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Titre: Exactly like me
Auteur: Sande
Note: Mhh j'écris cette histoire depuis un an et demi, collant bout à bout des passages que j'écris comme ça me vient selon mon humeur, mes idées... autant dire tout de suite que je sais pas du tout où je veux en venir même si j'ai bien quelques pistes, bref c'est lamentable de manquer autant de rigueur et de cohésion. Le premier chapitre est vraiment pire que tout puisqu'écrit il y a déjà bien longtemps donc stylistiquement je le trouve très empoulé mais j'y suis trop habituée pour le couper ou le réécrire totalement...
Chapitre 1
Tout tourne, tout est rouge. Il semble flotter. Mais la voix le retient, comme si elle l'enchaînait. Elle se rapproche, l’arrachant à cet état désincarné. Raphaël, Raphaël. Elle répète à l'infini cette litanie. Elle le touche, le secoue, le soulève. Il veut résister mais il n’est qu’un pantin désarticulé. Il ne veut pas quitter ce vide où son corps se dissout, il veut dormir d’un sommeil de toute éternité. Il a déchiré ce visage haï et ouvert à ses poignets deux fleuves vermillon dans lesquels il s’est laissé noyer. Et la voix ruine ces efforts. Il l’entend, étouffée comme s’il dérivait entre deux eaux et qu’elle l’appelait de la rive. Raphaël! Le cri résonne dans son esprit et le ramène soudain à l’air, comme s’il crevait la surface. Les bruits, la peur s’engouffrent en lui en un instant. Il a mal, tout son corps le brûle. On l’a ressuscité.
Allongée quasi nue dans la neige, à peine vêtue d'une de ces chemises délavées qu'elle a l'habitude de subtiliser à tous ces garçons qui visitent son lit, Ellie sent le froid qui commence à brûler sa peau. Elle esquisse un demi-sourire en songeant que si la glace formait un carcan autour d'elle, elle aurait tout d'un glaçon vivant.
Elle enfonce ses doigts dans la neige et en macule son visage. La nuit est finalement tombée.
"- Bonjour Sorcière.
- Tu es en retard."
Un œil bleu brille sous l’amas de boucles emmêlées et fixe le corps si frêle dans son abandon. Ellie sourit au garçon penché sur elle.
"-Je joue Ophélie."
Il rit franchement devant cette nouvelle lubie.
"-Ellie, Ophélie dérivait dans le courant après s'être noyée, tu compte attendre que la neige fonde?"
Elle prend une moue boudeuse. Il se demande une fois de plus si elle est consciente du pouvoir de séduction qu'elle peut avoir dans de tels instants. Il doit se faire violence parfois pour ne pas lui sauter dessus quand il ressent cette attirance quasi obsessive. Il se force alors à se rappeler cet éclat noir qui traverse parfois ses yeux et qui accompagne ses lubies, ses colères, ses silences, toutes ces choses qui l'effraient chez elle, et plus sûrement l'attristent. Ellie est la première et surtout unique véritable amie qu'il ait jamais eue. Dans son enfance il a subi les déplacements incessants de ses parents et ne s'est jamais lié aux autres, un peu volontairement en fait car il lui a toujours semblé plus facile de quitter un endroit où il n'avait aucune attache.
Mais avec elle tout a été différent. Il était à peine arrivé dans cette nouvelle classe qu’il avait déjà remarqué la forme vautrée sur sa table dont on ne distinguait qu’une masse de cheveux noirs et emmêlés. Il s’était attardé sur le jean, délavé et troué, sur le t-shirt noir dont elle avait tant tiré les manches qu’elles recouvraient à demi ses mains, sur la besace négligemment abandonnée à ses pieds et couverte de tags rageurs. Il avait su en un instant, sans rien voir de plus, qu’il avait face à lui la personne qui pour la première fois lui renverrait son image. Il lui avait fallu cette seule seconde pour comprendre à quel point il avait été seul jusqu’à présent.
Il n’avait pas coupé à une présentation en règle sur son parcours, ses goûts…En l'écoutant, la forme avait remué, puis, peu à peu, le visage pâle était apparu. Elle s'était finalement complètement redressée et l'avait fixé de ses yeux noirs. Et lui d’éclater de rire en la voyant arborer avec une indifférence si totale le t-shirt ô combien subversif Vestal Masturbation (1). Elle avait, en quelques secondes, dépassé ses espérances les plus folles et tout ce qu’il avait trouvé à faire avait été de soulever son pull élimé qu’elle puisse contempler un t-shirt du même groupe.
" -Lou !"
Le garçon secoue la tête et s’aperçoit qu’elle s’est relevée et se tient transie et trempée face à lui.
"-Hm ?
-A quoi tu penses ?
- A toi Ellie. Allez viens tu vas attraper la crève si tu continue avec tes conneries.
-La mort ne s’attrape pas, elle se fait désirer.
-Ellie…"
Son attirance pour la mort c’est la seule chose qu’il ne partage pas avec elle. Crever n’est pas une fin en soi, juste une limite. Pour apprécier le spleen il faut être en vie, pour se torturer il faut exister. A trop défier la mort, on finit toujours par se faire rattraper. Des fois il a envie de la frapper, cette conne, jusqu’à ce qu’elle lui jure de ne jamais se tuer. Et de la faire taire quand elle se lance dans des discours sur la vanité de la vie, et la solitude absolue.
Il est assis comme toujours, à même le sol, en tailleur, jouant vaguement sur ma Gibson, et l’air profondément perdu dans ses pensées. La guitare n’est même pas branchée et il chante les paroles d’un morceau du Velvet (2) bien qu’à son habitude, il ne jouât pas véritablement les accords correspondants.
Merde ! Pourquoi est-il si attirant quand il se tient ainsi, ses traits fins à demi cachés par l’amas de boucles blondes qui lui dévorent le visage ? Dans ces instants, je sens que, quoi que je me fasse croire, je me mens, et le besoin de me blottir contre lui, de passer mes mains dans ses longues mèches pâles me prend aux tripes, et j’en crèverais. Mais parce qu’il est le seul que je puisse aimer, je ne dois pas l’aimer. Je ne suis pas sûre qu’il approuverait cette logique, mais je pense qu’il n’aura aucun mal à trouver quelqu'un qui le mérite vraiment. Je ne veux pas le briser comme je brise tout ce qui m’entoure. Il y a un moment où aimer ne suffit plus, à vivre, ou à changer. Je les ai toujours haïs autant que je me haïssais, et tous ces garçons à qui je laisse mon corps n’ont jamais été qu’un moyen de me salir plus encore. Bien que je le veuille du plus profond de mon être, je n’aurai pas la force de redevenir pure pour lui, je ne veux plus être cette gamine terrorisée, je l’ai tuée depuis bien trop d’années. Quant à le traiter comme tous les autres, plutôt crever. Il ne peut pas comprendre.
Parfois je ris intérieurement quand je pense que paradoxalement, bien qu’il soit le garçon le plus pur et innocent, je dirais même presque naïf, que je connaisse, il est craint et détesté par tous les types qui nous entourent, et semble être, aux yeux des filles, un mystère attrayant et dangereux. Ils prennent l’ange pour le diable. Et elles me haïssent plus encore, parce que je suis différente et que, quoi qu’elles fassent, elles ne restent à ses yeux qu’une masse indifférenciée. Le bahut terminé, on s’est inscrit dans un but purement décoratif en fac, et on a emménagé dans une vieille et grande baraque qu'il avait hérité de sa grand-mère, un coup dur pour ses admiratrices.
"-Ellie…"
Je sursaute. Il n’a pas bougé et joue encore, la tête penchée.
"-Que penserais-tu de jouer dans un groupe?"
Je ricane.
"-Bien sûr! On écrit des textes sur l’atroce inanité de la vie, la cruauté de la société, on devient célèbre et riche à crever. Et on se suicide au sommet de la gloire. Un putain de pied."
Il pose la guitare et me regarde, sérieux.
"-J’ai rencontré un type il y a quelque temps. Un type assez étrange d’ailleurs, je crois qu’il te plairait. Son groupe vient de se séparer. Je l’ai vu jouer assez souvent et il est vraiment impressionnant. Ce serait une véritable opportunité.
-Et bien, tu me fais des infidélités, je réponds en ignorant sa moue blessée. Enfin, c’est bien joli tes projets, mais ça m’étonnerait que ce mec soit intéressé. On est des loosers de service, je te rappelle."
Il sourit à demi, comme à chaque fois qu’il fait une bonne plaisanterie.
"-Demoiselle, je me dois te t’informer que nous avons rendez-vous avec lui dans moins d’une heure."
Le garçon est assis au fond du bar. Ses longs cheveux noirs lui font comme un rideau sur le visage, un voile opaque d’où n’émerge que la lueur brûlante de sa cigarette. Pianotant des doigts sur la table, il fixe, sans vraiment le voir, le café déjà froid posé devant lui.
Celui qu’il attend a déjà pas mal de retard. En temps normal, il serait parti depuis longtemps. Mais ce gamin, trop pâle, trop blond, et dans le fond à peine plus jeune que lui, lui a bien plu. Il semble empli d’une telle force tranquille, et surtout, il fait preuve d’un enthousiasme si douloureux en parlant de la fille.
Deux ombres s’allongent sur la table.
"-Salut Armand, désolé pour le retard, lâche une voix essoufflée."
Armand relève la tête et repousse ses longues mèches noires d’un geste nerveux de la main. Il est là, avec la fille. Deux gosses détrempés; des masses de cheveux emmêlés, des peaux pâles et cernées, des corps élancés et androgynes, des fringues informes et délavées. Une beauté éthérée pour lui, plus agressive pour elle.
Il leur désigne les chaises face à lui.
"-Ce n’est pas grave, je t’attendais, Lou. Nous n’avons pas encore été présentés, ajoute t-il en se tournant vers la fille."
Elle lui tend la main.
"-Ellie."
Il la retient un instant de plus que ce qu’il convient, fouillant ses prunelles brunes. Puis il pose la question qui lui brûle les lèvres depuis la première fois qu’il a entendu Lou parler d’elle :
"-Ellie, vous êtes ensemble?"
Le visage de Lou se tend tandis qu'elle répond avec un rictus :
"-On vit ensemble seulement, mais c’est, si tu veux tout savoir, le seul garçon à ma connaissance avec qui je n’ai jamais couché."
Armand sourit franchement. Il sait que si son projet avec Lou prend forme il est plus que probable qu’elle finisse un jour dans son lit sans que, comme elle vient de le lui signifier indirectement, il ait à y attacher quelque importance. Il sent déjà qu’il est sur la même longueur d’onde que ces deux là. Il aime à définir la musique comme une vie de couple, il ne sert a rien de jouer si rien ne passe. Et avec eux, il sait déjà que ça marchera.
(à suivre)
(1) Vestal Masturbation: t-shirt du groupe Cradle of Filth représentant une religieuse à genoux en train de se masturber.
(2) Velvet Underground