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Seize
J'ouvrais les yeux encore fatiguée, cherchant des mains les corps de mes amants généralement endormis à cette heure. Nous étions samedi et la grasse matinée était normalement de rigueur, mais le lit était vide. Je me redressais surprise et les cherchais du regard.
Personne...
Je me levais et descendais à leur recherche. La maison était étrangement silencieuse.
Je me glissais dans la chambre de mon fils qui dormait du sommeil des Justes. Un sourire aux lèvres je le quittais et allais dans la cuisine à la recherche d'indice sur ce qu'il était advenu de ses pères.
Un petit mot de Thomas sur le bar m'indiqua qu'ils étaient partis courir. En général, ils s'adonnaient à cette activité en soirée et je fronçais les sourcils, persuadée qu'ils me cachaient quelque chose. Je connaissais suffisamment Christopher pour savoir que s'il s'était réveillé aux aurores un samedi pour aller courir, c'était que quelque chose n'allait pas.
Y avait-il un problème avec son futur poste au Japon ?
Le rêve que j'avais fait la nuit d'avant me revint en mémoire : Christopher ne voulait plus de nous au Japon et il n'arrêtait pas de répéter : « Je suis désolé, je suis désolé... »
Je secouais la tête, s'il y avait un problème, je le saurais bien assez tôt et je comptais sur Thomas pour tout me dire.
Lui et moi, on ne se cachait plus rien, je savais même pour ce Cedric et j'en ai voulu à Christopher de ne pas me l'avoir dit. Cependant, Thomas me fit remarquer que c'était la première fois que Christopher pouvait partager quelque chose rien qu'avec lui et il avait eu l'air si heureux...
Il est vrai que la complicité entre Thomas et moi était telle que nous pouvions nous parler rien qu'avec les yeux. Il m'arrivait même parfois de finir ses phrases et lui, répondait à mes questions avant même que je les aie posées à haute voix. Si cela avait beaucoup impressionné Christopher au début, nous le sentions agacé par moment et totalement exclu à d'autres. À y regarder de plus prêt, il n'y avait rien qu'il ne partageât réellement qu'avec moi ou Thomas.
J'approuvais donc mon homme en lui promettant de ne rien dire au beau gosse et en ajoutant que maintenant il me devait également quelque chose. Il a levé les yeux au ciel et a répliqué :
— Je vis avec des maîtres chanteurs !
Ce à quoi je répliquais à mon tour :
— Paiement en nature obligatoire !
ooooo
Thomas rentra bientôt de son footing. Il était rouge et avait le souffle court. Il s'assit en face de moi en me souriant. Je lui rendis son sourire cherchant des yeux Christopher, qui visiblement n'était pas avec lui.
Sans que je lui demande, il me dit alors :
— Nous n'avons pas couru ensemble ce matin. Lorsque je me suis levé, il était prêt à partir alors je me suis habillé et suis parti à mon tour, avec l'espoir de le retrouver dans le parc, mais je ne l'ai pas vu...
— Il est parti courir sans t'attendre ? dis-je surprise.
Thomas acquiesça d'un signe de tête.
— Raconte ! lui ordonnais-je alors.
— Raconter quoi ?
— Eh bien ce qui le tracasse !
— Comment veux-tu que je le sache ?
— Il s'est passé quelque chose Thomas...
Puis après avoir réfléchi un instant, je reprenais :
— Il a peut-être eu la réponse pour le Japon hier ?
— Non non, c'est la semaine prochaine, il a reçu un mail en début de semaine dernière de sa direction qui l'informait qu'il avait un nouvel entretien et que la décision définitive n'interviendrait pas avant la semaine prochaine...
— Tu lis ses mails ???
— Bien sûr que non ! me répondit-il choqué, mais j'étais là lorsqu'il l'a reçu et il m'en a fait part. C'est tout ! Et je te ferai remarquer que tu étais là aussi...
— Ah bon ?
— Yep ! mais toi lorsque tu commences à lire un truc sur internet, y a plus personne...
Je me suis sentie rougir légèrement. Thomas a souri.
— Tout le monde n'a pas la chance de pouvoir lire les fics au boulot !
Il m'a tiré la langue, puis il s'est levé.
— Bon je vais prendre une douche...
— Tu ne m'as toujours pas dit, l'interrompis-je.
— Dis quoi bon sang !
— Thomas...
Il s'est rassis et a réfléchi.
— Il y a bien cette fille....
— Une fille ?
— Oui, sa DRH, un truc comme ça, enfin bref le genre de fille à qui tu peux difficilement dire non...
— Elle lui a fait du gringue ? demandais-je
— Arrête avec ton vocabulaire de la préhistoire ! me répondit-il.
— Elle l'a draguée quoi ?
— Je crois oui...
— Une fille drague mon mec et tu ne me le dis pas ! dis-je énervée.
— Chris l'a remise en place, je pensais l'incident clos !
— Renoncer à le mettre à son tableau de chasse... dis-je en levant les yeux au ciel, un mec comme lui !
— Bon ça va !
— Jaloux ? lui demandais-je avec malice.
— Non ! C'est juste que je n'aime pas vraiment ce que tu es en train d'insinuer.
— Que c'est un bon coup ?
— Nan, ça je le sais, juste que cette fille l'aurait relancé... Et avec les préparatifs pour le Japon déjà bien avancés, qui sait ce qu'il est capable de faire pour y aller...
J'ouvrais de grands yeux et secouais la tête.
— Non, tu ne crois tout de même pas...
— C'est toi qui l'as insinué tout à l'heure !
J'allais répliquer quelque chose lorsqu'une petite voix nous interrompit. Olivier venait de se réveiller m'appelant à tut tête pour que je vienne le retirer de son lit.
— Très bien, vas prendre ta douche, je vais m'occuper du « p'tit beau gosse » et on en reparle, dis-je avant de me lever pour aller chercher mon fils.
Cependant, à peine avais-je fini ma phrase que nous avons entendu la porte d'entrée s'ouvrir. Quelques instants plus tard, Chris est arrivé dans la cuisine avec les croissants, totalement trempé de sueur et surpris de nous voir tous levés.
— Vous êtes tombés du lit ou quoi ? Il est à peine dix heures et demie... commença-t-il
— Et toi ? répliquais-je
— J'avais pas sommeil, répondit-il en mordant dans un croissant
— Tu stresses pour le Japon peut-être ? demanda alors Thomas sur un ton accusateur.
— Oui ça doit être ça... nous dit-il sans nous regarder en face.
Je l'ai alors fixé et lui ai dit :
— Mon chéri, je crois qu'il faut qu'on ait une petite conversation, tous les trois. Je vais d'abord m'occuper du monstre (qui hurlait maintenant) et ensuite ton tour viendra...
Thomas regarda Chris d'un air entendu et partit prendre sa douche laissant le beau gosse seul dans la cuisine, définitivement très mal à l'aise.
ooooo
Assis dans le salon, nous attendions, en jouant à la balle avec Olivier, que Chris finisse de se préparer. Quelques minutes plus tard, il descendait les marches quatre à quatre prêt à partir sans faire cas du fait que nous voulions lui parler.
— Minute papillon ! dis-je alors, et on peut savoir où tu vas comme ça ?
Il s'est arrêté, nous a regardés et nous a annoncés :
— J'ai rendez-vous avec Benji, il veut que je l'aide à trouver un cadeau pour Cyrille...
Je me souvenais qu'effectivement il nous en avait parlé quelques jours auparavant, mais la question n'était pas là.
— Et tu vas nous éviter encore longtemps ? demandais-je alors.
— Mais je ne vous évite pas, voyons ...
— Bien sûr que si ! Allez, raconte-nous ! répliqua Thomas
— Vous racontez quoi ?
— Si c'est une vraie blonde ! dis-je ironiquement.
— Arrête Emi, me dit Thomas, alors que Chris venait de perdre toutes ses couleurs.
Puis s'adressant à son homme, il dit :
— Qu'est-ce qui se passe ? C'est ton poste au Japon, c'est ça ?
— Je... commença-t-il.
— Tu ne l'as pas obtenu ? demandais-je doucement
Il serra les dents très fort en proie à une vive émotion, se demandant sûrement s'il devait ou non jouer carte sur table avec nous.
— Je peux l'avoir... sous condition... commença-t-il doucement.
— Sous condition ? répétais-je gentiment pour l'inciter à continuer.
Il nous a lancé un regard douloureux, puis il nous a tourné le dos avant d'ajouter :
— Tout est prêt, vous avez tout abandonné pour me suivre là-bas, je ne sais vraiment plus quoi faire !
— Ils ont trouvé un meilleur candidat que toi ? demanda Thomas.
— Non ! C'est juste que les dés sont pipés...
— Que dois-tu faire en échange de ta place au Japon ? questionna de nouveau Thomas.
— Couché... souffla-t-il.
— Et ? demanda Thomas.
— J'ai accepté... dit-il.
— Salop ! répliqua Thomas prêt à le mettre dehors manu militari.
Je retenais son geste et prenait Chris par les épaules pour qu'il nous fasse face.
Doucement je lui demandais alors :
— Et tu l'as fait ?
— Non, je viens de l'envoyer balader...
Il s'est alors avancé vers moi, prêt à me prendre dans ses bras retenant son geste au dernier moment.
— Je suis désolé, j'ai tout foutu en l'air...
« Du moment que tu ne t'es pas envoyé en l'air ! » me suis-je dit
Je les ai ensuite regardés l'un après l'autre. Thomas semblait très en colère et le beau gosse n'osait pas croiser son regard, il se sentait vraiment très mal.
Je les ai pris par la main et nous sommes allés nous asseoir dans le salon.
— Il est trop tard pour faire marche arrière maintenant... dis-je doucement.
Thomas m'approuva silencieusement avant d'annoncer :
— Je viens d'avoir la réponse pour ma demande de congés sabbatiques, ils sont d'accord. Je voulais attendre que Chris ait sa mut pour vous l'annoncez, mais bon... Je dois juste finir l'année scolaire...
Christopher fit une grimace, il venait d'atteindre le trente-sixième dessous.
— Chris, lui dis-je alors en lui prenant la main, tu peux peut-être donner ta dém ?
Il a relevé la tête, il avait les yeux rouges.
— J'y avais déjà pensé, mais j'ai eu peur du chantage qu'elle aurait pu exercer sur nous... nous annonça-t-il tristement
— Et en couchant avec elle, tu ne t'exposais pas à un odieux chantage aussi ?
— Oui bien sûr, mais au moins nous serions partis ensuite...
— Parce que le Japon compte plus que ta propre famille ?
Il secoua la tête.
— Non, bien sûr que non ! Je voulais juste vous protéger et maintenant je ne sais plus, je ne sais même pas de quoi elle est capable !
— Alors raison de plus pour donner ta démission et pour partir très loin d'ici !
— Mais soyons réaliste Emi, avec un seul salaire, vu les prix des loyers et de la vie sur place, on ne pourra jamais s'en sortir !
— Je suis bien payée, tu sais, dis-je piquée au vif et en plus ma banque peut nous fournir un logement de fonction. Je n'en avais simplement pas fait la demande vu que ta boîte nous proposait déjà quelque chose et que mon employeur n'a, pour le moment, que des deux pièces à me proposer...
— Et tu crois que l'on pourra vivre longtemps dans un deux pièces à quatre ? me demanda-t-il.
— Cinq... soufflais-je alors en baissant le regard.
— Cinq ! ? s'exclamèrent-ils en choeur
Thomas fut le premier à me prendre dans ses bras, visiblement aux anges. Il s'est ensuite tourné vers Chris en souriant :
— Tu as de la chance d'être le père de mon fils et peut-être du prochain bébé, parce qu'avec un coup comme celui que tu viens de nous faire ! Je n'arrive pas à comprendre comment l'idée même de coucher avec elle t'a effleuré l'esprit !
Chris releva la tête malheureux:
— Je ne sais pas et je m'en veux tellement. Par ma faute vous allez tout abandonner ici et en plus je ne pourrais même plus subvenir à vos besoins... J'ai vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué, je suis désolé...
— Ça tu peux l'être ! répliqua sèchement Thomas.
— Certes, dis-je alors, mais maintenant, les dés sont jetés, c'est décidé en août prochain nous serons au Japon !
— En août... dit doucement Christopher, on sera déjà papa ?
— Vi normalement ce sera un petit cancer !
Et puis je me suis approchée de lui :
— Aller beau gosse arrête de t'inquiéter, tu parles couramment le japonais, je suis sûr que tu pourras trouver du travail là-bas sans trop de difficultés, en plus tu nous as dit toi même avoir gardé de très bon contact avec ton maître de stage !
Chris ouvrit la bouche pour dire quelque chose, mais Thomas ne lui en laissa pas le temps :
— C'est vrai et je devrai moi aussi pouvoir trouver du travail. Avec trois salaires, nous pourrons rechercher quelque chose de plus grand pour nous cinq. Je sais qu'il y a crise du logement là bas, mais tout de même ! Alors, tu vas me faire le plaisir de donner ta dém et de montrer à la future maman un peu plus d'entrain à la super nouvelle qu'elle vient de nous annoncer !
Chris nous regarda alors en souriant et en secouant la tête :
— Je suis vraiment un imbécile ! Dire que j'ai encore failli tout gâcher...
Il nous a alors pris dans ses bras en nous serrant très très fort et il a soufflé :
— Je vous promets que cela n'arrivera plus jamais ! Je vous aime tellement...
ooooo
— Emi, qu'est-ce que tu fous ? me chuchota Thomas
— Ça va, j'ai presque fini, dis-je en répartissant les clous méticuleusement sous les quatre roues du magnifique coupé Mercedes.
— Je persiste à dire que c'est une mauvaise idée... Et s'ils ont des caméras de surveillance ?
— On est dans la rue mon chéri, mais dans le doute fais leur un beau sourire ! dis-je légèrement agacés
Je me relevais alors en donnant des petites tapes à mon jeans pour y enlever la poussière du trottoir.
— Ça y est j'ai fini ! dis-je en regardant les petites pointes acérées, prêtes à éventrer le pneu.
— Emi, j'ai mauvaise conscience !
— Tom, dis-je en secouant la tête, dit toi que personne ne l'oblige à rouler dessus ! En tout les cas vu les pneus, elle va s'en souvenir, il doit y en avoir pour deux cents euros faciles !
— Deux cents euros !
— Le pneu ! dis-je avec un sourire des plus satisfait, en m'avançant vers l'entrée de la société.
Puis, me retournant vers Thomas qui n'arrêtait pas de regarder tout autour de lui comme s'il s'attendait à voir débarquer un car de flic, je répliquais :
— Ce que ça peut faire du bien !
— Et si ce n'était pas la bonne voiture ?
— Mais si c'est celle-là, Cyrille me l'a certifié, il n'y a pas qu'elle qui ait des relations bien placées !
— Je... commença Thomas, mais je ne l'écoutais plus me précipitant sur Christopher, qui surprit de nous voir n'en parut pas moins ravi. Il m'embrassa puis se dirigeant vers Thomas, il nous demanda :
— Et que me vaut l'honneur d'une telle escorte ?
— Et bien, c'est ton dernier jour, on voulait voir si tu tenais le coup... dis-je.
— C'est gentil, mais ça va très bien, je me sens enfin libre, il faut dire que j'en ai vraiment bavé pendant ces deux mois ! Amandine n'a vraiment pas supporté que je lui échappe de la sorte...
— Elle aurait pu être plus méchante, encore soupira Thomas, vu qu'elle avait de sérieux doutes pour nous trois...
— Yep, mais si elle m'avait fait suivre, je l'aurais poursuivi pour harcèlement et croyez moi, j'ai découvert aujourd'hui que bon nombre de mes collègues seraient prêts à témoigner devant un tribunal contre elle ! Je ne donne pas cher de son avenir dans cette boîte, pas plus tard que ce matin elle avait rendez-vous chez le grand patron ! Enfin, elle a quand même réussi, vu que je n'ai pas eu cette place pour le Japon...
Son regard se voila légèrement.
— Allez, oublis ! dit alors Thomas en le prenant par les épaules, Emi à une nouvelle à t'annoncer qui va te ravir !
— Vous avez passé l'écho ? demanda-t-il alors
— Vi ! dis-je en souriant.
— Alors ? questionna-t-il impatient.
J'ai regardé Thomas et nous lui avons dit en choeur :
— C'est un garçon !
ooooo
Finalement, c'est ici que tout s'achève, c'est ici que tout commence...
Je m'appelle Émilie Durand, j'ai vingt-six ans et quatre hommes dans ma vie....
Trois, Quatre, Cinq ...
FIN
Merci à Bedlam Chaos ; Cerise 777 ; Cerbère ; Dam Hatter ; Dragonauxyeux2chat ; electra-natchios ; guizmo ; Lady Karoru Anarchy ; Lucy-hp ; Mydaya ; Mouf-mouf ; Milii ; P'tite Lili ; Shina ; Tinoubebe pour leur rev et à tous les autres.
À très bientôt ... (mais ça, c'est une autre histoire ... ;-b)
Aceituna