Home Just In Communities Forums Beta Readers Dictionary Search Login Register Extras
Fiction » General » Enfance font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Silmar
Fiction Rated: K - French - General/Drama - Reviews: 2 - Published: 11-30-04 - Updated: 11-30-04 - id:1771388
Enfance

« L’écriture comme miroir de l’âme. Tes yeux me sont inutiles à présent, l’encre les a remplacé. »

Des cris dans la pièce voisine, des meubles qui bougent, des chaises qui grincent sur le sol, et ces cris, ces hurlements. Toujours.

Enzo regarde les étoiles par sa fenêtre. Paillettes sur velours bleu nuit.

Il pleure.

Comme chaque soir depuis des années. Depuis qu’il est arrivé, depuis que la liberté s’est enfuie loin, sans lui...

Ses petites mains se serrent autour de ses genoux.

Enzo a dix ans, et il est malheureux. Son visage n’est pas celui d’un enfant mais celui d’un adulte. Ses yeux ont trop vus...et son cœur est en miette. La violence ? La haine ? Il les connaît bien...il vit dedans depuis tout petit, depuis ses trois ans.

Des insultes fusent de l’autre côté du mur. Il entend les sanglots de sa mère...sa mère. Pauvre petite maman fragile, Enzo sait qu’il doit la protéger, il le sait bien et rien d’autre ne lui occupe l’esprit. Il sait que si çà va mal, elle l’appellera à l’aide ; alors il restera éveillé jusqu’à ce que çà cesse.

Un jour il le tuera. Un jour.

Les larmes coulent, la souffrance reste .

Derrière le mur les hurlements se taisent, laissant place à des gémissements...Enzo sait que ce soir c’est fini, qu’il ne se passera rien de grave. Il soupire. Ses yeux bleus se durcissent.

Il le tuera.

Pour tout ce qu’il a fait.

Le jour s’est levé. La sonnerie de son réveil extirpe Enzo du sommeil.

Aujourd’hui lundi, jour de classe. Le jeune garçon se lève, les cheveux en bataille et les yeux ensommeillés. Cheveux couleur de paille et peau de roux, Enzo est un bel enfant...mais se trouve laid. Il le lui répète dès qu’il en a l’occasion, se riant de lui pour son corps fin et gracile. Pas de miroir chez Enzo...sauf dans la salle d’eau. Il sort doucement pieds nus. A peine le bruit d’une souris. Enzo a l’habitude...mais il n’est jamais suffisamment silencieux pour s’enfuir. Deux tentatives, il y a trois ans...deux ratés et deux disputes suivies de punitions.

Il se dirige vers la cuisine. Un jus d’orange vite bu.

Un pas d’éléphant, une porte qui claque, l’eau qui coule. Il est debout. Sa mère dort. Enzo s’habille et prend son sac de cour. Sort.

Dehors l’air est frais, les oiseaux chantent.

Quelques minutes de marche avant le car du matin. Enzo fuit ce nuage qui obscurci ses rêves, sa vie, son avenir.

Le car arrive.

A l’école, il est seul dans la cour. Tout seul. Et certains l’embêtent, parfois. Aujourd’hui, il le sent, on va l’emmerder...un sixième sens de « l’emmerde », permettant de prévoir les ennuis mais pas de les éviter.

Alors Enzo serre les poings et baisse la tête, tentant de se faire invisible, au moins jusqu’à la bibliothèque, lieu sauveur de l’école. Il avance en espérant qu’on ne l’aperçoive pas...Mais c’est trop tard.

Il cogne dans quelqu’un, qui s’est mis sur le chemin. Enzo lève la tête lentement ;et la tourne aussitôt.

Le casse-pied officiel...le baraqué de la classe...qui va lui chercher des poux.

Alors il ne le regarde pas, espérant que celui ci parte. Mais ce benêt ne bouge pas. Alors le blondinet se décale et tente de continuer sa route. Mais l’autre le repousse.

Une fois...Enzo soupire et tente d’avancer.

Deux fois...Il s’arrête.

Trois fois...Mais qu’est ce qu’il veut ? Enzo relève la tête et le fixe dans les yeux, intrigué.

Un poing par et atterrit dans le visage de l’enfant. Enzo se plie et tient son nez, sanguinolent, entre ses mains. Un ricanement. La douleur, l’incompréhension se mêle...le pouls d’Enzo s’accélère. Des souvenirs défilent dans sa tête...et la haine arrive. Ses yeux se font d’acier, emplis de haine, froide, dévorante. Il se relève et frappe l’autre au torse, de toutes ses forces, décuplées par la haine.

Lui...il va le tuer.

Plus rien d’autre n’occupe l’esprit d’Enzo . Il va se venger. Les images se brouillent, le son est coupé.

La seule chose qu’il sait c’est que l’autre est plaqué au mur, et qu’une main lui serre la gorge. Sa main.

Il va se taire.

Et le vide. Enzo ne se souvient de rien. Il est dans le hall, avec des gens en face de lui . On lui demande pourquoi et il répond en montrant son nez. L’autre sera puni. On le laisse seul, un peu. Enzo tremble, la peur. De qui ? De lui même...il se fait peur, il se dégoûte. Il est comme lui, un monstre, une brute...il se hait et se met a se frapper, doucement puis plus fort...les larmes coulent. Il voudrait mourir, pour ne plus faire du mal, a personne. Il est seul, tout seul...

La journée passe, Enzo refuse de bouger, prostré dans un coin du hall.

La sonnerie de quatre heure retenti.

Le bruit. Le car.

Le chemin du retour.

La maison.

Lui.

Enzo tremble un peu plus à chaque pas. Le virage, le dernier virage.

Il ferme les yeux et prie très fort en le passant. Puis il ouvre les paupières.

Pas de voiture.

Enzo franchi la porte, souriant. Et sa mère l’accueille chaleureusement. Lui prépare un thé et ils font ses devoirs. Une heure de bonheur.

Puis il rentre.

Et tout se fige.

Les sourires, les rires...le bonheur fuit par la fenêtre, bien loin.

Voilà voilà...un premier chapitre. Reviews please, je ne sais pas encore si je continue ou pas...



© Copyright 2004 Silmar (FictionPress ID:422959).


Return to Top