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Titre : chroniques d’un trésor perdu
Auteur : Shû le shiroi Karasu
Base : originale
Genre : médiéval fantastique (lol), yaoi
Disclaimer : fic commencée en avril dernier, lorsque je me suis faite opérer des dents de sagesse. Le titre, bah… j’ai mit ça au pif ^^ ;
Noreilles : Larc~en~Ciel
Chroniques d’un trésor perdu
Le soleil déclinait à l’horizon, maculant les champs de lavande de paillettes d’or.
Guilhem essuya la sueur de son front et soupira.
En ce mois de juin 1204, il y avait peu d’agitation dans la forteresse de XXX, aussi le jeune garçon avait-il tout le temps pour s’occuper de son cheval et pour s’améliorer dans le maniement de l’arbalète.
Il ramassa son casque et son arme, alla décrocher les quelques flèches plantées dans les cibles de paille, et repartit sans se presser vers l’armurerie.
- Alors garçon, belle performance ? " demanda joyeusement le responsable du bâtiment.
- Mm. Je peux mieux faire, j’en suis sûr. " répondit Guilhem en rendant ses affaires.
Il se dépêcha de quitter l’endroit, ayant plus envie de se délasser dans un bain que de discuter avec le vieil homme.
Il monta le long d’un escalier pentu qui menait au chemin de ronde, parcouru au petit trot la muraille et s’engouffra dans une tour.
Après encore nombre de portes, d’escaliers de pierres et de bois, de couloirs et de tentures, il arriva dans sa petite chambre.
La forteresse de XXX était une des plus grande de la région.
A l’intérieur de ses murs se trouvait un petit village où vivaient les Templiers d’ordre moyen et leurs familles, ainsi que la forge, l’armurerie, l’écurie, toute sorte de bâtiments utiles aux gens de l’Ordre, l’abbaye et les appartements des Templiers d’ordre supérieur, tels que les chevaliers, les maréchaux, et le commandeur de la maison.
Tout autour était parsemé des petits villages de paysans, qui s’occupaient des rizières, des champs de céréales en tout genre, des bestiaux, des plantations de pêchers et de melons, et des mines de bauxite.
Si l’on rejoignait le sommet de la plus haute des tours, par temps dégagé, on pouvait apercevoir le scintillement de la mer.
Guilhem ôta sa tunique de lin noir frappé de la croix rouge de l’Ordre, ses bottes de cuire souple et son léger pantalon de toile qu’il déposa sur un coffre près de son lit.
Il passa un lourd rideau de velours et se retrouva dans une minuscule pièce contenant uniquement une bassine et un pot contenant du savon venant de Marseille.
Il se lava rapidement, insistant sur ses cheveux bruns collés de sueur et de poussières mélangées, se sécha et enfila une nouvelle tunique, pareille à celle qu’il avait tantôt enlevée.
Rouge sur noir, tel était le signe de reconnaissance des sergents et des apprentis.
Pour sa part, il était écuyer, mais les regards appréciateurs des chevaliers ne passaient pas inaperçu, et il avait bon espoir quant à sa future entrée dans l’Ordre.
De plus, il avait été recueilli tout bébé par un moine combattant qui avait une place importante en son sein.
Sans plus s’attarder, il rejoignit la salle commune où bon nombre de Templiers était rassemblé, discutant de choses et d’autres en attendant l’arrivé du Maître et la prière qui déboucherait sur un copieux repas.
Un énorme feu brûlait dans la cheminée du fond, et l’odeur des cochons grillés chatouillait délicieusement les narines du jeune homme que sa journée avait affamé.
Il s’assit tranquillement sur un banc, patientant en regardant tout ce qui l’entourait.
Un jour, un frère qui s’occupait de la bibliothèque lui avait dit qu’à la création de l’Ordre, à Jérusalem, par quelques Croisés, leur fondation était très pauvre, et ils en avaient fait le vœu.
Mais la popularité grandissante, leurs caisses s’étaient remplies de nombreux dons, et aujourd’hui, ils formaient presque un pouvoir à part entière, après le Pape et le Roi.
Guilhem était bien heureux de pouvoir manger à sa faim, mais à part ça, il se demandait où pouvait être placé l’argent, hormis dans les armes.
D’ailleurs, une rumeur courrait comme quoi un énorme trésor était caché dans un endroit connus de seuls quelques grands dirigeants de l’Ordre, qui tenaient l’information des pères fondateurs.
Le jeune homme fut coupé dans ses réflexions, bousculé par d’autres qui venaient s’asseoir.
Ils entamèrent tous la prière rituelle puis s’attaquèrent au vin, à la viande et aux fruits que leur amenaient les servantes.
Dix heures venaient de sonner.
Guilhem étouffa un bâillement et déplaça sa tour de deux crans à droite, mangeant un pion de son adversaire qui ronchonna.
Il allait répliquer quand la grande porte s’ouvrit en claquant et un groupe de gardes entrèrent à reculons, lances à la main, tentant d’arrêter un homme monté sur un immense étalon d’un noir presque éblouissant.
Les hommes présents dans la salle se levèrent d’un bond.
Le cavalier fit ruer son cheval.
- Je veux voir le Maître ! Je veux voir Hugues de Valvert ! " hurla-t-il, sa voix enrouée résonnant sur les murs de pierres.
Il fit tourner plusieurs fois sa monture, regardant à droite et à gauche, aussi nerveux que sa bête.
Un Chevalier Teutonique, pensa Guilhem, au vu de la croix noire qui décorait les habits de l’homme et les décorations de son étalon.
Il se rapprocha, curieux, mais l’inconnu était bien emmailloté dans ses capes et son armure, sans oublier le casque, uniquement fendu au niveau du regard.
Le jeune garçon se fit bousculer par les gardes qui retenaient la bête piétinante, et un éclat de voix calma la pièce.
Le Maître de maison était entré, un pli d’énervement barrant son front dégarni.
Le cheval s’arrêta, les armes se baissèrent.
- Seine Exzellenz… " fut le seul mot qui franchit les lèvres du chevalier avant qu’il ne s’écroule au bas de sa selle.
Un grand fracas retentit, et Guilhem pu apercevoir une large tache rouge sur le flanc de l’homme et sur son dos.
A regarder de plus près, son cheval était boiteux, une flèche fichée dans sa cuisse arrière gauche.
Sur un mot d’Hugues, deux frères hospitaliers emmenèrent l’inconnu et les gardes dissipèrent les hommes qui étaient restés dans la salle, y compris Guilhem qui fut renvoyé dans sa chambre.
Après sa prière, il mit longtemps à trouver le sommeil, intrigué par l’événement de la soirée.
Que venait faire un Chevalier Teutonique dans le sud de la France ?
Etait-il un homme important ?
La guerre se préparait-elle chez leurs confrères du Nord ?
D’où venaient ses blessures ?
Tant de questions qui restèrent sans réponses, bien qu’il les ait tournés dans tous les sens possibles.
***
Le Sacristain sonna l’angélus.
Guilhem s’étira entre ses draps fins et se retourna entre ses coussins.
Qu’il était bien, dans son petit lit de bois…
L’air frais du matin le faisait délicieusement frissonner.
A contrecœur, il s’assit sur son séant.
Justement, il fallait faire le maximum de chose le matin, avant que le soleil ne soit trop haut et étouffe la terre de sa chaleur monstrueuse.
Il s’habilla lentement, peu pressé de descendre s’occuper de son cheval.
Il passa aux cuisines, prit une petite miche de pain tiède et deux pêches bien juteuses, remercia intérieurement Dieu des bienfaits qu’il lui offrait et partit en trottinant à travers les couloirs.
- Guilhem ! " appela une voix grave.
- Oui, Frère Jean ? " fit le garçon en se retournant vers son aîné.
- Va vite apporter cet onguent à l’infirmerie. Des gens souffrants en ont besoin, mon Fils, va.
L’apprenti chevalier acquiesça, prit la petite boîte de crème et fila vers l’hospice.
Un silence austère régnait là, seulement dérangé par les quelques gémissements des malades et les chuchotements des frères hospitaliers.
- Frère Henri… " murmura Guilhem. " Frère Jean m’a donné ceci pour…
- Bien, bien, Guilhem. Apporte-le à Augustin, là au fond. " coupa le moine en désignant un Frère qui s’affairait près d’un blessé.
Le jeune brun obtempéra.
Il déposa son colis près du jeune infirmier et le regarda panser l’homme qui avait fait irruption la veille, dans la salle commune.
Guilhem sursauta.
C’était donc lui !
Il le reconnaissait à l’emplacement de ses blessures.
Il était jeune, à peine trente ans, même moins.
Ses cheveux blonds comme les blés retombaient en mèches folles sur son visage, jusqu’au-dessus de ses épaules.
Son teint était grisâtre car il avait perdu beaucoup de sang, mais sa peau était fine, et son corps taillé dans un roc solide.
Il dévoila une rangée de dents blanches et droites lorsqu‘il gémit sous la brûlure de la pommade.
- Mon Frère… " osa appeler Guilhem.
- Oui, Guilhem ?
- Les chevaliers teutoniques…ils ne sont pas trop aimés par nous autres Templiers, n’est-ce pas ?
- Il est des choses qu’on ne change pas, Guilhem. Reste-là quelques instants, je reviens tout de suite.
Il s’en alla lentement, laissant le jeune garçon sur sa faim.
Les adultes avaient toujours eut le don de lui donner des réponses vagues, et son caractère fort lui criait de s’en offenser.
Il le dompta cependant et s’assit sur un tabouret de bois, au chevet du blessé.
Il soupira et appuya son menton dans sa main boudeur.
Lorsqu’il se rendit compte que tourner et retourner ses pensées stériles dans sa tête ne le menait nul part, il décida de se concentrer sur l’inconnu.
Puisqu’il n’avait pas le pouvoir divin de lire les esprits, il se contenta de scruter son corps.
Il suivit du regard toutes les lignes, les creux et les courbes du corps adulte sous ses jeunes yeux, imaginant ici et là des vallées, des plaines, des étendues sauvages ou des lacs calmes.
Il en était au dénivelé des lèvres abîmées du chevalier, allant y créer une cascade, quand le Frère revint et le houspilla, prétextant que le malade avait besoin de repos.
Le jeune homme se retrouva dehors, sous le soleil de huit heure, à réfléchir à comment il allait passer sa journée sans s’occuper plus du blond guerrier.
A suivre…