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Chapitre 13 : Quand la roue du destin s’est arrêtée…
Le silence se fit.
Naïra nous regardait, souriante, et moi je me sentais sonnée, abasourdie par cette révélation. Qui sont-ils ? Où sont-ils ? Pourquoi moi ? Nous ? Le Destin…
« - Quel est ce destin ?
- Celui dont vous avez hérité avant même de naître. La raison de ton enlèvement, celle de vos pouvoirs bien plus développés que ceux des autres…Vous êtes les Anges de ce monde, désignées par les Dieux pour sauver le monde de ce chaos dont les démons sont les créateurs.
- Pourquoi nous ? …Je veux dire, pourquoi deux humaines ?
- Parce que nous sommes trop faibles et que les nains sont…ils manquent de subtilités dans leurs raisonnements. Et aussi à cause de vos parents. Le Roi des Hommes est puissant et votre mère est sage. Vous aurez besoin de ces deux traits pour contrer le mal qui gronde et cette force inconnue, terrée pour l’instant dans l’ombre. Vos compagnons sont également là pour vous aider, et nous sommes représentés parmi vous, tout comme les nains. Je sais que cette explication est succincte mais je n’en connais pas beaucoup plus moi-même. Il vous faudra consulter l’oracle du désert, dans le clan de ma cousine, l’épouse du roi elfe du désert. Il n’a point accepté de se rendre ici, il vous faudra donc aller le quérir.
- Reine Naïra…
- Vous pouvez vous retirer, nous continuerons demain.
- Merci. Que le repos vous soit doux.
- A vous aussi mesdemoiselles. »
Nous nous inclinâmes et quittâmes l’arbre roi pour atteindre les logements où l’on nous conduisait, ceux où nos compagnons nous attendaient.
Lodràevyna accéda au niveau des couchettes, pensive et muette. Je décidais de rester au calme, au premier niveau, assise sur une branche. Trop d’informations nous avaient été transmises en une seule fois…et pas celles que nous désirons avoir. Où pouvait bien être ma mère ? Quand devons nous partir ? L’Oracle acceptera t-il de nous aider ? Quelle va être la réaction des autres ? Tant de questions se bousculaient dans ma tête. Je n’entendis pas la jeune Riñon d’Ankar monter jusqu’à moi par l’échelle de corde. Arrivée à mes côtés elle signala sa présence par une courte mélodie à la flûte. Quelque chose de doux, qui me fit me retourner sans crainte.
« - Riñon ?
-Suivez-moi, Yahli, je dois vous montrer quelque chose. »
Elle redescendit silencieusement l’échelle et je décidais de la suivre. Une fois en bas elle invoqua une fée-luciole pour nous éclairer et m’entraîna aux abords sud de la forêt. Il nous fallu deux heures de course dans les sous bois pour y parvenir. La fée-luciole s’envola sur l’ordre de Riñon et nous nous retrouvâmes plongés dans le noir, avec pour seule lumière l’astre lunaire, ce qui était amplement suffisant. Devant nous, à quelques mètres, se tenait une forme humanoïde, qui nous tournait le dos.
Aldaminn nahedel caoderam...
Le garde s’écroula sans bruit, endormi pour quelques heures. Des elfes armés nous avaient rejoints et Riñon s’approchait de la lisière, m’invitant à la suivre. Je m’approchais à mon tour et vit la raison de ce déplacement nocturne : des émissaires méduses avaient planté leur campement à proximité. Quelques femmes armées circulaient dans le campement, le reste dormait à l’abri des tentes noires dressées dans la plaine.
La pleine lune éclairait une tente de couleur grise. Une seule parmi la douzaine. Celle de la diplomate méduse, gardée par deux guerrières. Je savais qu’il me faudrait rester à l’écart demain, sous peine d’être repérée par celle-ci. Moi et mes compagnons devrions d’ailleurs partir à l’aube par un point de la forêt assez éloigné de celui-ci. Riñon hocha la tête.
Une chouette hulula, n’arrachant aucun mouvement à notre groupe. Il fallait repartir pour être à la cité elfe avant l’aube. Je devais voir Naïra avant mon départ.
Nous repartîmes silencieusement, laissant derrière nous un détachement pour surveiller et encadrer par un regard invisible la progression future des méduses dans les bois. Le retour fut silencieux, je me décidais à déranger la reine avant de réveiller mes compagnons pour le départ. Riñon me proposa de s’occuper des paquetages et j’acceptais, assez inquiète d’avoir à « fuir » la forêt d’Asalmë, là où la reine assure une protection importante à ses sujets et aux invités. Je n’aimais pas l’idée d’être suivie ou poursuivie par des alliées des démons, et je n’aimais pas, par dessus tout, fuir. J’arrivais à l’arbre-roi, montais deux étages sans encombre. Au troisième je sentis une résistance dans l’air, un sort quasiment imperceptible, fin et subtil, tissé par la reine. J’accédais au quatrième niveau puis aux suivants sans que les elfes au service de la cité ne m’arrêtent. A l’étage du conseil j’étais attendue par Naïra et ses cinq conseiller assis en demi cercle face à moi. Je m’inclinais.
-« Désolée, ô reine, de venir si tard, mais nous devons partir avant que la délégation méduse n’arrive ici.
- Moràeva, elles viennent sans invitation. Je suis inquiète à propos du but non affirmé de cette visite. Peux-tu rester?
- Ma reine, je ne puis refuser, vous êtes notre hôtesse pour ces quelques jours, avec bienveillance et douceur…cependant, je préférerais ne pas être détectée par la délégation. Et si je reste, elles me trouveront. Si elles me savent ici s’en est fini de la discrétion que nous devrions avoir pour réaliser cette mission.
- Yahli, je ne l’ignore pas, cependant je crains pour mon peuple et pour la forêt, leurs intentions sont aussi noires que leurs âmes mais je ne peux les décrypter… peut-être en veulent-elles à ma vie. »
Les conseillers sursautèrent. Je hochais la tête. Il était vrai que la diplomate pouvait être en réalité un maître d’arme fort puissant et être là pour attenter à la vie de la reine-déesse des elfes. Cependant ce serait folie que de vouloir s’y risquer: la reine détenait tous les pouvoirs de son peuple entre ses mains par le lien télépathique qui les liaient à elle. S’opposer à la reine, c‘était s’opposer au peuple elfe tout entier. Cela semblait du suicide pur et simple… à moins que ce ne soit une tentative de déclencher la guerre entre les deux peuples pour faire diversion… dans tous les cas je devais rester pour assurer une protection autre que elfique au cas où ces femmes perverties tenteraient quelque chose à l’encontre de la reine.
« - Bien, je resterais… mais dans ce cas elles ne doivent pas ressortir de la forêt… jamais.
- Nous serons obligés de les relâcher, Yahli, si elles ne sont là que pour un acte diplomatique… si elles s’en prennent à nous elles périront dans le dédale de la forêt d’Asalmë, j’en fais la promesse. Acceptes-tu de resterà nos côtés pour le moment? »
Un siège apparu dans lequel je m’assis avec un remerciement. L’heure était au complot.
Dans l’arbre où dormaient le groupe, une personne n’avait pas rejoint le sommeil après le départ de Moràeva. Hydris attendait. Elle avait une vague idée de ce qui avait pu retenir la sœur de sa disciple. Moràeva était bien plus puissante que sa sœur jumelle, bien plus indépendante aussi… plus mature. Et pourtant les sœurs étaient inséparables, indivisibles…jusqu’à la mort. Cette idée la fit frissonner. Mais il n’y avait pas de risque, le groupe était fort, et la guerre encore loin. Pourtant elle viendrait vite, celle là. Plus vite qu’on ne croyait et elle était inévitable. Les visions d’ Hydris se renforçaient ici, et souvent des parcelles de combats envahissaient son esprit, mais sans migraine. Ici le sommeil était doux, paisible, grâce aux arbres, qui avalaient les songes comme l’eau de pluie.
Les terres elfiques, elle y avait passé bien du temps sous sa forme animale…Riñon…
Cette jeune princesse elfe avait été une créature adorable avec elle, mais Hydris ne pouvait rester ici et pas plus faire les voyages en permanence entre les royaumes princiers humains et la forêt d’Asalmë. Quand elle l’avait vue venir chercher Moràeva, son cœur s’était serré. La séparation avait été dure… pour tout dire, Hydris s’était enfuie comme une voleuse une nuit d’été, sans adieu, avec beaucoup de larmes et la volonté de ne jamais revenir, pour ne pas blesser cette fragile princesse de la forêt. Mais il avait fallu revenir et se cacher d’elle.
Sans un bruit Hydris se leva et quitta l’arbre pour déambuler dans les allées de verdure.
La nuit était claire et étoilée d’argent scintillant. Quelques instruments de musique développaient leurs mélodies dans l’air de la nuit. L’herbe scintillait de rosée fraîche le long des chemins. Les pas de l’humaine la menèrent à l’arbre où séjournait la famille Ankar, un arbre massif, comme tous ceux des familles princières, dont les lanternes formaient les armoiries de la famille, une tour d’argent dans une plaine verdoyante.
Un instrument à corde jouait une mélopée triste… Hydris passa son chemin.
Au centre de la cité se trouvait un petit lac où se reflétait la lune, pale et ronde. Quelques elfes solitaires ou en couple se promenaient ou discutaient aux abords. La jeune mage s’assit sur un petit banc formé par une racine d’arbre, non loin du bord… la journée du lendemain allait être longue…
« Pourquoi te caches-tu de moi, Hydris? »
Sa voix résonna douloureusement dans l’âme de la jeune femme. Elle était là.
La princesse vint s’asseoir sur la racine, fixant à son tour le reflet de l’astre dans l’eau calme.
« - Qu’ai-je fais pour que tu t’enfuies ainsi cette nuit d’été, sans m’en aviser? Quelle fut ma faute petite créature? Je tenais à toi…
- Riñon… les larmes coulaient lentement sur les joues d’ Hydris. Je ne pouvais pas… pas te dire que je devais partir, pas voir tes yeux d’azur se baigner de larmes, pas entendre tes adieux… pardonnes moi. J’aurais dû te dire que j’étais appelée depuis quelques jours, te dire que je devais y aller et que les voyages permanents me seraient impossibles… t’expliquer que j’aurais tout donné pour rester ici mais que je ne pouvais pas parce que je suis maudite, esclave des Dieux jusqu’à la fin de mon « contrat » mais je n’ai pas pu. L’image que m’aurait renvoyé ton regard m’aurait anéantie… savoir que je suis damnée, tu ne l’aurais pas supporté, et sans ce détail tu n’aurais pas compris l’ordre qui m’était imposé. Je suis chargée de l’apprentissage de la sœur de Yahli… et contre les Dieux, je ne puis rien.
- Petite créature, je savais cela… je savais que ta forme animale était la conséquence d’une damnation, que tu t’en irais, qu’un jour une mission plus importante que celle là t’éloignerais d’Asalmë… mais je n’ai pas compris… pas compris que tu veuille me le cacher, que tu partes sans un mot, sans une adresse, sans me revoir. Je t’ai cherchée, j’ai délaissé ma famille pour te retrouver, délaissé mes devoirs de princesse, délaissé ma reine… qui m’a caché les raisons de ton départ… et la guerre approche, qui va encore t’éloigner de moi.
- Oui, je l’ai vu, j’ai vu la guerre, la mort ramper sur les terres des hommes, le feu courir dans les forêt elfiques, la peur envahir les cœurs et les esprits et les deux sœurs combattre pour sauver ce monde, pour nous sauver, face aux démons… de jour en jour les visions se renforcent et m’envahissent, la guerre s’approche à grands pas. La prêtresse le sait, mon apprentie est encore dans l’ignorance de tout ce que cela représente, des sacrifices, de la fatigue et de la peur… Moràeva guidera les hommes d’une main de maître vers une mort qu’elle sait exister, Lodràevyna n’osera pas, c’est la grande différence entre les deux : la première sait mettre de la distance entre le commun et elle, la seconde est proche de celui ci et ne l’enmenera pas consciemment à la mort. Je crains sa réaction dans les combats. Mais je dois lui enseigner ce que je sais, ce qui lui sera utile et ce qu’elle rejettera en l’apprenant… Riñon, que feras-tu?
- Je guiderais les troupes de ma famille et celles de la cité en l’absence de Naïra, elle m’en a chargé. Je ferais ce que je peux pour vous venir en aide, mais vous devrez faire cavalier seul dès l’entrée dans les royaumes sombres… la lumière n’existe plus dans ces royaumes désertés des Dieux.
- Je n’arrive pas à voir plus loin que les frontières… le Destin ne s’est pas encore arrêté sur cette partie de la quête. Je sais juste que des membres de notre groupe vont mourir là-bas. Peut-être que je ne vois rien parce que je n’y serais pas… plus.
- Il ne faut pas perdre l’espoir avant que cela n’ai commencé… une diplomate méduse est aux abords de la forêt, je ne sais pas ce qu’elle vient chercher ici. Peut-être un accord marchand, peut-être la reine, ou vous… Elle sera là à l’aube. La reine nous demande de vous cacher pendant le temps de sa visite. Moràeva sera près d’elle au cas où la diplomate aurait des intentions obscures. Ta protégée doit être mise à l’abri. Elle est la bienvenue dans ma demeure, où je garanti sa sécurité.
- Oui… je vais aller la chercher et avertir le reste du groupe de se tenir aux aguets mais cachés. Merci Riñon.
- Ne me remercie pas, je fais mon devoir. »
La princesse se leva et s’éloigna sans un bruit. Hydris se dirigea vers l’arbre où dormait toujours le petit groupe de voyageur. Au loin le ciel s’éclaircissait lentement.
Dans la pièce commune, Lodràevyna dormait à poings fermés. Hydris s’approcha et la réveilla avec une douceur toute relative, connaissant depuis peu le sommeil profond de la jeune femme. Lodràevyna se réveilla lentement, papillonnant des yeux.
« Il faut se lever Lodrà, tu termineras ta nuit chez la princesse. Prends tes affaires, je reviens. »
Hydris n’attendit pas la réponse de Lodràevyna et se dirigea vers le coin réservé à la gente masculine. Imlado dormait blotti contre un grand chat roux aux yeux aigues-marines qui fixait Hydris sans ciller.
« - Qui y a t-il Hydris?
- Une diplomate méduse est aux abords d’Asalmë. Je vais mettre Lodrà à l’abri chez Riñon d’Ankar. Il faut que vous restiez là jusqu’à mon retour ou celui de Moràeva, qui est auprès de la reine. Ne vous montrez pas et ne faites pas d’éclat, elle ne doit pas savoir que nous sommes là. Si elle vous trouve, caches-toi et les autres devront se faire passer pour des marchands… J’y vais.
- Bien. De toute façon je veille et les autres ne se réveilleront pas avant bien longtemps, ils sont exténués après la fête de hier soir chez notre ami elfe… ils ont un peu abusé de l’hydromel. A ce soir.
- Oui, à ce soir. »
Lodràevyna attendait près de l’échelle de corde. Elles descendirent silencieusement et se dirigèrent vers l’arbre de la famille Ankar. Un elfe se tenait en bas de celui-ci et jouait un air léger sur une flûte. Il ne broncha pas lorsque les deux femmes passèrent en le saluant pour accéder à la passerelle vers les niveaux supérieurs, mais Hydris savait qu’il n’aurait pas laissé passer quelqu’un d’autre sans accord de sa supérieure.
Le sixième niveau était l’avant dernier, une grande salle dont les murs étaient faits des branches de l’arbre, tissées en mailles épaisses, d’où l’on pouvait regarder le chemin principal sans être vu. Riñon était assise dans un siège de bois et regardait par ces croisillons.
Hydris s’en approcha et s’assit à ses côtés sur un deuxième siège. L’aube se levait et divers petits indices indiquaient une reprise de l’activité de la cité elfique.
« Elles sont en marche vers la cité. Aucun geste violent ni irrespectueux de leur part. Nous les suivons et elles s’en doutent mais ne cherchent pas à nous trouver. Elles arriveront dans une petite heure d’après moi . »
La voix du chef du petit groupe resté surveiller les méduses résonna dans les esprits.
La reine soupira. Je savais que Riñon avait appliqué un second plan, mettant à l’abri ma sœur, mais un sombre pressentiment étreignit mon cœur lorsque la voix de l’elfe parvint à moi. Je cherchais de la pensée à localiser le groupe mais la reine retint mon geste.
« Il n’est point sérieux d’agir ainsi Yahli, elles te découvriraient et tout cela n’aurait servi à rien. »
Je soupirais à mon tour. Un conseiller émit un petit rire doux et léger.
« -Toujours aussi impétueuse petite humaine… tu n’as pas changée depuis la dernière fois que je t’ai vue, Yahli. Tu ressembles aux femmes de ta famille, toutes sauvages et impulsives. Il faut apprendre à te contrôler ou te entraîneras tes compagnons vers une mort certaine dans les royaumes sombres.
- Oui, ton jugement est avisé… j’ai quelques difficultés à lutter contre ma nature profonde. Je crains que notre quête ne soit menée à perte. Je n’ai pas la stature et la sagesse pour commander en temps de guerre.
- Bien sur que si Yahli, tu as été choisie pour cela. Tu gagneras la guerre, cela est une évidence. Ce que nous ne savons pas c’est à quel prix. Les royaumes ne se relèveront peut-être pas de ce combat. Tu dois vaincre pour la sauvegarde des peuples, pour tes sujets et parce que c’est ton destin.
- Je le sais, ô reine, je le sais… mais j’aurais aimé n’entraîner que moi dans cette mission. Je crains pour ma sœur et pour mes compagnons.
- Ai confiance en eux, c’est tout ce que je puis te conseiller sur ce point. Ils te suivrons partout et jusqu’au bout, c’est leur destin à eux que de te seconder. Hydris prendra soin de ta sœur, n’ais crainte, tout comme Ambre a pris soin de toi. Ils sont liés aux Dieux.
Maintenant il convient de se préparer pour recevoir cette diplomate. Le meilleur endroit que tu puisse utiliser est l’intérieur de l’arbre-roi. Il t’accepteras en sa chair et tu pourras tout entendre, tout voir par la sève qui court. Un certain nombre de sorts me protègent, aussi n’ai crainte pour moi. Mais s’il s’avère que la diplomate est en réalité l’usurpatrice de ta place, je t’en prie, contrôles ta colère.
- Bien, ô reine des elfes. »
Je m’approchais du tronc de l’arbre-roi, impressionnant de taille, de vigueur et de majesté.
Un serviteur m’invita à lui remettre mes armes et mes habits. Je ne gardais qu’un pagne blanc et un bandeau. Mes cheveux furent tressés pour ne pas se prendre dans les fibres du bois et mes pieds bandés pour éviter les échardes. Je gardais mon médaillon. Lorsque tout fut prêt et que la reine se fut changée également , elle invoqua l’esprit de l’arbre-roi, une dryade souriante et enjouée à qui elle demanda l’autorisation pour moi d’entrer en son cœur et d’étendre mon esprit dans sa sève ancestrale. La dryade accepta avec un sourire et l’écorce en face de moi se fendit sur une cavité de chair palpitante en bois tendre.
« - Prenez soin de vous ma reine.
- Ne t’inquiètes pas Moràeva. Écoutes bien et soit prête à agir en cas de besoin. »
Je pénétrais dans cette cavité, guidée par la dryade et l’écorce se referma derrière moi. Le bois souple et doux épousa les formes de mon corps et j’adaptais mon système respiratoire au sien, avalant la sève gorgée d’éléments nutritifs. Je sentais mon esprit se dilater, mes perceptions s’étendre à tous les coins et recoins de l’arbre, partout où la sève coulait. Un sensation enivrante et euphorisante de calme et de pouvoir maîtrisé, passif mais prêt à jaillir sur ordre de la reine, clef de voûte de ce monde verdoyant.
Je percevais les mouvements dans l’ensemble de l’arbre et pour peu que je me concentre sur un endroit je pouvais voir clairement ce qui s’y passait par des centaines d’angles différents.
Dans la salle du conseil, la reine s’apprêtait à recevoir la diplomate
« Elles arrivent en vue de l’arbre-roi, ô reine Naïra. Que devons-nous faire?
- Laissez les venir à nous . »
La reine était assise sur son trône, entourée de ses conseillers et je sentais par toutes les veines la puissance des sorts qui l’entouraient. Je me refusais à vérifier si la méduse était bien celle qui avait usurpé ma place quelques temps auparavant. Je savourais le calme et la sérénité de ma position et attendais simplement qu’elle arrive en ce lieu où je concentrais une partie de mon attention, mais si peu comparé à la puissance qui se dégageait de mon esprit libéré d’entraves.
« Fais attention, Yahli, tu ne voudras plus me quitter si tu savoures tant cette situation et ton corps finirait par se dissoudre dans les fibres de mon arbre… gardes ton sang froid petite humaine, aussi puissante sois-tu, tu n’es pas grand chose à côté de cet être charmeur et gorgé d’un pouvoir dont il sait te faire miroiter les avantages. Tu comprendras bien assez vite ses limites… »
La dryade me mettait en garde, et je repris quelque peu mes esprits, délaissant avec regrets cet état euphorisant. Elles allaient arriver au niveau de la reine. Sans que je n’en fasse la demande expresse, des branches commencèrent à se déplacer autour de la reine, formant une toile fine mais forte prête à parer une attaque probable. La reine eu un petit rire et murmura quelques mots qui firent sourir les conseillers… sûrement à mes dépends.
Elles franchissaient le dernier palier avant l’endroit où nous nous tenions et je la sentais déjà, cette horrible créature viciée et vicieuse…cette usurpatrice. Les mailles se renforcèrent et quelques branches, à ma demande, rampèrent sur le sol de la salle, comme autant de piège pour cette… ce déchet de la nature. Elle et les quatre femmes désarmées qui l’accompagnaient arrivèrent à la vue de tous; je sentis la reine se crisper légèrement mais elle garda un sourire radieux, royal. Les méduses s’inclinèrent sans geste incontrôlé, suivant l’étiquette à la lettre.
« - Naïra Ilhyam, grande reine des elfes, représentante de la déesse mère des elfes, fille de la défunte reine Illynn Ilhyam et du consort Melron le sage, et épouse du consort Akhil Nilissram, nous te saluons.
- Que nous vaut vôtre visite, Srenissia, fille d’ Arassyan la Mère et d’Orkalon, roi des terres de la frontière, femme de nombreux hommes et Mère d’Oraediss ?
- Une simple visite de courtoisie, Ô reine des elfes. Nous avons appris que vous arriviez en Asalmë, proche de la frontière, et notre Mère originelle, Maedussia la très grande nous a envoyées pour vous renouveler l’hommage de notre peuple.
- Nous en sommes enchantées. Quelles sont les nouvelles des terres de vos Mères, Srenissia ?
- Nous sommes dans une mauvaise période, comme vous le savez déjà...la guerre est à nos portes, amenée par les reines succubes des terres sombres, nos Mères s’inquiètent de l’avenir de nos terres et souhaitent conclure une alliance avec les autres peuples pour mettre fin à l’expansion des démons.
- Certes, nous savons dans quelle position vous vous trouvez...cependant la rumeur est aussi parvenue jusqu’à nous que certaines de vos Mères auraient pactisées avec l’engeance des bas fonds… »
La méduse se figea et ses serpents semblèrent ne réagir que mollement, démoralisés. Je fis passer un courant d’air glacé sur sa nuque, par un léger bruissement de mes feuilles...non, des feuilles de mon hôte. Elle se reprit assez vite.
« - Hélas oui, certaines gardent la nostalgie de notre ancienne vie aux enfers et souhaitent s’allier aux reines Aldémroth et Aexelliel pour propager le chaos et étendre les enfers sur les royaumes princiers. Cependant leur position est minoritaire au sein des maison des Mères et pour le moment elles ne sont point parvenue à obtenir des accords suffisemment important pour qu’ils soient inquiétants. Nous souhaitons les surprendre avant qu’elles n’entraînent une part de nos sœurs dans une folie dévastatrice. Nous souhaitons, Ô reine, obtenir un accord entre votre peuple et le notre, tout comme nous le demandons aux royaumes princiers des humains.
- Nous ne souhaitons pas passer accord sans tout d’abord avoir consulté les différents royaumes et nos différentes familles. Nous ne pouvons actuellement répondre par l’affirmative à votre demande. De plus, votre requête manque de précision. Nous ne pouvons, en temps que reine, engager notre peuple dans une guerre qui ne le touche pas directement sans lui en réferer.
- Nous comprenons, Ô reine Naïra. Nous attendrons votre réponse le temps qu’il faudra.
Quand pouvons nous espérer obtenir réponse à cette requête?
- D’ici trois mois vous aurez la réponse de mon peuple, pas avant. Nous vous remercions d’avoir porter à notre connaissance votre requête, Srenissia.
- Les Mères vous remercient de nous avoir accordées une entrevue. Nous reviendrons dans trois mois, Ô reine des elfes. »
Elles saluèrent et redescendirent les étages de l’arbre-roi.
Je sentis leur redescente, la rendis plus difficile, petite vengeance basse et mesquine mais libératrice de cette tension que j’avais accumulée pendant l’entretien. Quand elles furent assez loin, l’écorce de l’arbre-roi se fendit vers la salle du conseil et sa chair me poussa avec tendresse et douceur à quitter ce lieu où j’aurais bien passé le reste de l’éternité, dans le calme et le repos. Je le quittais donc à regret, après un dernier regard à la dryade souriante qui m’avait tenu compagnie. La reine m’attendait. Je me changeais d’un geste nonchalant, revêtant mon corps d’une tenue verte comme le feuillage de mon hôte récent, douce et fluide, une couronne de feuillage et des bijoux elfiques travaillés sous la lumière de la lune. Naïra se mit à rire doucement.
-Tu es des nôtres autant que des tiens désormais. Tous passent un jour dans l’écorce de l’arbre, à la naissance en majorité. Des elfes de mon peuple viennent chaque année en pèlerinage pour cet acte plus que symbolique. Je peux communiquer avec l’ensemble d’entre eux par l’intermédiaire de ce noble végétal. Désormais nous pourrons communiquer pendant ton voyage loin d’Asalmë sans passer par mon représentant dans votre groupe.
« -Hydris ?
-Oui, Riñon.
- …Prends ceci avec toi.
La princesse elfe lui tendit un bijoux d’oreille, une petite feuille d’argent et de lumière.
- Ce bijou te permettra de communiquer avec moi pendant le voyage…où que tu sois. Si vous vous trouvez en danger, appelles moi. Je vous enverrais de l’aide. Il est conçu pour trouver sa place de manière discrète même sous ta forme draconique…prends soin de toi.
- Merci…fais attention, toi aussi…je ne voudrais pas te perdre. »
Riñon, rejoins nous avec Mihlienn et Hydris, j’ai des choses à vous dire.
Les trois femme rejoignirent l’arbre-roi et accèderent au palier où les conseillers, la reine et la grande prêtresse étaient réunis. Des sièges apparurent pour elles et la discussion tourna sur le voyage dans le désert elfique.
Le groupe partirait le lendemain, par un passage éloigné du camp des méduses, et se dirigerait vers la cité d’Emrinn, la cité des sables, où vivait l’Oracle.