demi-heure plus tard, ou trois quart d’heures, je ne sais pas, je suis à genoux devant lui.

Entre ses souffles rauques, je distingue des « fais-toi pardonner », et je pleure de plus belle.

A suivre…


[Shû1]Extrait de Fleurs et couronnes de Prévert

[Shû2]Le fou rire en solo que je me suis tapée au milieu de la cour en y pensant…



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