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Okuni ri, seule dans le noir…le sang coule le long de ses bras, se mêlant au sang séché de la veille.
Elle se fait mal…une délivrance.
Comment s’exorciser autrement que par la douleur ? que par les larmes ?
Elle se détruit. Parce que seul la mort lui apportera la délivrance. Parce que la vie n’est qu’un jeu…qu’une illusion. Elle n’y croit plus.
Demain, le pont. Celui qui enjambe la voix ferrée venant de Kyoto. Enfin l’un d’entre eux…le plus haut, sinon çà n’est pas drôle.
On lui a dit…oui, on lui a dit qu’elle devrait aller se faire soigner, parler a des gens…a un « psy » mais Okuni s’en moque…que pourrait il faire pour elle ? Aujourd’hui plus personne ne peut agir. Elle est malade, dans sa tête et dans son sang…
Rien, plus que le néant sous ses pieds, dans sa vie. Plus de chemin tracé pour Okuni, plus que la voie de la mort, de la délivrance.
Délires d’une ado au bord de la mort…possible. Elle sourit. Elle n’ignore pas le fait qu’on ne connaît rien d’elle, qu’on la croit sage, forte…et folle…mais pas assez folle. Pas assez pour qu’on la prenne au sérieux. Pas assez pour qu’on l’entende, qu’on fasse attention à elle.
Cà lui est désormais égal…tout lui est égal. Si elle ne part pas, la maladie l’emportera tout de même.
Oui, ce petit papier, taché de sang, sur le sol…ce papier froid, insensible…un résultat, noir sur blanc...la mort par l’encre, par cette suite de lettres, de mots…qui lui annoncent qu’elle va mourir, du sida.
Quand ? Cela n’a pas d’importance…la mort viendra mais elle ne veut pas l’attendre, ne veut pas se voir décrépir, perdre tout, jusqu’à la vie…sans se sentir maître de sa destiné.
Quelle illusion que ceci, que cette impression de dominer le paysage, le film de son existence.
Après le rire, les larmes. Elle n’avait pas mérité çà…pas mérité de mourir si tôt, pas de ce virus.
Mais on ne choisi pas…tout comme elle n’avait pas choisi de l’aimer, lui, qui lui avait apporté tant de souffrance et de problèmes. Et cette maladie, ce poison qui rampait à présent dans ses veines.
Okuni se décida a rentrer…sa coloc’ était absente. Yoko…une jeune étudiante…bien différente. Une amie, peut-être, si elles avaient eu le temps de se connaître…désormais il était trop tard.
Qui voudrait d’elle…et puis la question n’était même pas là. Demain sa vie sera finie…un chiffre de plus, un nom de plus dans les pages de la rubrique nécrologie…sans personne pour la pleurer, mais çà elle s’en moque…çà n’a pas d’importance puisque rien ne compte réellement. Maya, la vie, la mort…une voie par laquelle nous passons tous…La porte claque.
Demain.
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Le jour filtre par le store…il doit être 10h…Elle se lève. Le jour de sa mort, enfin.
Elle souri. Le dernier réveil dans ce lit froid, à même le sol. Le dernier cri du réveil à ses oreilles…la dernière fois que ses pieds toucheront le sol, au levé. L’on savoure ce que l’on sait mortel, lorsque l’on est conscient que plus jamais l’instant ne reviendra.
Okuni savoure sa dernière matinée de vie…
« Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues
Qu'il ne faut pas lâcher sans en extraire l'or! »
Cà peut paraître stupide à qui ne vit pas ses derniers instants…mais pour elle, c’est le plus beau jour de son existence, le seul qui, en fin de compte, mérite d’être vécu.
Un petit déjeuner somme toute assez banal. Un thé, un fruit.
Okuni souri toute seule devant son bol. Elle s’imprègne de cet instant, des détails. Les sons, les couleurs, le temps qu’il fait dehors, le bruit du chat du voisin, qui gratte à la porte…
Une douche, tiède. L’eau qui coule sur sa peau, lavant les traces de sang de la veille. Un nouveau jour pour un nouveau départ. Des volutes de buées s’envolent. Comme elle aimerait être aussi libre.
Une goutte d’eau dans l’air, minuscule, invisible ou presque. Esprit léger.
Ses pieds humides laissent leurs traces sur le plancher de bois…traces de son passage ici bas. Un sourire. L’impression, peut-être, d’exister, au moins pour quelques instants.
Un jean enfilé à la va vite, une chemise…blanche. Un lacet dans les cheveux. Okuni s’en moque, la mort n’exige pas de tenue correcte au seuil de sa maison.
Une paire de ballerines, une photo sur le meuble. Elle la regarde, l’air nostalgique. Un passé, son passé, révolu.
Ses clefs ? Dans la poche, une habitude.
Dehors, la boîte aux lettres, des papiers divers, dont une lettre pour elle, le reste à Yoko.
Okuni marche, le long des rues. Elle se rend a ce pont, au dessus des rails de Kyoto. Le soleil éclaire la ville aujourd’hui. Un beau jour pour mourir. Elle s’en féliciterait presque.
Un bon quart d’heure de déambulation…elle souhaite une mort discrète, sans badauds, sa vie n’est pas un film de série B et ne le sera jamais.
Et voilà le pont, tranquille, désert pour l’instant. Elle enjambe la barrière et s’amuse. La sensation de vertige est merveilleuse, grisante. La mort est à deux pas d’elle, lui tend les bras. Au loin, le bruit d’un train. Dans deux minutes il sera là.
Elle a le temps. Alors elle le prend, elle sort cette photo de sa poche et l’observe. Et cette lettre ?
L’enveloppe se déchire facilement. Le papier porte l’enseigne de l’institut médical. Sans importance. Elle le regarde a peine. Le train se rapproche. Le papier glisse, touche le sol.
Il est là.
Okuni lâche la rambarde, et bascule dans le vide.
Son corps est percuté de plein fouet par le train arrivant en gare de Kyoto.
Dans les airs, flotte une image. Elle, et lui.
Sur le pont, la lettre de l’institut.
« …suite à une regrettable méprise de notre part…nous avons le soulagement de vous annoncer que vous n’êtes pas porteuse du virus…"
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Aller, j'avais pas encore posté un one-shot de perso déprimée et au bord du suicide...pourtant y en a en réserve...mais je trouve çà assez soulant à la longue.A