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Fiction » Mystery » Une vision font: B s : A A A . width: full 3/4 1/2
Author: Shammy
Fiction Rated: K+ - French - Poetry/Mystery - Reviews: 2 - Published: 02-27-05 - Updated: 02-27-05 - id:1845470

J’aime Thétis : ses bords ont des sables humides ;

La pente qui m’attire y conduit mes pieds nus ;

Son haleine a gonflé mes songes trop timides,

Et je vogue en dormant à des points inconnus...

Une vision

Mon sommeil fut troublé cette nuit-là. Mes rêves se succédaient, incohérents, pénibles, n’offrant aucun point d’ancrage qui permît d’y démêler une signification au moins subjective. Je fus mêlé aux affaires de famille de gens que je ne connaissais pas, à de confuses histoires de fuite, de complot et d’intrigues amoureuses. A un moment, j’eus l’impression d’ouvrir les yeux – ou peut-être un simulacre de vision passa derrière mes paupières closes. L’obscurité, dans la chambre, était bleue. Je ne percevais pas le reflet des vitres qui me séparaient du ciel. C’était la veille de notre départ. Longtemps je me laissai bercer dans le courant d’un fleuve paisible et sombre, mollement allongé, les membres détendus, sans jamais débarquer sur une rive ou une autre. Soudain – avais-je par mégarde franchi la frontière incertaine du monde du sommeil ? Le désir lancinant me prit de revoir la ville une dernière fois. Je résistai de toutes mes forces à cette folle impulsion, grâce à quelque vestige d’habitude raisonnable qui demeurait en moi, mécanisme qui se mettait automatiquement en marche dans mes instants de délire les plus frénétiques, sans que j’en eusse conscience.

Je ne sais ce qui se passa, tout à coup je me trouvai à parcourir les rues assombries, aspirant l’air frais de la nuit. C’était une petite station balnéaire, très ancienne, très chic, plantée face à un immense océan. Je la connaissais fort bien, mais cette fois-ci je ne pouvais me défaire d’un sentiment d’étrangeté. Le crépuscule tombait, l’éclat de la lune invisible à mes yeux était renvoyé par les fenêtres compartimentées des maisons aux façades claires, régulièrement passées à la chaux. Les vitrines de certains magasins étaient encore éclairées, des flots de musique sortaient des pubs lorsque quelqu’un poussait la porte. Mû par un quelconque pressentiment, je me dirigeai vers la côte. Une image traversa mon esprit. J’avais entendu parler des chevaux marins, qui surgissaient autrefois, les nuits propices, de l’écume des mers septentrionales.

J’arrivai en vue des vieux murs qui se dressaient, noirs, devant le front de mer. Bien souvent, je m’étais promené sur la courtine pour jouir du vent du large. Mais cette nuit-là, l’air était immobile; je me rendis compte que depuis quelque temps je n’avais pas perçu un seul son. L’endroit, sous la lune bleue, me parut mystérieux, vaguement hostile. Les touristes muets franchissaient les remparts par l’escalier central, je voyais leurs silhouettes monter puis disparaître, je me sentis coupable de traîner là, à cette heure tardive; j’aurais détesté être vu.

Inconsciemment, je me rappelai qu’il y avait une autre voie, moins fréquentée, pour atteindre la mer : un peu plus loin, à main droite, la muraille était écroulée. On tournait la dernière tourelle, moins imposante que les autres, et par un sentier de sable froid, on arrivait sur la plage. Dépité, je vis que d’autres habitués empruntaient mon chemin; mais je m’y engageai résolument et, un instant plus tard, j’étais sur le rivage.

Au-delà de la brèche, le rempart reprenait et non loin de là, une tour fortifiée, prolongée par des roches aiguës, marquait la fin de la grève. En m’y engageant, je fus d’abord effrayé par quelque chose qui surgissait hors d’un tas de sable, à ma gauche : ce n’était que la tête d’un baigneur à demi-allongé. Le bleu du ciel virait à l’outremer.

Soudain je vis... Comment croire à tant de beauté ? Elle était assise langoureusement, comme Elizabeth Taylor dans Soudain l’été dernier, nue, les cheveux dénoués, assise sur l’arène constellée d’éclats de mica réveillés par la lueur d’acier céruléenne qui tombait de la lune glacée. C’était la sirène blonde du conte d’Andersen, Vénus anadyomène sortant des flots emperlée de gouttes d’eau luisantes.



© Copyright 2005 Shammy (FictionPress ID:459312).


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