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Trois, Quatre, Cinq...
NOTE :
A Raphaëlle qui espérait une suite, j'espère que celle-ci sera vous plaire autant que le début ...
Il existe une première partie à cette histoire, mais cette suite peut se lire indépendamment. Cependant si cela vous tente le titre est « Une, Deux, Trois... » (même rubrique).
Bonne lecture.
Aceituna.
Une
Je me réveille dans une chambre que je ne connais pas. J'ai mal à la tête, j'ai la gorge sèche et mes paupières sont si lourdes qu'il m'en coûte de garder les yeux ouverts. Je me sens toute groggy et je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je ferme les yeux et essaie de me souvenir.
« Que s’est-il passé ? Où suis-je ? Qui suis-je ? »
Mon estomac se serre. Qui suis-je ? Je prends peur parce que je n'arrive pas à m'en souvenir. Je rouvre les yeux et cherche quelqu'un, mais il n'y a personne. Je m'agite mais de violentes douleurs me parcourent tout le corps. Je me calme, je n'ai pas le choix mais la peur est là et elle ne veut pas me quitter. Les larmes me montent aux yeux, je suis toute seule, je suis perdue...
Je ferme les yeux et me concentre, mais rien ne viens juste le vide, je suis fatiguée, épuisée et je sombre de nouveau.
Je suis réveillée par des voix, elles me semblent si lointaine que je ne sais pas si je ne suis pas en train de les rêver. J'entrouvre les yeux et aperçois une femme d'une trentaine d'années qui se penche sur moi et me sourit. Je ne la connais pas.
— Maryse va prévenir le docteur, elle a repris conscience...
J'entends une porte qui s'ouvre et se referme. La femme se tourne de nouveau vers moi, son sourire me rassure un peu, elle semble gentille.
— Bonjour, me dit-elle, vous êtes à l'hôpital, vous êtes en de bonnes mains ne vous inquiétez pas...
« L'hôpital, je suis dans un hôpital, comment suis-je arrivée là ? »
Un homme entre, il a une quarantaine d'années et des cheveux blancs. Ses yeux sont gris, son regard franc, son visage agréable. Il porte une blouse blanche et un stéthoscope autour du cou. Comme la femme, il me sourit gentiment.
— La Belle au Bois dormant a-t-elle bien dormi ? me demande-t-il avec une voix douce et suave.
Je veux lui répondre, mais les mots se perdent dans ma bouche.
La femme approche alors un verre d'eau de mes lèvres. J'aspire le précieux liquide qui me brûle la gorge en passant. Je tousse et manque de m'étouffer. La femme m'aide à me redresser. Je suffoque, mais me sens mieux.
— Pourquoi suis-je ici ? furent les premiers mots que je prononçais. Ma voix me surprit, elle était si roque. Je toussais de nouveau.
— Vous avez eu un accident, vous en rappelez-vous ?
J'ouvre de grands yeux : un accident ? Quand ça, où ça ?
Je secoue la tête doucement pour lui répondre.
— Votre voiture a fait un tonneau hier dans la soirée. Vous avez eu beaucoup de chance, vous savez ?
Je secoue de nouveau la tête, j'essaie de me souvenir, mais rien ne vient. Je le regarde implorante, j'ai peur, un accident ne peut pas s'oublier comme ça...
Il me regarde alors en fronçant légèrement les sourcils.
— La voiture appartient à un certain Charles-Henry Vincent, ce nom vous dit quelque chose ?
Je le regarde de nouveau en secouant la tête négativement.
— C'est peut-être le père de votre enfant ? Vous avez accouché il y a peu, dit l'infirmière devant mon silence.
J'ouvre de plus grands yeux encore.
« Je suis maman ? Comment puis-je avoir oublié ça ? »
Je me concentre. J'ai eu un enfant, un petit bébé. Machinalement je pose ma main sur mon ventre et ferme les yeux. Je murmure alors :
— Olivier...
— C'est le prénom de votre enfant ? me demande l'infirmière.
J'ouvre les yeux et la regarde,
« Je ne sais pas, je ne sais plus... »
— Vous êtes arrivée ici sans papier, vous souvenez-vous de votre nom ?
— Non, articulais-je difficilement, je ne me souviens pas, je ne me souviens de rien juste du prénom d'Olivier, mais je ne sais pas qui c'est... Pourquoi est-ce que je ne me souviens pas ?
— Ne vous inquiétez pas, vous avez reçu un terrible choc avec l'accident. Ce doit être une amnésie temporaire due au traumatisme. Reposez-vous, je reviendrai vous voir demain et nous continuerons cette discussion.
— Est-ce que vous avez réussi à joindre ce Charles-Henry ? demandais-je alors, sûr que lui saurait qui je suis, vu que je conduisais sa voiture...
« À moins que je ne lui aie volé ? »
- Non, nous sommes désolés, mais son téléphone ne répond pas, nous espérions que vous pourriez nous renseigner...
Ce furent les derniers mots que j'entendis avant de m'endormir dans un sommeil profond et sans rêve.
Le médecin revint le lendemain et me posa toute une série de questions, auxquelles je ne savais, pour la plupart, pas répondre.
Plus le temps passait et plus je paniquais : et si la mémoire ne me revenait jamais ? Et si personne ne venait me chercher ? Et si je n'avais personne dans ma vie ? Si, si j'avais mon fils, Olivier et il devait forcement avoir besoin de sa maman...
Mais je n'en étais pas convaincue. Quelque chose au plus profond de moi me disait que cet enfant n'avait pas forcement besoin de sa mère et Olivier est-ce vraiment le prénom de mon fils ?
« Est-ce que je suis une mère porteuse ? Est-ce que je l'ai abandonné à sa naissance ? »
D'après le médecin j'avais accouché il y a de cela deux mois environ, un enfant de cet âge ne pouvait rester privé de sa maman bien longtemps...
La police avait fait des recherches, mais rien de très probant. Ce Charles-Henry avait une adresse sur Paris, dans le XVIe, mais il semblait qu'il soit parti en congé pour au moins un mois. D'après les voisins, il avait un fils de mon âge mais ils ne savaient pas comment le joindre. De plus, j'appris que l'hôpital dans lequel je me trouvais était à environ une centaine de kilomètres de Paris, il paraissait plus vraisemblable de rechercher ma famille dans les environs.
Un jeune inspecteur décida quand même de creuser la piste parisienne, il alla interroger les voisins, voisins qui semblaient d'ailleurs très réticents lorsqu'il s'agissait de parler du garçon.
Une dame d'un certain âge expliqua, à ce jeune inspecteur, qui venait me voir assez régulièrement maintenant, que les Vincent étaient des gens charmants qui n'avaient pas mérité ce qui leur était arrivé. Le malheur c'était abattu dans leur demeure et c'était bien triste parce que le jeune Vincent était très beau garçon et sur le ton de la confidence elle ajouta : « Il aurait pu rendre une femme très heureuse au lieu de ramener cet autre garçon... ». Cyrille, l'inspecteur, me raconta qu'il prit un air faussement offusqué et la dame pensant qu'elle avait à faire à un « gentil garçon » continua ses confidences. D'après elle, le jeune homme était arrivé chez ses parents le jour de mon accident, avec un petit bébé, elle avait entendu les Vincent accueillir l'enfant comme le leur et l'appeler Olivier...
La dame se demandait comment le fils avait pu avoir un enfant et qu'elle ne manquerait pas de prévenir les services sociaux s'il s'avérait que se fut bien son fils et qu'il décidait de l'élever avec son ami...
Cyrille m'avoua qu'à cet instant il avait bien failli perdre son sang froid et clouer le bec à cette mégère. Il me fit une grimace qui en temps normal m'aurait fait rire, mais en cet instant je n'avais pas le coeur à rire. Je venais de comprendre que j'avais dû abandonner mon enfant à ce couple de garçons, peut-être contre la voiture de ce Vincent ?
Les larmes me montèrent aux yeux. Cyrille me fit un petit sourire et ajouta
— Tu sais, c'est une vieille pie médisante, je suis sûr qu'il y a une explication, tu le retrouveras ne t'inquiètes pas...
J'approuvais de la tête sans y croire. J'étais une mère indigne qui avait abandonné son enfant, j'étais une mère porteuse...
— Je l'ai abandonné ! m'exclamais-je alors en larme.
Il me prit dans ses bras et me souffla dans l'oreille un :
— Et même si c'est le cas, il doit être heureux tu ne crois pas ?
— Je ne sais pas, je ne me rappelle pas.
— Tu ne penses pas que si tu lui as laissé ton enfant, à lui et à son copain, c'est que tu avais confiance en eux et que tu savais qu'ils feraient de bons parents ?
— Peut-être, mais j'ai peur de ne jamais pouvoir le revoir Cyrille et surtout je ne sais même pas à quoi il ressemble... Je suis une mère indigne, je ne me rappelle même pas de mon fils...
Il me serra plus fort dans ses bras. Nous sommes restés enlacés un moment puis il partit. Au moment où il quittait ma chambre, il se retourna et me dit :
— Deux garçons sont parfaitement capables d'élever un enfant...
— Je sais Cyrille, j'ai perdu la mémoire, mais je sais que deux et un font trois...
Je m'arrêtais sur cette réflexion. Cyrille me regarda surpris :
— Tu te rappelles de quelque chose ?
— Non pas vraiment, c'est juste le chiffre « trois », il devrait me rappelez quelque chose, mais je ne sais pas quoi...
— Un numéro de rue peut-être ? Ou le jour de ta naissance ?
— Non, je ne sais pas. Je vais dormir et peut-être y verrais je plus clair demain.
Il partit en me promettant de revenir.
Je me retrouvais dans cet hôpital à une centaine de kilomètres de Paris et tout dans le peu d'information que je possédais me laissait croire que j'avais abandonné mon petit garçon à un couple de garçons qui vivait quelque part dans la capitale...
Les yeux pleins de larmes je m'endormis, priant pour me souvenir d'un détail, qui pourrait aider Cyrille dans son enquête....
A suivre...