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Voilà une courte fic sur deux personnages que j’avais inventés mais qui ne verront jamais le jour je pense … je voulais quand même en faire quelque chose alors voilà … c’est pas terrible mais il devait y avoir quelque chose qui était fort entre eux, et moi je suis la spécialiste des fins tragiques ! lol Je ne vous dis pas plus sur les persos que ce que vous allez pouvoir deviner dans le texte, à part que la fille s’appelle Saïne et le garçon Phineas R&R ! ! ! !
Il y a un endroit quelque part, je ne sais pas vraiment où en réalité. C’est juste que l’on sait le trouver lorsqu’il le faut, tout comme ces arbres dont les fruits n’apparaissent qu’aux affamés. L’endroit est là pour nous bercer, comme des chatons dans un panier. En quelque sorte je crois que c’est elle qui l’a créé pour moi lorsqu’elle m’y a emmené la première fois.
C’est grand et tout y est blanc sans pour autant y être à la lumière, tout y rayonne de cette aura qui l’entourait elle aussi. Je me souviens bien de cette aura blanche, éclatante, comme je me souviens bien de ses yeux. Et comment aurais-je pu les oublier ? Verts, brillants comme deux pierres polies, constellés de petites perles d’eau laissées par les larmes ; les larmes qui coulaient trop souvent dans ces yeux magnifiques.
Elle m’a dit un jour que les filles comme elle étaient faîtes pour pleurer, mais je pense que les filles comme elle ne devraient jamais verser une seule larme. Elle était si fière, restait si droite lorsque la douleur venait et puis venait se blottir pour pleurer, mouillant mon cou de ses larmes chaudes et salées. Puis elle se redressait, elle se redressait toujours, comme la tige flexible du bambou, et elle a finit debout. Sur son visage, à ce moment-là, il n’y avait pas de larmes. Ses yeux, ses beaux yeux si verts, étaient juste constellés de cette fine pluie qui ne disparaissait jamais même lorsqu’elle frottait son visage, ravalant son sanglot, se relevait en laissant à mon cou l’humidité salée de sa douleur. Cette fine pluie qui n’a même pas été emportée par la mort.
Je me souviens bien de la première fois que je l’ai vue. Elle était toute seule dans les rayonnages de la librairie, avec sa grande liste de bouquins scolaires. Elle était vraiment perdue, je suis allée la voir. Je ne sais pas, peut être a-t-elle cru que j’étais un type qui rangeait les livres sur les étagères parce que j’en avais pleins sous les bras, elle a levé vers moi ses grands yeux si verts, si brillants, implorants, tripotant sans cesse la liste qu’elle avait entre les mains. J’ai du dire une connerie du style de " est-ce que je peux vous aider ? " au lieu de " salut ! c’est quoi ton nom ? " et ça a fait de moi le bibliothécaire. J’ai fait mine de regarder attentivement la liste qu’elle me tendit d’un air soulagé, une sensation bizarre, qui ne me quitta plus par la suite à chaque fois que je me trouvais en sa présence, me traversa de haut en bas lorsque je vis qu’elle entrait dans la même école que moi.
Dans ma poche, il y avait la même liste. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça, mais je lui ai donné la pile de livres que j’avais sous le bras. Je venais d’attendre plus d’une heure pour ces bouquins, ça avait été long, très long pour moi qui déteste attendre, mais je lui donnais quand même. Je ne sais pas, mais je crois que ça a quelque chose à voir avec ses grands yeux verts. Elle prit les livres, les soutenant bien mieux que je ne l’avais fait. Elle me remercia, me gratifia d’un grand sourire lumineux, un magnifique sourire qui faisait presque disparaître les gouttes dans ses yeux que je n’avais pas encore remarqué à cette époque. Je la suivit du regard lorsqu’elle paya et qu’elle sortit du magasin. Je me suis retourné, j’ai soupiré et j’ai retourné faire la queue.
Elle me manque, elle me manque horriblement. Sa présence, le fait qu’elle était si proche de moi et les fois où l’on était séparés pendant les vacances, lorsqu’on se retrouvait. Comme tout cela semblait magique. Je ne pensais pas que cela pourrait vraiment se produire même si au fond de moi je savais bien qu’à force de la faire pleurer tout cela finirait par l’emporter. Je ne voulais pas le croire vraiment, j’étais borné sur cette idée et voilà tout. C’était peut être la meilleure façon de vivre le temps que nous avons passés ensemble, comme des insouciants, car redouter le pire ne l’empêche pas d’arriver. L’insouciance nous a bercé, comme des chatons dans un panier, d’une façon douce ou force selon les moments. L’insouciance est notre endroit, notre pièce blanche. Celle qu’elle a voulu partager avec moi.
D’une certaine manière, il me semble qu’elle le savait, qu’elle savait que tout cela était éphémère, que tout ce que nous aimions serait emporté. Tôt ou tard. Ou plutôt non, elle savait exactement quand. Sa grande qualité était d’associer l’insouciance à la certitude. Je ne sais pas si elle me pensait posséder une telle assurance de mon avenir, car elle maîtrisait le sien, en tout cas je lui aurais bien laissé les commandes du mien. J’aurais bien aimé finir avec elle. Parce qu’il y avait cette sensation dans mon corps à chaque fois que je voyais ses yeux ou qu’elle s’appuyait contre mon épaule, mais aussi parce que mourir comme elle aurait été un honneur. S’il on peut dire cela. Je la revois debout, seule dans la pièce sombre qui a soudain rayonnée d’une clarté inattendue. Comme si son aura s’était répandue hors d’elle durant son dernier souffle. Elle est restée debout longtemps, elle a encaissé le coup en ne reculant que de quelques pas, mimant de se remettre à combattre et elle n’a pas crié. Finalement elle est tombée, une chute gracieuse, s’effondrant comme sur un matelas. De là où j’étais, j’ai vu que sa tête se tournait. Ses grands yeux verts étaient comme deux fenêtres dont on aurait soudain tiré les stores. Mais ils n’ont cependant pas cesser de briller complètement, ils brilleront toujours, sous ses paupières et dans ma mémoire.
Moi, me revoilà dans la pièce blanche. Dans mon incertitude et mon insouciance. Je me sens tellement seul à présent. Alors que je marche, que mes pieds m’entraînent vers nul part, que je m’enfonce de plus en plus dans la clarté laiteuse de l’endroit, je vois devant moi un vif reflet vert. Bref. Un battement d’aile de scarabée, un rayon perdu sur une émeraude. Lorsqu’elle rouvre les yeux, je les vois qui brillent plus forts que jamais. Et dans ses yeux, il n’y a plus aucune pluie.
Je cours vers elle, incrédule, alors que la blancheur m’enveloppe.