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Vampyr Hart
chapitre 1
5.48 AM.
Le soleil se lève, froid, tandis que ses pâles rayons strient ma peau, filtrés par les stores poussiéreux de cette chambre infâme. La lumière éclaire la ville endormie, lui redonnant un semblant de vie, en même temps que la noirceur enserre mon cœur glacé pour une sombre étreinte. Je jette un regard au corps étendu à mes côtés qui s’est refroidi durant la nuit. Le sang a cessé de couler dans ses veines depuis quelques heures déjà.
Un sourire satisfait étire mes lèvres. Il est rare que je sourie, car ce serait prendre le risque de dévoiler ma nature à l’humanité. Il est difficile d’être Vampire, surtout depuis que d’étranges rumeurs issues de légendes farfelues courent sur nous, les "Bloodsuckers"... Qui a dit qu’un Vampire craignait la lumière du jour ? Le soleil ne me réduit pas en poussière, mais j’avoue que si le temps n’est pas couvert et que les rayons m’atteignent directement, j’ai la migraine. Rien de bien méchant...
J’ai aussi entendu toutes sortes d’idées saugrenues comme quoi j’aurais tendance à dormir dans un cercueil, que mon corps ne se reflète pas dans un miroir, et que je crains les objets religieux. Je tiens à préciser que le Vampire est une créature qui aime son confort et qui a le goût des belles choses. Pour ma part, il n’est pas rare que je porte à mon cou une croix inversée, et j’avoue prendre plaisir à me mirer dans la glace de ma salle de bain, à la sortie d’une douche. Je préfère de loin un lit bien douillet à un sarcophage, aussi luxueux soit-il. Et j’ajoute que l’Eau Bénite ne me brûle point.
Bien sûr, je me nourris de sang. Après tout, il s’agit de l’aliment principal de mon espèce. Mais je ne suis pas un de ces assoiffés décrits par les contes d’horreur et le cinéma. Un peu de sang une fois par semaine me suffit amplement. Et si je suis convié à une table, je ne refuse jamais. Eh oui, j’ai hérité de ma grande famille un goût très prononcé pour la bonne bouffe, et je suis un sacré mangeur. Mon péché mignon ? La cuisine indienne.
C’est en pensant à la nourriture que je passe une main paresseuse dans mes cheveux noirs. Je sais qu’il faut se lever, mais je n’en ai pas la volonté. Je ne peux m’empêcher de rester encore un peu dans ce lit grinçant. Non pas pour la compagnie qu’il me donne, mais parce que d’ici, je sens la froide bise de Novembre que les carreaux brisés laissent pénétrer. J’aime sentir ce souffle frais sur ma peau.
Rassemblant le peu de courage que je me trouve, je parviens à me redresser et à m’asseoir sur le bord du lit, nu comme à mon premier jour, même si je ne m’en souviens plus très bien aujourd’hui.
Jetant un regard par-dessus mon épaule, j’aperçois le dos de la superbe créature à la longue chevelure blonde qui m’a tenue compagnie durant la nuit, et qui dort de son dernier sommeil. Cela faisait deux semaines que je n’avais pas bu une goutte de sang, et sentir ces veines battre sous mon nez alors que j’honorais la gracieuse jeune femme était pour le moins tentant.
Dire que la morsure est l’unique moyen des Vampires pour se reproduire est encore un mythe. Nos corps ne sont pas morts comme les films ou les séries télévisées le prétendent, ils sont juste froids au toucher. De même que nous possédons une âme – même si nous n’avons que peu de scrupules lorsque notre soif de sang s’éveille et nous pousse au meurtre. Ainsi, nous éprouvons du désir, du plaisir et, comme toute créature douée de raison, nous connaissons les joies du sexe et de l’acte sexuel tels que les humains peuvent les connaître.
Enfilant mon jean et mon blouson, je quitte la chambre, récupérant au passage l’argent que j’avais dû donner à cette humaine. Descendant les escaliers, je réfléchis à propos de cette journée qui m’attend. J’entends déjà les piaillements intempestifs de mon manager à qui j’ai posé un lapin, hier soir. Je sors mes clés de voiture et m’installe. Après un bref coup d’œil dans les rétroviseurs, je démarre. Un nouveau jour arrive, inconnu, imprévisible. Rien de plus excitant que l’imprévu. Après tant d’années à avoir foulé cette Terre, je m’étonne de mordre la vie à pleines dents... mais peut-être est-ce typique de mon espèce ? Rien ne peut entamer ma joie de vivre. Pourtant, j’aurais des raisons de broyer du noir. Je suis un tueur, et j’aurais mille et une raisons de me détester pour ce que je suis. Après tout, je fais partie de ce que l’on pourrait nommer les "monstruosités de la Nature". Mais je n’ai pas de conscience à proprement parler, et mon égocentrisme est tel que je ne peux me haïr. Rien que me regarder dans une glace parvient à effacer le peu de remords que je puis éprouver.
J’ai un corps parfait, joliment sculpté dans le noir de mes vêtements. Je dépasse le mètre quatre-vingt-dix. Malgré mes huit millénaires, je parais âgé d’environ vingt-cinq ans. Mes épaules et mon torse sont bien développés. Durant toute ma longue vie, j’ai pu pratiquer divers sports pour me garder en bonne condition physique. Mes hanches minces et mes longues jambes joliment musclées rendent folle n’importe quelle fille. Même certains hommes se tournent vers moi après mon passage. Quant à mon visage, il suffit d’y jeter un coup d’œil pour tomber sous le charme. Fin, lisse, imberbe. Mes lèvres sont fines, douces et pâles, et mon nez droit. Le tout encadré de courts cheveux noirs retombant par mèches rebelles sur deux yeux aux iris d’un bleu polaire. Mon regard est si glacé que même un iceberg paraîtrait plus doux... En tant que Vampire de race blanche, ma peau reste d’une pâleur lunaire. Et bien loin de me désavantager, cela ajoute une touche plus originale à ma beauté.
Je ne connais personne qui m’ait résisté plus d’une heure. Il émane quelque chose de ma personne qui s’ajoute à mon charme naturel, me rendant irrésistible. Si les Hommes ne parviennent pas à définir cette aura, moi en revanche, je sais ce qu’il en est. Je suis quelqu’un de raffiné mais inconsciemment, les humains parviennent à sentir en moi ce côté bestial que je dissimule. Je leur suis à la fois fascinant et terrifiant, passionné et impassible, séduisant et haïssable. Tant de contradictions en moi qui s’additionnent et qui provoquent autour de ma personne une atmosphère troublante et captivante.
Après quelques minutes à circuler parmi les autres véhicules, je parviens à me garer devant un immeuble. C’est là qu’habite Reeves, mon meilleur ami.
J’ignore pourquoi, mais j’ai l’impression qu’il est de mauvaise humeur. Même s’il vit au cinquième étage, je sens d’ici la colère qui le ronge.
Je suis passé maître dans l’art de me défiler, et cela m’a souvent aidé. Mais tôt ou tard, il faut faire face, même si affronter Reeves dans son état actuel n’est pas une partie de plaisir... Tant pis s’il ne s’est pas levé du bon pied. Maintenant que je suis ici, il serait ridicule de rebrousser chemin.
J’entre dans le bâtiment et gravis les quelques escaliers avant d’atteindre le palier de Reeves. Je frappe à la porte et c’est un grognement qui me revient en guise de réponse. Je ne peux m’empêcher de rire intérieurement. Ce type est un ours...
J’attends quelques secondes, puis la porte s’ouvre.
– Ah, Vince... y’a Taylor qui te cherche.
– Bonjour, Reeves, dis-je avec un léger sourire.
J’avance et entre chez lui. Je l’entends soupirer et fermer la porte.
– Tu m’as fait un sale coup ! déclare mon ami avec rage.
Un sourire en coin, je fourre mes mains dans les poches.
– Ah ?
– J’ai dû jouer les baby-sitters avec Taylor, hier soir ! Il était furieux que tu ne viennes pas à son rendez-vous...
Je ricane.
– Bah, un petit oubli, ça arrive de temps en temps...
Le regard accusateur de Reeves me ferait presque culpabiliser.
– De temps en temps, oui... mais pas quotidiennement comme tu le fais ! J’espère au moins que tu t’es bien amusé.
J’opine silencieusement, un sourire en coin, et il détourne le regard, maussade. Reeves est un jeune bassiste de vingt-et-un ans, même s’il paraît plus jeune. Il a des cheveux noirs rebelles, un peu plus longs que les miens. Sa peau est blanche et ses yeux gris aux reflets argentés. Un peu plus d’un mètre soixante-quinze, une silhouette féline, un visage parfait. Ce garçon est beau, mais il est surtout doué d’une intelligence rare qui n’a d’égal que son talent à la basse. Tout pour plaire, à vrai dire. Plus d’une fille donneraient dix ans de sa vie pour pouvoir partager son lit. Mais c’est un asocial. Je me demande même s’il n’est pas vierge, car il est allergique à tout contact physique avec les autres. Cela ne m’étonne guère.
Pour le peu qu’il m’a raconté, Reeves est un né d’un adultère. Il l’a ignoré durant toute son enfance et son adolescence, et croyait sincèrement que le mari de sa mère était son père. Il ne comprenait pas pourquoi ce dernier le frappait à tout va, jusqu’à ce qu’il tombe sur une photographie représentant sa mère, tendrement enlacée par un homme qui ressemblait trait pour trait à Reeves.
"J’avais l’impression d’être le clone de ce salopard" m’a-t-il confié en serrant les poings. "Et à partir de ce jour, mes rapports avec mon beau-père ont empiré..."
Ce jour-là, je lui ai promis de ne rien répéter au reste du groupe. Le lourd passé qu’il traîne derrière lui explique beaucoup son comportement, sa tendance à se renfermer sur lui-même, et si l’amabilité n’est pas toujours son fort, je ne peux m’empêcher de le lui pardonner.
– Ben alors tant mieux, finit par répliquer Reeves avec un sourire un peu forcé.
Je ne me souviens même plus de ce que je disais. J’étais plongé dans mes pensées, à ressasser son passé. Quand j’y repense, il a eu une chance inouïe de me rencontrer, ce fameux soir où il souhaitait mettre un terme à sa vie. Et même si aujourd’hui, il grogne à longueur de temps, je sais qu’au fond de lui, tous les matins, il me remercie infiniment.
Nous, les Vampires, avons les sens surdéveloppés, et parvenons à percevoir les sentiments de ceux sur qui nos regards se posent. Reeves ne fait pas exception.
– Les autres arriveront quand ? demandé-je avec curiosité.
– Aaron et Lee ne vont pas tarder, ils m’ont téléphoné. Shey est...
– Salut !
– ...est arrivé... constate Reeves, blasé.
Shey Taggert me tape sur l’épaule en guise de salutations. Vingt-quatre ans, visage d’adolescent, cheveux rouges en pétard, les yeux violets... C’est le guitariste du groupe. Moi, je suis le chanteur, et je produis les paroles. Nous formons un groupe de musique branché heavy-metal. Je trouve que ce genre colle bien à mon image, et à ce que je suis. C’est pourquoi, malgré mon grand âge, je prends plaisir à chanter du metal, et à rugir comme un lion dans mon micro.
– J’ai eu un message de Aaron et Lee, et ils sont coincés dans l’embouteillage...
Je m’apprête à faire une remarque mais je me tais. Je sens que Taylor ne va pas tarder à arriver. J’ai perçu sa présence dans l’immeuble, et en ce moment-même, il monte les escaliers à toute vitesse. Dix secondes plus tard, une voix stridente résonne dans mes tympans douloureux :
– VINCE !!!
Et c’est un homme à lunettes déguisé en pingouin qui me fait face. Même si je fais au moins une tête de plus que lui, il ne se démonte pas. Un petit blond, le teint joliment doré, les yeux gris-vert surmontés d’énormes lunettes...
– Je t’ai attendu pendant trois heures hier !!!
Quand je disais que ce type piaillait... Je lève les yeux et croise le regard moqueur de Reeves. Visiblement, il se régale de voir notre manager me remonter les bretelles.
– Oh, tant de temps de que ça ?! m’exclamé-je, faussement surpris.
Apparemment, il n’a pas le sens de l’humour, le petit à lunettes.
– Je ne trouve pas ça drôle du tout ! Où étais-tu ?
Une excuse, vite ! Je trouve le prétexte le plus bidon :
– J’étais coincé dans les embouteillages...
Shey éclate de rire pendant que Reeves ricane en marmonnant je ne sais quel nom d’oiseau à mon intention.
– Et où sont les paroles que tu as composées pour ton single ?
Un single ? Le terme est mauvais pour une chanson de heavy, et je vois déjà Reeves tiquer à ce simple mot. Il déteste les termes usuels désignant le plus souvent de la pop, et plus encore, il déteste la pop. De toute façon, hormis le metal, je me demande bien ce qui peut lui plaire à ce gars-là.
Je jette un coup d’œil à Shey. Taylor ignore que nous avons déjà fait tout l’album, sans lui demander son avis... C’est moi qui ai décidé d’agir sans lui. Culotté, certes, mais je suis un artiste né, et je sais que ce que j’ai écrit est bon. De plus, Lee et Shey ont montré tout ce qu’ils avaient dans le ventre au moment de la composition de la musique.
Décidément, j’aime chanter, et j’aime ce boulot. Du moins, quand je n’ai pas un manager stressé et stressant gravitant autour de moi. Même les interviews sont une partie de plaisir comparé à l’hyperactivité soûlante de Taylor.
Peut-être me prendra-t-on pour un soiffard ou un sadique, mais j’aimerais bien lui pomper autant de sang que lui me pompe de l’oxygène.
Mon instinct de tueur s’éveille l’espace d’un instant, mais la voix perçante de mon manager me décourage aussitôt. D’autant plus que Reeves et Shey sont présents. Ce serait pure folie que de s’attaquer à Taylor dans un tel endroit. Je ne veux pas dévoiler ma nature à quiconque, et surtout pas à mon groupe. Ce serait perdre des amis qui me sont chers...
Tant pis pour moi. De toute façon, je suis repu pour plus d’une semaine avec ce que je me suis offert cette nuit.
– Où est ta chanson ? Je veux ta chanson ! ne cesse de répéter le bourreau de mes délicates oreilles.
– Ma chanson s’appelle "Red Lips", pour ton info...
Je lui tends une feuille qu’il m’arrache littéralement des doigts, me lançant un regard farouche signifiant : "il faudra me passer sur le corps si tu veux la récupérer". Pauvre petit... si je le voulais, je ne ferais qu’une bouchée de lui. Mais les hommes, ce n’est pas mon genre. Je recherche avant tout la douceur, et il n’y a que chez les femmes que je parviens à en trouver.
En fouillant dans mes plus vieux souvenirs, je me rends compte que de toute ma vie, je n’ai jamais bu le sang d’un homme. Jamais je n’ai choisi de victime parmi la gente masculine. Et étrangement, aujourd’hui, cela me trouble...
Je jette un regard à Reeves pendant que Taylor lit mes paroles, manifestement captivé. Mon bassiste et moi sommes d’accord sur un point : personne n’imaginerait le précieux Taylor devenir manager d’un groupe de heavy. Lorsque je le compare à Reeves, je vois deux opposés. L’un s’habille en costume bleu ciel, avec la chemise blanche, la cravate et les mocassins qui vont avec. L’autre est vêtu de noir et porte un court débardeur moulant, un jean, des bottes lacées aux semelles épaisses et un collier de pitbull autour du cou. Nous avons tous un look macabre dans le groupe, mais Reeves a de loin le style le plus recherché d’un point de vue vestimentaire.
– C’est un tube ! s’exclame soudain Taylor.
– Hey ! fait la voix de Reeves. On est un groupe de heavy, ok ? Alors n’emploie pas des termes bons pour les petits merdeux de la pop...
Je souris. Reeves et son franc-parler... rien que pour ça, j’adore ce garçon. Il a une sacrée répartie et ne mâche pas ses mots. Un ronchon de première, mais qui s’avère être un ami fiable. Du moins, avec moi. Il ne supporte aucun style musical si ce n’est du heavy, et je trouve cela dommage. Pour ma part, j’ai traversé toutes les époques et connu tous les genres. Je ne suis pas aussi borné, et malgré mon côté gothique, j’avoue apprécier la pop, le rock, la techno, le rap, et le soir, pour me reposer, j’aime écouter du classique.
– Pardon Reeves, s’excuse Taylor, embarrassé. Je voulais dire que cette chanson va cartonner ! Dès demain, vous commencerez à composer la musique.
Reeves se lève et, d’un geste impatient, il lui fourre un disque dans les mains.
– C’est en mp3. Écoute-les sur ton ordi...
Taylor tourne vers moi un regard de brebis égarée.
– Écoute-les ? répète-t-il. Ça veut dire que vous avez fait tout l’album ?
Un petit rictus satisfait étire mes lèvres, et Shey offre à Taylor un sourire rayonnant.
– Nous sommes de bons garçons, hein ? s’enquiert mon cher guitariste.
Mais Taylor ne l’entend même plus et se dirige vers l’ordinateur de Reeves, à l’autre bout de la pièce. Il trépigne d’impatience pendant que le logiciel de musique se met en route, puis choisit immédiatement la piste 2, "Red Lips". Je m’écoute chanter et sourit. J’aime ma voix. Grave, rocailleuse, d’une sensualité incroyable... je me demande parfois si je n’ai pas le don d’ensorceler les gens de ma simple voix. Si tel est le cas, le premier à tomber sous le charme est sans aucun doute mon crétin de manager. Ce serait un moindre mal...
Taylor semble ravi et se tourne vers nous en s’exclamant :
– Si vous m’avez convaincu, alors vous convaincrez la maison d’édition !
– Parce que quelqu’un avait encore des doutes ? ne puis-je m’empêcher de demander d’une voix à la fois surprise et accusatrice.
Non vraiment, Monsieur n’a aucun humour. Mon ton fait sursauter notre manager qui me jette un regard de biche traquée.
Je suis le trauma de Taylor.
Cela flatte mon ego.
De toute façon, je suis capable d’effrayer n’importe qui pour peu que j’y mette un minimum de bonne volonté. N’importe qui sauf peut-être Reeves. Mon cher bassiste a l’incroyable faculté de rester impassible à tout ce qui peut arriver. La Mort serait devant lui qu’il serait bien capable de lui proposer une cigarette. Et quand il n’est pas indifférent, il grogne.
Vraiment, ce garçon m’est agréable. J’en ferais volontiers mon premier descendant, mais rares sont les humains qui résistent à la morsure d’un Vampire âgé de cinq mille ans. Moi, avec mes huit mille balais, je tuerais n’importe quel humain. D’autant plus qu’une fois mes crocs plantés dans la chair humaine, il m’est impossible de me contrôler.
La vie est ainsi faite. Peut-être n’aurai-je jamais de descendant ?
Plongé dans mes pensées, je n’entends même plus notre manager qui nous soûle de compliments. Il est certain que Lee et Aaron auront droit à ces louanges une fois arrivés chez Reeves.
– N’oubliez pas que vous avez un concert dimanche soir ! nous rappelle Taylor. Vous interpréterez votre dernier album, et à la rigueur, vous ferez de la publicité pour le prochain en interprétant "Red Lips".
D’un même ton, nous répondons tous :
– OK...
– Vince, tu soigneras ton entrée sur scène... et ne te défile pas !
Je hausse un sourcil circonspect.
– Pourquoi suis-je le seul désigné ?
– Parce que tu es le seul à me filer entre les doigts lorsque nous avons tous besoin de toi...
C’est un sourire presque pervers que je lui retourne.
– J’attendais cette réponse...
J’aime me sentir essentiel aux autres.
Le regard de Reeves se pose sur moi, et automatiquement, je lui offre mon sourire taquin qui fait craquer toutes mes conquêtes. Il me renvoie une grimace et détourne la tête. Mais malgré lui, il laisse transparaître à ma vue perçante un sourire. Ce n’est pas un sourire perceptible pour un humain... mais mes yeux ne me trompent jamais.
Le plus grand miracle de toute ma longue existence : j’ai fait sourire Reeves.
Parfois, je m’aime...
La porte s’ouvre et Lee Anderson, notre claviste, entre dans l’appartement, accompagné d’Aaron Correll, le batteur...
Mon groupe et moi sommes parvenus à chasser Taylor de chez Reeves. En toute politesse, naturellement. Mais un manager est toujours surchargé de boulot, non ?
Une fois débarrassé de notre éternel stressé, nous décidons de nous réunir entre amis, heavy-metal aux oreilles et cigarette au bec. Je ne suis pas un gros fumeur. Peut-être deux ou trois cigarettes par semaine. Idem pour Reeves et Aaron. C’est juste histoire de se mettre dans une certaine ambiance.
On s’échange les dernières nouvelles dans le domaine de la musique, puis Lee propose des idées de clips pour "Red Lips".
A l’origine, Lee est un Anglais. Âgé de vingt-six ans, il est issu d’une famille anoblie et est un virtuose du piano. Mais au grand dam de ses parents, il a préféré le metal au classique. Il est grand, brun, les yeux verts, comme tous les membres de sa famille depuis deux ou trois générations. Et si l’on aperçoit Lee, Aaron n’est jamais très loin... Ces deux-là sont toujours fourrés ensembles, depuis qu’ils se sont rencontrés dans l’avion qui, partant de Londres, les menait à New York, où ils pourraient vivre de leur talent. J’ai toujours trouvé amusant le fait que le noble British s’habille de cuir et de chaînes, mais plus encore le fait qu’il traîne avec un Irlandais un peu farfelu dont les cheveux châtains ont l’étrange particularité de ne jamais se plier à la loi de la gravité...
– Pourquoi ne pas faire au plus simple pour une fois, et se travestir en Vampires ? demande Lee.
Shey acquiesce, manifestement enthousiaste. Ce guitariste appartenait avant à un groupe de trash. Il est loin d’avoir la même mentalité que les autres membres de la bande. Malgré tout, il est l’un des mieux intégrés. L’asocial du groupe étant notre cher Reeves.
– Cette idée me branche bien... s’exclame Shey. Être dans la peau d’un Vampire est un de mes rêves...
Je le dévore des yeux. Si je le pouvais, je l’aiderais à exaucer son souhait.
– Imbécile, grogne Reeves à l’intention du guitariste.
– Hé quoi ? La jeunesse éternelle, ça ne t’intéresserait pas ?
– Mmpf... si c’est pour vivre éternellement une vie de merde, je n’y vois rien d’attirant.
Je lance un regard de travers à Reeves.
– Tu penses vivre une vie de merde, aujourd’hui ?
Il me fixe un moment, puis détourne le regard.
– Laissez tomber... réplique-t-il en se levant.
Lee hausse les épaules alors que le bassiste quitte la pièce. Il estime que l’on doit refléter à Reeves la même indifférence dont il nous fait part. Je ne partage pas cet avis...
– Moi, je suis d’accord pour ton idée de clip, déclare Aaron. Pas la peine de se casser la tête à rechercher des idées trop originales...
Lee finit par se tourner vers moi et j’opine silencieusement.
– C’est une bonne idée, en effet, dis-je en souriant.
Tous acquiescent à mon propos. Après un léger sourire, je me lève et quitte la pièce pour rejoindre Reeves. Sans doute est-il parti un moment dans sa chambre, pour se changer les idées. Sachant qu’il a tenté de se suicider une fois, je déteste le laisser seul dans ces moments-là.
Je frappe doucement à la porte, puis entre lentement. Reeves est assis sur son lit, la tête baissée. Il m’adresse un regard suspicieux pendant que je ferme la porte derrière moi.
– Dis-moi, tu viens me remonter les bretelles ? demande-t-il d’un ton désinvolte.
Je souris.
– Non, tu serais trop heureux... répliqué-je aussitôt pour le taquiner.
Mon cher bassiste, si impassible d’ordinaire, sent le rouge pigmenter ses joues, et il me grogne quelque insulte. Je m’assois à ses côtés.
– J’suis pas maso ! marmonne-t-il.
– Allez, Reeves... je plaisantais.
– J’espère bien ! me répond-il avec un sourire gêné.
Ça me fait toujours plaisir de le voir sourire. D’autant plus que le peu de sourires qu’il a pu offrir tout au long de sa vie n’étaient destinés qu’à ma personne. Depuis que je lui ai donné une chance d’être quelqu’un, il me considère comme un grand frère. Même si le contact physique n’est pas son point fort, je sais que parmi tout ceux de son entourage, je suis celui dont il se sent le plus proche.
Je parle un peu à Reeves, le temps qu’il se décrispe un peu, puis je l’interroge :
– C’est l’idée de clip de Lee qui t’a déplu ou l’enthousiasme de Shey ?
Le jeune garçon se renfrogne et grommelle :
– J’en sais rien... je ne sais même pas si c’est à cause d’eux. Je me demande si le problème ne vient pas de moi.
Je souris. Ainsi, le petit passe aux aveux ? J’étais loin d’en espérer autant...
– Que veux-tu dire par-là ?
– En ce moment, je suis pire qu’une fille en chaleur. J’ai les nerfs à vif et je m’emporte pour un rien...
Je le regarde intensément en lui souriant, et au bout d’un moment, il rougit à nouveau et détourne les yeux.
– Hey, me regarde pas comme ça... grogne-t-il, embarrassé.
– Tu sais ce qu’il te faut, Reeves ?
Il lève un regard interrogateur.
– Il te faut trouver quelqu’un pour baiser un bon coup.
Et c’est un Reeves empourpré qui me lance son coude anguleux dans le ventre.
– Crétin !
Je discerne sur son visage un regard malicieux et un sourire amusé. Mission accomplie, j’ai réussi à détendre Reeves. Sans m’occuper de mon ventre douloureux, je passe un bras autour de la nuque de mon cadet pour frictionner sa tête d’un poing serré. Il se débat un moment, puis je le laisse m’échapper et il bondit sur ses pieds. Il rit et murmure d’une voix qu’il aimerait sérieuse :
– T’es vraiment malade, toi...
Il essaie tant bien que mal de se recoiffer, et je me lève pour lui faire face.
– Tu sais, Reeves ? En quatre ans, c’est la première fois que je t’entends rire.
Il se tait, surpris. Peut-être embarrassé. Je pose une main amicale sur l’épaule de mon bassiste qui frémit à ce contact.
– Ça me fait plaisir de te voir sourire, lui dis-je avec franchise.
Je sors de la chambre. C’est seulement maintenant que je me rends compte qu’avoir touché l’épaule de Reeves sans recevoir un coup de poing en échange tient du miracle. Cela m’étonne d’ailleurs, car depuis qu’il a quitté sa famille pour rejoindre mon groupe, il refuse tout contact physique. Les coups de son père l’ont traumatisé... je le sais, et je reste impuissant face au mal-être de celui que je considère comme mon frère...
Je rejoins Shey, Lee et Aaron. Ils discutent à propos du concert que nous préparons. Notre guitariste se tourne vers moi, un journal à la main.
– Regarde ! Les gens s’arrachent les toutes dernières places... Il paraît qu’au moins quarante mille personnes seront là !
Je hausse un sourcil surpris et répète :
– Quarante mille ?
C’est un nombre assez honorable, surtout pour un groupe aussi jeune que le nôtre.
– T’imagines si on venait à faire un concert en Allemagne ? s’exclame Shey, tout excité. On doublerait sans doute le nombre d’entrées !
L’Allemagne, pays où est né le mouvement gothique... Pays où je suis né, il y a huit milles deux cent soixante-quatorze ans, dans la région appelée aujourd’hui Schwarzwald.
En effet, envisager un concert là-bas m’est assez grisant.
– Bon, c’est pas que je veuille vous lâcher, les gars, mais j’ai bien envie de prendre l’air...
– Ah oui, c’est vrai ! marmonne Lee avec un sourire moqueur. Toi et ta claustrophobie calculée...
Je lui offre mon sourire charmeur et il rougit brusquement. Aaron me surprend et bougonne :
– Eh, fais gaffe quand même...
Oh-oh... alors mon petit batteur en pincerait pour le claviste ?
– Rassure-toi, Aaron, je te le laisse...
Aaron s’empourpre et me lance le coussin posé à côté de lui.
– Cette baraque est interdite aux mecs sournois !!! s’exclame-t-il, rouge de gêne.
Je rattrape le coussin en riant et le lui relance. Je prends ma veste et décide d’aller faire un tour en ville. Autant profiter du peu de temps libre qu’il me reste avant les répétitions pour notre concert.
Alors que je descends les escaliers en ajustant ma veste, une voix derrière moi me demande :
– Où vas-tu ?
Reeves me regarde, debout sur le palier de son appartement.
– Il n’y a pas de mal à se détendre... tu veux venir avec moi ?
Il jette un regard glauque à l’intérieur de son appartement. Il marmonne :
– De toute façon, vous avez tous la clé de mon appart’. Que je les laisse ici ou que je les vire, ça reviendra au même puisqu’ils reviendront...
Il hausse les épaules et se retourne vers moi :
– Ouais, je veux bien t’accompagner, dit-il avec un sourire timide.
– Ok, mais prend un blouson, on risque de revenir tard...
Il hoche la tête et disparaît un instant dans le couloir de l’appartement. Je fais la moue... Voilà que je commence à me montrer maternel avec lui...
Reeves réapparaît avec une veste en cuir et referme la porte de son appartement. Je sors les clés de ma voiture et tous deux, nous descendons les marches de l’escalier.
– Tu sais, je pense que l’idée de Lee manque quand même un peu d’originalité... me dit Reeves. J’avais autre chose en tête...
Je me tourne vers lui.
– Ah ?
– Le mieux, ce serait que le chanteur, toi en l’occurrence, soit le seul à être un vampire, car la chanson est écrite à la première personne du singulier. Et il faudrait un scénario pour le clip. Car un vampire, c’est bien gentil tout ça, mais ça ne nous avancera pas à grand chose si on ne se tient qu’à ça...
J’opine silencieusement.
– En effet... mais j’avoue que pour le scénario du clip, je n’ai pas d’idée...
– Moi, j’en ai une... déclare Reeves. Mais je te la raconterai plus tard...
Je lui souris, intéressé, et nous montons dans ma voiture. C’est décidé ! Aujourd’hui, on s’amusera un peu ! J’ai bien l’intention que Reeves puisse enfin se détendre...
On s’installe dans la voiture, puis je démarre.
– On va où ? demande Reeves.
– Je ne sais pas. Déjà, je vais faire un détour par chez moi pour prendre un peu d’argent. Après, on peut aller au Mustang, si tu veux...
– Tout ce que tu veux, tant qu’il n’y a pas de filles en chaleur aux alentours...
Je me mets à rire. Décidément, Reeves ne changera jamais.
– Tu sais, il faudra bien que tu t’y mettes un jour. Tu ne comptes pas devenir prêtre, quand même ?
Mon bassiste me jette un regard de travers, puis me tape amicalement sur la tête. Je ne peux m’empêcher de sourire. Sachant que Reeves est plus proche du satanisme que de tout autre croyance, ce genre de réplique n’est pas pour lui plaire.
– Crétin ! marmonne-t-il.
– Hé quoi ? Je ne dis que la vérité. Un jour, tu devras vider ton sac, sinon tu risques de devenir dingue...
– Tu crois qu’on ne peut pas vivre sans sexe ?
Reeves semble très sérieux. Je lui jette un coup d’œil, et ses pommettes rougissent d’embarras. À vrai dire, il y a de quoi être gêné. C’est la première fois en quatre ans que l’on parle ouvertement de sexualité. Bien des fois, j’ai tenté de le brancher sur des discussions à propos de filles, mais ce garçon a de sérieux problèmes qui l’empêchent de s’exprimer. Pour lui qui est d’une pudeur maladive, ce doit être difficile de parler de cela. Et j’avoue que moi-même, ça me fait bizarre d’entamer une discussion à ce sujet. Du moins, avec lui...
– Reeves, pour être honnête, il m’est difficile de concevoir une vie sans sexe...
Il baisse la tête. Sans doute est-il déçu de ma réaction, mais je ne saurais lui mentir et lui faire entendre ce qu’il veut.
Je gare ma voiture dans un parking et invite Reeves à me suivre. Nous entrons dans un immeuble et prenons l’ascenseur. Quand nous pénétrons dans mon appartement, je me tourne vers Reeves.
– Est-ce que je peux te poser une question indiscrète ?
Il s’empourpre à nouveau.
– Dis toujours, on verra bien, grogne-t-il.
Je lui propose de s’asseoir sur le canapé, et je m’assieds devant lui, sur un fauteuil. Je me masse la nuque... Pas facile de parler de « ça » à un petit frère. J’inspire un bon coup et lui demande :
– Je voulais savoir pourquoi tu parlais d’une vie sans sexe. Pourquoi t’imagines-tu une vie pareille ?
– Parce que je veux pas d’une bêtasse peinturlurée à côté de moi...
En temps ordinaire, j’aurais ri de sa réplique, mais cette fois-ci, je garde mon sérieux. Je réfléchis un instant, puis l’interroge :
– Mais toutes les filles ne sont pas ainsi. Il suffit de bien les choisir... Tu es sûr que ce n’est que ça ?
Reeves fait craquer ses doigts... il est nerveux.
– Comment ça ? demande-t-il.
– Je vais être direct, Reeves, et arrête-moi si je me trompe dans ce que j’avance, ok ? Je te connais depuis maintenant quatre ans, et jamais je ne t’ai vu avec une petite-amie. Ni même avec des amis en général. Dès que Shey a un geste sur toi, genre une main sur l’épaule ou des gestes amicaux, tu lui sautes presque à la gorge. Pareil pour Aaron et Lee quand ils veulent te serrer la main... Pourquoi ? Au moindre contact avec une autre personne, tu attaques...
– C’est faux ! proteste Reeves. C’est souvent que tu as des contacts avec moi, et je ne te saute pas dessus comme un hussard !
Je souris.
– Disons que depuis quelques mois, tu ne sautes plus sur moi comme un hussard.
Il marmonne à nouveau.
Je ne parviendrai pas à lui faire cracher le morceau aujourd’hui, autant oublier tout ça pour ce soir. Je me lève et m’approche de lui.
– Reeves. Tu sais que si tu as des problèmes, tu peux venir m’en parler. On a partagé suffisamment de choses pour que tu puisses te confier à moi.
– Je... je le sais...
– Je ne peux pas t’obliger de me donner ta confiance, mais sache que je saurai rester discret. Jusqu’à présent, j’ai su garder secret tout ce que tu as pu me dire sur ton passé.
Reeves lève un regard triste qui me fait mal au cœur.
– Vince, j’ai confiance en toi... m’assure-t-il. C’est juste que je n’ai pas vraiment envie d’en parler.
Je le fixe intensément et il rougit à nouveau.
– Quoi ?! s’exclame-t-il. J’ai dit une connerie ?
– Non, tu as fait un aveu. C’est le deuxième de la journée.
Il devient écarlate.
– Mon petit bassiste deviendrait-il humain ?
Je lui ébouriffe les cheveux et m’écarte avant que Reeves ne riposte. Arrangeant ses cheveux, il me jette un regard sombre. Malgré tout, un sourire ourle la commissure de ses lèvres.
– Je peux même pas rester sérieux, avec toi ! grogne-t-il.
– Hé-hé ! Je sais, c’est entre-autre pour ça que je m’aime.
Je prend mon portefeuille et me tourne vers Reeves.
– Bon, si tu es toujours d’accord, on peut aller au Mustang.
Reeves hoche la tête et le coin de ses lèvres s’ourle imperceptiblement... Quoi, il espère me cacher se micro-sourire ?
– Tant que c’est toi qui paies, pas de problème...
Je lui retourne un regard malicieux.
– Dis donc, toi ! Je vais t’apprendre à ne plus profiter de ma générosité ! m’exclamé-je en désordonnant d’une main taquine ses mèches de cheveux.
Je sors de son appartement et l’attends sur le pas de la porte. Ses yeux s’illuminent alors qu’il cache pudiquement un sourire. Il ferme soigneusement la porte de son appartement et je descends les escaliers. Alors je sens dans mon dos que ses lèvres s’ourlent en un sourire charmant. Il me rejoint en courant et nous regagnons la voiture, côte à côte.
Je sens qu’il est bien à mes côtés... Peut-être même heureux. J’en suis le premier flatté. J’ai l’impression que je vais pouvoir aider Reeves. Après tout, j’ai beau être un vampire, je ne suis pas parfaitement insensible au sort de personnes qui me sont chères.
Je n’ai pas toujours été comme ça, je l’avoue...
Deviendrais-je gâteux avec l’âge ? Oui, sans doute... Et je me rends compte qu’il sera dur de me séparer de ce petit groupe que j’ai créé. Ils vont vieillir, je resterai jeune éternellement. Je ne donne pas cinq ans à notre histoire. Lorsque tous auront mûri, je devrai disparaître, me faire passer pour mort. Vincent Ludwig Lewinton devra mourir, et je m’exilerai vers un pays plus reculé le temps de que les gens oublie Vince... une histoire de quelques décennies.
Pour la première fois depuis très longtemps, je me sens d’humeur maussade. Pas très réjouissant de voir des personnes qu’on apprécie s’éteindre à petit feu, à vrai dire...
Mais je me reprends aussitôt ! Profitons au maximum du temps présent.
En quelques millénaires, pour ce que je me souviens, ma plus longue "déprime" – si je puis la qualifier de tel –, a duré une heure et demie. Je suis d’un naturel positif je pense. Avantage de mes antécédents vampiriques, sans doute...
J’émerge de mes pensées et jette un coup d’œil à Reeves. Ses yeux sont fermés, et j’admire ses longs cils qui ombrent ses paupières. Son visage est parfaitement détendu alors que le vent le caresse depuis la vitre baissée de la voiture.
Là, je me dis que mon petit protégé est vraiment heureux.
J’accélère sur la dernière ligne droite... pour le plaisir de Reeves. Il aime le vent, il aime la vitesse. C’est entre autre pour cela qu’il adore me suivre lorsque je pars en voiture. Ma conduite rapide et nerveuse lui plaît.
– Si tu étais un cheval, Vince, tu serais un pur-sang... murmure-t-il alors, les paupières closes.
Je ris doucement à cette comparaison et son sourire s’élargit quelque peu.
– Je te remercie du compliment, Reeves, soufflé-je avec sincérité.
L’enseigne du "Mustang" apparaît et je me gare sur le parking. Reeves sort de la voiture et s’étire.
– Ça a l’air plein à craquer là-dedans, grogne-t-il.
– Les aléas des lieux publics, Reeves. C’est ce qu’on appelle "vivre en société"... lui susurré-je moqueusement.
Il se renfrogne et me cède une grimace boudeuse. Avec un rire complice, je pousse la porte du bar et nous y pénétrons...
à suivre...
Pfiou ! Premier chapitre enfin terminé ! bien sûr, les reviews sont toujours les bienvenues, quelles soient bonnes ou mauvaises ! à vous de dire ce que vous en pensez, vous êtes les seuls juges de cet écrit.
Je ne sais pas encore combien de chapitre il y aura... ça peut aller de 5 à 20 selon l'inspiration du moment, le nombre de litres de lait que j'ingurgiterai, et la présence ou non de Nutella pendant mes heures d'écriture...
Comme quoi, le sort du monde dépend de peu de choses ! CHU à tous !!! o !!!