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Fiction » Fantasy » Chroniques de Néérune font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Fifine
Fiction Rated: M - French - Romance/Adventure - Reviews: 84 - Published: 07-19-04 - Updated: 12-26-05 - id:1669487

Réponses aux reviews :

Moon Cat 22 : Merci beaucoup pour tous ces compliments, vraiment on ne s'en lasse pas :) Tout d'abord, je réponds à ta question : j'ai un accès illimité à internet (étant sur Paris, ce serait triste de ne pas en profiter...) et si je mets autant de temps entre mes mises à jour, ce n'est pas non plus parce que je mets beaucoup de temps à écrire (enfin, si un peu quand même mdr) mais parce que je ne veux pas avoir un rythme trop chaotique dans mes mises à jour. En réalité, les 10 premiers chapitres des Chroniques de Néérune étaient déjà écrits avant que je ne m'ouvre un compte sur fictionpress et depuis, je n'ai pas beaucoup avancé à cause de mes études, et en plus je n'écris pas forcément mes chapitres dans le bon ordre, ce qui n'arrange pas les choses au niveau de la mise à jour, j'ai écrit par exemple un chapitre qui ne devrait tomber que vers les chapitres 30-40 au lieu de continuer chronologiquement. Et à côté de ça, j'ai écrit "Le Madré" pour calmer mon envie d'écrire une autre histoire que je voulais écrire depuis très longtemps déjà...Et puis le master 1 me prend beaucoup de temps et comme j'escompte aussi aller au Japon l'année prochaine, j'ai intérêt à bosser pour lol. Au lieu de faire des mises à jour toutes les semaines puis de faire un silence radio pendant 1 an, j'ai jugé préférable de les étaler plus régulièrement dans le temps. Et ne t'excuses pas lorsque tu ne peux pas lire un de mes chapitres, nous avons tous nos priorités et je serais mal placée pour te dire quoi que ce soit à ce propos vu ma manière de procéder ;) J'espère que tu aimeras ce chapitre aussi ! Bisous :)

Yuria : Merci beaucoup !

Lisa Barcq : Merci beaucoup ! Il faudrait que je trouve un temps pour aller lire quelques-uns de tes écrits :)

Julien et Gazoum : Merci beaucoup, votre avis est très important pour moi !! Après tout, vous êtes mes 2 seuls lecteurs masculins réguliers ;)

Softie : Merci beaucoup, ce que tu me dis me fait très plaisir J'espère que tout se passe bien pour toi dans tes études, on n'a tellement plus le temps de discuter sur msn...c'est bien dommage, enfin je te souhaite tout le courage qu'il te faut pour ta fic aussi :) Bisous !

Chapitre 9 : Le palais de Néérune.

Laëlўn se réveilla tôt le lendemain matin. Elle s’assit et regarda autour d’elle. Flamme était réveillé aussi et l’observait avec des yeux mi-clos tout en ronronnant. La Nĕphrëĭme tendit la main pour le caresser puis se leva et se dirigea vers la fenêtre la plus proche. Il faisait encore sombre et on pouvait apercevoir une légère lumière dorée à travers le feuillage encore touffu des chênes, des pins et des hêtres. Cette journée serait sans doute la plus dure de son existence jusqu’à maintenant : elle était loin de chez elle dans un monde inconnu, autour de gens qu’elle ne connaissait pas, elle devait commencer à enquêter, et par-dessus tout, elle se sentait terriblement seule…C’est alors qu’elle sentit une fourrure se frotter contre ses jambes avec affection en même temps qu’une pensée réconfortante ne vienne effleurer son esprit. Flamme lui faisait comprendre qu’elle était loin d’être seule et qu’elle disposait de son aide dans sa quête. Laëlўn baissa les yeux et lui sourit :

- Bon, puisqu’on est réveillés, autant en profiter, tu ne crois pas ?

J’allais te le proposer, il faut d’abord que tu apprennes à mieux me connaître, tu as encore du mal à utiliser mes sens pour affûter les tiens.

- Très bien, je me prépare et on ira sur la Promenade de la Dame, les sons ont une meilleure portée là-haut et on peut voir assez loin pour exercer ma vue.

Laëlўn utilisa l’eau qu’on lui avait fait monter dans sa chambre la veille au soir et entreprit de faire une toilette rapide. Elle se sécha et se dirigea vers la grande armoire pour en retirer une robe nĕphrëĭque. Il s’agissait d’un vêtement composé d’ une seule pièce de tissu soyeux, avec de longues manches et un drapé naturel autour des épaules. La robe était d’une couleur verte, comme la plupart des vêtements de son peuple qui s’habillait principalement de couleurs sylvestres. Elle enfila la robe et se dirigea vers la porte, ne daignant même pas se regarder dans le grand miroir qu’on lui avait fourni. Qu’est-ce qu’un Nĕphrëĭme pourrait bien faire d’un miroir ? Il n’y avait vraiment que les Humains pour lui trouver une quelconque utilité.

Dans les couloirs, quelques torches étaient encore allumées, et Laëlўn croisa quelques serviteurs aux pas pressés en leur adressant un sourire ou un signe de la tête. Presque tous se retournèrent, soit étonnés de la voir debout de si bonne heure, soit pour pouvoir mieux contempler sa beauté, soit parce qu’ils étaient attirés par la singularité de la jeune fille. Nulle noble du château, en effet, ne portait de tels habits et nulle autre n’était accompagnée par un animal, quel qu’il soit.

Arrivée sur la Promenade de la Dame, Laëlўn inspira profondément l’air encore humide du petit matin et leva les yeux vers le ciel. Les étoiles avaient pratiquement toutes disparues, seule Sellima, l’étoile guide était encore visible. Azurari et Rosari étaient également présentes dans le ciel matinal. Pas un nuage à l’horizon : une belle journée se profilait.

Les plantes et les arbustes étaient mouillés par la rosée et Laëlўn constata que le jardin semblait un peu délaissé, comme si personne ne s’en occupait vraiment. Quel dommage, pensa t-elle, s’ils ont amené toutes ces plantes ici, ils devraient leur accorder le soin dont elles ont besoin ou sinon il aurait mieux valu ne pas les planter en premier lieu, tout simplement.

La Nĕphrëĭme parcourut le jardin puis s’assit sur un banc pour commencer à s’entraîner. Fermant les yeux, elle se concentra sur son familier. Rapidement, le toucher et la vue du serbun lui parvinrent presque simultanément. Elle sentit tout d’abord la roche froide sous ses pattes, puis la brise dans sa fourrure. Ensuite elle put se voir elle-même, puisque le félin avait les yeux rivés sur elle et les autres sens arrivèrent au fur et à mesure : l’ouïe, l’odorat, et enfin, une dizaine de minutes plus tard, le goût. Elle pouvait utiliser les cinq sens du félinpour découvrir son environnement et se rendit compte une nouvelle fois combien ils étaient tous beaucoup plus affûtés que les siens.

° C’est bien, tu progresses, mais tu mets encore trop de temps à prendre conscience de tous mes sens. Les premiers te parviennent rapidement car ce sont les plus évidents, mais tu tardes trop en ce concerne l’odorat et le goût. Il faudra qu’on travaille tout ça.°

° Je ne vois pas encore vraiment en quoi le goût pourrait me servir. Je n’ai pas envie de sentir le goût du sang lorsque tu vas chasser une tourterelle ! °

° On ne sait jamais, je peux détecter des goûts dont tu n’es pas capable, ça pourra toujours t’être utile un jour ou l’autre. Ce n’est pas quelque chose qu’on peut se permettre de négliger. Maintenant que tu peux ressentir tout ce que je fais, il va falloir que tu essayes de te servir de l’acuité de mes sens pour accroître encore plus l’efficacité des tiens, ça risque de prendre du temps, alors sois patiente.°

° La patience est une vertu.°

Sur ces paroles, Laëlўn se concentra de nouveau, essayant de puiser dans son familier les capacités qui lui faisaient défaut. Tout se faisait progressivement, c’était en se fondant régulièrement dans Flamme qu’elle pourrait bientôt voir aussi bien que lui dans le noir, ou encore entendre des sons que l’oreille humaine, voire même nĕphrëĭque n’entendraient normalement pas. Pendant environ deux heures, elle s’exerça. Lorsqu’elle s’arrêta, son esprit était un peu fatigué, et elle se sentait désorientée.

° C’est normal, Laëlўn, le changement te paraîtra brutal au début mais tu t’y habitueras très vite. Bientôt, tu ne te rendras même plus compte quand tu utiliseras mes sens pour sentir une odeur étrange apportée par le vent ou entendre une souris approcher, et ensuite, une fois que tu les auras complètement assimilés, tu n’auras même plus besoin de passer par moi, ce que tu auras acquis restera.°

° C’est ennuyeux, quand même, je n’aime pas avoir la tête qui tourne, je n’ai pas l’impression d’avoir la possession de tous mes moyens. C’est frustrant.°

° Oui, je sais. Encore une fois, c’est normal, tout être vivant préfère être au mieux de sa forme à chaque moment. C’est l’instinct de survie. Et toi, tu es le genre d’être vivant qui vit solitairement. Peut-être que je t’influence trop. Depuis que je suis ton familier, il semble que tu cherches à être de plus en plus indépendante, tout comme n’importe quel félin.°

° C’est possible, mais de toutes façons je n’ai pas le choix. Et puis, maître Mertgỏn m’a dit qu’on retrouve chez tous les magiciens nĕphrëĭques des traits de caractère qui font ressortir l’animal qui nous accompagne. C’est comme ça. D’un autre côté, il paraît également que le familier lui aussi se trouve influencé par l’humeur du magicien. Nous sommes tous les deux aussi impliqués l’un que l’autre. Mais je ne regrette absolument rien.°

° Moi non plus. Je suis fier d’être à tes côtés.°

Cette remarque fit plaisir à Laëlўn, elle lui allait droit au cœur.

° Merci, Flamme. Je sais que je pourrai toujours compter sur toi. Vraiment, de tout cœur, merci.°

Laëlўn décida alors de rester encore un peu pour apprécier la fraîcheur matinale et le sentiment de paix qui se dégageait du jardin. Quelques instants plus tard, un bruit de pas la tira de sa contemplation et elle tourna la tête vers l’origine du trouble. C’était Rylden qui venait d’arriver sur la Promenade de la Dame. Il semblait chercher quelque chose car il balayait du regard le jardin et lorsqu’il aperçut Laëlўn, il entama son chemin vers elle d’un pas décidé. Elle se leva et passa une main dans sa robe pour se sentir plus présentable. Flamme, quant à lui, sauta sur le banc, puis du banc sur l’épaule de sa maîtresse. Rylden arriva près d’eux et la salua, pendant que Laëlўn esquissait une révérence.

- Je ne pensais pas vous trouver ici ce matin. Je suis d’abord passé à votre chambre mais vous n’y étiez pas. Un serviteur m’a dit alors qu’il vous a vue vous diriger vers la Promenade de la Dame alors que le soleil n’était même pas encore levé. Vous êtes bien matinale, » ajouta t-il avec un sourire.

- Je voulais admirer le lever du soleil et puis, j’aime le calme de cet endroit.

- Je vois cela.

Un silence s’installa entre eux et Rylden pris le temps d’observer Laëlўn. Décidément, elle n’avait vraiment rien à voir avec les Humaines, que ce soit au niveau physique ou au niveau psychologique. Aucune jeune fille de sa connaissance ne se serait levée pour pouvoir apprécier les premiers rayons du soleil en cette saison, et aucune autre ne pouvait paraître aussi belle sans avoir passé un temps raisonnable devant leur coiffeuse et dans leur chambre à choisir quelle robe, quel corset mettre, comment se coiffer aujourd’hui, quel parfum porter, tout ceci avec l’aide indispensable d’une servante. Laëlўn avait manifestement dédaigné ce genre de préparatifs, car les femmes de chambres ne se seraient sûrement pas présentées à cinq heures du matin dans sa chambre pour l’aider à faire sa toilette et l’habiller. De plus, il avait entendu dire qu’il était impossible de mettre un corset sans l’aide de quelqu’un… encore un mystère de femmes dont Laëlўn ne savait que faire. Il trouvait d’ailleurs que les robes nĕphrëĭques étaient nettement plus jolies que tout ce qu’il avait vu jusqu’à maintenant. Celle que portait actuellement la jeune femme faisait ressortir la couleur de ses yeux qui ne lui avaient jamais parus aussi verts et il se demandait ce qu’on ressentirait si on passait la main sur ce tissu attractif. Attractif, il l’était en effet, d’autant plus qu’il épousait les courbes de sa promise de manière tout à fait naturelle, révélant ainsi l’harmonie de son corps. S’apercevant un peu tard que son attitude était pour le moins effrontée, il leva immédiatement les yeux à la rencontre de son interlocutrice, gênée tout autant que lui par son attitude. Elle ne dit rien et se mit à caresser le serbun d’un air qui se voulait absent. De son côté, Rylden, rougissant quelque peu et se traitant de tous les noms pour avoir laissé ainsi ses yeux – et aussi ses pensées, qui plus est – vagabonder, reprit la parole :

- Je vous ai cherchée pour vous prévenir que je n’aurai pas beaucoup de temps à vous accorder et m’en excuse auprès de vous. J’ai donc demandé à ma belle-sœur, Dame Aubélie, de vousfaire visiterle château, je suis sûr que vous vous entendrez bien avec elle. Elle est souvent très enjouée et aime rendre service. Elle devrait se présenter à votre chambre dans environ une heure.

- Je vous remercie pour votre bienveillance. Sachez que je l’apprécie beaucoup.

- C’est le moins que je puisse faire.

Rylden leva les yeux au ciel et regarda le soleil. Cela ferait bientôt deux heures qu’il réchauffe la terre maintenant. Il se rendit compte avec étonnement qu’il était un peu déçu de devoir déjà retourner à ses obligations. Et pourquoi diable se mettait-il donc à réagir comme cela, alors qu’il y avait plusieurs affaires importantes qui réclamaient son attention ?

- Je m’excuse de partir si vite mais je dois vous quitter. Dame Aubélie prendra soin de vous. J’espère vous revoir bientôt.

- Dans ce cas, au revoir, mon Prince.

Rylden lui tourna le dos et s’en alla à petites foulées. Laëlўn pensa qu’il devait en effet avoir pas mal de choses à faire si il ne prenait même pas le temps de marcher. Elle soupira. Les Humains étaient des êtres bien singuliers. Jamais elle ne s’était sentie aussi embarrassée que lorsque le jeune prince l’avait ainsi regardée. Bien que les coutumes fussent différentes selon les régions et les pays, sûrement pensait-on dans la plupart des cas que dévisager les gens de cette manière était une attitude quelque peu discourtoise. De plus, se rappela t-elle, il avait semblé aussi gêné qu’elle, si ce n’est plus. S’habituerait-elle à leur manière de vivre, comme elle le désirait tant ? Arriverait-elle à mieux cerner ce jeune garçon qui lui était destiné ? Car c’était ce qu’il était : un jeune garçon. Jeune et pourtant elle était déjà consciente que c’était quelqu’un qui prenait ses devoirs très à coeur, délaissant toute autre chose. Elle espérait pouvoir mieux le comprendre, pouvoir mieux s’intégrer, mais plus elle côtoyait les Humains, plus elle se sentait une intruse, comme quelqu’un qui n’avait pas sa place parmi un groupe, bien qu’elle ne se sentît pas rejetée. C’était un étrange sentiment, elle n’avait jamais rien ressentit de tel auparavant. En raison de cela, elle se sentait encore plus confuse. Que devait-elle penser ? Comment devait-elle réagir ? Qu’attendait-on vraiment d’elle ? Rylden venait tout juste de partir et pas même une journée, pas même une matinée sans ses semblables nĕphrëĭques ne s’était écoulée, alors pourquoi se sentait-elle aussi abandonnée ?

° Arrête. Tu te fais du mal pour rien. Ne pense pas à tout ça pour le moment. Nous avons d’autres préoccupations.°

Laëlўn soupira. Flamme avait entièrement raison. Elle n’avait pas le loisir de se laisser emporter dans de telles spéculations. Elle avait une mission des plus importantes. Ce futavec résolution qu’elle se ressaisit et quitta la Promenade de la Dame pour retourner à sa chambre et attendre l’arrivée d'Aubélie.

oOoOoOoOo

Aubélie se présenta, comme prévu, environ une heure après à la porte de Laëlўn. L’Humaine, tout en affichant un large sourire qui aurait pu faire tomber à ses pieds bon nombre de prétendants, lui demanda :

- Vous êtes prête ? Je vais vous faire visiter un peu le palais. Mais d’abord, nous allons manger quelque chose. Vous avez faim ? Nos apiculteurs font du très bon miel, vous verrez, c’est différent du miel que vous, Nĕphrëĭmes, utilisez pour votre hydromel, puisqu’il n’est pas vert, mais il va très bien avec les gâteaux et adoucit agréablement le thé. Venez, suivez-moi.

Laëlўn était surprise par autant d’énergie. Elle était loin d’imaginer qu’Aubélie était aussi affable, mais le caractère franc et direct de celle-ci lui plaisait énormément. Elle sut immédiatement qu’elle ferait une compagne et une amie idéale. D’autre part, la jeune femme semblait très terre-à-terre, et Laëlўn remarqua qu’Aubélie ne portait pas de corset comme elle croyait que c’était le cas chez toutes les Humaines. Elle aurait bien voulu lui poser la question mais, c’était certainement déplacé, aussi, elle n’en fit rien.

A peine les deux filles fermèrent-elles la porte de la chambre qu’Aubélie reprit la conversation.

- Vous avez passé une bonne nuit ?

- Oui, très bonne, merci.

Aubélie lui sourit puis continua en changeant totalement de sujet :

- Vous savez, Rylden peut se montrer froid et distant mais je suis certaine qu’au fond il est très gentil. En fait, c’est quelqu’un comme vous qu’il lui faut. Il croit, comme la plupart des hommes, qu’il n’a pas besoin de femme, et comme la plupart des hommes, il a tort. Ne vous laissez pas distancer. Il m’a fallu presque une année pour pouvoir comprendre comment Torko raisonnait, et maintenant que c’est fait, je peux lire en lui comme dans un livre ouvert. Il était comme Rylden au départ, fier, arrogant, du genre qui ne peut se permettre une défaite. Mais bon, je raconte presque n’importe quoi, puisque tous les hommes sont comme ça finalement, » exposa t-elle en riant. « Ah, l’honneur ! En voilà une belle chose. Si belle qu’elle tient au cœur de tous les Nééruans, que ce soit du fermier le plus pauvre au Haut Roi lui-même. Mais je m’emballe. A force d’accompagner Torko partout quand je le peux et de l’écouter discutailler avec Kerko, je commence à radoter comme eux. »

Laëlўn aussi dut rire en entendant les propos d’Aubélie. C’était décidément la personne avec qui elle pourrait non seulement apprendre sur les Humains mais en plus avec qui elle pourrait tisser des liens d’amitié.

- Vous ai-je dis que vous étiez très belle ? J’aime beaucoup votre robe. Elle est magnifique.

- Merci, » répondit poliment Laëlўn.

- Je n’en ai jamais vue de telles auparavant. C’est une robe typique de chez vous ?

- Oui, c’est le genre de robe que n’importe quelle Nĕphrëĭme porterait tous les jours. Me permettez-vous de vous poser une question quelque peu…indiscrète ?

Aubélie observa Laëlўn un court instant puis éclata de rire.

- Vraiment, venant de vous, je doute que ce soit indiscret. D’ailleurs, j’en ai assez des formalités, pourquoi ne pas nous tutoyer ? C’est tellement plus simple et plus convivial. Et puis, peut-être ainsi seriez vous plus disposée à me poser des questions indiscrètes, » articula t-elle entre quelques sursauts de rire.

Laëlўn baissa légèrement les yeux, un peu gênée par sa conduite. Puis elle releva la tête et c’est avec un grand sourire qu’elle demanda :

- Très bien, je voudrais savoir pourquoi tu ne portes pas de corset.

Aubélie fut surprise par la question mais répondit aussitôt, une expression amusée sur le visage :

- Hé bien, la réponse en est très simple : je n’aime pas ça. Je dirais même que je détesterais porter un corset. Je n’en ai jamais porté mais d’après ce que j’ai entendu, il est extrêmement difficile de respirer ou de bouger convenablement tout en étant habillée de la sorte.

- Je croyais que les Humaines portaient toutes ce genre d’accoutrement.

- Oh, non, loin de là ! En fait, c’est une mode qu’a apporté une Dame du Sud, des Etats marchands et il y en a bien certaines, dans notre royaume, qui ont adopté le corset, mais à l’origine, les femmes de Néérua ne portent pas de corset, les dieux soient loués pour cela ! Tu n’as rien à craindre là-dessus, crois-moi. Malheureusement, la cour de Néérune voit passer nombre de phénomènes et bien trop souvent, des jeunes femmes sont attirées par ce genre d’extravagances.

- Et toi, ça ne t’intéresse pas ? N’es-tu pas une jeune femme ?

- Certes si, le contraire m’aurait fait peur, et constater que tu crois voir en moi autre chose m’aurait pour le moins inquiétée. Disons que je suis le genre de femme à aimer la liberté. Mais au fait, quel âge as-tu ? Quatre-vingts ans ? Quatre-vingts dix ans ?

- J’ai quatre-vingts seize ans.

- Quatre-vingts seize ans…ça ferait quelque chose comme, disons, la vingtaine pour un Humain, non ?

Laëlўn fut agréablement surprise de découvrir qu’Aubélie connaissait un peu son peuple et c’est avec plaisir qu’elle lui répondit.

- Oui, c’est à peu près ça.

- Alors nous avons pratiquement le même âge ! J’aurai vingt-deux ans dans quatre mois. Ah, je sens qu’on va s’entendre comme larrons en foire !

La comparaison fit sourire Laëlўn qui ne put qu’acquiescer : elles allaient sûrement très bien s’entendre. Sur ces paroles frivoles, toutes deux se dirigèrent avec un pas un peu plus pressé vers la Grande Salle.

- Il est presque neuf heures. Nous arrivons juste à temps pour le petit-déjeuner. Viens, je vais te conduire à la Haute Table.

Elles s’assirent toutes les deux et commencèrent à manger. Il y avait quelques nobles à la Haute Table mais aucune trace de la famille royale, ce qui picota la curiosité de Laëlўn :

- Où sont le roi et la reine ? Et leurs fils ? Pourquoi ne sont-ils pas avec nous ?

- Le roi et la reine préfèrent prendre leur petit-déjeuner dans leur chambre, pour plus d’intimité. On les comprend. Normalement, c’est Torko qui préside la Haute Table au petit-déjeuner, bien que « présider » soit un bien grand mot. En fait, il arrive avec Rylden à ses côtés, souhaite une bonne journée et un bon appétit à tous ceux qui sont présents et s’assoit pour manger. Il n’y a vraiment rien d’exceptionnel là-dedans. Et aujourd’hui, nos deux princes nous ont abandonnées pour leur devoir. Je crois qu’ils devaient descendre aux docks pour superviser l’arrivée d’un vaisseau des Etats marchands. Il paraît qu’il ramène avec lui des nouvelles importantes de Marbellie. Après, je n’en sais pas plus que toi. Ha, si ! Je peux te dire qu’ils seront sans doute tous très occupés pendant au moins une semaine, c’est toujours comme ça quand il y a un bateau de cette taille qui accoste à Néérune. On n’a jamais cessé de surveiller tout ce qui peut bien transiter dans un port comme le nôtre.

- Je vois…

Réalisant le manque d’enjouement chez sa compagne, Aubélie la réconforta aussitôt avec une main amicale dans le dos et quelques paroles :

- Ne t’en fais pas, je suis là, et crois moi, tu n’auras pas le temps de t’ennuyer !

Elles finirent leur petit-déjeuner et quittèrent la Grande Salle. Aubélie entraîna Laëlўn dans tous les couloirs et tous les corridors du château, à chaque fois lui indiquant où elle était, à qui était réservée telle ou telle partie du château, où elle devrait s’adresser pour recevoir l’aide d’une servante, où se trouvaient les cuisines si jamais elle mourrait de faim, maisla jeune Humainela rassura et lui garantit que, normalement, cela n’arriverait pas. Il leur fallut presque toute la journée pour faire le tour du palais tellement celui-ci était immense. Aubélie ne manqua pas non plus de lui désigner toutes les personnes qu’elle jugeait bon pour Laëlўn de connaître : bon nombre de courtisans, de nobles et de bourgeois, d’influence plus ou moins grande, puis les serviteurs qui lui seraient eux aussi sûrement utiles un jour ou l’autre. La Nĕphrëĭme tenta de mémoriser la plupart des noms mais c’était peine perdue. Les courtisans de Néérune étaient décidément beaucoup trop nombreux.

- Alors, nous avons vu les bibliothèques, la salle du trône, la salle d’armes, la salle d’entraînement, les principaux corridors, les ateliers, les salons…Les jardins sont trop grands pour qu’on puisse les visiter aujourd’hui. En bref, nous avons vu tout l’intérieur du palais, sauf les appartements.

En disant ces mots, Aubélie lui adressa un sourire tordu.

- Tu ne voudrais pas savoir où loge Rylden ? Viens, je vais te montrer où se trouvent les appartements royaux. Ils sont dans l’aile Nord, les serviteurs, eux, logent dans l’aile Sud, la plus grande, les nobles et autres personnes qui occupent des fonctions importantes dans le palais logent dans l’aile Ouest, et les invités, comme toi et moi logeons dans l’aile Est.

- Ta chambre serait donc près de la mienne ?

- Oui, en effet, il n’y a que quelques portes qui nous séparent.

Laëlўn était soudainement heureuse de savoir qu’Aubélie ne serait pas loin si jamais elle avait besoin d’elle.

- Je dois avouer que je suis bien contente de t’avoir ici maintenant. Trop de jeunes courtisanes m’horripilent. Toujours en train de raconter des imbécillités sur la première femme qui passe ou à critiquer le nouveau jeune noble arrivé au palais. Heureusement, elles ne sont pas toutes comme cela. Mais toi, tu n’as rien de tout ça et je trouve que c’est revigorant. Ah, nous y voilà.

Et Aubélie, en pointant du doigt les différentes portes, lui montra les chambres du roi, de la reine, de Torko et de Rylden. A en juger par la distance qu’il y avait entre chaque porte, les chambres devaient être immenses, mais, là aussi, la sienne était très grande, Laëlўn trouvait même qu’elle avait trop d’espace pour elle toute seule. Tout d’un coup, un carillon sonna, comme celui de midi, et les jeunes femmes se dirigèrent vers la Grande Salle pour le dîner. Tous les membres de la famille royale étaient présents mais les trois hommes étaient trop occupés à discuter du bateau qui était arrivé aujourd’hui et de tout ce qu’il amenait avec lui pour se soucier de leurs trois compagnes. Les échanges entre couples se limitèrent à un bref signe de tête en arrivant à table et de nouveau à un signe de tête et quelques paroles pour souhaiter la bonne nuit aux dames lorsque celles-ci décidèrent qu’il était temps pour elles de se retirer.

Aubélie et Laëlўn prirent le chemin de leurs chambres respectives tout en bavardant. Laëlўn remerciait Aubélie de lui avoir si gentiment montrer le château et tenu compagnie tout au long de la journée. Les deux jeunes femmes s’entendaient merveilleusement bien, et ce, malgré leurs différences. Finalement, les Humains et les Nĕphrëĭmes n’étaient pas si éloignés que cela, ce qui réconforta un peu Laëlўn.

- Voici ma chambre, si tu as besoin de quoique ce soit, si tu veux me poser une question, surtout n’hésite pas. Tu sais où me trouver.

- Oui, merci. Pour le moment je crois qu’un bon bain chaud sera tout ce que je demande.

- Alors, tu n’as pas à t’inquiéter, Jalane est ta servante attitrée. Je suis sûre que tu trouveras un bain fumant qui t’attendra quand tu retourneras dans ta chambre. Je te verrai demain dans ce cas. Bonne nuit.

- Merci. Bonne nuit à toi également.

Laëlўn était plutôt déçue par cette soirée. Elle avait espéré pouvoir parler et faire plus ample connaissance avec Rylden, Torko et leurs parents, mais ce ne serait apparemment pas avant un certain temps. Il allait falloir s’en contenter. En attendant, elle pouvait se concentrer pleinement sur sa mission. Et comme cela risquait de prendre beaucoup de temps avant d’avoir quelques indices, elle devait aider le peuple fée du mieux qu’elle pouvait, leur faisant comprendre que quelqu’un était venu à leur aide sur la Côte des Brisants. Mais avant cela encore, pour pouvoir agir plus efficacement, elle devait maîtriser ce pour quoi elle s’était exercée ce matin avec son serbun.

Laëlўn soupira. Elle avait tant de choses à faire et voilà qu’elle s’apitoyait sur son sort, à essayer de comprendre la manière de penser des Humains et plus particulièrement d’un jeune prince.

Lorsqu’elle arriva dans sa chambre, un bain chaud l’attendait effectivement et elle en fut reconnaissante. Elle avait besoin de se détendre. Laëlўn remercia Jalane et la congédia. Elle se déshabilla ets'immergea avec un soupir de soulagement. Flamme s’était perché sur une chaise à quelques pas de là et elle lui demanda avec un sourire taquin :

- Tu ne veux pas te baigner ?

C’est alors qu’elle l’entendit ronchonner.

° Je ne déteste pas l’eau mais je préfère l’éviter autant que possible. Je suis un chat après tout, tu ne peux pas m’empêcher d’être ce que je suis tout comme je ne peux pas t’empêcher de ressasser tout le temps les mêmes pensées. Tous les Nĕphrëĭmes passent-ils leur temps à se torturer l’esprit comme tu le fais ? °

- Bon, d’accord, c’est vrai que je n’ai pas pu m’en empêcher. Je suis curieuse, c’est tout. Mais c’est vrai que je ne vois pas pourquoi je continuerai à me torturer l’esprit à essayer de comprendre la psychologie humaine alors qu’il a d’autres préoccupations. Ca me semblait bien évident ce soir. A partir de maintenant, je me consacrerai entièrement à mon devoir.

Mais c’est exactement ce que fait Rylden, pensa t-elle avec un peu d’agacement. Je n’ai pas le droit de le discréditer aussi rapidement. Puis, résolument, Laëlўn mit de côté toutes ses pensées concernant sa famille à Adĕra, ses amis, Rylden et les Humains, elle ne devait penser plus qu’à sa mission.

Et c’est ce qu’elle fit.



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