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Genre : policier, yaoi, hétéro, POV
Origine : mon subconscient onirique
Auteur : KalySo
Ylia, mon frère
Prologue
La majorité des êtres humains qui pensent à leur passé ont un sentiment apaisant d’accomplissement, d’achèvement, de révolution. Qu’il soit teinté d’amertume, de regrets ou de bonheur, la plupart se disent que le passé est derrière eux.
C’est du moins ce que je croyais. Car il y a toujours une poignée de mauvaises âmes pour remuer le couteau dans la plaie. Et alors, c’est là que l’on comprend le sens de l’expression populaire :
‘Le passé nous rattrape toujours’
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Janvier 2000.
Forêt tropicale du Kenya.
L’humidité, la chaleur et les moustiques. La boue, les ronces et les serpents. Et à perte de vue : du vert. Vert foncé, vert clair, vert d’eau, vert pomme. Et vert jungle.
Depuis trois heures maintenant, son environnement se réduisait à une jungle tropicale à l’atmosphère oppressante emplie de cris d’oiseaux, de feulements de fauves et de sifflements reptiliens. De plus, il ne se trouvait pas du tout dans son terrain de prédilection. Sa formation avait été principalement consacrée à la guérilla urbaine, et non aux missions d’évacuation au fin fond du Kenya.
Evitant une branche basse, le soldat raffermit sa prise sur la crosse de son arme puis tourna le poignet pour vérifier l’heure. Oups ! Il aurait dû rétablir la liaison radio depuis près d’une minute. Et après la fusillade qu’ils avaient essuyée le matin même…
« David va encore m’incendier ! »
D’une pichenette, il rétablit la ligne et écarta vivement son oreillette de son tympan. Bien lui en prit.
… 02 à Roger 01 ! Répondez 01 ! Nom d’un chien mal luné, Hijiri Yusuki, vas-tu répondre oui ou merde ?!
- Vu ton amabilité, ce sera ‘merde’.
Tu sais ce qu’elle te dit mon amabilité ?! Que tu as une minute de retard sur le timing que tu as toi-même fixé !… Tu te relâches ou c’est moi ?
- Bon, je suis là dans treize minutes.
Je t’attends sur la plate-forme. Tous les villageois sont prêts pour l’évacuation.
- Reçu. Roger 01 out !
Et il se renfonça dans les profondeurs insondables de la Nature tropicale africaine.
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Quand on est un soldat, et qui plus est un soldat d’élite, on est contraint de s’habituer à beaucoup de choses : les relents âcres de l’urine, de la sueur et des maladies font partie de ces nombreuses choses, bien que ce ne soit que les sommet de l’iceberg.
Mais s’il y a bien une chose à laquelle le Capitaine David MacLain était persuadé qu’il ne s’habituerait jamais, c’est l’angoisse. Celle de le laisser partir et de ne pas le voir revenir. Cette angoisse-là, elle lui nouait l’estomac, lui tordait les tripes et lui portait la bile aux bords des lèvres. Finalement, il comprenait pourquoi Helen lui avait demandé de quitter l’armée. On a beau savoir que l’autre est super entraîné, qu’il est le meilleur dans son domaine, rien n’empêchait l’angoisse de monter au fur et à mesure que les heures passaient.
C’est dans cet état d’esprit que se trouvait le gradé Américain, assis au sommet de la plate-forme d’évacuation, les pieds battant l’air à neuf mètres du sol et les yeux fixés sur l’orée de la jungle afin d’apercevoir ne serait-ce qu’une mèche des cheveux d’ébène de son collègue Japonais.
Son attente fut récompensée par l’émergence victorieuse du soldat aux yeux d’onyx. Yeux qui se braquèrent instantanément sur les siens pour ne plus les quitter durant toute la traversée de la clairière reconvertie en camp de réfugiés par les soldats de l’ONU.
Les deux hommes se scrutèrent du regard, l’un repoussant inlassablement les témoignages de gratitude très entreprenants, l’autre évaluant la quantité de mercurochrome nécessaire à la désinfection du formidable lot de coupures que le premier s’était récolté. Enfin, Hijiri parvint au sommet de l’édifice de bois précaire et se laissa tomber aux côtés de son Capitaine, pestant sur ‘la boue qui colle, les moustiques qui piquent et les ampoules qui font un mal de chien !’ Le tout arrosé du rire franc de David.
Un silence appréciateur s’installa que les deux hommes mirent à profit pour étudier le camp qui s’étendait sous leurs pieds.
‑ Quand doit arriver l’hélico ? s’informa Hijiri.
‑ D’ici une demie heure maintenant, répondit le Capitaine après avoir consulté sa montre. Tu es impatient de rentrer ?
‑ Plutôt oui, confirma Yusuki en posant une main affectueuse sur celle de son voisin. On a encore pas mal de choses à régler…
‑ Ouais, tu parles ! Entre Kumi qui signe pas les papiers et Helen qui m’emmerde pour la garde Max, on n’est pas prêts d’en voir le bout si tu veux mon avis !
‑ Je ne préfère pas vu ton optimisme, ironisa le Japonais. D’ailleurs, pourquoi cherche-t-elle absolument à obtenir la garde de TON chien ?
‑ Parce qu’elle ne supporte pas le fait que son ex-fiancé se soit recasé avec un mec, peut-être ?
‑ Ah, je me disais aussi ! Mais pour en revenir à Kumi, je t’assure qu’une fois rentrés, les papiers seront dans la boîte aux lettres, approuvés et signés. Elle n’a pas d’autres choix après notre dernière conversation…
‑ C’est vrai, au fait, je ne sais toujours pas ce que tu lui as dit ce jour-là…
‑ En gros : soit elle signe, soit je révèle à la presse que l’étoile montante de la politique Japonaise a trompé son mari tout au long de leur mariage. Je doute que le président apprécie, et l’opinion publique encore moins.
‑ Je vois. Du chantage… T’as raison !
Les deux compagnons échangèrent un sourire complice puis David reprit :
‑ Et comment ça se passe avec Akima ?
‑ Elle… n’est pas encore au courant, avoua Hijiri.
‑ Et comment crois-tu qu’elle le prendra ?
‑ Je ne crois rien. Je sais seulement qu’elle a des amis homosexuels, mais ça ne veut pas dire qu’elle l’acceptera de son père…
Un nouveau silence s’immisça entre eux, beaucoup plus tendu. David tenta de réconforter son ami, mais les mots ne venaient pas. Au plus grand soulagement de Hijiri, le vrombissement caractéristique d’un hélicoptère en phase d’approche se fit entendre et il bondit sur ses pieds, trop heureux de pouvoir échapper à ce sujet délicat.
‑ Il faut rassembler les réfugiés. J’y vais.
Et il s’esquiva avant que son supérieur n’ait le temps de l’arrêter.
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Le dernier convoi prit place à bord de l’appareil suivi des deux derniers casques bleus. Le vol ne devait durer qu’une petite heure et, le bruit des pales empêchant toute conversation, David étudia le profil de son vis-à-vis.
Âgé de trente deux ans, le Japonais possédait un visage lisse aux traits anguleux : un petit menton discret, un nez légèrement retroussé, des pommettes hautes et saillantes, un front recouvert d’une fine frange de cheveux noir de jais, et des cils tout aussi noirs recouvrant des pupilles d’obsidienne. David avait toujours eu l’impression que son regard vous sondait jusqu’à l’âme. Sa bouche aux lèvres fines mais d’un pigment prononcé étaient une invitation aux baisers. Ce qu’il se promit de faire dès qu’ils seraient chez eux.
Chez eux. Cela n’avait pas été facile d’en trouver un. Entre préjugés et homophobie, le divorce de Hijiri et Kumi avait été des plus conflictuels, la politicienne ne souhaitant pas voir sa réputation entachée, et l’ex-fiancée de David lui demandait des indemnités exorbitantes pour rupture de contrat, contrat qui n’avait jamais été établi d’ailleurs. Sans parler de la fille de Hijiri qui, issue d’une aventure de jeunesse que l’homme avait toujours assumée, allait fêter ses seize ans et ne savait rien de la nouvelle vie de son père ! D’une part parce qu’elle se trouvait en pension dans une grande institution anglaise, et d’autre part parce qu’elle n’avait plus adressé la parole à son père depuis son mariage sept ans plus tôt. Akima ne supportait pas sa belle-mère et David était entièrement d’accord avec elle.
L’Américain n’avait jamais rencontré sa future belle-fille, mais d’après son père, elle était d’une nature assez semblable à la sienne : enjouée, souriante et insouciante. En bref, tout le contraire de son géniteur qui était, sauf avec son compagnon, réservé, taciturne et semblant porter le fardeau du monde sur ses épaules.
« Qu’il a de joliment musclées d’ailleurs ! » apprécia pensivement le gradé.
Tout à son examen, il ne remarqua pas que Hijiri était plongé dans ses pensées. Celui-ci repensait à l’événement qui, trois ans auparavant, avait changer sa vie…
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Décembre 1997.
Base militaire internationale d’Europe Centrale.
Bureau des admissions.
Hijiri poireautait depuis plus d’une heure et demie dans le couloir. Arrivé le matin-même à la base suite à sa demande de mutation après l’ouverture de son dossier en instance de divorce, il attendait d’être appelé à remplir les formulaires afin de rejoindre ses quartiers. Son divorce ne l’attristait pas : il n’avait jamais réellement aimé Kumi. Juste désiré. Et du désir à l’amour, il y a un grand pas qu’elle s’était empressée de combler toute seule. Tout s’était très vite enchaîné, et avant d’avoir réalisé ce qu’il se passait, il était marié avec une femme qui s’empressait de le tromper dans les six mois suivant la cérémonie. Il n’avait rien dit : jamais il n’avait eu de preuves formelles. Jusqu’au mois dernier où il l’avait surprise en position compromettante avec son nouveau secrétaire. La preuve de trop.
Maintenant, assis sur une affreuse chaise de plastique orange plus qu’inconfortable, Yusuki attendait que son officier supérieur vienne le chercher. Il aurait préféré être auprès de sa fille, mais elle n’avait de nouveau pas répondu à sa lettre…
Un claquement de talons le fit sursauter et lever les yeux.
‑ Lieutenant Yusuki Hijiri ?
Il se leva et se mit au garde à vous, ayant reconnu l’insigne.
‑ Affirmatif, mon Capitaine.
‑ Repos, officier. Suivez-moi, je vais vous conduire au Colonel Cho, ordonna son supérieur en tournant les talons.
‑ A vos ordres, mon Capitaine, obtempéra le Japonais.
Ils n’avaient pas passé la porte que le Capitaine se retourna et le plaqua contre le battant.
‑ Vous êtes très mignon Lieutenant, mais attendez que nous soyons plus ‘intimes’ pour m’appeler ‘mon’ Capitaine. Compris ?
Hijiri déglutit péniblement, surpris par la proximité et les propos du Capitaine. Et aussi scotché par l’intensité de ses yeux vert pailletés d’or.
‑Ha… Haï.
‑ Bien. Le Capitaine se redressa et lui tendit la main. Je suis le Capitaine David MacLain. American, of course !
Yusiki serra la main par réflexe et se présenta à son tour :
‑ Lieutenant Yusuki Hijiri. Japonais.
‑ Je sais, affirma MacLain en retirant sa main en une caresse. Allons-y, le Colonel déteste attendre.
‑ Oui, mon… Oui, Capitaine !
David sourit malicieusement et le conduisit finalement au Colonel Cho, un homme d’origine chinoise, droit et fier, âgé d’environ quarante ans. Hijiri se retrouva affecté à l’unité du Capitaine MacLain et y rencontra un Polonais, Dimitri Petrovicz, et une jeune recrue espagnole, l’unique femme de terrain, Isabela Feliz, avec lesquels il se lia très vite. Il apprit rapidement que ces deux-là étaient ensemble, et que la doctoresse de la base, représentante de l’Australie, était la propriété exclusive du Colonel Cho.
Les quelques mois qui suivirent sa nouvelle affectation, Hijiri fit plus ample connaissance avec le Colonel et sa femme, le médecin-officier Sarah Cho et passa bientôt toutes ses permissions avec Dimitri, Isabela et David, qui le draguait de plus en plus soit dit en passant. Il céda au bout de cinq mois quand le Capitaine le supplia d’accepter de dîner avec lui. Et ce qui devait arriver arriva. Seulement sept mois plus tard, le Japonais emménageait chez son compagnon.
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Désormais, David et Hijiri comptaient officialiser leur relation par un contrat marital. Ce qui n’était pas du goût de leurs ex-compagnes respectives.
« Pourvu que cela se passe mieux avec Aki-chan » pria Yusuki au moment où l’hélicoptère se posait sur l’aire de la base Centre Africaine. Juste avant de partir pour cette opération de sauvetage de population, il lui avait envoyée une lettre où il expliquait son divorce et lui annonçait le fait qu’il vivait avec quelqu’un. Sans plus donner de précision. Il espérait sincèrement que, cette fois-ci, elle lui répondrait.
A suivre...
C’était donc le prologue de ‘Ylia, mon frère’. J’ai eu l’idée de cette histoire en me réveillant un matin pendant les vacances. J’avais fait un drôle de rêve où il est question d’un frère disparu. J’avais juste ce vague sentiment de bonheur et de mélancolie qui m’était resté. J’ai immédiatement mis sur papier cette idée, l’ai développée, et voilà le résultat ! Je ne sais pas encore combien de chapitres comptera cette fiction, mais le premier est déjà assuré ! Merci de me donner votre avis, histoire de m’encourager !