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Fiction » Fantasy » L'ange de la mort font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Dancelune
Fiction Rated: K - French - Supernatural/Drama - Reviews: 5 - Published: 06-15-04 - Updated: 06-15-04 - id:1638300

Auteur : Dancelune

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Disclaimer : Ilindana sort tout droit de mon imagination, ainsi que ce mystérieux… Ange de la Mort . Cette idée est mienne, merci de ne pas la reprendre à vos fins personnelles sans mon autorisation. Merci !

L’Ange de la Mort

C’est arrivé après une bête chute en rollers. Je m’étais cognée la tête un peu rudement contre le bord du trottoir. En me relevant, j’ai vu trente-six chandelles, et rien d’autre. Ce n’est que quelques jours plus tard que j’ai commencé à avoir des migraines. Puis, progressivement, les maux de tête ce sont transformés en… ça… Cette chose, ce… Ce pouvoir de le voir… Lui, si magnifique, si majestueux, lui… Qui les enlace amoureusement dans ses bras avant de les pourfendre, de les tuer, de les massacrer… Lui… Cet ange maudit aux ailes noirs… Ce serviteur de la Mort…

Je m’appelle Ilindana Maryolis. Je suis française, étudiante en deuxième année en faculté de lettres. Et je crois bien que je suis amoureuse… Du pire que l’on puisse imaginer…

La première fois que j’ai eu une vision, tout était flou. Je marchais tranquillement dans la rue, quand soudain j’ai vu un petit garçon passer à vélo. Il était souriant, innocent, sa mère n’était pas loin. Soudain, un fin voile noir est venu l’envelopper. Au début, j’ai cru que j’avais une hallucination due à la fatigue des révisions et à ma petite convalescence suite à ma chute. Mais même après m’être frotté les yeux, le voile noir, presque brumeux, entourait toujours le corps du jeune garçon. Là, je me suis vraiment posée des questions, puis j’ai lâché l’affaire. Après tout, je suis connue pour être un peu excentrique et trop naïve face aux superstitions et autres croyances surnaturelles. Alors un voile noir, vous pensez ! Un peu de repos et cela passera…

Trente seconde après le petit garçon a glissé avec son vélo, a heurté un lampadaire et a été éjecté sur la route, au moment où le feu était repassé au vert et où les automobilistes passaient à une vitesse relativement grande, probablement du soixante kilomètres par heure… Il est mort sur le coup, paraît-il…

Je n’ai pas fais le rapprochement cette fois-là, ni la fois d’après d’ailleurs… A cette occasion, je sortais d’une soirée bien arrosée. On était le petit matin. J’avais la tête pas très claire et la vision presque double. Heureusement que mes amis étaient là pour m’aider à marcher.

On a croisé un vieux monsieur, et en passant à côté de nous, j’ai crû voir un voile noir se poser sur lui, l’entourer lascivement. Très peu de temps après on a entendu un cri puis un bruit de chute. L’homme venait de tomber par terre, raide mort.

La troisième fois par contre, je l’ai clairement vu. J’étais sobre, en pleine forme après un bon jogging, l’esprit apaisé et serein. Je n’en ai pas cru mes yeux. La visions d’une femme bien en chair, discutant avec ses amies et suant à grosses gouttes sur le bord du chemin, est soudain devenue floue. Je me suis alors arrêtée de marcher et j’ai regardé plus attentivement. Un voile noir commençait à se former autour d’elle. Incapable de réagir, je regardais juste cette femme, qui grimaçait un peu mais essayait de garder sa posture digne devant ses amies, avec ce voile brumeux qui tournoyait lentement autour d’elle. Je faillis faire un pas en avant pour lui dire « Hey ! Madame ! Il y a quelque chose qui tourne autour de vous ! Quelque chose de noir ! »… Mais je ne l’ai pas fais. Probablement par anticipation d’une honte grotesque et ridicule à me voir en train de dire de telles sornettes à cette femme et ses amies qui n’avaient pas l’air de remarquer quoi que ce soit.

Puis soudain, le voile noir changea de composition. Il se rétracta, devint plus compact mais plus grand aussi. Au final, autour de la femme, qui continuait comme si de rien n’était à papoter… Des ailes… Deux grandes ailes noires, immenses, lisses et polies, reflétant chaque petit brin de soleil qui venaient se poser sur elles. Je n’en croyais pas mes yeux. J’étais incapable de réfléchir. J’étais juste… abasourdie de voir cet événement aussi incongru, aussi surréaliste… dans un lieu si public, si anodin… Je ne me suis même pas posée la question de savoir si c’était réel ou pas… Si je devenais folle ou non…

Deux grandes ailes, gigantesques, superbes. Elles s’ouvrirent brusquement… sur lui. Une peau satinée, un regard de braise, noir comme le puit le plus profond de l’Enfer, une chevelure d’ébène chatoyante, des lèvres rouge vif, ou plutôt, rouge sang… Une stature imposante mais fine, sculptée dans le marbre… Le plus bel homme qu’il m’ait été donné de voir. Une beauté sans pareil… Un rêve…

Mais il ne me regardait pas, non. Il regardait cette femme à la quarantaine passée, enrobée, probablement mère de famille, qui discutait toujours avec ses amies. Diantre ! Comment faisaient-elles pour ne pas le voir ?! Bouche bée, je le regardais se pencher vers l’oreille droite de la femme pour murmurer quelque chose de gentil, probablement, vu qu’il souriait. Puis il l’enlaça dans ses bras, tendrement, fermant les yeux et semblant prendre beaucoup de plaisir au moment présent. Il ouvrit soudain de nouveau les yeux, et cette fois-ci, il me regarda. Droit dans les yeux. Transperçant mon âme et mon cœur ensemble. Il sembla perplexe un moment, puis il eut un petit sourire en coin. Il me fit un clin d’œil qui faillit me donner une crise cardiaque. Puis il referma ses ailes.

Du coin de l’œil, sans en avoir conscience, je voyais les visages des amies de la femme qui commençaient à perdre leur sourire, à devenir graves, puis blêmes. L’étau des ailes se resserra sur la femme, l’englobant entièrement. Puis les ailes commencèrent à se dissoudre, à redevenir aériennes, volatiles… un voile noir pendant que la femme tombait à genoux. Lorsque le voile fut complètement dissipé, la femme était allongée par terre. Je n’avais pas besoin de m’approcher pour comprendre qu’elle était morte.

Je repensais à cette scène extraordinaire toute la journée. Cette femme était morte. C’était triste. C’était la réalité. Je ne me suis pas attardée sur le lieu du méfait pour savoir de quoi elle était morte. Après l’avoir vu écroulée par terre, entourée par ses amies effrayées, je me suis remise à courir. J’ai couru à toute allure jusqu’à ma voiture. J’ai cru que mon cœur allait exploser et mes côtes casser sous la pression de ma cage thoracique. J’avais l’esprit tout retourné, un véritable tourbillon d’émotions contradictoires. Et je crois bien qu’inconsciemment je refusais de faire le tri dans mes pensées. Parce que faire le tri signifiait comprendre la situation, et réaliser que l’homme… l’ange devant lequel je m’étais trouvé, était celui de la Mort.

Obsédée… J’étais devenue complètement obsédé par cet image d’Ange destructeur venu semer la mort sur la Terre… Ou plutôt récolter la Mort, venir chercher toutes ses nouvelles brebis, toutes ces nouvelles âmes, fraîches et tendres…

Je voulais le revoir. Il n’y avait plus que lui dans mes pensées. Cet être parfait, d’une beauté aveuglante, mystérieux et dangereux. Mais le revoir signifiait voir de nouveau des gens mourir. Comment pouvais-je souhaiter quelque chose de si horrible ?

Le voir…

Je regardais mes yeux dans le miroirs. Ils n’avaient pas l’air d’avoir changé. Toujours cette couleur noisette, ce trait de vert entourant la pupille, ce gris cerclant l’iris… Toujours ce même regard… En apparence. Car maintenant, je pouvais voir. Le voir. Maintenant, après cette chute, quelque chose s’était activé dans mon cerveau, et permettait à mes yeux de percevoir cet ange, ou plutôt ce démon, qui était en train d’étouffer mon cœur.

Il fallait que je le revois. Je ne pouvais pas rester comme cela. Mes amis n’arrêtaient pas de me poser des questions sur mon attitude bizarre. J’allais en cours mais je n’entendais absolument rien de ce que le professeur racontait, et je ne prenais plus aucune note. Je faisais des croquis : un visage d’un blanc immaculé, des yeux d’un noir presque bleuté, les lèvres de l’amour…

Le revoir…

Cela faisait cinq mois que ces événements c’étaient passés. Et je ne l’avais toujours pas oublié. J’essayais, pourtant. Désespérément. J’avais raté mon année, je n’avais plus d’amis, et je disais oui à n’importe quel homme pour un soir du moment qu’il était mignon… et brun. Je m’étais disputée avec mes parents, j’habitais désormais un petit studio en banlieue.

Mais tout cela, je n’en avais rien à faire. J’étais devenue apathique, à ne penser qu’à lui tous les jours et toutes les nuits. Mais je me refusais à le revoir à nouveau, je ne voulais pas voir quelqu’un d’autre mourir… Et surtout, je ne voulais pas souhaiter que quelqu’un meure. Cela aurait été devenir trop laide à l’intérieure.

Je me disais que je finirais bien par l’oublier, un jour…

Mon quotidien était monotone. J’avais trouvé un travail de serveuse qui me permettait de payer mon loyer, et je noyais ma solitude dans les livres.

C’était un matin comme les autres lorsqu’un accident de voiture arriva juste devant mes yeux. Je marchais sur le trottoir en lisant, jetant de petits coups d’œil à droite à gauche afin de localiser les pieds des passants qui arrivaient en sens inverse et les esquiver rapidement.

Un bruit horrible me fit sursauter, à tel point que mon livre m’en échappait des mains. Je me retournais brusquement.

Je ne vis pas les voitures encastrés les unes dans les autres, ni les cadavres, ni rien. Ce que je vis me coupa la respiration et suspendit le temps.

Des ailes. De nombreuses ailes noires. S’activant dans tous les sens, se saisissant de chaque corps qui traînait pour en extraire l’âme du malheureux qui venait de trépasser.

Les chevelures… Les chevelures n’étaient pas toutes noires. Ils n’étaient pas tous identiques. Ils étaient plusieurs.

Ils étaient beaux.

Sans m’en rendre compte, je m’approchais. Ils étaient si magnifiques, avec leurs grandes ailes et leurs caresses. Cela faisait si longtemps que je ne les avais pas vu…

Une chevelure brune sortit soudain de la masse, et l’Ange aux yeux de braise se tourna vers moi. Je stoppais ma marche en même temps que ma respiration. Il me regardait à nouveau. Enfin.

Je faillis lui rendre son petit sourire, lorsqu’il se mit à secouer négativement la tête.

Il ne voulait pas de moi. Il ne voulait pas que je l’approche. Pourquoi ? Mon heure n’était-elle pas encore venue ? Ne serait-ce donc jamais à mon tour de me retrouver dans ces bras là ? Je ne pouvais donc pas mourir, ici et maintenant ?

J’avais déjà pensé à me suicider, mais je m’étais dis alors qu’ils ne viendraient peut-être pas me chercher. A chaque fois que je les avais vu, ils emportaient des gens qui ne désiraient pas mourir. Ils venaient juste prendre les êtres dont le temps de vie sur cette Terre était écoulé. En pensant à ce qui pourrait apparaître devant moi si je me suicidais, l’envie m’avait vite quitté. Je devais attendre mon tour patiemment.

Je sentais les larmes perler aux coins de mes yeux. Il était tout proche, et pourtant il restait inaccessible. Il ne voulait pas que je le rejoigne. Combien de temps allais-je devoir attendre ? Combien de temps me faudrait-il souffrir dans cette misérable vie avant de pouvoir enfin sentir ses bras autour de mes épaules ? Combien de temps …

Cette nouvelle rencontre m’avait traumatiser. J’étais hantée par le désespoir et l’image de cet Ange disparaissant de ma vue et me laissant inconsciente sur la route, près de l’accident. Mon cœur était prisonnier. Prisonnier de ces êtres immatériels, de ces manifestations mortuaires, de ces esprits.

La vie perdit tout son intérêt. Je ne prenais même plus plaisir à manger ni lire. J’allais travailler pour survivre, je ne recherchais rien d’autre. J’arrêtais de coucher à droite à gauche, et je passais mon temps chez moi. Je laissais le temps passer, tout doucement.

Je n’avais plus aucun contact avec personne. Je n’étais pas allé aux funérailles de ma mère, ni à celles de mon père d’ailleurs. A quoi bon, vu qu’il ne serait pas là, son travail ayant déjà été effectué.

Les années passèrent, les unes après les autres, identiques, sans surprises. Je ne les revis plus. Il faut dire qu’avec l’âge, je sortais de moins en moins. Je fut terrifié le jour où ma vue commença à baisser. Si je devenais aveugle au moment de ma mort, alors je ne pourrais pas le voir. Cette idée m’effraya tellement que j’en restais inconsciente pendant deux jours. Je m’étais réveillée allongée au milieu de mon studio, avec un sacré mal de dos. Je décidais de ne jamais quitter mes lunettes, quoi que je fasse. Je ne voulais surtout pas le rater, le jour de sa venue.

- « Quatre vingt-dix neuf ans. »

Je fixais la silhouette en face de moi, la faible luminosité des bougies se reflétant dans ses grandes ailes noires et dans son beau regard noir. C’était lui. Le tout premier.

- « Cela fait bien longtemps que tu m’attends. » dit-il d’une voix douce et sensuelle.

A cause de ma paralysie faciale, je ne pouvais lui répondre.

C’était étrange. Je ne voyais plus grand chose depuis bien longtemps, et là il apparaissait nettement devant mes yeux. Je voyais chaque détail de son visage, de ses cheveux, de ses habits, de ses ailes.

Il n’avait pas changé. Sa beauté était telle qu’il y a soixante-dix sept ans. Pure, originelle.

- « Je peux t’emmener maintenant. » fit-il avec un sourire.

Mon cœur se crispa à ces mots. Mon souhait, que j’avais attendu toute ma vie, allait enfin se réaliser.

Son expression souriante fit soudain place à de la tristesse.

- « Tu n’aurais pas dû gâcher ta vie pour moi. Je serais venue te chercher quoi qu’il arrive. »

Gâcher ma vie ? J’aurais gâché ma vie ?

Cette pensée ne m’était jamais venue à l’esprit, pas une seule fois durant toute ces années.

On dit que le véritable amour est unique et éternel. Un seul de ses regards m’a capturé pour l’éternité.

Depuis quelques temps déjà, ce n’était pas la question de savoir s’il viendrait me chercher ou pas qui m’inquiétait. C’était de savoir s’il me garderait près de lui.

- « Je ne peux malheureusement pas. »

Mon cœur se crispa à nouveau. Cette réponse était tellement prévisible… Mais l’espoir est invincible. C’était lui qui m’avait permis de tenir toutes ces années.

Une larme coula.

- « Je suis désolé. »

J’essayais faiblement de sourire. La compassion emplit son regard alors qu’il se penchait vers moi pour me prendre enfin dans ses bras. Je frémis par anticipation. Je sentis enfin ses mains douces caresser mon dos et l’arrière de mes cuisses. Il me souleva dans les airs comme si je ne pesais rien. Son torse était chaud et robuste, son épaule sur laquelle je reposais ma tête musclée et confortable. Je sentais ses cheveux caresser mon front alors qu’il se penchait en avait pour y déposer un tendre baiser.

Je levais les yeux vers lui. Dans ses prunelles, je vis mon reflet. J’étais jeune, comme lorsque j’avais vingt-deux ans. Je souris. Le temps s’était vraiment arrêté ce jour là. Finalement, j’étais vraiment morte ce jour de ma jeunesse où je l’ai vu pour la première fois.

- « Je m’appelle Mihatriss. » dit-il alors qu’il prenait son envol, me serrant un peu plus fort contre lui.

- « Mihatriss. » murmurais-je en retour.

Je souris.

Je ne savais pas où il m’emmenait, mais en me disant son nom, il me redonnait espoir.

Qui sait. Peut-être que si je l’appelais suffisamment fort, il reviendrait ?

Je fermais les yeux, m’enivrant du parfum de l’Ange de la Mort et de sa séduction mortelle.

Dans cet autre monde, j’allais peut-être enfin… vivre.

FIN.

Dancelune, 14 juin 2004.



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