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Prologue – le commencement d’une fin
L’ombre avait envahit l’âme d’une jeune mère ce jours-là. Rien n’allait plus, elle avait mal… C’était par un temps où le soleil se cachait pour donner une raison aux malheureux de sortir de leur gouffre, que la jeune mère se laissa mourir, pour donner naissance à une jeune fille qui avait déjà un avenir de tracé, un soleil et une lune de désignés.
Comme si pour ces deux personnes qui étaient trop liées pour vivre en même temps sur cette terre, l’une d’entre elle devait donner sa vie. Celle-ci, éprise d’un amour qui restera inconnu pour sa fille, laissa son dernier souffle lorsque son enfant lui donna son premier en guise d’adieu.
C’est en cette nuit noire, de deuil, de honte et de chagrin qu’Acélya est née. Sa mère s’envola doucement pendant qu’Acélya voyait la lune...
Un homme, à genoux devant une pierre tombale, tenant un bébé dans ses bras. Un homme, pleurant tristement en serrant son enfant contre lui. Un homme, cherchant rédemption au fond d’une bouteille. Un homme, ignorant peu à peu les sourire de sa fille. Un homme, devant un miroir, se détestant, se maudissant. Un homme, hurlant à la nuit noire aux anniversaires de sa fille. Un homme, assis pendant des heures devant l’horizon, scrutant son malheur… Un homme, disant bonne nuit à sa fille, refermant la porte doucement, pour la dernière fois, le regret et la désolation aux lèvres…
Une jeune fille, à genoux, devant deux pierres tombales, la tête basse, une rose noire à la main…
Chapitre I- La jeune fille et les trois rebelles
Chaque larme que les nuages lançaient à la terre et chaque grondement que le ciel hurlait aux nuits sombres ne faisaient qu’un avec le malheur d’Acélya Andrews.
La jeune fille ferma les yeux une fois de plus, mais même le sommeil ne voulait rien savoir d’elle. Elle se redressa dans son lit et alluma sa lampe de chevet. 6h35 du matin.
Acélya soupira et s’empara de son journal.
Comme le noir du ciel qui tombe à mon visage
Tel l’ombre du temps qui ne veut me donner d’heures
Je tombe dans les gouffres d’un autre monde sans chaleur
Comme pour quérir les étoiles qui n’ont jamais eue d’âge.
Pour donner raison à tous les orages
Rien de mieux que le noir de mes pensées
D’où je donnerais la moindre parcelle de ma rage
À un être qui fuit sans détour son passé…
Elle déchira vivement son œuvre. Si seulement elle aurait pu avoir un talent en dessin, en sculpture ou encore en musique…
Mais tous ce qu’elle avait hérité, c’était l’écrit.
Une écriture d’un noir de dépression, de pauvre petite oubliée...
Et elle n’avait pas de cette beauté si suffocante... Acélya avait seulement de tristes yeux gris bleu, des cheveux longs et sombres et un petit air continuellement distrait.
- Acélya, descend tout de suite, tu va être en retard! Hurla Célyn, sa mère adoptive.
Célyn avait 41 ans, femme d’affaire qui carburait toujours au stress et qui courait au rythme de l’argent. Acélya ne voyait pas pourquoi, après le suicide de son père, elle avait été coincée avec cette femme. Elle n’avait rien en commun avec Célyn et cette dernière ne l’écoutait jamais…
À son arrivée chez Célyn, Acélya avait 8 ans. Elle lui avait très bien expliqué la situation, sans se préoccuper qu’à l’époque, Acélya fût encore une enfant. Son papa s’était enlevé la vie, sa mère n’était plus là non plus… Acélya était une orpheline et avait besoin de Célyn…
Dans la tête d’une jeune fille de 8 ans, des multitudes de hurlement tonnaient et ébranlait ses pensées. Parents morts… Acélya orpheline…
Célyn l’avait alors obligé à grandir vite. « Pas question de jouer dehors, vient plutôt m’aider pour la vaisselle ». « Non, pas de ce jouet, tu est trop grande pour ça, et tu as vu le prix que ça coûte? ».
Célyn lui avait ordonné de grandir. Pourtant, ce n’est pas quelque chose qui se demande, mais plutôt qui s’attend. Acélya avait maintenant 16 ans et était complètement perdue entre deux mondes.
Celui de Célyn, ou l’argent, le pouvoir et le succès serait la clé du bonheur.
Et le sien, la ou les couleurs des mots, les notes de la musique et les soupirs du vent lui donnaient toute la force nécessaire pour rattraper le temps perdu.
Artemis High School était l’établissement public qu’Acélya se voyait obliger de fréquenter 5 jours sur 7, 10 mois par années. Un cauchemar sans fin. La jeune fille détestait cet endroit plein de règles et de bourrage de crâne. Elle se voyait presque interdire de penser. La seule classe qu’elle aimait bien était celle de littérature. À la pensé générale, ce cours, de réputation, était d’un ennui mortelle d’où l’on devait lire des bouquins d’auteurs décédé et d’en rédiger des dissertations inutiles. Mais Acélya pouvait y écrire, de la toute son euphorie. Elle pouvait y réfléchir, y créer, se bercer dans l’art des écrits de gens ayant une vision différente de la normal. De plus, on y voyait de la poésie. Acélya en était follement passionnée. La poésie : écrire des mots pour tenter de geler le feu, écrire des mots provenant du fin fonds des mers, écrire un rêve sur de la neige. La poésie : le reflet de l’âme, le chant de la pensée. Chaque homme avait sa poésie bien à lui. Celle d’Acélya était de couleur mélancolique et déchirante. D’un reflet de nuit froide d’hiver, une larme sur le visage d’un oublié, une ombre errante et cueillant les chagrins des plaintes sans fin.
Acélya arriva en retard à son cours d’algèbre. Perdue dans ses pensées, elle avait maladroitement oublié que le temps n’attendait personne.
- Eh bien eh bien, Mlle Andrews, en retard une fois de plus! Lança sévèrement Mr. Aubry, le professeur d’algèbre. Peut-on en connaître la raison?
- Il n’y en a aucune Monsieur, répondit distraitement Acélya.
- Aucune? Quelle surprise! Vous faudra-t-il réapprendre à vous servir d’une horloge? Vous savez faire la différence entre la petite et la grande aiguille, n’est-ce pas?
Il provoqua ainsi l’hilarité générale. Comme ce cher Mr. Aubry adorait noyer Acélya sous des concertos de rires! Pour une raison inconnue, il la détestait. Peut-être parce qu’elle ne montrait aucun intérêt à ce cours, peut-être parce que ses notes n’était ni miraculeuses, ni désastreuses. Acélya l’ignorait. Depuis tout ce temps, elle s’était forgé un bouclier d’indifférence et plongeait dans ses rêves, cet endroit que personne ne pouvait pénétrer.
- Où en étais-je? Ah oui, la complétion de carré…
Il continua ainsi son cours, Acélya prit ces notes machinalement, soupirant discrètement. Mr. Aubry n’oublia pas de verser quelque sarcasme en direction d’Acélya, celle-ci ne l’écoutait même plus, dormant dans ses pensées.
Elle sentit alors un regard plongé sur elle. Pas un de ces regards riant de la dernière blague de Mr. Aubry. Ni un regard pleins de dégoût ou de moquerie. Un regard cruellement agréable. Un regard plein de raisons de mystère.
Acélya leva les yeux, cherchant d’où provenait cette délicieuse sensation.
Oz tourna rapidement les yeux, regardant, d’un intérêt faussement enjoué, le tableau.
Oz Alexander Cooper, un de ces artistes rebelle de cette école. Il faut dire qu’on en connaissait seulement que trois. Oz Cooper, Caleb Anderson et Drake Sanchez. Trois types inséparables qu’Acélya connaissait très peu. Caleb était dans son cours de littérature et devait écrire comme personne. Il était, semblait-il, très doué en poésie et en écriture, comme Acélya. On savait que Drake était un as en dessin et que Oz avait touché à tous les instruments de musique, mais se spécialisait à la guitare. Elle ne l’avait jamais entendu jouer, n’avait jamais pu jeter un coup d’œil sur les dessins de Drake et encore moins avoir pu lire les œuvres de Caleb.
Acélya aurait juré avoir sentit les yeux de Oz la caresser doucement. Deux étoile d’un bleu vif et cruel, sombre et mélancolique.
Oz était, comme ses amis, d’une arrogance distraite, d’une extravagance à elle-même discrète. Un style noir et rebelle, d’un sourire et d’une larme pleins de vécu. Un ciel sombre avec un soleil rouge vif en son milieu.
Oz jeta un coup d’œil en direction d’Acélya, celle-ci l’observait d’un regard vague et souple. Oz baissa les yeux, les ferma et les rouvrit en direction de l’horloge. Il soupira et continua à prendre ses notes. Acélya fit de même, un sourire triste aux lèvres.
- Mlle. Andrews, vous pouvez répondre à cette question? Demanda alors Mr. Aubry.
- Pa…Pardon Monsieur? Répliqua maladroitement Acélya.
- Je viens de poser une question à la classe, vous pouvez y répondre?
Acélya sentit amèrement toutes les têtes se retourner vers elle. Mr. Aubry ne répétait jamais ses questions, il adorait voir ses élèves se tortiller sur leur chaises, asseyant de penser à quelque chose de bien à dire. Acélya baissa la tête.
- Eh bien, j’attends! Lança-t-il.
- Je ne peux répondre à votre demande, monsieur, répondit Acélya d’un ton pincé et faussement poli.
- On est insolente à ce que je vois!
- Écoutez monsieur, vous savez très bien que je n’ai pas entendu votre question…
- Et pourquoi donc?
- Euh… j’étais ailleurs...
- Et ou donc? Vous avez un esprit un peu trop vagabond Miss Andrews! J’espère que vous ne compter pas trop sur un avenir, parce qu’avec votre façon d’agir, votre petit comportement de bohème stupide et rêveur risque de vous détruire en moins de quelques années!
Acélya baissa les yeux et se cacha derrière ce bouclier d’indifférence, retournant dans ses rêves.
- … la réponse était 5.
La cloche de fin de cours retentit, Acélya se leva doucement. À la sortit de la classe, elle se fit bousculer par un groupe de filles qui furent partie dans un fou rire en voyant les effets d’Acélya tomber en désordre sur le sol. La jeune fille se pencha sans un mot pour les ramasser, bloquant le passage sous l’œil moqueur de la bande de filles.
- Ce n’est pas à toi de ramasser ça, s’exclama une voix douce et mélancolique derrière elle.
Acélya se retourna en sursaut. Oz se tenait dans le cadre de la porte, regardant d’un œil furieux les filles qui avaient subitement cessé de rire.
- Je n’ai pas besoin de charité, lança Acélya en ramassant rapidement ses affaires.
Oz l’interrogeait du regard, Acélya lui lança un dernier coup d’œil avant de partir en direction de son casier. Les filles rirent de plus belle.
Acélya se sentit ridicule. Elle savait qu’en première vue, Oz avait été aimable. Il avait sûrement tenté de lui venir en aide, mais Acélya avait cette stupide sensation de pitié. Elle détestait imaginer un garçon comme Oz la prendre sous son aile par simple pitié.
En sortant à l’extérieur pour prendre de l’air, Acélya aperçut les trois jeunes hommes, dont Oz, la regarder tristement. Oz baissa la tête le premier.