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Author: Vilyajade
Fiction Rated: K - French - General - Reviews: 2 - Published: 11-28-04 - Updated: 11-28-04 - id:1769908

Ma seconde nouvelle. Un peu triste, mais ça reflète comme toujours mes sentiments au moment de l'écriture.


My Place

Fin de journée au pub. Il fait bon, presque trop chaud quand on y entre ou quand on est à l’intérieur. Ça sent la bonne bière et le bois. Pas encore la cigarette, du moins pas trop. La soirée n’est même pas encore commencée. La musique est forte, mais juste assez pour que l’on entende sa propre conversation.

La porte s’ouvre. Elle laisse passer un trio et le froid de dehors. Elle s’ouvre à nouveau. Deux filles. Comme les autres, elles sont emmitouflées dans leur manteau, avec leurs gants et leur écharpe. Et comme les autres, elle ouvrent leur manteau et enlèvent leurs gants avant d’aller chercher à boire au bar.

La lumière vient de baisser. Signe que l’après-midi touche à sa fin et que la soirée va commencer. L’atmosphère en devient plus intimiste, plus amicale, aussi. Les clients lèvent la tête vers les lampes un instant puis la rebaissent vers leurs amis en souriant. Ils discutent tous d’un air heureux. En anglais, pour la plupart.

Le barman a changé la musique. U2, Sunday Bloody Sunday. Je regarde les différents panneaux sur les murs. La plupart vantent les qualités de la Guinness, de la Beamish ou du Jameson. D’autres sont de vieilles photos en noir et blanc. De Dublin, de Cork, de Limerick. D’Irlandais célèbres, aussi : Michael Collins, William B. Yeats, …

La porte se rouvre. Pour laisser sortir deux filles d’une vingtaine d’années. Elles ont remis leur manteau, leurs gants et leur écharpe. Elles ont aussi chacune un sac où on devine des cours. Des étudiantes. Pas loin de la porte, le trio de tout à l’heure a à peu près le même âge. Ils sortent du travail. Ça résume assez bien cet âge : certains sont encore étudiants, d’autres travaillent déjà. Mais on se retrouve dans les mêmes endroits.

Ce soir, soirée foot. Les écrans sont encore éteints, ce n’est pas encore l’heure. Mais on sent déjà l’ambiance de la soirée à venir. Les mecs discutent des équipes, les filles prévoient une soirée ailleurs. Parfois, les conversations roulent sur un sujet plus sérieux et on se remet à discuter ensemble. Comme un tas de débats miniatures, débordant parfois sur le débat voisin.

Deux hommes viennent de partir. Ils étaient déjà là quand je suis arrivée et viennent de me jeter un regard de commisération. Fais-je donc autant pitié, seule dans mon coin ? Du coup, je me sens à l’écart. Je ne parle à personne et personne ne me parle. Je ne suis ni étudiante ni « travailleuse ». Avant, en venant ici, j’étais étudiante et je perdais mon identité française pour me sentir … internationale ? Maintenant, je ne suis rien, et quand je perds mon identité, je n’en retrouve pas d’autre.

Je me mets à observer le ventilateur au plafond. Il tourne en permanence au même rythme. Quelle que soit la musique. J’aimerais être comme ce ventilateur. Tourner à mon propre rythme sans tenter de suivre celui de la musique. Devenir aussi hypnotique que lui. Fixer les regards des gens, sans qu’ils parviennent à voir autre chose pendant ne serait-ce qu’un instant.

La soirée avance. Les gens arrivent. De plus en plus. De plus en plus animés. Le pub se remplit peu à peu et mon verre se vide au même rythme. Je suis déjà presque à la fin, alors que le pub est déjà presque rempli. Est-ce que je reste ? Le temps de me poser la question et j’ai déjà mon manteau sur le dos. Le temps d’y répondre et je suis déjà dehors. Ce n’est plus ma place. Du moins pour ce soir.


Voila. J'attends vos reviews pour m'améliorer


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