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Auteur : Dancelune
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Genre : heu… je sais pas
Ma Vie de Miroir
5h30, Manu arrive dans la salle de bain.
C’est toujours le premier à se lever. Il est le colocataire modèle : ordonné, gentil et prévoyant. Chaque matin c’est le même rituel. Il arrive dans la salle de bain en ne portant qu’un bas de pyjama. Il ferme la porte derrière lui, s’étire et baille. Il se tourne ensuite vers moi, prend l’éponge et me lave systématiquement même si je ne suis pas sale. Je l’aime bien Manu. Il prend toujours soin de moi. Dès qu’une petite poussière dépasse, je le vois plisser les yeux et s’approcher. Il lève la main et me frotte avec son ongle pour enlever la saleté.
Ensuite cela se corse un peu : il ouvre la bouche en grand et regarde sa dentition. Il est obnubilé par sa dentition. Il examine ses dents une par une pour voir s’il n’y a pas de caries. Il s’approche tellement près de moi qu’il dépose un voile de buée, ce qui fait que je vois tout flou. Il se passe du fil dentaire et se brosse les dents pendant au moins dix minutes. C’est lui qui a les dents les plus blanches de tous les colocataires.
Après avoir fait son nettoyage buccal il va prendre sa douche. Il ne reste pas longtemps parce que tous les matins l’autre ivrogne vient frapper à la porte pour lui demander de se presser. Il est tellement gentil qu’il ne refuse jamais et termine toujours sa toilette dans la précipitation.
6h00
C’est au tour de Maya d’entrer.
Celle là, je ne la supporte pas. C’est bien simple : sourire, elle ne connaît pas. Elle a toujours une sale mine, avec des cernes immenses qui sont surlignées d’un noir baveux lorsqu’elle se couche sans prendre le temps de se démaquiller le soir.
La première chose qu’elle fait est de poser sa très précieuse trousse de toilette sur le rebord du lavabo et de faire couler l’eau du robinet. Elle s’impatiente généralement le temps que l’eau chauffe. Elle en profite pour s’approcher de moi et regarder toutes les impuretés de sa peau, ses poils de nez qu’il faut couper, ses gencives rougies, ses rides au coin des yeux. Heureusement que je n’ai pas d’odorat sinon je pense que je m’évanouirai lorsqu’elle ouvre la bouche pour inspecter ses dents.
Les WC ne sont pas dans la salle de bain, j’ai de la chance…
Une fois l’eau chaude, Maya prend son gant de couleur pastel et se frotte énergiquement le visage. Lorsqu’elle me regarde à nouveau, elle a l’œil un peu plus vif. Elle enlève ensuite sa nuisette et va prendre sa douche.
Une demi heure après mademoiselle a embué toute la salle de bain et je me retrouve à pleurer comme une madeleine alors que la vapeur d’eau se condense à ma surface. A chaque fois je repense frustré à ce bon Manu qui lui me nettoie avec amour. Ma seule consolation c’est qu’en sortant de la douche Maya est beaucoup plus présentable. Elle s’habille ensuite de ses habituelles jupe - chemisier, ces derniers étant bien cintrés pour mettre en valeur sa forte poitrine. Ensuite vient une demi-heure parfaitement ennuyeuse où la demoiselle se maquille. Elle se débrouille plutôt bien, surtout au niveau du fard à paupière où elle fait des mélanges plutôt réussis. Au final, elle ressort de la salle de bain mise en valeur par son artifice.
7h30, la porte s’ouvre avec fracas.
Lili est encore en retard, comme d’habitude. Cette jeune fille est mon rayon de soleil du matin. Les yeux pétillants, un sourire permanent flottant sur les lèvres, une beauté naturelle, des cheveux châtains foncés ondulés coupés courts, bref, l’antithèse de la précédente.
Lili me dit toujours bonjour. Elle branche la radio sur de la musique enjouée pour se réveiller. Elle se déhanche pendant qu’elle se lave les dents. Il lui arrive parfois de faire tomber du dentifrice par terre lorsqu’elle est trop prise par la musique et qu’elle se met à chanter alors qu’elle a encore la brosse à dent dans la bouche. Elle a même failli s’étrangler une fois en avalant du dentifrice de travers. J’ai eu très peur ce jour là. Heureusement elle s’est précipitée vers le lavabo pour cracher et se laver la bouche avec de l’eau. Elle s’était retrouvée toute rouge et penaude face à moi. Quelques secondes plus tard elle riait de sa maladresse.
Lorsque Lili sort de la douche, elle est toute pimpante. Elle joue avec sa serviette, se frotte énergiquement, secoue la tête dans tous les sens pour aérer ses cheveux et leur donner du volume. Elle sourit, encore et toujours.
Contrairement à Maya, Lili ne se maquille pas. Elle se contente de se parfumer. Une fois prête, elle m’envoie un bisou avant de quitter la salle de bain en chantonnant.
Elle est vraiment extra Lili.
10h30 voire 11h00 voire midi, Nico se lève.
Une fois sur deux j’ai un sursaut d’effroi lorsque je le vois. Les cheveux en pétard, la barbe de trois jours, les yeux à moitié ouverts, fagoté comme un épouvantail et se grattant l’entrejambe. Généralement il s’approche de moi et reste stoïque cinq minutes. Je me demande parfois s’il ne se rendort pas debout. Il se tapote les joues énergiquement pour leur redonner un peu de couleur. Il me regarde ensuite avec des yeux vides puis il repart.
Ne me demandez pas pourquoi il est venu.
Une bonne demi-heure après il revient. Il attrape sa brosse à dent avec conviction. Il cherche le dentifrice pendant quatre bonnes minutes avant de se rendre compte qu’il était à son emplacement habituel. Il met le dentifrice sur sa brosse à dent puis allume la radio. Si la chanson lui plaît, il danse et oublie de se laver les dents. Lorsque la chanson s’arrête il ressort tout naturellement de la salle de bain.
Après un temps plus ou moins long, il revient prendre sa douche.
Ensuite, une période d’intense frayeur commence pour moi. Nico doit s’appliquer une couche de gel sur les cheveux s’il veut que ces derniers prennent une posture correcte. Ce jeune homme ne sait malheureusement pas se servir du gel sans en mettre partout. Ma plus grande peur, et cela m’est déjà arrivé trois fois, est qu’il appuie trop fort sur le tube et que le jet de gel ne m’atterrisse dessus. A ce moment là, cela ne rate jamais : Nico essaye d’essuyer le gel avec ses doigts. Il laisse une trace immonde en plein milieu, c’est horrible. Je suis toujours tout sale à cause de lui.
Une fois à peu près coiffé, Nico sort de la salle de bain et me laisse en paix pour la journée.
22h30
Manu est de retour.
Lorsqu’il voit les traces de doigts laissées par Nico il fait une grimace de dégoût et s’empresse d’attraper l’éponge et de me laver. Ce jeune homme est mon sauveur.
Manu est celui qui passe le plus de temps dans la salle de bain. Parfois il est dérangé par Lili qui vient se brosser les dents et les cheveux. Il est surpris en train d’examiner sa dentition une deuxième fois. Manu rougit et Lili se moque de lui gentiment. Je crois bien qu’il est amoureux. Dès que Lili repart, un grand sourire apparaît sur son visage. Dans son bonheur, il décide des fois de reprendre une douche. Lorsqu’il en ressort il passe un bon quart d’heure à faire son bellâtre devant la glace. Je me demande s’il arrivera à ses fins un jour.
Lorsqu’il part de la salle de bain pour aller se coucher, deux éventualités se présentent. La première est que je passe une nuit tranquille. C’est l’option la plus fréquente et j’en suis bien aise. La seconde possibilité est triple : Maya fait irruption en pleine nuit dans la salle de bain, hagarde, ne marchant pas bien droit et désirant se démaquiller. Elle n’y arrive que rarement et abandonne après quelques minutes de lutte acharnée pour trouver son lait démaquillant qu’elle a fait tomber par terre dans sa maladresse. Elle repart une fois sur quatre en oubliant d’éteindre la lumière.
Situation plus cruelle : c’est Nico qui passe. Généralement je ne vois alors que son cuir chevelu pendant qu’il évacue ses repas et beuveries de la journée dans le lavabo. Je soupire de soulagement lorsqu’au lieu de se relever en essuyant pitoyablement son menton, il s’écroule par terre et retourne à genoux jusqu’à sa chambre.
La pire des situations : Maya et Nico passent tous les deux dans la nuit. Là il me faut quelque jours pour me remettre de mes émotions. Heureusement, des fois Lili amène l’une de ses charmantes amies à l’appartement. Elles passent alors des heures dans la salle de bain à discuter, me prenant à témoin de temps en temps. Là, c’est le bonheur et je me dis que finalement, je ne suis pas si mal tombé dans cet appartement où quatre colocataires très différents les uns des autres se côtoient tous les jours.
FIN.
Dancelune, 28 décembre 2004.