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Fiction » General » Nell et compagnie font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Screamy
Fiction Rated: T - French - Humor/General - Reviews: 1 - Published: 12-31-04 - Updated: 02-12-05 - id:1795894

Hello, everybody ! Voici ma troisième création. Que ceux qui suivent mes Chasseurs d'Ames ne s'inquiètent pas, ils auront leur ration de chapitres régulière, je n'ai rien laissé tomber. Juste deux mots sur Nell et Compagnie : c'est un récit un peu autobiographique. Nell, c'est moi sur bien des points, sauf que je n'ai jamais réussi à percer en tant qu'écrivain. La plupart des péripéties de l'histoire se sont bel et bien déroulées, j'ai vécu à Nantes pendant 7 ans et les amis de Nell sont presque tous inspirés de personnages ayant existé, sauf peut-être Rémi, Milton et Bubul qui sont les véritables fruits de mon imagination. Et j'aimerai aussi faire une spéciale dédicace à la vraie Rim', en réalité, ma soeur cadette, Marie, et nos rapports sont exactement conformes aux relations entre Nell et Rim'. Donc, enjoy et n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette autobiographie romancée ;;

Chapitre 1

Où l’on débute toujours avec une extrême délicatesse.

Et merde… comment vais-je élaborer mon incipit ?

La jeune femme se rejeta en arrière, contre le dossier de sa chaise de bureau et jeta un œil sur la petite carte postale de Snoopy tapant à la machine « la nuit était sombre et froide ». La jeune femme sourit et pensa à ce film avec Billy Crystal et Danny de Vito, Balance Maman hors du Train. Le personnage de Billy Crystal était un écrivain en perte de vitesse qui essayait coûte que coûte et dans la douleur, de pondre un polar. Toute une scène le montrait en train de se triturer les ménages quant à l’intro : « La nuit était froide et pluvieuse… la nuit était sombre et humide… la nuit était chaude et torride… » et le tout en une variété infinie de clichés introductifs. La jeune femme se tapota les incisives du bout du filtre de la cigarette qu’elle hésitait à allumer depuis 10 minutes. Il lui fallait trouver une introduction accrocheuse mais sans ce cliché de « nuit était…. » devenu source de gags. Un frôlement doux la fit frissonner. Son chat persan venait de passer entre ses jambes nues et se préparait à dormir sous le bureau, las de tourner en rond dans le petit studio de 30 m² qu’il partageait avec sa maîtresse.

Il me fait penser à un lion en cage, se dit la jeune femme en évoquant l’allure altière du petit persan avec sa crinière grise.

Le petit tapotement du filtre de la cigarette contre les incisives cessa soudain. Les yeux légèrement injectés de sang à cause du manque de sommeil et des lentilles de contact s’illuminèrent comme des décorations de Noël. La jeune femme se redressa et tapa sur son ordinateur en ricanant: elle venait de trouver son incipit et la machine chauffait à plein rendement. Les petits doigts aux longs ongles mal limés s’activèrent sur le clavier, s’interrompirent un instant pour allumer la cigarette et reprirent leur danse fébrile de plus belle.

Nell venait de franchir avec succès l’épreuve de la page blanche.

Quand on est enfermé dans une cage minuscule, quel loisir reste-t-il à part tourner en rond, manger et dormir ? C'était à cette troisième activité que se livraient les animaux du zoo d'Erdre sur Sucey la nuit où débutèrent des événements macabres et d'une insupportable violence. Dans cette prison zoologique, seules deux créatures veillaient. Elles faisaient leur ronde habituelle, munies de lampe torche dont la lumière se reflétait sur les barreaux polis des cages ou dans l’œil indifférent d'un animal insomniaque. Le premier gardien cachait sa bouche sous une grosse moustache brune et ébouriffée. Le second n'avait pas de moustache, encore moins de cheveux et une cigarette toute molle pendait à sa lèvre inférieure. Ils avaient fini d'inspecter l'aile ouest du parc zoologique, et maintenant, ils remontaient l'allée qui menait à la partie Sud, là où dormaient les singes et les perroquets. Près des volières, se tapissaient les silhouettes sombres de divers pavillons : entre autres, la clinique du vétérinaire du Docteur Fink, et son logement de fonction.

Soudain, le moustachu se figea et écouta attentivement avant de faire signe à son collègue. Dans la nuit, la silhouette du chauve ressemblait à une ombre.

-J'ai entendu un bruit bizarre non loin de la clinique du véto, chuchota le moustachu.

- Meuh non ! rétorqua son compagnon en haussant les épaules. C'est juste la gnôle avec laquelle t'as sucré ton café qui commence à faire effet.

Les moqueries du gardien auraient tourné court s'il avait aperçu dans les ténèbres les yeux jaunes et incandescents posés sur eux. Un grondement menaçant roula doucement et une rangée de crocs impressionnants brilla dans l'ombre.

Les animaux captifs sentirent cette présence hostile. Tous s'éveillèrent en sursaut et réagirent violemment. Dans leur cage, les chimpanzés s'agrippaient aux barreaux en poussant des hurlements. Les perroquets de la volière piaillèrent de terreur en agitant frénétiquement leurs ailes multicolores.

Le gardien moustachu, les bacchantes tremblantes d'effroi, promena sa lampe sur les cages.

- Putain, Jean-Claude ! s'écria-t-il, les bêtes sont paniquées !

Il sentait que ses propres tripes se nouaient de peur. Il n'avait jamais vu une telle agitation chez les petits captifs sur lesquels il veillait depuis plus de dix ans.

- N'y a pas qu'elles... gargouilla le dénommé Jean-Claude, les yeux exorbités à la vue de la grosse patte griffue levée sur lui.

La patte s'abattit violemment, arrachant la joue et le bras gauche du malheureux gardien. Un cri bref eut juste le temps de sortir de la bouche déchiquetée avant que ne s'écroulât la dépouille sanguinolente.

- Jean-Claude ?? s'écria le moustachu qui, le dos tourné à la scène de boucherie, n'avait pas saisi toute l'horreur de la situation.

Il se retourna lentement, comme un pantin manipulé par une main implacable. Il ne voulait pas regarder, il ne voulait pas voir ce qui était arrivé à Jean-Claude ni contempler sa propre mort en face. Mais il se retourna, posa les yeux sur la créature hirsute penchée au-dessus du cadavre mutilé de son collègue et ami, et poussa un hurlement de terreur pure auquel répondirent les singes et les perroquets aux ailes multicolores.

L'ombre de la créature hirsute recouvrit le gardien qui sentit sa vessie se vider. Mais il n'eut pas le loisir d'en concevoir une quelconque honte. La chose se jeta sur lui, les griffes en avant et la gueule grande ouverte, les yeux flamboyants d'une fureur démentielle.

La cigarette pendue naguère à la lèvre de Jean-Claude achevait de se consumer sur le sol goudronné, non loin d’un bras coupé tenant encore une lampe-torche dont le faisceau éclairait inutilement une poubelle verte. La braise incandescente de la cigarette trouait les ténèbres de façon dérisoire, tel l’œil d'un chat borgne, puis s'éteignit quand un jet de sang l'arrosa. Les cris d'agonie du gardien moustachu avaient été brefs.

Nell s’arrêta et relu son intro. Pas mal, pas mal, se dit-elle. Les romans de gare comme celui-là se font trop rares, les gens réclament du sang, du suspens et de la distraction. Je pourrai peut-être ajouter un soupçon de sexe… ? Sans réfléchir plus longtemps, Nell se remit à taper sur son clavier, sentant un plaisir divin envahir ses cellules. Voilà qu’elle se prenait pour une sorte de dieu créateur !

Cette crise de mégalomanie dura deux mois et ne s’arrangea pas lorsque le roman fut publié.



© Copyright 2004 Screamy (FictionPress ID:446371).


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