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Auteur : Luciel
Remarque : Cette histoire est en fait le prologue des chroniques de Mick Angel. Cette histoire là est finit et bien finit, mais il y en a d’autres avec Mick pour héros et qui ce situe après.
Remarque 2 : Vous aurez remarquez que j’ai repris le nom d’un des personnages de City Hunter, Mick Angel. Mais ce n’est pas une fanfiction, la seule chose en commun entre les deux personnages est le nom. Pourquoi reprendre ce nom ? En hommage à l’original, parce que je trouve ce nom cool, je ne sais pas lol
Chroniques d’un tueur à gage : Espoir d'une nuit d'une nuit d'hiver
Une froide soirée d’hiver, la neige tombait à gros flocons sur Central Park. Mick était glacé. La poudre blanche avait traversé sa fine chemise de flanelle depuis longtemps, laissant l’eau geler directement sur sa peau. Assis sur un banc, il contemplait tomber ces petites balles de cristal depuis plus d’une heure. Il ne sentait presque plus ses membres. Une heure dans le froid, avec pour tout vêtement un pantalon de flanelle et une fine chemise, une heure sans bouger, sans rien pour se réchauffer. Il était gelé, mais il s’en moquait. Cette neige était pure, blanche et cristalline. Elle apaisait son âme, elle balayait ses doutes, le purgeait de ses démons. Quelques heures plus tôt, il avait exécuté un contrat. Un homme d’affaire, trafiquant d’armes et de drogues, avait eu le malheur de vendre de la cocaïne à une amie de Milinda, capitaine de police du huitième district. Après l’overdose de son amie, elle était allée voir Mick et lui avait offert des informations confidentielles sur un homme qu’il poursuivait, en échange de la vie du trafiquant.
Un capitaine de police qui travaille avec un tueur à gage… Si ça venait à se savoir, c’est toute la police de New York qui serait remise en question.
Il avait réglé ça rapidement : il s’était introduit dans son bureau, l’avait attendu et lui avait collé une balle entre les deux yeux. Personne ne l’avait vu, il n’avait fait aucun bruit et nul ne trouverait le corps avant deux jours, le lundi suivant.
Mathiew Anderson… Une ombre de plus dans la longue liste de ma cohorte…Qui sème le vent récolte la tempête, s’il n’avait pas vendu de drogue, il serait encore en vie. Ceux qui commettent des crimes doivent s’attendre à payer. Enfin, ça s’applique aussi bien à moi…
Un jour viendrait où lui aussi devrait payer, il en était conscient.
Un jour…
Revenant brusquement à lui, Mick aperçut une étudiante de dix-neuf/vingt ans qui lui secouait l’épaule.
- Vous m’entendez ?!
- Ouais, je t’entends… dit-il en se secouant la tête pour remettre ses idées en place.
- Vous allez mourir de froid si vous restez ici ! Levez-vous ! lui ordonna-t-elle en le tirant par le bras.
Mick était entraîné aux conditions extrêmes, mais cette fois il avait exagéré, il était resté bien trop longtemps détendu, sans bouger. Ses jambes ne le portaient plus, il bascula en avant.
- Hého, non, non, non, non !! s’écria la jeune fille en essayant de le retenir.
Mais avec ses quatre-vingt cinq kilos, Mick n’était pas facile à retenir pour quelqu’un comme elle.
- Ouch, va falloir penser à un régime… lâcha-t-elle avant qu’il ne s’évanouisse.
Il n’avait pas encore tout à fait repris conscience, mais il sentait déjà toute la chaleur qui l’entourait.
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Il se souvenait du froid… de l’alcool qu’il avait bu avant… et de l’homme qu’il avait tué, encore un peu avant.
Bon… et après ? Je vais dans le mauvais sens là…
L’engourdissement, l’esprit qui s’embrume… et un cri.
Un cri ? Qui a crié ?
Un cri de femme.
De femme ? Non, pas tout à fait, plutôt… plutôt de…Fille. Un cri d’enfant, un cri qui appelle, un cri qui le retient.
Ah oui… Je me suis écroulé… Bon, et maintenant ?
Maintenant il fallait qu’il revienne à lui. Il était presque conscient, ses sens revenaient doucement. La chaleur qui l’entourait était douce, calme, elle l’enveloppait comme…
De l’eau.
Des petits clapotis, l’eau qui remuait doucement. Une eau douce, chaude, autant que les mains qui le déshabillaient.
Les mains qui quoi ? Houlà stop, j’ai dû louper un épisode. Ah, à moins que… ah oui.
Il se souvenait : le froid sur ses vêtements qui gelaient. Quelqu’un essayait donc de le réchauffer, de le ramener à la vie.
Mais qui ? Des mains si douces…
Elles venaient de lui retirer sa chemise, il n’avait plus non plus de chaussures ni de chaussettes. Sa ceinture était ouverte, mais…
Hésitation… Elle est nerveuse, son pouls bat vite, je sens l’appréhension en elle. Elle n’ose pas aller plus loin, ses mouvements se font maladroits… Mais « elle », c’est qui ?
Une femme, ou plutôt non, une enfant.
Une enfant ? Non, pas une enfant, pas tout a fait.
Elle était plus grande, et plus lourde qu’une enfant. Elle pesait sur lui de tout son poids, de tout son corps, pour le recouvrir de sa chaleur. Ses formes n’étaient pas celle d’une enfant, mais pas tout a fait non plus celle d’une femme.
Une jeune femme… Oui, je me souviens, c’était une étudiante.
Toucher, ouïe, goûts. Ses sens revenaient un par un, petit à petit.
Myrtille… Un parfum naïf, agréable et reposant, mais tellement enfantin…
Essayant d’ouvrir les yeux, Mick n’y parvint tout d’abord pas.
Ne pas forcer les choses, y aller doucement…
Sa situation ne lui déplaisait pas, il se sentait bien. Il avait l’impression de flotter dans un ciel pur et chaleureux, avec un ange pour prendre soin de lui. Réessayant d’ouvrir les yeux après quelques minutes, il perçut une lueur au-dessus de lui.
Long, droit, lumineux…
Un néon.
Il éclairait la petite sale de bain dans laquelle se trouvait Mick et celle qui devait être une étudiante. Le parfum de ses cheveux mouillés et la douceur de sa peau étaient apaisants, plus encore que la neige dans laquelle il avait failli mourir plus tôt. Sa vue revenait de plus en plus.
Une petite salle de bain. Un studio ? Non, un peu plus grand, sûrement un trois-pièces. Et puis on s’en fout de toutes façons, pas besoin de chercher des sorties, si elle avait voulu me tuer elle m’aurait laissé dehors…
Elle avait des cheveux noirs, longs et très fins. Ils flottaient tranquillement à la surface de l’eau, comme de longs fils de soie. Il se sentait bien, si bien.
Si seulement on pouvait rester comme ça pour l’éternité…
- Mon… monsieur ?
Et mer…
- Vous allez mieux ? dit-elle en se relevant un peu pour pouvoir voir ses yeux.
- On ne peut mieux oui…
Maintenant qu’il voyait clairement son visage, il constata qu’elle était vraiment très mignonne, mais qu’elle n’était bien qu’une enfant. Elle avait le visage en feu, il pouvait lire la gêne qu’elle éprouvait sur chaque trait de son visage. Retrouvant ses esprits, il s’aperçut qu’il ne sentait pas son arme dans son dos, alors qu’elle aurait dû y être bien calée.
- Si c’est votre arme que vous cherchez, je l’ai posée dans l’entrée sur le meuble, dit-elle en se relevant, affichant d’un coup une grande assurance.
Mick était encore engourdi et son esprit n’était pas totalement opérationnel, mais il sentait chez elle quelque chose de différent par rapport aux autres filles de son âge. Essayant de se remettre d’aplomb, il manqua de peu de retomber aussitôt. Ses jambes étaient faibles, il manquait d’énergie. Après quelques minutes, il sortit à son tour de la baignoire en titubant et s’engouffra dans ce qui semblait être le salon, attrapant au passage une serviette qui pendait au mur. Remarquant son Desert Eagle dans l’entrée, il alla de suite le chercher, inondant à moitié la pièce au passage.
Se séparer de son arme est une grave erreur, je vieillis. Trente-trois ans, il serait peut-être temps de raccrocher.
Cela faisait plus de vingt ans qu’il était dans le milieu, ça faisait beaucoup. Ayant commencé comme simple coursier pour des petits truands, son talent inné pour le meurtre lui avait permis rapidement de se faire une place dans le milieu, et à à peine dix sept ans il était devenu l’un des plus jeunes tueurs à gage de la mafia de Chicago. Les années ayant passé, il s’était mis à son compte et s’était taillé la réputation d’être le meilleur parmi les meilleurs, mais il était peut-être en effet temps de mettre un terme à ses activités…
- Vous allez mieux ?
- Oui, je te remercie. Je ne sais pas ce qui m’a pris, je devais être ivre. Sans toi je ne serais plus de ce monde, je te dois une fière chandelle ! répondit-il en se donnant l’air un peu gêné.
Il se méfiait d’elle. Elle n’était qu’une gamine, mais suffisamment âgée pour faire la différence entre un flic et quelqu’un qui ne l’était pas. Mieux valait s’en aller rapidement, d’autant plus vu ce qu’il avait fait quelques heures auparavant.
En même temps elle a vu mon visage, si le corps est découvert après-demain et qu’elle fait le rapprochement… Elle ne pourrait pas faire grand-chose, mais il vaut mieux être prudent. On va tâter le terrain avant de partir.
- Alors, ça te prend souvent de ramener des inconnus inconscients chez toi ? lâcha-t-il en souriant.
- Non, c’est la première fois, mais c’est la première fois que je trouve quelqu’un de gelé dehors aussi. répondit-elle en riant. D’autant plus quelqu’un d’armé…
Je ne la sens pas, elle n’est pas claire cette fille.
- Ne t’inquiète pas, je suis policier.
- Menteur, les flics ne se baladent pas armés sans plaque ni papiers, lui rétorqua-t-elle avec conviction. Et vous n’êtes pas un yakusa non plus, vous n’avez pas de tatouages. Vous n’avez pas l’allure ni le comportement d’une petite frappe ni d’un simple voleur. Je pensais que vous étiez une sorte d’homme de main au début, mais vous avez les yeux trop froids et vides pour ça. Vous vous cachez sous un masque de charme et de confiance en vous, mais ça ne me trompe pas, je peux voir au fond de ces yeux bleus, conclut-elle en souriant.
C’est quoi cette fille…?
Mick était soufflé. Rare étaient ceux qui pouvaient voir au fond de lui, et ça leur prenait du temps. Et il ne lui avait fallu que deux secondes à elle.
Je me fais vraiment trop vieux…
- Vous ne répondez pas ? J’ai l’habitude vous savez, mon père est un mafieux local, je vois des yakusa et autres hommes de mains tous les jours…
Haine. Elle déteste son père, ce n’est pas de la confiance en soi due à une connaissance du milieu, mais une forme de cynisme.
- Et puis je fais des études en psychologie, c’est mon boulot de comprendre les autres. Vous voulez un café ?
Elle est douée pour ce qu’elle fait, je ne me fais peut-être pas si vieux que ça finalement… pensa-t-il comme pour se remonter dans sa propre estime.
- Volontiers, dit-il en s’asseyant dans l’un des fauteuils.
Les trois minutes qu’elle mit pour préparer le café lui permirent de retrouver un peu plus ses esprits, et de se rendre compte de quelque chose d’assez évident : elle ne manquait de rien au niveau matériel, mais cet appartement était froid comme une tombe. Pas de photos, pas de touche personnelle, juste des babioles hors de prix un peu partout, un joli mobilier et quelques autres décorations sans grands intérêts.
Je ne connais pas grand monde qui pourrait vivre là-dedans très longtemps, ça manque trop de chaleur.
- C’est prêt ! s’exclama-t-elle en apportant un plateau contenant deux tasses, du sucre et un peu de lait.
- Merci, dit-il en en prenant une des tasses.
- Alors, commençons par le commencement : comment vous appelez-vous ?
- Mick et toi ?
- Ce n’est pas votre vrai nom j’imagine ? sourit-elle en prenant une gorgée de son café, tout aussi noir que celui de Mick.
- Si, pourquoi ?
Mon casier est tout ce qu’il y a de plus vierge, je connais un capitaine de police qui me couvre et le fait que les gens du milieu connaissent mon nom ne fait que grossir ma réputation. Et pour ce qui est des gens « normaux», ils ne connaissent pas le milieu donc ça ne porte pas à conséquence.
- Vous êtes un tueur à gage non ? Et vous donnez votre nom comme ça ?
- Si je suis encore en vie à mon âge c’est que je sais quoi faire et quoi ne pas faire. Si je te disais que j’étais effectivement un tueur à gage, qu’est-ce que tu ferais ? Tu irais voir les flics ? Tu t’en vanterais ? Non je ne pense pas, et puis Mick est un prénom courant.
- C’est vrai… mais d’habitude les hommes de main de mon père refusent de donner leurs noms, dit-elle un peu décontenancée.
- Parce que ce sont des petites frappes sans envergures dont la seule formation doit se limiter à un ou deux ans dans la rue et aux bandes dessinées qu’ils ont dû lire étant plus jeune. Ce genre de types ne serait pas capable d’éliminer une fillette de vingt ans pour couvrir leur identité.
Mick venait de jeter un froid. Elle avait vu au fond de ses yeux qu’il était sérieux, qu’il était tout à fait capable de la tuer si besoin était… ou du moins c’était l’impression qu’il donnait. Son code de conduite lui interdisait de s’en prendre à un enfant, d’autant plus s’il s’agissait d’une femme. Elle n’avait aucune preuve de qui était Mick, elle ne représentait pas un danger pour lui.
- Vous pourriez me tuer sans hésitation, et c’est pour ça que vous me donnez votre nom sans vous méfier, parce que ça ne porte pas à conséquence… ?
- Exactement. Tu devrais éviter de ramasser des gens dans la rue, dit-il en se levant.
- Où… où est-ce que vous allez ?
- Je rentre chez moi, merci pour le café.
- Il fait moins dix dehors et vous êtes trempé de la tête aux pieds ! Attendez au moins d’être sec, attendez demain matin !
Elle n’a pas compris encore…
- Tu cherches à mourir ? lui demanda-t-il d’un ton plat.
Elle marqua un temps d’arrêt avant de continuer.
- Non, je veux juste parler un peu…
- Avec moi ? Avec un tueur ? Appelle tes amis si tu veux parler, je n’ai pas que ça à faire moi.
- Les seules personnes que je connaisse sont les hommes de main de mon père… A l’université tout le monde sait ce que fait mon père, personne n’ose m’approcher.
Les larmes coulaient sur ses joues, Mick pouvait sentir toute la tristesse et la solitude qui l’étouffait.
- Je suis désolé, ça ne doit pas être facile pour une fille de ton âge, soupira-t-il. Mais tu penses que te lier d’amitié avec un tueur à gage est une bonne idée ?
- Vous êtes différent des autres truands… Vous n’êtes pas fier de tuer ! Se laisser aller dans la neige est un symbole connu, vous cherchiez à vous purifier ! Je ne sais pas pourquoi vous faites ce métier, mais je sais que tuer n’est pas quelque chose que vous aimez faire !
Peut-être bien… mais c’est la voie que j’ai choisie.
- Même si je n’aimais pas, ce dont tu ne sais rien d’ailleurs, je continue à le faire n’est-ce pas ?
- Chacun a ses raisons d’agir… Je vous en prie, restez au moins jusqu’à demain matin…
En temps normal, il n’aurait même pas pris la peine de discuter avec elle, mais la solitude et la douleur étaient trop fortes ce soir, il ne se sentait pas dans son état normal.
Après tout je ne risque rien à rester un peu. Et puis…
Ils étaient pareils : la solitude était leur mode de vie. Même si pour lui ça pouvait paraître être un choix, c’est son métier qui l’y forçait.
- Bon, d’accord.
Le visage de la jeune fille s’illumina d’un coup. Elle sécha ses larmes et l’invita à s’asseoir à nouveau.
-Tu ne m’as toujours pas dit ton nom, remarqua Mick.
- Ah oui pardon, je m’appel Lila, Lila Anderson.
- ?!
Mick n’en revenait pas. S’il se fiait au dossier qu’il avait lu sur l’homme qu’il avait abattu et sur ce qu’elle venait de lui dire, elle était la fille de celui qu’il venait d’exécuter quelques heures plus tôt.
- Tu es la fille de Mathiew Anderson, l’entrepreneur ?
- Vous connaissez mon père ? l’interrogea-t-elle, étonnée
Ma pauvre, tu as vraiment mal choisi l’homme à qui te confier…
- Pas vraiment… j’ai rempli un contrat en l’assassinant ce soir, lâcha-t-il en la regardant droit dans les yeux.
Mick put lire la stupéfaction sur le visage de la jeune femme. Elle ne comprenait pas ce qu’il venait de lui dire, elle se demandait s’il disait vrai, elle cherchait à accuser le coup. Il se passa près d’une minute avant qu’elle ne rompe le silence.
- Vous… mon père ? souffla-t-elle encore sous le choc.
- Oui, tout à l’heure, à son bureau. Je ne peux pas te dire qui m’a demandé de le faire, seulement qu’il est mort, sans l’ombre d’un doute.
- Et vous me le dites comme ça ? souffla-t-elle alors qu’elle semblait prendre la nouvelle beaucoup mieux que Mick l’avait cru.
- Tu l’aurais appris lundi de toute manière, alors autant que je te le dise avant que tu ne commences à me parler. Je ne te dirai pas que je suis désolé, il le méritait, et puis c’était un contrat, si ça n’avait pas été moi, ça aurait été un autre.
- Ce n’est pas la peine de vous justifier, je ne vous en veux pas, répondit-t-elle en prenant une gorgée de café.
Menteuse… Même si on n’aime pas son père et qu’on lui en veut pour telle ou telle raison, on ne peut ne pas en vouloir à celui qui le tue.
- Il m’a gâché la vie, il ne s’est jamais occupé de moi ni de ma mère, qu’il a d’ailleurs laissé mourir alors qu’avec son argent il aurait pu la sauver, je l’ai toujours haï, sa mort me choque parce que je ne m’y attendais pas, mais c’est tout. Il n’a eu que ce qu’il méritait.
Finalement il se peut qu’on haïsse vraiment ses parents.
- Ce n’est pas par remords que vous avez failli vous laisser mourir tout à l’heure quand même ? Ca n’en valait franchement pas la peine…
Mick était perplexe. Il n’avait jamais vraiment su définir ce sentiment qu’il avait après avoir tué quelqu’un de sang froid, sachant que celui-ci avait de la famille.
- Tu sais, j’ai tué tellement de personnes… Ce que tu dis pour ton père est aussi valable pour moi, je devrais un jour à mon tour payer pour tous mes crimes, et il y a des fois où… je me dis qu’il est peut-être temps.
- Pourquoi est-ce que vous faites ce métier ? demanda-t-elle un peu étonnée de le voir se confier, mais contente qu’il le fasse.
- Parce qu’il y a certaines choses qui ne peuvent être faites que si on est du mauvais coté de la barrière. J’ai un ami qui répondrait comme ça, mais même si je pense qu’il a raison, la vérité c’est que je n’ai jamais vraiment eu le choix : un gosse dans la rue doit bien se nourrir, et d’un boulot à un autre, s’enfonçant toujours un peu plus du mauvais côté, on finit par faire des choses que les gens normaux n’imagineraient même pas, et on ne se rend même plus compte de ce qu’est le « bien » ou le « mal ». On ne se retire pas comme ça du milieu, même quand on est craint et respecté. Le milieu vous rattrape toujours, on n’en sort jamais vraiment. Oui, quand je tue certaines personnes, comme des pères de famille ou des futurs époux, j’ai l’impression que c’est moi qui meurs à chaque fois, que je me vide de ce qu’il me reste d’humanité. Et pourtant, je continue à le faire, je continue à travailler comme tueur. Pourquoi ? Je ne sais pas, j’ai peut-être l’impression que quoique je fasse je n’en sortirais jamais, ou je n’ai tout simplement pas l’impression d’avoir terminé ce que j’avais à faire.
- Ce que vous avez à faire ?
- Une promesse à tenir, une promesse à une amie de l’aider à assainir un peu cette ville. Mais c’est impossible en soi, je le sais bien, c’est peut-être simplement une excuse pour ne pas changer de vie, conclut-il en s’adossant au fauteuil.
Lila marqua une petite pause avant de réagir à ce qu’il venait de lui dire. Elle pensait comprendre ce qu’il lui disait, mais c’était un monde qu’elle ne connaissait que trop peu, une manière de vivre qui lui était trop inconnue pour qu’elle puisse dire quoique ce soit de sensé.
- J’avoue que j’ai du mal à me mettre à votre place, je n’ai pas vécu la moitié de ce par quoi vous êtes passé, mais ce que je comprends en revanche, c’est que vous vous torturez. Votre sourire n’a rien de franc, il fait partie de votre masque. Je pense qu’on sait que notre vie est la bonne si on est capable de sourire naturellement. Bien que je sois mal placée pour le dire…
Mick sentait qu’elle était aussi faible que lui, et que la solitude qui lui pesait était la même que la sienne.
- Tu as la vie devant toi Lila, ce n’est pas comme si tu avais cinquante ans. Rien ne change du jour au lendemain, il ne faut pas se leurrer, mais si tu fais des efforts, si tu as la volonté, tu réussiras, c’est certain.
- Et si je n’en ai pas la volonté ? lui demanda-t-elle en le regardant de ses yeux humides.
- Tu l’as, j’en suis sûr.
- Alors vous aussi vous pourriez changer non ?
- Ne te méprend pas, s’il n’y avait pas quelques avantages je ne le ferais pas, dit-il en se penchant sur elle.
- Les femmes ?
- Entre autre chose… murmura-t-il avant de poser ses lèvres contres les siennes.
Il avait besoin de la sentir contre lui, il avait besoin de se reposer dans les bras d’une femme. Son instinct de tueur lui disait de s’en aller, car malgré tout elle n’avait sûrement pas encore pris conscience du fait qu’il avait tué son père – son père – de plus c’était abusé de sa faiblesse, de sa vulnérabilité. Mais il ne pu se contrôler, et elle ne lui résista pas non plus.
L’allongeant sur le canapé, il déboutonna son chemisier tout en continuant à l’embrasser. Une fois celui-ci complètement ouvert, ses baisers descendirent progressivement vers son cou, puis vers sa poitrine tandis que ses mains dégrafait délicatement son soutien-gorge. Elle se laissait complètement aller, soupirant et ondulant son corps au rythme de ses caresses. Ils perdirent complètement la notion du temps, se laissant aller, fuyant pour une nuit ce monde de solitude dans lequel ils étaient épuisés d’évoluer seuls.
Comme un ange… Je me suis laissé aller, je n’aurais jamais dû. La pauvre, perdre sa virginité avec un homme comme moi... pire, avec l’homme qui a tué son père. En tout cas je ne m'étais pas laissé aller de cette manière depuis des années, j’avais vraiment besoin de compagnie…
Il se demandait s’il aurait sauté sur Milinda comme il avait sauté sur Lila si elle avait été là.
Ca n’aurait pas été la première fois… mais c’était différent cette nuit. C’est peut-être parce que c’était elle. Après tout je lui ai dit des choses que je n’avais jamais vraiment dit à personne avant…
S’asseyant au bord du lit, Mick hésita à aller préparer du café : s’il y avait bien une chose que son expérience lui avait appris, c’est qu’une femme détestait se réveiller seule dans son lit après une nuit comme celle-là, d’autant plus après sa première fois.
Mais là ce n’est pas pareil, elle va sûrement regretter vu ce que j’ai fait à son père, c’est peut-être pas plus mal si je ne suis pas là à son réveil. Et puis je ne suis que dans la pièce d’à coté après tout.
- Mick ?
Se retournant, il aperçut les beaux yeux verts de Lila qui le cherchait dans la pénombre. Elle était à peine recouverte par les draps, laissant apparaître un corps d’une rare beauté.
- Je suis là… se risqua-t-il à dire, un peu inquiet de sa réaction quand elle reviendrait à la réalité.
Se redressant, elle se plaqua contre lui et l’enserra de ses bras frêles.
- Je ne te connais pas encore, mais je ne veux justement pas que tu partes avant. Ne me laisse pas… le supplia-t-elle.
- Tu te rappelles de qui je suis… et de ce que j’ai fait hier ?
- Oui, tu as tué l’homme que je voulais tuer depuis tellement longtemps que je ne me souviens plus d’à quand ça remonte, tu as tué l’homme qui a laissé mourir ma mère et qui pensait pouvoir m’acheter en m’offrant quelques babioles de temps à autres. Et puis tu m’as offert la plus belle nuit de ma vie au moment où j’en avais le plus besoin. Pour toi je n’ai sûrement été qu’une fille de plus, mais pour moi cette nuit a représenté quelque chose d’important. Alors reste encore avec moi, laisse-moi une chance de te garder, je t’en prie… souffla-t-elle les larmes aux yeux.
- Tu dis ça parce que tu es perdue, tu ne te rends pas compte de ce que tu dis.
- Laisse-moi seule juge de ce que je pense s’il te plaît, ne pars pas en disant quelque chose comme « C’est mieux pour toi » ! Si tu décides de partir, fais le parce que c’est ce que tu veux, et non pas pour ce que tu penses que je pourrais vouloir dans quelque temps, car ça c’est à moi d’en juger.
Mick était complètement à sa merci : son instinct lui disait de partir, il savait qu’il ne pouvait en aucun cas se lier avec une femme sérieusement, il savait que ça défiait toute logique, voir même que ça pouvait être un piège de ses ennemis pour l’atteindre. Et pourtant…
- Tu n’es pas croyable… souffla-t-il en prenant sa main dans la sienne.
Mick et Lila avaient passé la matinée ensemble, discutant de leur vie respective, de leur aspiration et de tout ce qui leur passait par la tête. Il n’avait pas parlé avec quelqu’un d’autre que Milinda aussi librement depuis… tellement longtemps qu’il ne se rappelait pas avoir jamais parlé comme ça avec quelqu’un d’autre que Milinda. Il lui rendrait d’ailleurs visite, il avait besoin d’avoir un avis extérieur.
Et puis je dois lui dire que le contrat a été rempli. Je me demande comment elle va réagir quand je vais lui dire que je suis avec la fille de l’homme qu’elle m’a demandé de tuer…
Il avait du mal à dire qu’il l’aimait. Il n’en était pas sûr, il ne savait pas si ce sentiment qui l’habitait était de l’amour ou seulement de l’excitation après avoir rencontré quelqu’un de différent des dizaines de filles qu’il avait eues ces dernières années.
Et puis c’est peut-être un peu rapide une nuit et une matinée pour pouvoir dire qu’on est amoureux. Quoique c’est peut-être ça le coup de foudre, je n’ai jamais parlé aussi librement avec personne après si peu de temps. D’ailleurs ces personnes là se comptent sur les doigts d’une... sur un doigt. Enfin, on verra bien, pour le moment il faut profiter de ce qui nous unit, on verra si ça doit durer ou pas.
Une overdose… Si je pouvais prendre la place de Mick de temps à autre ça ne me déplairait pas.
Mais il fallait que l’un d’eux reste du bon côté, pour servir de relais, avoir les informations de la police, pouvoir couvrir l’autre.
Et puis je ne suis pas sûre que je sois capable de supporter ce que Mick supporte. Mais bon, mon travail à la police me permet de faire bouger les choses de mon côté.
Quelqu’un toqua à la porte.
- Entrez !
Relevant les yeux, Milinda aperçut la silhouette de son ami se profiler à la porte. Il était plutôt impressionnant avec son mètre quatre-vingt-six et son corps entraîné. Mais ses cheveux blonds et ses yeux bleus lui donnaient un aspect plus doux, et son charme ne faisait que s’accentuer avec sa trentaine fleurissante.
- Ah Mick ! Entre !
Elle était contente de le voir, comme d’habitude, même si elle ne l’avouerait jamais.
- J’imagine que je ne te dérange pas, lâcha-t-il en s’asseyant sur un coin du bureau.
- Non pas trop, j’avais envie de faire une pause de toutes façons.
- J’ai exécuté le contrat hier soir, ton homme est mort. Ils le retrouveront lundi.
Milinda marqua un temps d’arrêt. Comme à son habitude Mick était entré dans le vif du sujet sans prendre de gants. Il lui fallait quelques secondes pour percuter l’information.
- Je te remercie. soupira-t-elle en s’adossant à sa chaise. Je sais bien que ça ne ramènera pas Carie, et que ça n’empêchera pas non plus d’autres filles de mourir, mais…
- Je sais... la coupa-t-il. Je sais très bien ce que tu peux ressentir.
Il avait perdu tellement de personnes au fil des années qu’il ne savait que trop bien ce qu’était la vengeance.
- En parlant de lui d’ailleurs… j’ai quelque chose dont j’aimerais te parler.
Tiens, d’habitude c’est plutôt moi qui demande à lui parler…
- Un problème ?
- Pas vraiment… enfin… j’ai rencontré sa fille peu après l’avoir tué.
- Tu ne l’as pas… non tu ne tues pas de femme, se reprit-elle.
- Non non, mais… je crois bien que je suis tombé amoureux d’elle.
- Quoi ? lui demanda-t-elle en espérant qu’il plaisantait.
Pour toute réponse, Mick se contenta d’un sourire presque gêné. Milinda n’en revenait pas : il n’avait pas l’air de plaisanter.
- Tu me la refais s’il te plait ?! lâcha-t-elle en se redressant d’un coup.
- On a parlé hier, et puis… on a passé la nuit ensemble.
- Avec la fille du mec que tu venais de tuer ?! Tu as passé la nuit avec une fille de vingt ans dont tu venais de tuer le père ??!
- Milinda ! Je sais que ton bureau garde bien les sons, mais quand même, on est dans un poste de police là ! Et ce n’est pas aussi simplement que ça, en fait… comment dire ? Ca c’est fait comme ça, tu vois ?
Mick se rendait compte que ça sonnait bizarrement dit comme ça. Mais il était de plus en plus sûr que ça n’avait pas été une erreur, du moins pas sur le plan humain. Car sur le plan professionnel, avoir une compagne, être amoureux, c’était la dernière chose à faire, et d’autant plus avec quelqu’un qui n’était pas du milieu.
- Non, non, je ne vois pas. Nom de Dieu mais t’es pas bien ?! s’exclama Milinda en se relevant complètement ce coup-ci. Premièrement tu as tué son père ! Comment tu vas lui dire ça ??
- Moins fort ! dit-il en lui mettant la main sur la bouche. On est en plein milieu d’un poste de police je viens de te dire ! Et puis elle le sait déjà, je lui ai dit… soupira-t-il en en enlevant sa mains de la bouche de Milinda.
Parfait, en plus elle est jetée cette fille !
- Tu as tué son père, elle le sait, et elle couche avec toi ?
- Son père a laissé sa mère mourir et ne s’est jamais occupé d’elle, c’était un étranger pour elle, et elle le détestait.
- Et le fait que tu sois un tueur à gage ça ne la dérange pas ?
Elle n’en revenait pas. Elle savait que les jeunes d’aujourd’hui – Milinda n’avait que trente et un an, mais ça faisait quand même une différence – avaient l’esprit libre, mais pas à ce point.
- Son père était un mafieux, elle a été entourée d’hommes de main depuis qu’elle était môme, s’il ne s’occupait pas d’elle, il ne voulait sûrement pas que sa réputation soit tachée par la perte de sa fille, alors il l’a toujours faite protéger.
- Et c’est une raison tu crois ? demanda-t-elle sceptique.
- Et toi tu ne m’as jamais arrêté alors que tu es flic non ?
- Tu me rends des services en échanges, et puis moi je sais que tu ne fais pas ça pour l’argent ou pour le plaisir de tuer !
Milinda marqua une courte pause, le temps de se calmer un peu.
- Bon, admettons, mais tu as quand même une dizaine d’années de plus qu’elle !
- Et alors, quand on aime on ne compte pas.
Ce n’est pas tout à fait dans ce cas qu’on emploie cette expression Mick…
- Et le fait que tu la mettes en danger en te mettant avec elle ?
Là, par contre, elle marquait un point. Mick savait très bien qu’il la mettait en danger par le simple fait d’être avec elle, et à ça il ne voyait pas trente six solutions.
- Je vais me retirer.
Milinda était de nouveau sous le choc, elle ne pensait pas qu’il puisse être vraiment sérieux quand il disait l’aimer, mais il lui apparaissait maintenant qu’il était on ne peut plus sérieux. Mais…
- Et tu crois que ça va changer quelque chose ? Tu es connu dans le milieu d’un bout à l’autre du pays, voir même du monde. Des mecs comme toi, Gabriel ou Falcon ne pouvez jamais véritablement vous retirer, vous faites et ferez toujours partie du milieu. Je suis désolée Mick, mais ce n’est pas aussi simple que ça.
- Je sais… je n’ai pas vraiment eu le temps de réfléchir à tout ça mais… je veux la garder près de moi, et je ferai tout pour ça.
Les yeux de Mick brillaient d’un éclat qui disait qu’il ne valait mieux pas essayer de le convaincre du contraire.
- Bon, calmons-nous un peu. Après tout, personne ne sait que vous êtes ensemble pour le moment ?
- Non, et elle n’en parlera pas, la réputation de son père l’a contrainte à toujours être seule, et elle ne fera rien qui pourrait nous nuire j’en suis sûr.
- Bon, alors le mieux c’est que…
C’est que quoi ? Je n’imaginais pas qu’il puisse se mettre dans une galère pareille. Enfin, c’est bien, c’est peut-être même le mieux qui pouvait lui arriver.
- Le mieux c’est que je la protège, et que j’avertisse que je tuerais toute personne qui voudrait s’en prendre à elle. Notre relation se saura rapidement quoi que je fasse, les informateurs de cette ville ont les yeux et les oreilles partout, alors autant prendre les devants.
- Peut-être. En tout cas tu vas devoir te débarrasser de ceux qui voudraient l’approcher pour se débarrasser d’elle, car elle est l’unique héritière de son père, et quand sa mort va être rendue publique, les autres prétendants à l’héritage vont se précipiter pour se débarrasser d’elle.
- J’en fais mon affaire.
- Bon, je m’occupe de faire passer l’info comme quoi elle est sous ta protection, va la rejoindre ! s’exclama-t-elle en lui envoyant un petit clin d’œil.
- Merci Milinda, t’es un amour.
A peine deux minutes après qu’il ait quitté son bureau, elle reçut un coup de téléphone.
- Allô ?
- …
- Oui, c’est moi.
- …
- Comment ?!
- …
- Oui.
- …
- Très bien, on se voit tout à l’heure.
Et merde, je pensais qu’on aurait du temps ! Ces fouilles merdes savent déjà pour Anderson, la chasse à sa fille est ouverte. Bon, du calme, il faut que je prévienne Mick.
Je vais aller chercher Lila à son université ce soir, j’ai des fonds pour vivre un long moment sans travailler, tout ce qu’il me reste à faire est d’éloigner quelques mafieux de bas étages pour que nous puissions vivre tranquillement.
La tranquillité, le calme, voilà ce à quoi il aspirait. Toute sa vie avait été une suite de mort et de peine, il n’avait jamais vraiment réussi à se retrouver au calme, à se reposer. Croyant qu’il n’en sortirait jamais, il s’était de plus en plus plongé dans le milieu, il s’était de plus en plus éloigné de la surface. Mais maintenant, il sentait qu’il avait peut-être une chance, il espérait enfin pouvoir dormir en paix, pouvoir partager sa vie.
Enfin…
Alors qu’il se laissait tranquillement aller, son téléphone retentit, l’extirpant de ses pensées.
- Allo ?
- Mick, c’est moi, Milinda.
- Tu as oublié de me dire quelque chose toute à l’heure ?
- Ecoute-moi : tu dois aller chercher Lila immédiatement et la mettre en lieu sûr, la nouvelle de la mort d’Anderson s’est déjà répandue.
- Comment ? C’est impossible, personne n’était censée trouver le corps avant deux jours encore !
- Faut croire que tu as mal calculé ton coup Mick. Toujours est-il que tu dois te dépêcher d’aller la chercher !
- Très bien, merci, dit-il avant de jeter le téléphone à l’arrière de la voiture et d’appuyer d’autant qu’il pouvait sur l’accélérateur.
Lila lui avait dit qu’elle devait passer à la bibliothèque de son campus récupérer certains ouvrages de références, et qu’elle y resterait toute l’après-midi. A vitesse normal, il lui faudrait au moins quarante minutes pour se rendre à l’université où étudiait Lila, mais en coupant par les petites routes en utilisant ses capacités de pilotes au maximum, il devrait pouvoir s’y rendre en moins de vingt minutes. Enfonçant l’accélérateur au maximum, il dépassa une à une les quelques voitures situées devant lui avant de prendre la seconde sortie pour rejoindre la route 295 qui l’emmènerait presque directement au centre ville, non loin de là où se trouvait Lila. Malgré le fait que la circulation se densifiait peu à peu, il maintenait une moyenne de deux cent dix kilomètre heures, frôlant tantôt les voitures, tantôt les rails de sécurité.
Ne panique pas Mick, même si la nouvelle s’est déjà répandue, il serait étonnant que des tueurs soient déjà à ses trousses. Prend ton temps, si tu as un accident, tu ne seras plus là pour la protéger du tout.
Mais malgré ses dernières pensées, Mick avait un mauvais pressentiment, un petit quelque chose qui fit qu’il ne décéléra pas.
Si seulement j’avais pris le temps de prendre son numéro de portable ce matin…
Passant entre les tables pour se diriger au fond de la salle, vers les nombreuses rangées de livres, il aperçut du coin de l’œil une veste sur une chaise qui ressemblait étrangement à celle de Lila. Il s’en approcha pour poser la question à la fille qui était assise sur la chaise d’à côté.
- Excuse-moi, tu connais Lila Anderson ?
Elle le regarda deux secondes avant de répondre.
- Oui, elle vient de partir là-bas avec un de vos collègues, lui répondit-elle en désignant une porte de service.
- Un de mes collègues ?
- Vous êtes flic, non ? Un inspecteur vient de passer pour annoncer à Lila un problème apparemment.
Mili a envoyé un de ses hommes avertir Lila ?
- Merci.
Le mauvais pressentiment qui le tiraillait n’avait de cesse de grandir, et il pressa encore un peu le pas. Passant la porte, il se retrouva dans une allée de service, servant apparemment à apporter les nouveaux arrivages. Il ne voyait toujours pas Lila, et ne voyait personne pouvant le renseigner.
La poisse…
Se décidant à aller vers le sud, il finit par courir, ne se souciant plus d’attirer le regard ou pas. Il n’y avait de toutes façons personne dans ces couloirs. Franchissant une énième double porte, il aperçut enfin Lila à une trentaine de mètres devant lui, avec un homme de grande taille portant un imper gris derrière elle.
- Lila !
L’entendant, elle se retourna en souriant, et ouvrit la bouche pour lui répondre. Seulement le seul son qu’il entendit fut celui d’une détonation assourdie. Malgré la distance, il eut l’impression de pouvoir clairement voir ses yeux, ces derniers exprimant un mélange d’incompréhension et de surprise. Puis ils se refermèrent, ses genoux touchèrent le sol faisant un bruit sec, et le reste de son corps percuta le sol à son tour. Il pouvait apercevoir du sang qui coulait de l’arrière de sa tête, et le semi-automatique que l’homme tenait de sa main droite. Sous le choc, Mick ne dégaina pas tout de suite, et l’homme eut le temps de tirer trois fois. A la manière dont il s’y était pris pour attirer Lila, devant des dizaines de témoins, et au fait qu’aucune des balles n’avaient touchées Mick alors qu’il se trouvait sans protection dans un couloir, l’homme n’était pas un professionnel, loin de là. Dégainant son Desert Eagle, il tira une seule balle qui fit voler en éclat la boite crânienne de l’homme à l’imper. La détonation avait résonné avec fracas dans le couloir, et des dizaines de personnes avaient dû l’entendre, il n’avait pas énormément de temps avant que quelqu’un n’avertisse la police. Courant jusqu’à Lila, Mick la prit dans ses bras et regarda la plaie. Même s’il n’était pas médecin, n’importe qui aurait pu établir un diagnostic sur cette blessure là : la balle avait pénétré la boîte crânienne et s’était logée dans le cerveau. Lila ne respirait plus, son cœur ne battait plus.
C’était fini, elle était morte.
A vrai dire, il s’en moquait, tout ça n’avait plus d’importance.
- Allo ?
- …
- Oui, c’est moi, Milinda.
- …
- Oui, c’est « officiel » maintenant.
- …
- Non, je ne pense pas qu’il reprendra du service avant longtemps, s’il en reprend un jour. Mick Angel a raccroché, c’est fini.
- …
- Oui, à bientôt.
Assise dans son bureau, au centre de police du huitième district, Milinda contemplait une vieille photo en sirotant un verre de bourbon. On pouvait l’y voir, avec Mick et Chelsea, l’ancienne partenaire de Mili quand elle était inspectrice.
Après toi qui es morte, voilà Mick qui cesse de vivre à sa manière.
Mili était fatiguée, et perdue. Elle avait appris la mort de Lila presque immédiatement, et elle avait su aussi que Mick ne s’en remettrait pas facilement. Mais de là à penser qu’il plaquerait tout du jour au lendemain… Elle avait essayé de discuter avec lui, de le réconforter, mais rien n’y avait fait, il n’était plus que l’ombre de lui-même. Elle ne pensait pas que ça avait été la mort de cette fille qui lui avait fait cet effet, mais plus le fait qu’elle avait représenté l’espace d’un instant l’espoir, la délivrance, et qu’avec sa mort, Mick avait perdu ses dernières illusions. Il ne faisait plus partie du milieu, il s’était retiré, mais ce n’était que des mots, la mort de Lila lui avait confirmé ce qu’il avait toujours su : On en sort jamais, aussi fort soit-on. D’autres viendraient clamer sa tête, pour se faire une réputation, par vengeance ou pour d’autres raisons. Jamais il n’en sortirait vraiment, à jamais il était condamné à rester seul.
Mick…