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Author: Meanne77
Fiction Rated: T - French - Angst/General - Reviews: 5 - Published: 10-15-04 - Updated: 10-15-04 - Complete - id:1737729

Titre : La classe d’excellence
Auteur : Meanne77
Genre : POV intro et rétrospectif.

Résumé : quand les années de lycée sont loin, que l’avenir promettait tout, et que demain est déjà presque hier…

La classe d’excellence

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours entendu dire que j’étais un garçon intelligent. Un peu plus tard même, on me qualifiait de très intelligent. Quelqu’un de doué, de prometteur. Quelqu’un qui irait loin. Depuis mon plus jeune âge, j’ai travaillé dur pour obtenir les meilleures notes, les meilleurs résultats, et tous les ans ou presque, j’étais effectivement le meilleur de ma classe. Parfois même de l’école. J’étais promis à de grandes choses.
J’ai eu trente sept ans l’autre jour et si la crise de la quarantaine me guette déjà, je crois qu’aujourd’hui je traverse une autre crise, une crise existentielle.
J’ai un travail où je m’ennuie profondément. Chaque soir, je dois trouver de nouvelles raisons pour me lever le lendemain matin. Bien souvent, dès le mercredi, j’essaye de me convaincre que dimanche n’est plus si loin. Chaque semaine je veux croire que si je me le répète assez, je finirai par ne plus voir le temps passer si lentement. J’ai un travail, oui, acceptable, plutôt bien payé même malgré le fait que mon nombre d’années d’études aurait dû me garantir bien mieux. Mais je gagne ma vie, et heureusement ! Après tout, j’ai un chien à défaut d’avoir une famille à nourrir.
Ma vie personnelle n’a rien à envier à ma vie professionnelle et si ce n’était pas aussi pathétique je serais tenté de dire que c’est plutôt le contraire. Ma dernière relation sérieuse remonte à presque deux ans maintenant, mais même à l’époque je n’avais jamais cru que ça durerait toute la vie.
J’avais simplement pensé que ça durerait plus longtemps.
Depuis, quelques aventures ici ou là qui n’ont rien d’aventureuses et un célibat qui chaque jour promet de s’endurcir d’avantage.
Un collègue de travail a rencontré sa future femme à un cours de danses : salsa, tango, mamba… Il m’a conseillé d’essayer à mon tour, m’assurant que c’était l’idéal pour rencontrer de nouvelles personnes. J’y suis allé quelques semaines, avant de renoncer. J’ai horreur de danser.
C’est déjà un point que je n’ai pas en commun avec ces gens-là.
La banalité de ma vie, à la limite du médiocre, me ramène fatalement à mes années de lycée, à l’époque où j’étais encore quelqu’un plein d’avenir…

Bertrand foutait un bordel permanent en classe, semblait mettre un point d’honneur à arriver en retard à chaque cours et lorsqu’il ne ronflait pas à en assommer les mouches, les bruits de mastication de son chewing-gum ponctuaient les leçons jusqu’à ce qu’il se fasse sortir.
Il remplit chaque soir une prestigieuse salle de la capitale avec son one man show. L’autre jour encore, je l’ai vu dans une émission de télé assurer sa promotion.

Caroline est rapidement devenue mannequin, elle a fait les couvertures de magazines du monde entier. Elle a été la première de mes connaissances dont la réussite m’ait été connue, mais je ne peux pas dire en avoir vraiment été surpris, Caroline avait toujours été très, très jolie. Oui, belle, même, et bien sûr elle le savait. Tout son art consistait à affecter de ne pas se rendre compte qu’elle attirait tous les regards. Je ne risque plus grand-chose aujourd’hui et peux bien l’avouer, je la regardais moi aussi, comme tous les autres.
Plus étonnant peut-être est sa reconversion réussie dans le monde du cinéma. Peu de top modèles parviennent à négocier comme elle le passage à la trentaine…

Philippe est lui aussi devenu acteur, et si Caroline se reconvertit, Philippe, lui, ne cesse d’exploser. Il fait partie de ces très rares acteurs français à être parvenus à conquérir l’Amérique, au point, je crois, qu’on en vient à oublier qu’il est Français. Oh, sauf bien sûr que son irrésistible accent est l’un des atouts qui l’a si bien classé dans le Top Ten des hommes les plus sexy de la planète. D’après ce que j’en sais, Philippe s’est marié et a divorcé trois fois et est déjà de nouveau fiancé. Ses conquêtes, bien sûr, comptent parmi les plus belles femmes du monde, celles qui n’existent pas dans le monde réel mais qui forment les plus beaux accessoires à avoir pendu à son bras lors des réceptions. Philippe a été nominé lors de la dernière cérémonie des Oscars. Il ne l’a pas gagné mais le monde cinématographique s’accorde à dire qu’on le retrouvera sur le tapis rouge l’année prochaine.
J’ai ressorti mes vieilles photo de classe lorsqu’il a commencé à devenir célèbre, ayant peine à croire que cet homme-là pouvait être la même personne que l’adolescent boutonneux et binoclard de mes vagues souvenirs. Il ne supportait pas de se mettre les doigts dans les yeux. Il a dû apprendre, ou bien la chirurgie au laser fait des merveilles. En tout cas, lorsque dans ses films il porte encore des lunettes, le plus souvent de soleil, il le fait avec style.

Mais les lunettes seules y sont pour beaucoup…

Brice avait toujours été le cancre de service, celui que personne ne voulait avoir dans sa classe, professeurs comme élèves. Shooté à je ne sais quoi la moitié du temps. J’ai appris la semaine dernière qu’il était mort en Irak dans une fusillade en pleine rue. J’ignorais même qu’il était devenu journaliste. Ce soir-là, j’ai été me bourrer la gueule comme un con. Le lendemain, en cuvant la soirée de la veille, je me suis demandé si je devais envoyer un petit mot de condoléances à sa famille. Mais pour dire quoi ? Il y a vingt ans, j’étais dans la même classe que votre fils, frère, mari, père, c’était quelqu’un de… de quoi au juste ? J’ai réalisé que je ne lui avait jamais parlé.
Je me demande s’il a regretté les choix qu’il avait faits, s’il a ne serait-ce que eu le temps de regretter quoique ce soit…

Pierre vend des milliers, si ce n’est des millions d’albums de ses chansons. Je ne peux pas allumer la radio ou aller faire les courses dans mon supermarché de quartier sans entendre sa voix me hurler dans les oreilles le dernier tube à la mode. Pendant les trois ans qu’on a passé dans la même classe, on n’a jamais pu se supporter.
Le pire dans tout ça, c’est que j’aime ce qu’il fait.

Pascale est devenue écrivain. Son dernier roman va être adapté au cinéma. J’ai peu de souvenirs d’elle, si ce n’est une remarque particulièrement débile qu’elle avait un jour sorti en cours de philo.
Je n’aurais jamais pensé qu’elle réussirait de la sorte sa vie.

Samuel était le genre à travailler d’arrache pied pour n’obtenir que des résultats médiocres, dans le meilleur des cas satisfaisants. Le fait qu’il semblait ne pas se décourager malgré tout m’avait toujours laissé à mi-chemin entre le respect et la pitié. Il y a deux-trois ans, j’ai appris un peu par hasard qu’il travaillait dans un grand centre de recherche de fission nucléaire.
Je me demande si notre prof de physique de Terminale le sait et ce qu’il en pense, lui qui l’encourageait sans vraiment sembler croire qu’il pourrait obtenir son Bac…

Candice aimait regarder les talk-show et voter lors des émissions de télé réalité. Elle s’habillait à la dernière mode, était beaucoup trop maquillée et même pas particulièrement jolie.
A trente six ans, Candice est une figure montante de la politique. Je peux ne pas être d’accord avec ses idées, mais je suis bien obligé de reconnaître qu’elle en a.

Ai-je vraiment connu tous ces gens ?

Et puis, il y avait Sébastien.
Sébastien était arrivé en cours d’année de Terminale, et de fait ne se trouve pas sur la photo de classe. La dernière fois que je l’ai vu, c’était le jour de la dernière épreuve du Baccalauréat.
Sébastien était un garçon calme, discret, du genre taciturne, un peu perdu dans la lune peut-être. J’avais fait de lui mon rival, même s’il était énervant de voir que cette rivalité était à sens unique. Sébastien ne m’a jamais accordé beaucoup d’attention, pas plus à moi qu’à un autre d’ailleurs.
Sébastien était quelqu’un de remarquablement intelligent, qui réussissait sans paraître avoir besoin de travailler ; je suis sûr que Samuel le détestait pour ça lui aussi. Moi, je voulais surtout prouver que j’étais le meilleur.
Sébastien m’a surclassé et aux notes de fin d’année et aux résultats du Bac.
Je n’ai jamais eu de nouvelle de ce qu’il a pu devenir par la suite. Je me demande à quoi ressemble sa vie aujourd’hui, s’il l’a mieux réussie que moi la mienne.
J’aimerais bien le revoir.

(fin)

OoOoOoO

L’idée de ce texte m’est venue en écoutant St8er Boi de Avril Lavigne. Le rapport peut ne pas sauter aux yeux (ou aux oreilles, lol) à la première écoute, ni à la deuxième ni même à la quatrième, mais peu importe, je me comprends… Vous laissez pas avoir par le parti pris des paroles et lisez-les du point de vue de quelqu’un de normal, lol. Plus j’écoute cette chanson et plus elle m’énerve, lol ! Un de ces quatre, je sens que je vais vraiment écrire la réponse de la fille… Bref…
Tout ça a dérivé vers l’idée d’une personne à qui tout promettait de devenir quelqu’un et qui finalement ne fait rien de si exceptionnel, qui n’est pas satisfait de sa vie, et qui voit que beaucoup parmi ses anciens « camarades » moins « talentueux » que lui, ont bien mieux réussi alors que rien ne leur semblait gagné d’avance…

Brice me fait de la peine… v.v



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